‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 45 sur 82 · ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE

font souvent transition. La différence fondamentale consiste en ce que, chez les affections décrites comme second groupe, ce qui est morbide concerne la disposition héréditaire ellemême, tandis que les maladies que nous avons fi décrire maintenant surgissent d’une façon aiguë dans le courant de la vie, soit, provoquées par des actions nocives venant du dehors, soit sur la base de l’activité cérébrale elle-même, maltraitée par les effets de dispositions héréditaires anormales. Dans ce dernier cas, l’action sourde et répétée des dispositions morbides du cerveau a préparé la catastrophe de longue date, et l’on peut désigner cette dernière du terme de cataclysme neurocymique.

L’état actuel de nos connaissances ne nous permet en outre pas toujours de délimiter nettement et sûrement ce qui est fonctionnel de ce qui est organique.

A. Épilepsie. — L’épilepsie ou haut mal est connue de Ions. Comme disposition, elle est extrêmement héréditaire, éclot très ordinairement dans la jeunesse, et se rapproche par conséquent beaucoup des deux groupes précédents. Outre les attaques ordinaires de haut mal, dans lesquelles le malade tombe subitement en perdant connaissance et où il est pris de convulsions cloniques, on voit souvent arriver dans le cours de la maladie des accès de psychoses allant jusqu’à la folie furieuse, accès dont les malades perdent tout, ou à peu près tout souvenir (amnésie). On entend par « épilepsie larvée » ou petit mal épileptique, des accès de vertige ou d’absence qui ne durent que quelques secondes à peine, et dans lesquels le malade ne tombe pas et n’a pas de convulsions, mais où il perd un instant connaissance. Lorsqu’elle commence dans la jeunesse, l'épilepsie arrête très ordinairement le développement mental et conduit souvent, à une défectuosité morale et à une démence plus ou moins accentuée. Chez les vieux épileptiques, on trouve une sclérose ou durcissement de la couche la plus superficielle de l’écorce du grand cerveau. On

ne sait encore si celte sclérose est la cause ou l’effet de la maladie. D’autres formes spéciales d’épilepsie sont dues à des foyers inflammatoires ou à d'autres lésions du cerveau (épilepsie dite jacksonienne). L’abus et môme l’usage de l’alcool renforcent l’épilepsie et provoquent ses accès. Ils peuvent parfois à eux seuls la produire chez les prédisposés. Traitée à temps et avec persévérance, l’épilepsie peut être guérie plus souvent qu’on ne le croit par l’emploi rationnel et persévérant des sels de brome. L’insensibilité complète de la cornée de l’œil, l’écume, la cyanose et les morsures que se fait le malade, distinguent l’attaque épileptique dite de haut mal, des crises hystériques, etc.

B. Psychoses fonctionnelles ou vésanies. Névroses fonctionnelles. — Sousle terme de folie maniaque dépressive , Kraepelin désigne les accès aigus d’excitation psycho-motrice avec fuite des idées et gaîté (manie aiguë), et inversement d’inhibition générale avec tristesse et souvent avec angoisse (mélancolie ou lypémanie). Les accès de manie aiguë et de mélancolie sont curables, mais ils ont, surtout les premiers, une grande tendance à se répéter ou à devenir périodiques. Lorsque des accès de manie alternent régulièrement avec des accès de mélancolie, on désigne le cas du terme de folie circulaire.

On entend par paranoia nu délire systématisé des persécutions et des grandeurs , une maladie presque incurable, composée d’idées délirantes de persécution et de grandeur, qui se développent peu à peu systématiquement et se combinent à une perte progressive du sens moral, ainsi qu'à une conservation relative de la clarté intellectuelle et de l’enchaînement normal des idées. Les malades atteints de paranoia sont à la fois dangereux et capables de travail. Ceux qui ne les connaissent pas les croient souvent sains d’esprit, parce que leurs actes sont bien ordonnés et qu’ils s’entendent admirablement à dissimuler leurs idées délirantes. Les processifs sont des malades de cette catégorie chez lesquels le délire de la persé-

