‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 26 sur 82 · EFFETS DE L’EXTIRPATION DU GRAND CERVEAU <JI · texte numérisé non relu

EFFETS DE L’EXTIRPATION DU GRAND CERVEAU <JI

veau) vivre jiendant quelques heures, crier, se mouvoir, et même réagir à des irritations cutanées.

Les faits ci-dessus nous prouvent ce qui suit :

a) Des instincts, ou tout au moins des automatismes fort compliqués et bien associés, peuvent exister sans grand cerveau. Les centres cérébraux subordonnés, y compris la moelle épinière, peuvent utiliser des impressions sensorielles et les transformer en mouvements coordonnés utiles. Ils peuvent donc sentir, entendre, etc., et agir d'une façon dite instinctive.

b) Chez les animaux qui possèdent un grand cerveau fortement prédominant, les automatismes en question perdent leur connexion commune, c’est-à-dire la faculté de coopérer ensemble pour entretenir la vie de l’individu entier, dès qu’on enlève le grand cerveau. Un animal pareil devient comme idiot et cesse d’accomplir par lui-môme les actes nécessaires ou utiles à son existence, tels que manger, boire, fuir, s’accoupler, etc. Les pigeons de Flourens, le chien de Goltz, les grillons de Yersin, mes fourmis à grand cerveau détruit, le nouveau-né acéphale, montrent qu’il s’agit là d’un fait général. Nous pouvons môme y ajouter certains êtres humains atteints d’un haut degré d’idiotisme (microcéphalie, etc)., et chez lesquels le grand cerveau est atrophié.

c) Lorsque le cerveau antérieur est plus petit qu’un des autres centres cérébraux, c’est ce dernier qui devient grand cerveau et qui prend le commandement des automatismes et la direction spontanée de la vie individuelle de l’animal (poisson à cerveau antérieur extirpé deSteiner). Un physiologiste du système nerveux ne peut pas commettre une erreur de jugement plus grave que celle de confondre la notion de conscience ou d'introspection psychologique avec celle des fonctions physiologiques. Il ne peut pas g avoir d'organe de la conscience, tout simplement parce que la conscience n'est pas une notion organique ou physiologique et n’a rien à voir avec la notion physique et physiologique de l’énergie neurocymique, dont elle ne représente que le côté intérieur vu par

PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX

introspection directe. Les physiologistes Munk et Gollz ne se sont donc disputés que sur des mots en agitant la question de savoir si le fameux chien sans grand cerveau de Goltz avait une conscience ou n'en avait pas. Nous sommes obligés d’admettre au contraire, avec Volkmann et Plliiger, que la moelle épinière et les centres nerveux cérébraux subordonnés de ce chien possédaient leur subconscience ou âme inférieure, ce qui se confirme du reste indirectement, si nous tenons compte des signes de plaisir et de douleur fournis par l’animal ainsi opéré. Gollz prétend, il est vrai, que son chien témoignait de la colère, mais jamais de la joie. Nous sommes, à mon avis, en droit de dire que l'appétit féroce avec lequel il dévorait était un témoignage de joie de la part de l’Ame subordonnée de sescenlrcs inférieurs. Somme toute, nous devons considérer les automatismes, dont la coopération constitue sous le titre d'instinct la vie mentale on nerveuse principale de la plupart des animaux inférieurs et moyens, comme une forme plus inférieure de la vie mentale. Chez l’homme, cette vie mentale inférieure a son siège principal dans les centres cérébraux inférieurs, mais elle a perdu chez lui presque toute indépendance, par suite de l'ingérence toujours plus puissante du grand cerveau dans l’activité de ces centres. Fort indépendante chez les poissons inférieurs, moins déjà chez les grenouilles, encore moins chez les oiseaux, extrêmement inepte chez les chiens, celle complexion d’âmes inférieures subordonnées n’est plus chez l’homme que l’humble instrument du grand cerveau. Lorsque nous sommes dominés par une passion instinctive, comme l’appétit sexuel par exemple, ce qui finit par dominer notre Ame n’est pas le mécanisme direct primitif des centres inférieurs, mais ce sont les engrammes que ces centres ont projetés par irradiation dans le grand cerveau, où ils se sont accumulés et associés avec les éléments de ce dernier. 11 n'existe, en outre, aucune antinomie de fond ou de principe entre l'instinct et la raison. Ceux des insectes par exemple qui sont les plus riches en instincts sont

TRAVAIL PLASTIQUE OU liRANO CERVEAU t)3

en même temps en général ceux dont la plasticité individuelle est la plus grande.

