A MÉMOIRE
ou décharge physiologique cérébrale (voir chapitre IV).
c) La reconnaissance ou identification (homophonie de Semon), c’est-à-dire le fait d'avoir conscience que l’engramme revivifié est le même que l'engramme primitif. Dans l’exemple donné, je reconnais Louis Durand comme mon ami précédemment connu. Les phénomènes de mémoire peuvent avoir lieu sans la reconnaissance. Un souvenir peut éclore sans qu'on sache d’où il vient et sans qu'on ait conscience de son identité avec l’engramme primitif correspondant.. Alors la psychologie pure ne peut parler de souvenir, Je sujet ne le reconnaissant pas comme tel. On peut néanmoins démontrer indirectement qn'il s'agit, d'un phénomène de mémoire. C’est ainsi que certains auteurs écrivent des phrases ou des mélodies qu'ils tiennent pour leur propriété intellectuelle, tandis qu’en réalité ils les ont empruntées à des ouvrages d’autres personnes, lus ou entendus. Ils ne les reconnaissent plus (plagiat inconscient).
Les éléments a et b sont donc indispensables à la mémoire, tandis que c peut, faire défaut. Il nous faut encore tenir compte des lois ou faits suivants de la mémoire :
Jamais la mémoire ne répète d’une façon absolument exacte les anciens engrammes. Elle les modifie ou les fausse toujours, ne fût-ce que d'une façon minime. Certains éléments se perdent, et de nouveaux s'ajoutent. Ces modifications sont ducs en grande partie au fait que les engrammes sont revivifiés dans des associations fort diverses et que chaque nouvelle association y ajoute quelque chose, tout en en démolissant quelque autre. Ces erreurs du souvenir peuvent souvent devenir si grandes, surtout chez certaines personnes, qu’elles transforment les engrammes de la mémoire au point de les rendre méconnaissables. Elles peuvent même faire apparaître dans la conscience comme souvenirs des choses qui n'ont, jamais été perçues. On nomme ce phénomène illusion du souvenir. C’est une falsification inconsciente des engrammes. Tout le monde en est plus ou moins victime sous forme d’exa-
gération, de mauvaise reproduction, etc. On a accordé trop peu d’attention à ce phénomène. La fidélité de la mémoire varie énormément suivant les individus. Nous avons appelé association l’union dynamique de plusieurs sensations, représentations, sentiments, etc., les uns avec les autres. Nous nommerons dissociation la désagrégation de complexionsqui étaient associées. Plus les engrammes sont souvent eephorés ensemble, plus leur association devient solide. Ils finissent par se consolider en agrégats qui deviennent par synthèse des unités secondaires. Une ancienne multiplicité devient ainsi plus lard une unité psychologique et peut acquérir une qualité particulière, telle la perception d’un mol pendant une lecture rapide. Les combinaisons de sensations, tel le son combiné d'un accord, peuvent ainsi sc fondre en une seule sensation. On peut appeler avec Wundt assimilation ce phénomène de consolidation ou de fusion psychologique de plusieurs éléments associés en une unité secondaire. Le même auteur nomme complication l’association intime, en général subconsciente. d’éléments psychologiques hétérogènes, par exemple la notion de chien avec celle de l’engramme visuel d’un chien, de l’aboiement et du mot « chien » écrit ou parlé, etc.
Un engramme se fixe d’autant mieux que l'activité psychique qui le produit est plus puissante ou plus souvent répétée. Une répétition fréquente de la même activité psychique finit par faciliter tellement son évocation pareephorie que son intensité diminue d'autant et finit par devenir si faible et en même temps si mécanique (habituelle ou automatique), qu’on n’y fait plus attention et qu’elle disparaît du domaine de la conscience à l’état de veille, c’est-à-dire de la chaîne de nos états de conscience habituels pendant le jour. Elle devient subconsciente (apparemment inconsciente). Je n'ai pas besoin d’ajouter que toutes les volitions (résolutions § 3), les impulsions à tout mouvement, sc conservent aussi comme engrammes. Mais les images mémoriales des impulsions volontaires demeurent presque toujours subconscientes.