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cution conserve le caractère du possible et se combine avec une obsession maladive à se croire lésés dans leurs droits. Cette obsession les pousse à poursuivre avec une ténacité inimaginable ce qu’ils considèrent comme leur droit, devant toutes les instances des tribunaux. Leur vie se passe ainsi en procès interminables, dans lesquels ils se ruinent en calomniant les autres. Parfois leur délire a pour point de départ quelque petite injustice réelle qu’ils ont subie. Par le terme de paranoïa originaire , on désigne l’état d'individus plus ou moins disposés dès leur enfanceau délire de la persécution et desgrandeurs. Cette dernière forme aurait pu tout aussi bien être traitée dans notre second groupe, auquel elle fait passage. Certaines sortes d’individus plus ou moins anormaux, désignés souvent dans le public du terme d’originaux, sont parents du paranoia originaire. Il y a en elTet des variétés de paranoia dont les délires se singularisent et perdent plus ou moins le caractère des persécutions ou des grandeurs.

Démence aiguë acquise ou démence précoce ( Kraepelin ). — 11 existe une quantité considérable de maladies menlalcsacquises qui présentent dès leur début des symptômes alarmants, tels qu’hallucinations, idées délirantes, souvenirs illusoires, dissociations, catalepsie, etc. Accompagnées ou non de dépression ou d’exaltation du sentiment, elles développent bientôt souvent des symptômes de sléréolypie et de négativisme. Après un cours plus ou moins prolongé, elles conduisent le plus souvent à une démence profonde et incurable. Les cas de ce genre remplissent les asiles d'aliénés. Kahlbaum, llecker et Kraepelin ont distingué dans ce groupe, bien caractérisé par le dernier de ces auteurs :

L’ hébéphrénie (désuétude rapide et démence profonde chez des adolescents) ; la catatonie (forme présentant surtout des phénomènes de catalepsie, de négativisme, de sléréotypie et de perturbation mentale) ; la démence aiguë simple et la démence paranoïde, maladie qui présente des délires analogues à ceux du paranoia, mais qui conduit rapidement à la pertur-

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bation mentale et à la démence, etc. 11 y a cependant certains cas, surtout de catatonie, qui se guérissent, et d'autres qui font transition aux deux premiers groupes de formes indiqués sous la lettre B.

Névroses fonctionnelles. — Il existe une série de maladiesdouloureuses et de troubles moteurs, de nature purement fonctionnelle, sans alléclion mentale, et dépendant néanmoins en tout ou en majeure partie du grand cerveau. Tels sont les migraines et bien d'autres maux de tête, d'autres névralgies et douleurs telles que la sciatique, le lumbago, le torticolis, l'akinesia algera. On pourrait désigner plusieurs d'entre elles du terme de pseudo-rhumatisme. Dans le domaine moteur, on peut nommer ici le blépharospasme, la crampe de l'écrivain, le bégaiement, la danse de Saint-Guy ou chorée, l'alhétose (une forme particulière du tremblement, qui repose souvent du reste sur une affection organique des centres nerveux), la tétanie (attaques de crampes toniques), l’apraxie, l'astasieabasie, etc. La constipation, les troubles fonctionnels des règles, l'impuissance psychique, les perversionssexuelles,l'énurèse, etc., troubles qui peuvent être produits ou, au contraire, guéris par la suggestion ou l’autosuggestion, sont bel et bien, et quoi qu'on en dise, des névroses fonctionnelles cérébrales. Le nombre des névroses fonctionnelles dans le domaine de la sensation (de la douleur) et du mouvement est considérable. Elles reposent le plus souvent sur des irritations du grand cerveau, et c’est par la suggestion hypnotique seule, soit directe, soit indirecte (provoquée par les procédés thérapeutiques les plus divers, tels que l’électrothérapie, le massage, etc., agissant suggestivement), qu'on peut les faire disparaître. Mais ce n’est pas toujours le cas. Elles sont souvent très tenaces, et il est fréquemment fort difficile de découvrir le joint par lequel elles ont été déclanchées. Le point de départ de l’irritation peut se trouver à la périphérie du corps. 11 y a par exemple des migraines provoquées par une anomalie de la forme de la cornée (astigmatisme), le trouble visuel surme-

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nanl les nerfs sensibles et moteurs de l’œil et irritant ainsi par voie réflexe le trijumeau, qui est le nerf sensible du visage. En sens inverse, des émotions, l’effroi, des autosuggestions, etc., peuvent par la voie centrale, c'est-à dire par le grand cerveau, provoquer des migraines identiques ou d'autres troubles nerveux. Les psychoses purement fonctionnelles (les cataclysmes neurocymiques généraux du grand cerveau) évoquent de même souvent, par voie réflexe, des troubles nerveux localisés, et, inversement, quoique plus rarement, sont provoquées par eux.