Les appétits de l'homme et les sentiments bas qui leur sont associés sont les restes des instincts et reposent sur des automatismes dont le mécanisme se passe principalement dans les centres subordonnés dont nous parlions, quoiqu'il soit plus ou moins fortement influencé et dominé par les inhibitions et les fraiements du grand cerveau.

6. Travail plastique du grand cerveau. — En antinomie relative avec les réflexes et les automatismes, nous observons chez l’homme et chez les animaux une sorte d'activité nerveuse qui ne dépend pas servilement et fatalement d’une irritation sensorielle correspondante, mais qui s’adapte individuellement aux circonstances et aux excitations venant du dehors. Sous l'elfet des actions et réactions mutuelles des forces latentes accumulées dans le cerveau (engrammes, etc.) et de leurs dynamismes, elle provoque en outre des mouvements dits volontaires, innervés par le cerveau et paraissant spontanés. 11 s’agit là, on le voit, de ce qu’on entend par action raisonnable et par volonté prétendue libre. L’expérience antérieure, c’est-à-dire les anciens engrammes dus aux impressions sensorielles qui se sont inscrites précédemment dans le cerveau et le résultat de leurs combinaisons multiples, joue ici le rôle principal et se confond avec les lois de la mémoire eide la logique telles que nous les avons exposées au chapitre I. Tandis que l’automatisme, sans tenir compte de l’expérience individuelle, réagit à la môme irritation pour la centième fois comme pour la première, l’activité nerveuse plastique agit autrement et corrige perpétuellement les fautes qu’elle fait. Chat échaudé craint l’eau froide (môme froide !) et chien fouetté, la cravache. Toute réaction plastique, c'est-àdire adaptable, est le résultat de combinaisons d’activités nerveuses, correspondant à une échelle de facultés supérieures que nous avons signalées dans la psychologie sous les termes

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de jugement, de raison et d’imagination. Certains anteurs modernes leur ont donné le nom de facilités de modification. C’est une grande erreur de croire que la l'acuité plastique d’adaptation et de combinaison soit le propre de l’homme seul. Elle est assez fortement développée chez les mammifères supérieurs. En 1810 déjà, Pierre Huber a prouvé l’existence de la mémoire et de son utilisation individuelle chez les fourmis. J'ai moi-méme prouvé il y a plus de trenteans, d’une façon irréfutable, que les fourmis utilisent leurs expériences, c’est-à-dire s’adaptent individuellement à certaines circonstances d'une façon plastique. Récemment von Buttel-Reepen chez les abeilles, ainsi que Wasmann et moi-même chez les fourmis, nous avons complété ces preuves. Lubbock a apprivoisé une guêpe, et de mon côté j’ai apprivoisé un dytique nageur el j’ai montré l'effet. île l’habitude individuelle chez les abeilles Ci). Un léger degré de plasticité est indispensable à tout être vivant qui vit d’une façon indépendante. Nous devons donc admettre que si, chez l’homme et les animaux supérieurs, les centres nerveux subordonnés, devenus dépendants, ont perdu leur plasticité et ne sont plus préposés qu’à des activités purement réflexes el automatiques, ce fait est le résultat de leur subordination à un centre directeur principal, le grand cerveau. Nous trouvons un léger degré de plasticité même chez l’amibe et chez toute cellule qui se meut librement.

Ce sont là des faits biologiques. La physiologie, qui ne peut pas même comprendre le mécanisme du réflexe le plus simple, parce qu’elle ne connaît pas la chimie de la vie, peut encore moins comprendre celui des fonctions nerveuses plastiques. Elle est obligée de se contenter ici d’observations el de conclusions inductives, ainsi que des lois générales qui en découlent.

(1) Il m’est impossible d’entrer ici dans les détails de la physiologie comparée, c'est-à-dire de l’àme des animaux, et je renvoie à mes travaux : Die psychischen Fühiykeilen ( 1 er Ameisen, Munich 1301, chez Ernst Reinhardt, et » les Sensalions des Insectes », chez le même.

