GENÈSE INDIVIDUELLE OU ONTOGÉNIE
cient le mieux avec les mouvements, ce qu'on observe surtout en suivant l’activité des mains. Puis viennent l’ouïe, la vue, etc. L’enfant apprend peu à peu iï prendre ce qu’il voit, puis é reconnaître ce qu'il a déjà vu . Les engrammes se fixent et s’associent, d’abord pour le même sens, puis entre différents sens. Néanmoins ils se fixent d’abord fort mal, car l’enfant de quatre ou cinq ans a en général oublié tous les événements delà première année de sa vie. Il est peut-être faux de dire queces événements « s’oublient», car ils sont malgré tout fixés et utilisés, mais ce qui est certain, c’est que les introspections superconscienles ultérieures du grand cerveau ne s'associent plus avec celles de la première année. Les enfants sont fort différents les uns des autres, et déjà dès le début de leur vie mentale on peut distinguer leurs dispositions héréditaires, leurs forts et leurs faibles. Nous ne pouvons parler ici de l’hygiène de l’enfance ni de la pédagogie. Constatons seulement que les enfants se développent très inégalement . Le passage de l’embryon à l’homme adulte se fait graduellement, de la naissance à l’âge de dix-huit ou vingt ans chez les filleset de vingt-trois ou vingt-cinq ans chez les garçons. C'est le cas pour tout le développement de l'âme et des fonctions nerveuses, comme pour celui du reste du corps. Examinonsen les grandes lignes.
Sûrement logé par la matrice et nourri par le sang maternel dans son sac obscur, l’embryon s’y était développé jusqu'à la naissance et y avait crû, séparé du monde extérieur et de ses impressions, en demeurant en somme passif, quoique un peu mobile. Subitement arraché à ce doux repos, le voilà brutalement mis en contact avec le monde extérieur. Dèslors, et jusqu'à la mort, ce dernier agit sans cesse sur l’homme au moyen des organes des sens et de leurs nerfs, tandis que l’homme réagit à son toursurle monde à l'aide de ses appareils moteurs. L'organe qui enregistre, coordonne et combine presque toutes les impressions du monde extérieur et qui provoque presque toutes les réactions de l’homme sur ce dernier, est le cerveau.
Je renvoie à ce qui a élé dit au chapitre I sur la mémoire, ainsi qu’à tous les chapitres précédents. Il en ressort clairement que toutes les transformations opérées par nous des irritations reçues du monde extérieur, de même que tous nos engrammes moteurs et toutes nos impulsions volontaires (en un mot, que tout notre travail cérébral) provoquent dans le courant de notre vie une évolution ou transformation continuelle de la personnalité (de notre moi), c’est-à-dire de l'ensemble des dynamismes de notre cerveau. Le cerveau, c’est l’homme, disions-nous au début. La faculté réceptive formidable de chaque cerveau humain pour les phénomènes du monde extérieur, fait qu’il se développe très différemment des autres selon les circonstances dans lesquelles il vit, selon les travaux qu’il exécute et selon les hommes et les choses qui réagissent sur lui. Or ce sont les lois de l’exercice et de l’habitude qui déterminent toutes ces transformations de la personnalité, suggestion et affections mentales exceptées.
L’exercice fait le maître, chez le travailleur mental, comme chez le gymnaste eL le sportsman. Plus on exerce avec persévérance scs diverses activités, plus le cerveau devient capable dans divers domaines. Mais il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette loi. Toute activité épuise, si la nutrition et le repos ne viennent pas entre deux rafraîchir et reformer le tissu nerveux épuisé, pendant que les produits de sa combustion sont éliminés. Le sommeil est le repos du cerveau, pendant lequel les neurones épuisés se reconstruisent à l’aide du sang et de la lymphe, comme tous les autres organes du corps. Or c’est la digestion qui fournit au sang et à la lymphe leurs éléments constitutifs.
L’expérience nous confirme que la loi de Y entraînement ou de l'exercice s’applique au cerveau comme aux muscles. Cette loi montre que tout effort exagéré, fait en une seule fois, et suivi d’un long repos, est plutôt nuisible, tandis qu'une activité multiple, répétée avec constance, interrompue par de courtes pauses de repos et entretenue par une nutrition suffi-