C. Intoxications du système nerveux. — Nous pouvons désigner du terme d’aliments toutes les substances qui, absorbées par le corps, se combinent chimiquement avec le protoplasma vivant et contribuent, soit à le construire, soit à fournir l’énergie nécessaire à ses fonctions. On avait autrefois érigé en dogme qu’une partie des aliments ne faisaient que brûler dans le corps pour produire de l’énergie, sans devenir jamais, môme passagèrement, partie intégrante du proloplasma vivant. Plus nous avançons dans la connaissance de la vie, plus ce dogme semble être erroné, car on peut démontrer partout les produits de décomposition du protoplasma, ainsi que l’emploi des aliments à sa composition, tandis qu’on ne peut prouver nulle part qu’une simple combustion se passe, sans que les substances brûlées (oxydées) aient été employées précédemment comme matériel cellulaire (Kassowitz). Ce qui est en tout cas certain, c’est qu’une substance ne peut être décorée du titre d’aliment si, en brûlant, elle lèse ou détériore du môme coup d’une façon quelconque le proloplasma vivant . Toute substance qui brûle dans le protoplasma et lui nuit en môme temps, est ce qu’on appelle un poison. Il existe des poisons qui viennent du dehors. Les expériences récentes ont montré qu’en outre d’autres poisons appelés toxines se forment dans le corps luimôme par l’accumulation de produits de décomposition îles

cellules. La chimie des tissus animaux n'a pu néanmoins nous livrer jusqu’ici que des corps composés que nous tirons des tissus morts ou que des produits de décomposition des cellules (excrétions ou sécrétions). La chimie de la vie est encore pour nous une énigme, pour la solution de laquelle nous ne possédons que des hypothèses fort douteuses. 11 s’ensuit que nous n’avons pas d'autre définition exacte de ce que c’est qu’un aliment, que celle qui résulte de ses effets pratiques et qu’on peut formuler comme suit :

Les aliments sont toutes les substances servant à bâtir les éléments du corps humain et à entretenir leurs fonctions, dès qu’elles se sont montrées propres à ce but par suite d’une longue adaptation phylogénique, l’expérience ayant prouvé qu’elles font prospérer la vie et la santé du corps, sans y provoquer d’effets toxiques. Parmi les aliments, nous devons compter avant tout l’eau, la plupart des corps protéiques, l’amidon, la graisse, le sucre, les sels végétaux, la chlorophylle, etc., tels qu’ils sont contenus dans les fruits, les légumes, les racines, les céréales, le lait, la viande, etc. L'affirmation qu'un poison peut être en même temps un aliment, n’est qu’un jeu sur les mots. Certains poisons, la plupart même, peuvent sans doute, par leur décomposition dans le corps, y développer des calories, parfois de la graisse et quelques autres effets analogues à ceux des aliments. Mais du moment qu'ils lèsent passagèrement ou d’une façon durable les fonctions vitales ou la structure anatomique du protoplasma, on n’a plus le droit de les décorer du titre d’aliments, car le mal qu’ils font au corps dépasse de beaucoup leur utilité, et rien n’est plus facile que de les remplacer par de véritables aliments qui n’offrent aucun danger. Le phosphore et l’arsenic poussent à la graisse, et la glycérine brûle dans nos tissus, ce qui ne donne pourtant aucun droit d’attribuer à ces substances toxiques le titre de matières alimentaires. D'autre part, sans doute, plusieurs des meilleurs aliments peuvent produire des

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toxines et agir ainsi indirectement d’une façon toxique, lorsqu’on les prend en trop grande quantité et qu’on en sature ainsi nos tissus. Mais il s’agit là d’une chose à laquelle il est facile de se soustraire en évitant la gloutonnerie et en prenant un exercice musculaire suffisant. Certains corps chimiques sont en outre toxiques pour certains animaux et pas pour d'autres. Ici, l’on pourrait encore penser à la possibilité d’une adaptation graduelle. Mais ce n’est jamais le cas des substances qui, comme l’acool, agissent sur tous les organismes vivants comme poisons protoplasmiques. Quelles sont donc les substances que l’expérience nous prouve être les poisons principaux du système nerveux ?