AUTOMATISMES SECONDAIRES <p

7. Automatismes secondaires. — Nous avons déjà vu dans la psychologie que la répétition et la fixation automatique des engrammes provoque la formation de ce qu’on appelle les habitudes. Or l'habitude redevient automatique quoique moins complètement et moins puissamment que l'instinct héréditaire. On désigne les habitudes du terme d'automatismes secondaires. Nous pouvons déjà constater avec certitude l'existence d’habitudes individuelles chez les abeilles et les fourmis. Donc l' activité plastique du cerveau se transforme en automatisme par ta répétition. Chez l’homme, l’habitude est un automatismedu grand cerveau. De cette simple tendance de toute activité nerveuse plastique à de venir automatique par la répétition, on peut déjà conclure que la faculté ou tendance plastique des énergies vitales n’est pas secondaire, mais primaire. Nous ne discuterons pas plus au long cette question fondamentale; cela nous conduirait trop loin. Mais il découle de tout ce que nous avons dit que la physiologie du grand cerveau 11’esl pas fondamentalement dilïérentcde celle des autres centres nerveux.

Elle est simplement plus compliquée et superordonnée, tout comme l’àme du grand cerveau est seulement plus compliquée que celle des centres nerveux subordonnés. Et c'est l’immense complication du grand cerveau humain, due au nombre, à la diversité et à la fine complexité de ses neurones, qui le rend si plastique.

S. Localisations. — Je 11e répète pas ici ce que nous avons dit au chapitre 11 . Le célèbre anatomiste Gall fut le premier à localiser le langage d’une façon à peu près exacte. Mais il s'imaginait pouvoir localiser toutes les fonctions mentales possibles dans le cerveau, môme à travers le crâne! Quand même Gall a deviné quelques vérités avec l’intuition d’une imagination géniale, cette imagination s'est si bien mise chez lui à la place des faits, qu’il a discrédité une idée dont le fondement était juste. Il est néanmoins intéressant de cons-

PHYS101.0GIF. MT SYSTÈME NERVEUX

tater que les chiens auxquels Goltz enlevait le lobe frontal devenaient méchants, tandis que ceux auxquels il enlevait le lobe occipital étaient fort doux, ce qui correspond assez aux idées de Gall. 11 résulte nettement des localisations des engrainmes de l’expression du langage, de ceux de sa compréhension et des centres corticaux sensoriels et moteurs, localisations signalées au chapitre II, que les différentes provinces du grand cerveau trahissent une spécification relative de leurs fonctions. Mais elles sont toutes mises entre elles en connexion si intime par leurs neurones d’association, qu’il est à peine possible d'entreprendre une localisation macroscopique plus détaillée des fonctions mentales. Nous exerçons sans doute en partie les provinces correspondantes de notre hémisphère cérébral droit et de notre hémisphère cérébral gauche à des activités et dans des buts différents. Mais la pathologie nous enseigne qu’après la perte d’une portion de l’écorce cérébrale, nous pouvons aussi exercer des parties avoisinantes en remplacement, si la destruction n’est pas trop étendue. Bref, lorsque nous travaillons mentalement, certains neurones de diverses parties du grand cerveau travaillent sans aucun doute simultanément, mais d’une façon si compliquée que nous sommes encore très loin de pouvoir comprendre, même en gros, le cadre de ces divers mécanismes.

Une chose cependant est certaine, c’est que le développement du langage comme symbole delà pensée (voir chapitre I) a créé à l’activité plastique du grand cerveau un champ immensément étendu. Seul, grêce à l'accumulation du travail mental des ancêtres à l’aide de l’encyclopédie écrite, il a rendu possible au cerveau agrandi d’un singe supérieur la civilisation humaine dont nous sommes si fiers.

9. Sens. — La physiologie des organes des sens est très compliquée. A sa base se trouve la doctrine de l’énergie spéciale des sens, formulée par Jean Millier et que voici :

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a ) Différents agents irritateurs, ou phénomènes <lu monde extérieur agissant sur le même sens, ne provoquent que des sensations de môme qualité fondamentale. ()u’on irrite la rétine de l’œil par la lumière ou en la comprimant avec le doigt, ce sont toujours des couleurs qu’on perçoit. Le catarrhe de la cavité tympanique provoquera des tintements d'oreille tout analogues à la vibration de vraies cloches qu’on entend sonner, etc.

b) La môme irritation, agissant sur des sens différents, cause des sensations fondamentalement différentes ; exemple: quand je comprime la rétine, je vois des couleurs; quand j’irrite l’oreille interne, j’entends des bruits ; quand je pèse sur la peau, j'obtiens une sensation tactile.

