‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 10 sur 82 · LOGIQUE ET LOI DE CAUSALITÉ · texte numérisé non relu

LOGIQUE ET LOI DE CAUSALITÉ

l’un l’autre ou se rattachent l’un à l'autre. Exemples : nous avons vu nombre de fois le pommier fleurir au printemps et de ses fleurs se développer de petites pommes qui mûrissent en automne, tandis que nous avons vu le sapin fleurir et fructifier de tout autre façon. Nous en concluons que la pomme provient du pommier et non du sapin, quand môme nous la vîmes souvent suspendue à l’arbre de Noël, et nous savons que si nous planLons un pommier, il nous donnera plus tard des pommes. Quand un homme nous a menti tous les jours pendant quelques années, nous en concluons qu’il mentira à l’avenir et nous ne nous fions plus à lui, et ainsi de suite. Hélons-nous d’observer que le raisonnement par analogie est de valeur extrêmement illégale et ne nous conduit à une probabilité voisine de la certitude qu’à l’aide d’une exactitude et d’une prudence considérables. Aussi la science a-t-elle recours aux instruments les plus précis et à l’expérimentation toujours répétée, pour éviter les innombrables causes d’erreur inhérentes à tout raisonnement par analogie, dès qu’il s’agit de choses compliquées. Le raisonnement inductif se fait en grande partie dans notre cerveau d’une façon subconsciente (voir au chapitre III l’explication du terme subconscient en lieu et place de celui A' inconscient). Nous enregistrons dans notre âme (dans notre cerveau) une foule d’expériences de nos sens que nous nous imaginons oublier, mais qui en réalité y demeurent sous forme d’engrammes (images mémoriales) subconscients, et qui sont utilisés instinctivement dans les conclusions par analogie ou inductions de notre vie ultérieure. C’est ainsi que, plongés dans nos pensées, nous nous promenons à travers les bois, la broussaille, les montagnes, les vallées et au bord des rivières, sans tomber, sans nous cogner et sans nous noyer. Subconsciemment, basés sur les conclusions que nous lirons constamment de nos anciennes expériences, nous marchons en avant en évitant, sans paraître y faire attention, tous les objets et tous les mouvements dangereux pour nous, et en exécutant, au contraire, tous les actes

ao psychologie (science ue lame)

coordonnés nécessaires pour garder le bon chemin, ne pas trébucher, etc. Grâce à l'exercice (habitude), nous jugeons machinalement, automatiquement, d’une façon subconsciente, de tout ce qui doit être fait et évité, tout en pensant à autre chose.

Le jugement par déduction est, au contraire, la conclusion absolument nécessaire de deux ou plusieurs prémisses, c'està-dire d'axiomes considérés comme absolument vrais. Il est contenu dans les prémisses et se tient ou tombe avec elles. Si je dis: i° Tous les hommes ont un estomac ; a° Vous éLes un homme; 3° Donc vous devez avoir un estomac (donc vous avez un estomac), je fais ce qu'on appelle un syllogisme ou raisonnement par déduction, selon la vieille scolastique. Heureusement que dans les temps modernes on a appris à guérir les malades de squirrhes en leur enlevant l’estomac. Donc le syllogisme ci-dessus n’est plus vrai, car il existe dos hommes sans estomac. U ne des prémisses, la première, est donc devenue fausse.

Mais même en dehors de cela on peut dire que le raisonnement par déduction ne possède en réalité presque aucune valeur réelle en dehors des mathématiques pures, par la simple raison que dans ces dernières seules on peut opérer avec des prémisses absolument exactes. Dans l’exemple que nous venons de donner, la déduction n’est qu'apparente, car les deux prémisses elles-mêmes ne reposent que sur des conclusions obtenues par induction. C’est parce que dans toutes les autopsies d’hommes je trouve un estomac, que j’en conclus que tous les hommes ont un estomac. C'est parce que vous avez toutes les particularités de ce que j’entends par un homme, que j’en induis que vous ôtes un homme. La conclusion en découle de soi, puisque l’estomac est une des particularités de l’homme, lors môme que je ne vois pas directement le vôtre. Et pourtant, toute la déduction peut être fausse, comme nous venons de le voir. Sans doute, nous ne pouvons pas nous passer absolument de déduction. Mais, là où le