Il existe deux sortes d’intoxication : a) celle par les poisons facilement solubles ou décomposables qui disparaissent bientôt du corps. L’action de ces poisons peut néanmoins provoquer des lésions durables et même irréparables par sa répétition. Ils occasionnent donc deux sortes d'intoxication, premièrement l’intoxication aiguë (c’est-à-dire subite, plus ou moins violente, mais passagère) lorsqu’on les prend en une seule fois, et secondement l’intoxication chronique (c’est-àdire lente, tenace, souvent incurable, causée par une accumulation de résidus et d’effets non corrigés), b) La seconde sorte d'intoxication est celle par les poisons difficilement solubles et non décomposables, tels que surtout les métaux, poisons dont l’action est d’emblée très chronique et lentement progressive.

a) Poisons facilement solubles. — Citons d’abord une série de poisons qui agissent plus ou moins rarement sur nous par suite d’accident ou d’erreur, tels que les gaz toxiques (oxyde de carbone et gaz à éclairage, certains champignons, etc.), et dont la plupart provoquent, soit une paralysie fonctionnelle, soit une excitation, soit plus rarement une action destructive sur le système nerveux. Leur effet ne se répète pour ainsi dire jamais, car on les évite dès qu’on les aperçoit. On les emploie souvent aussi pour assassiner ou se sui-

l86 M VLADIES OU ANOMALIES MENTALES ET NERVEUSES

cider, el l’on meurt ou l’on se guérit de l'empoisonnement aigu qu’ils provoquent. Il est rare qu’on en ressente un effet durable. Tout au plus certaines paralysies ou psychoses (la plupart du temps des étals comateux ou des perturbations mentales, qui durent quelques semaines) se développent-elles parfois à la suite de leurs effets immédiats. Leur importance est fort médiocre, les cas étant rares, car l'homme en a très peur el les évite avec le plus grand soin.

Les poisons narcotiques sont par contre d’une importance capitale, el c'est tout particulièrement le cas de ceux dont l’usage habituel s’est développé au point d’entrer dans les mœurs des peuples. Les plus terribles sont l’alcool, l’opium, la morphine, le hachisch, l’éther et la cocaïne. Tous provoquent d’emblée une intoxication cérébrale dont l’effet est agréable, parce qu’elle paralyse, c'est-à-dire rend obtuses, les sensations douloureuses, parce qu’elle fournit ainsi l’illusion du bonheur, excite au début plus ou moins légèrement l’action motrice, chatouille agréablement les sensations el les appétits inférieurs, et entrave les associations mentales complexes, le jugement, la réflexion, l’accomplissement des résolutions sérieuses, et enfin les sentiments moraux el esthétiques. L’homme ressent agréablement tout ce qui émousse l’activité de son cerveau. Tous ces poisons ont en outre la particularité commune de développer à la longue une passion plus ou moins forte, c’est-à-dire un désir pathologique, plus ou moins accentué selon les individus, de s’intoxiquer à nouveau el à dose plus forte. Illusionnant ainsi l’homme sur lui-môme et l’attirant comme une sirène, l’action de ces poisons sur son cerveau tend perpétuellement à répandre leur usage dans la société humaine et à accentuer leur effet sur un nombre toujours croissant de ses membres. Us entraînent de véritables épidémies ou endémies toxiques des peuples. Lu même temps leur usage répété provoque une dégénéralion lente du système nerveux central ainsi que d’autres tissus, et par là un dépérissement graduel.