Mais lorsqu’on compare les organes des sens des animaux avec leurs sensations, autant que la biologie comparée permet de juger de ces dernières, on finit par s’assurer que l’énergie spéciale des sens n'est pas quelque chose de primordialement donné, mais qu’elle s’est, au contraire, développée petit à petit par adaptation delà structure des organes sensoriels des animaux à certains agents irritateurs déterminés du monde extérieur, tels l’œil à la lumière, l’oreille au son. l'organe olfactif aux qualités chimiques des corps dissous dans l’air, etc. Chez les animaux les plus inférieurs, il n’existe et n’a existé qu’un sens cutané indifférencié, qui s’est petit à petit différencié par l’évolution en organes sensoriels spéciaux. L’œil des animaux inférieurs qui commencent h trahir la présence de cet organe est extrêmement primitif. On a prouvé que ces êtres sentent la lumière avec la peau (sensations pholo-dermatiques). Mais, petit à petit, certaines terminaisons nerveuses localisées se spécifient et se transforment pour la réception des rayons lumineux, d’abord seulement en se recouvrant d’un peu de pigment, et ainsi de suite.

L’énergie spéciale des différents sens diffère donc de valeur et n’est très rigoureusement différenciée que dans les sens supérieurs. L’énergie spéciale est une qualité psycholo-

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PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX

gique, une synthèse supérieure introspective des sensations. Elle n’est donc pas physiologique. La lumière, la couleur, le son, la chaleur, la douleur, sont des notions psychologiques. Un daltoniste, par exemple, ne peut se faire aucune idée quelconque de la façon dont un homme normal distingue le rouge du vert. 11 est donc clair que les provinces du grand cerveau qui reçoivent les irritations des différents nerfs sensoriels, les revêtent de qualités différentes selon l’énergie spéciale de chaque sens. O 11 peut ainsi dire que l'énergie spéciale des sens est un phénomène de l’écorce du grand cerveau.

En effet, on le prouve par des faits comme le suivant. Un aveugle qui se trouvait sous mon traitement et dont les deux yeux, et par conséquent les deux nerfs optiques, avaient été détruits vingt-cinq ans auparavant d'un coup de fusil, avait toujours des hallucinations de la vue et croyait voir devant lui des personnes d’apparence et de couleur bien vivantes dans un paysage de la forêt vierge, où il se trouvait avant son accident. Mais cela ne prouve nullement que la cause primitive des énergies spéciales soit dans le grand cerveau. L’histoire du développement des organes des sens dans le règne animal nous montre, au contraire, que c’est la conformation de l’organe sensoriel périphérique qui détermine et développe petit à petit l’énergie spéciale dans le grand cerveau.

Cette dernière remarque est si vraie que nous pouvons conclure du fait, que chez certains animaux tel organe des sens a une structure différente de celle du nôtre, à ce que son énergie spéciale doit être, partiellement du moins, différente de ce qu’elle est chez nous. Selon sa position et la structure de ses terminaisons nerveuses, un sens peut par exemple nous donner une connaissance exacte ou diffuse de l'espace ou du temps. L'homme reconnaît l’espace à l’aide du toucher et de l'œil, le temps à l’aide de diverses sensations, mais surtout à l’aide de l'ouïe, etc. Je ne parle pas ici, cela va sans dire, des conclusions indirectes sur le temps et l’espace que nous tirons bien plus exactement à l’aide d’appa-

reils conventionnels tels que les horloges, le mètre, le télescope, etc. L’odorat au contraire, grâce à sa position cachée au fond des fosses nasales et à l'immobilité de celles-ci, ne peut nous donner presque aucune connaissance de l'espace. Mais j'ai prouvé que l'organe olfactif, situé à l'extrémité d'antennes très mobiles, chez certains insectes, donne à ces derniers une connaissance fort exacte de l'espace, tant au contact qu’à une faible distance, et j’ai appelé ce sens odorat topochimique et odorat au contact. Or il nous est impossible de nous représenter un pareil odorat topochimique nous donnant une carte géographique odorante des objets qui nous entourent, sans modification de l’énergie spéciale, c’est-à-dire de la qualité subjective, synthétique, de notre odorathumain. Si la vue nous donne une connaissance extrêmement exacte des espaces éloignés du monde extérieur, c'est parce que l'image des objets qui le remplissent se rapetisse et se photographie sur la rétine de l'œil en conservant exactement ses formes, et parce que, grâce aux mouvements des deux yeux, notre rétine tâte pour ainsi dire perpétuellement les images lumineuses colorées du monde extérieur. Si le toucher nous donne une connaissance exacte de l’espace le plus rapproché, c'est parce que notre peau peut tâter d’une façon très exacte les différentes portions des objets qui nous entourent.