LOGIQUE ET LOI OE CAUSALITÉ at

prémisses sont presque absolument certaines, les conclusions déductives sont, en général, si évidentes qu’elles ne constituent au fond qu'un jeu de mots. Là au contraire où les prémisses sont si peu que ce soit douteuses, elles conduisent nécessairement à l’erreur sous forme de sophismes, si l’induction ne vient pas les confirmer. Il résulte de tout ceci que les constructions compliquées, basées sur le raisonnement. déductif, n'ont en général aucune valeur, en dehors des mathématiques, parce qu’une seule erreur de prémisses suffit pour faire tomber tout le château de cartes. Par contre, l'habitude de raisonner de cette façon pousse l’esprit humain au sophisme, c’est-à-dire à l’art de couvrir des conclusions erronées en leur donnant l’apparence d’une grande exactitude, à l'aide d’échafaudages de mots. Mais dans les mathématiques, où les équations, les mesures et les poids possèdent une vérité absolue, la déduction devient le fil conducteur de toute la science. Quand je dis : « r j La somme des angles de tout quadrilatère est égale à quatre angles droits ; 2 “ Le trapèze est un quadrilatère; 3° Donc la somme des angles d’un trapèze est égale à quatre angles droits », je fais un raisonnement déductif irréfutable et absolument juste. Il en est de même de toutes les conclusions mathématiques compliquées ; elles sont toutes entièrement contenues dans leurs prémisses absolument justes. En somme, la déduction mathématique n’est qu’une autre façon synthétique d’exprimer les prémisses. La déduction est donc la logique de l'abstraction pure, c’est àdire des mathématiques pures, l'induction par contre est celle de toutes les sciences concrètes. Elles se complètent l une l’autre et s’entraident dans beaucoup de branches scientifiques, comme la physique, la chimie, etc. (mathématiques appliquées).

Malheureusement, les convictions des hommes dépendent en réalité bien moins des conclusions logiques que de toute sorte d’autres choses, avant tout des sentiments de sympathie et d’antipathie, de l’humeur, de la foi aveugle dans les autorités, de l’imitation, de l’habitude, etc.

psyciioi.oc.ie (science i>e i.'ame)

5. La mémoire est une notion psychologique importante. Dans le champ de notre introspection consciente, c’esl-àdire de notre Ame, elle se réduit A trois phénomènes:

a Une sensation, une perception, une conclusion abstraite, un sentiment, une volilion ou même l'impulsion, qui provoque un mouvement, se conserve comme trace ou engramme {image memoriale) dans notre Ame, c'est-à-dire dans notre cerveau. De quelle façon ? Qu'esl-cc qu'un engramme (R. Semon)? C’est encore là une énigme. Une sorte de photographie ne pourrait se conserver fixe dans le protoplasma vivant des éléments cérébraux. N'cst-ce pas plutôt un complexus affaibli d’oscillations moléculaires ou de légères modifications dans le groupement des molécules? Nous ne le savons pas. Celte question sort, du reste, du domaine de la psychologie pure. Mais il est de fait que tout complcxus d'activité, nerveuse, mentale, ou autre, se conserve plus ou moins distinctement comme engramme (Semon) dans le cerveau.

b) La revivification ou eephorie (Semon) de l’engramme. Ce phénomène se produit au moyen de l’association des idées, des perceptions, des sentiments, des voûtions, etc. L’association des idées correspond à une communauté d’activité qui relie l’un à l’autre deux ou plusieurs états d’Ame (états de conscience). Lorsque je vois subitement une personne connue. je me rappelle son nom par eephorie d’association. Or, le nom (disons Louis Durand) est avant tout une combinaison de sons, c’est-à-dire un engramme acoustique. Donc, la vue de mon ami Louis Durand appelle par eephorie à mon attention l’engramme acoustique de son nom : « Louis Durand », engramme qui dormait subconsciemment dans mon cerveau ; je l’appelle et je le salue en le nommant. On peut dire que les engrammes qui sommeillent en nous sont subitement revivifiés par le phénomène de l’ecphorie, et réapparaissent ainsi à notre conscience supérieure, où ils sont introspectés à nouveau. 11 va sans dire que toute eephorie corres|>ond à une irritation

Page 1