intoxications nu système nerveux 187

Tant que leur usage demeure modéré, l’effet de leur action chronique est si difficile à reconnaître et les troubles durables qu’ils provoquent sont si peu apparents, que la société s’y habitue et ne s’aperçoit pas à quel point sa valeur mentale générale en diminue. Lorsque, par contre, les doses employées sont plus fortes, l’intoxication chronique transforme le caractère au point de provoquer des psychoses complètes et môme la démence. Les narcotisés chroniques (alcooliques, morphinomanes, opiophages, éthéromanes, etc.) deviennent, selon la nature du poison qui les passionne, plus ou moins lèches, brutaux, amoraux, somnolents, etc., tandis que l'intoxication aiguë ou ivresse ressemble plutôt à un accès passager de folie. Le pire de tout est néanmoins le fait qu’en particulier l intoxicalion alcoolique aiguë et chronique détériore aussi les glandes sexuelles et les germes qu’elles contiennent, de sorte que la descendance en dégénère par blaslophthorie sur une échelle plus ou moins considérable selon le degré social de l’intoxication (voir plus bas). C'est là un fait aujourd’hui absolument démontré. Une grande partie des maladies et anomalies du système nerveux décrites dans les groupes 1, II et III sont sans aucun doute le produit indirect de l'intoxication aiguë et surtout chronique des germes de nos ancêtres. On peut prouver la chose d’une façon éclatante pour l’idiotisme et l’épilepsie, mais aussi pour le groupe des psychoses et des névroses héréditaires. Dans le monde civilisé, c’est l’alcool qui joue ici de beaucoup le rôle le plus important, sauf en Chine et en Inde, où c'est l'opium.

L’intoxication alcoolique aiguë s'appelle ivresse, l'intoxication chronique alcoolisme chronique. Le délire alcoolique est une psychose intercurrente qui se déclare souvent dans le cours de l’alcoolisme chronique. Il existe aussi une épilepsie alcoolique, des paralysies alcooliques, des névralgies, atrophies du nerf optique, mélancolies, manies, délires systématisés et môme des atrophies cérébrales suivies de démence, à la suite de l’intoxication alcoolique. Une poly-

névrite (inflammation multiple des nerfs) accompagnée d'une psychose grave, dite psychose de Korsakov, se développe presque toujours sur une base alcoolique. Au moins la moitié des crimes et délits (plus des trois quarts des crimes contre les personnes, en particulier des délits sexuels), se perpètrent sous l'influence de l’alcool. L'alcoolisme occasionne souvent des anomalies, de l’appétit sexuel. Dans les quinze plus grandes villes de la Suisse, un tiers des suicides et plus d’un dixième des cas de mort chez les hommes au-dessus de vingt ans, sont dus directement ou indirectement à l’action de l'alcool. De 20 à 35 p. 100 des admissions masculines dans les asiles suisses d’aliénés sont des cas d’alcoolisme. Dans une statistique reposant sur un nombre limité, mais bien étudié de cas, le docteur Jung a trouvé, parmi les recrues suisses dont plus de 5o p. 100 ont dû être renvoyées pour inaptitude au service militaire, 9 p. 100 d’imbéciles, et, chez les réformés provisoirement, revenant entre 20 et 3o ans à l’examen médical, 12,9 p. 100 d’alcooliques. C’est le même composé chimique, l’alcool éthylique, qui donne à l’eau-de-vie, au vin, à la bière et au cidre leur action toxique et qui provoque les effets pathologiques d’intoxication sociale que nous venons de résumer en deux mots. Jusqu’ici, on n’a guère su faire officiellement autre chose que de prêcher la modération et la tempérance et de laisser s’exercer du plus au moins l'intempérance, au lieu de faire la seule chose rationnelle, c’est-à-dire de lutter pour obtenir la suppression radicale de l’usage de ce poison social. Dès que l’homme se laisse aller à l’usage d’un narcotique, il en est malheureusement ébloui ; il demeure dans l’illusion, et la dégénérescence générale lui reste en grande partie voilée, parce que chaque individu ne l’observe le plus souvent sur lui-même que lorsqu’il en ressent fortement les effets sur sa santé, et parce qu’il ne ressent pareils effets que quand ils sont déjà fort avancés ; il est alors le plus souvent trop tard pour les guérir. Un singulier cercle vicieux se forme entre

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