Il m’est impossible d'entrer ici dans le détail compliqué de la physiologie des organes des sens. J'esquisserai seulement celle de l’homme, dont les sens se retrouvent du reste en partie chez la plupart des animaux. Beaucoup de ces derniers ne possèdent cependant pas d'ouïe, plusieurs n’ont pas d’yeux, et nous venons de voir que l’énergie spéciale d’un sens varie très probablement suivant les variations de sa structure. 11 n'est pas prouvé qu’un sens surnuméraire, différent des nêtres et rigoureusement ditférencié, existe chez un animal quelconque, mais ce n’est pas impossible. Toutes les expériences dirigées dans ce sens ont eu des résultats négatifs, surtout celles qui recherchaient un sens spécial de la direction. Il

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PHYSIOLOGIE I1U SYSTEME NERVEUX

n'est pas impossible que certains poissons (torpille, gymnote), qui donnent des décharges électriques à l'aide d’un organe centrifuge spécial, ne possèdent, en rapport avec lui, quelque sensation spéciale.

Vue. — Le nerf optique se trouve à la base du cerveau, où ses fibres se croisent en partie sur la ligne médiane chez l’homme, en se bifurquant (fig. 7). 11 vient s'étaler au fond de l’œil en formant la membrane dite rétine. Dans la rétine se trouvent les cellules ganglionnaires de ses neurones. L’image du monde extérieur, recueillie par le cristallin et le corps vitré de l'œil qui réfractent et concentrent les rayons lumineux, vient se projeter sur la rétine, dont les neurones la transmettent à un centre cérébral subordonné, le corps genouillô externe, par l'intermédiaire des cylindres-axes du nerf optique. A l'endroit où les deux nerfs optiques se croisent, une partie de leurs fibres se bifurquent, l’une des branches se rendant à l’hémisphère cérébral du même côté et l’autre à l'autre, pour aller se ramifier à la surface des cellules du corps genouillé externe. Ces dernières transmettent de nouveau l’image visuelle, probablement plus ou moins modifiée par elles, à l’écorce cérébrale du côté interne du lobe occipital (vue, fig. 10), à l’aide du faisceau nerveux de leurs fibres. La région bleue (vue, fig. 10) de l’écorce constitue donc la localisation de la vue mentale (engrammes visuels). Mais à l’aide d’appareils réflexes situés dans les tubercules quadrijumeaux, les neurones de la rétine se trouvent aussi en rapport avec les muscles qui mettent en mouvement l’œil et la pupille.

La vue nous fait connaître les couleurs, les formes et les mouvements des objets. En outre, la vue binoculaire (avec les deux yeux à la fois) nous fait distinguer les distances, c'est-àdire la troisième dimension, ou profondeur, grâce â la superposition stéréoscopique des images. Chez aucun autre organe des sens on ne peut donner une aussi belle preuve (voir ehap. 1; que les sensations ont besoin d’êlre préalablement exercées el travaillées par le grand cerveau, avant de pouvoir devenir des

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perceptions d'objets. Nulle part on ne peut aussi nettement prouver que nos images psychologiques des irritations sensorielles ne sont plus du tout ce que le nerf nous a transmis primordialement, mais bien le produit, peu à peu élaboré, d'un travail cérébral combiné, considérable et fréquemment répété. L’aveugle-né, auquel on rend subitement la vue par l’opération de la cataracte, ne voit d'abord qu’un kaléidoscope de couleurs et ne se rend aucun compte de leurs rapports avec les objets qu’il connaît par le toucher. Il lui faut un long exercice pour apprendre à voir les objets.

L'ouïe de l’homme a son siège dans ce qu'on appelle le limaçon de l’oreille interne. C’est là que s’épanouit le nerf auditif. Les ondes sonores sont communiquées au limaçon par les ébranlements de la membrane du tympan et d'une chaîne de petits osselets tendue dans la cavité dite du tympan, de cette membrane à la fenêtre du limaçon. Le nerf auditif se rend du limaçon à la moelle allongée, où il forme d'abord un ganglion plein de cellules nerveuses dont les fibres centripètes se mettent en rapport avec le lobe temporal du grand cerveau, probablement au moyen des neurones du corps gcnouillé interne. Il a aussi des connexions avec le tubercule acoustique de la moelle allongée. A l’aide d'une extirpation bien réussie chez le lapin, j’ai démontré les vrais noyaux du nerf acoustique en i885. Ses connexions sont extrêmement complexes et encore en partie obscures (tig. 7 et 9 ).

Sens de l'équilibre. — Le nerf dit du vestibule est collé au nerf auditif et se termine dans les canaux semi-circulaires du vestibule de l’oreille interne. Mach a prouvé d'une façon assez certaine que ce nerf sert à la sensation subconsciente de l’équilibre du corps, ainsi que de l’accélération et du ralentissement de ses mouvement et de son pivotement sur luimême. Il se rend directement vers la base du cervelet. Une partie du moins de ses libres proviennent du cylindreaxe de cellules ganglionnaires situées dans la région dorsale du 4 ” ventricule, sous le noyau denté du cervelet.

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tandis qu’une autre partie de ses neurones forment un ganglion dans l'os du rocher, où est l’oreille interne (labyrinthe).

L'odorul est placé tout en haut, caché au fond de la cavité nasale, sur sa muqueuse, et fort rapproché des bulbes olfactifs du grand cerveau, dont les neurones se relient à la muqueuse olfactive à l’aide de fibres nerveuses très courtes qui traversent un os fort mince. Le bulbe olfactif (fig. 7; est relié de son côté par un faisceau de fibres (tract, olfactif, fig. 7) à la pointe extrême du lobe temporal du grand cerveau, où il se met en rapport avec une portion transformée et fort spéciale de l’écorce cérébrale, appelée corne d’Ammon, et qui représente le centre olfactif cortical (fig. 7 et 10 Od). Les particules chimiques des corps odorants contenus dans l’air irritent les terminaisons du nerf olfactif de cent façons différentes, procurant chacune, une qualité psychologique propre.

Le nerf olfactif est le seul qui soit en rapport direct avec le grand cerveau. Ceci s’explique du fait que, chez les vertébrés les plus inférieurs, ce dernier organe, encore è peine développé, est d’abord sorti du nerf olfactif sous forme d’expansion, pour en arriver finalement, chez les vertébrés plus élevés, à devenir le centre principal du système nerveux. A son origine, le grand cerveau fut le cerveau olfactif, comme le cerveau moyen (tubercules quadrijumeaux)fullecerveauoptique.

Le sens du goût , dont les terminaisons se trouvent dans le palais et à la base de la langue, nous fait connaître quelques qualités chimiques (le sucré, l’acide, le salé, l’amer et le métallique) de certaines substances qui se dissolvent dans la salive. Tout le reste de ce que nous appelons par erreur goût dans les aliments, n’est que leur odeur qui monte au nez par la cavité postérieure de cet organe, derrière le voile du palais. Le nerf gustatif ressemble aux nerfs du toucher et a le même parcours qu'eux. Il possède un ganglion spinal et se termine dans la partie de la moelle allongée qui continue les cornes postérieures de la moelle épinière. Son centre cortical est encore mal connu.

SENS 10.3

Les sens de la peau ont été confondus autrefois entre eux, parce qu’ils sont dispersés sur toute la surface du corps. C’est surtout von Frey qui a réussi dans ces derniers temps à prouver clairement que les localités cutanées qui reçoivent les impressions de chaleur, de froid, de douleur et de pression se trouvent dans des portions différentes, quoique très voisines, de la peau. Il faut donc distinguer le sens du toucher du sens de la chaleur, de celui du froid et de celui de la douleur. Il existe même certaines portions de la peau chez lesquelles l'un ou l’autre de ces sens fait défaut. Ainsi la cornée de l’œil ne ressent que la douleur. Les terminaisons nerveuses de la peau sont de diverse nature. On distingue les corpuscules dePacini ou de Vater, ceux de Meissner (fig. 6), les massues de Krause et certaines terminaisons libres entre les cellules de la peau. Ces dernières servent évidemment au sens de la douleur, les corpuscules de Meissner au toucher, et les massues de Krause, d’après Frey, au sens de la chaleur et du froid. Mais tout cela n’est pas encore fort certain. Les centres corticaux du grand cerveau pour les sensations cutanées sont presque les mêmes queceuxde la motilité (fig.gjJLBLV 1 ). Enfin des recherches récentes ont prouvé que les voies qui conduisent les sensationsde douleur et de froid dans la moelle épinière sont autres que celles de la sensibilité tactile.

Sens mal ounon différenciés. — Nous avons vu que nos sens se sont évidemment différenciés peu à peu d’un sens général obscur des animaux inférieurs. Or, nous possédons nousmêmes encore toute une série de sensations obscures, indéfinies et mal localisées, que nous avons désignées au chapitre I du terme de sensations viscérales. Nous disions même qu’elles forment la transition du domaine de la connaissance à celui du sentiment. Ces sensations nous sont certainement transmises par des terminaisons nerveuses intérieures, dont l’irritation provoque dans le champ de notre conscience des qualités sensorielles plus ou moins distinctes ou indistinctes, qu’il est impossible de différencier nettement les unes des

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autres comme sens. Signalons les sensations de faim, de soif, d’angoisse, de volupté sexuelle, du besoin d’uriner ou d'aller à la selle, de démangeaison, de chatouillement, de fourmillement, de réplétion, etc.

Sens musculaire. — On s’est beaucoup disputé sur la question du sens musculaire ou de la sensation des mouvements. On a aussi désigné ce sens du terme de sens de l’espace. 11 est certain que nous sentons nos mouvements, et que nous les localisons dans la partie du corps où ils ont lieu. Nous sentons le mouvement actif et passif des muscles, la position du membre ini’i, le degré de l’effort musculaire, la fatigue qui s’ensuit, le poids et la résistance des objets, etc. Ces sensations nous sont-elles transmises par des terminaisons nerveuses spéciales du muscle? Certaines expériences semblent le montrer. Ou s’agit-il simplement d’une forme d’irritation spéciale des nerfs tactiles ordinaires ?

Nous voyons donc que depuis longtemps on ne peut plus se contenter des cinq sens classiques. La chose est plus compliquée. Nous ne, revenons pas sur la façon dont les impressions sensorielles sont travaillées par le grand cerveau.

Les quelques indications qui précèdent suffisent pour nous montrer que la physiologie des centres nerveux cérébro-spinaux (cerveau et moelle épinière) est un véritable monde, dont la connaissance laisse encore énormément à désirer. Ce monde commence seulement à s’ouvrir à nous. Disons encore qu’il existe dans le corps beaucoup de neurones disséminés qui mènent une vie assez indépendante et analogue à celle des organismes animaux inférieurs. Ils président ù de petites fonctions locales et automatiques, dilatent ou contractent certains petits vaisseaux ou certaines glandes dont ils provoquent la sécrétion, etc. Parmi les plus importants, citons les neurones du muscle du cœur, qui président à ses contractions régulières et automatiques. Le grand cerveau ne peut pas s’ingérer partout avec la môme sûreté et avec la môme force dans l’activité de ces neurones

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disséminés ; cela dépend des connexions qu'il a avec eux à l'aide de branches collatérales des nerfs ganglionnaires, ainsi que de la puissance avec laquelle les neurocyines cérébraux sont projetés dans ces appareils périphériques. Ainsi s’expliquent les effets presque incroyables de la suggestion chez certains somnambules, comme par exemple les stigmates qui se mettent à saigner, la cessation de l’hémorragie dans les plaies, l’éclosion de vésicules sur la peau, etc. Autrefois on considérait des choses pareilles, selon l’opinion suggestive dont on était soi-même hanté, comme des miracles ou comme des escroqueries. Il ne s’agit ni de l’un, ni de l’autre, mais simplement d’une aptitude spéciale du grand cerveau à projeter isolément par fraiement des irritations puissantes sur la périphérie du corps, en triomphant de toutes les résistances opposées gréce à la faiblesse desrameauxnerveux communiquants, ou au contraire à inhiber les fonctions des appareils nerveux périphériques en question par une puissance analogue, mais inverse, de son action.

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