INTOXICATIONS DU SYSTÈME NERVEUX
l'alcoolisme et les psychopathies constitutionnelles (la disposition héréditaire aux maladies nerveuses et mentales de notre groupe II) : ces dernières sont créées à un haut degré par l’hérédité blastophthorique du premier; mais en même temps le psychopathe constitutionnel a une forte tendance à l’ivrognerie, c’est-à-dire à se passionner de l’alcool, et tombe dans l’alcoolisme plus facilement que l’homme normal. Voilà pourquoi les gens s’imaginent que, parce que les psychopathes supportent moins bien l’alcool que les autres, l’ivrognerie n’est que « le vice de quelques ratés ou déséquilibrés! » Le cerveau de l’homme normal est relativement plus résistant, et d’autres organes internes, tels que le cœur, le foie et les glandes sexuelles, sont ordinairement. alcoolisés avant lui ; le malade meurt alors souvent d’alcoolisme sans être devenu ce qu’on appelle communément un ivrogne, parce qu’il n’a pas fourni les symptômes de l’ivresse grossière, mais il n’en fait pour cela pas moins dégénérer la race. Tous ces faits, le public les ignore, les oublie ou s’en moque.
Les chillres suivants montrent mieux que tout le rôle direct de l’alcool dans les maladies du système nerveux. De 1870 à 1900, 7.720 aliénés ont été internés à l’asile de Burghôlzli à Zurich, dont 972 intoxications du système nerveux (femmes comprises). Dans 925 cas (95,2 p. 100 des 972, ou 12 p. 100 de toutes les admissions), il s’agissait d’alcoolisme, et dans 38 cas (3,9 p. 100 des 972) d’intoxications morphiniques. Ajoutons 3 cas d’intoxication saturnine (plomb), 1 cas de bromisme, 1 cas de cocaïnisme, 1 cas de chloralisme, 1 cas d’éthéromanie, 1 cas d’intoxication par l’oxyde de carbone et 1 cas d’intoxication par le gaz d’éclairage, qui constituent entre eux tous le 0,9 p. ioo restant des intoxications du cerveau. Quant aux intoxications par la nicotine (tabac), le thé et le café, dont on bavarde tant pour faire croire au public que les anti-alcoolistes font preuve d'un exclusivisme fanatique, aucun cas n’en a été observé,
quoique l'usage de ces substances soit très répandu en Suisse et que nous soyons les premiers à déconseiller à tout le inonde au moins l'usage du labac. En 1900, les asiles suisses d'aliénés ont admis lous ensemble hommes (admissions masculines seules), d’après la statistique fédérale. Sur ce nombre, 9 .y\ (20 p. 100) étaient atteints de psychoses alcooliques, et 9 cas seulement concernaient d'autres psychoses par intoxication, surtout la morphinomanie. On ne sentira toute l’importance de ces chiffres que quand on aura suffisamment compris qu'une proportion, impossible à fixer par la statistique, des autres aliénés doivent leur maladie non pas à leur propre intoxication, mais ii celle de leurs ancêtres, et que beaucoup d'autres facteurs d'aliénation mentale et de névroses (en particulier la syphilis) s'acquièrent avant tout pendant l'ivresse alcoolique.
Lorsqu'on enlève leur poison (surtout la morphine, mais aussi d'autres) aux narcotisés chroniques, ils souffrent d'abord cruellement de ce qu'on appelle les phénomènes d'abstinence. Et pourtant la suppression absolue de l’usage du poison constitue leur seule possibilité de guérison. La santé et la force normale ne leur reviennent que lorsqu'ils ont surmonté les souffrances initiales de l'abstinence. Néanmoins un reste ou déficit chronique incurable demeure fréquemment. De toutes les intoxications narcotiques connues en médecine, c'est l’alcoolisme qui présente le moins de symptômes d’abstinence. O11 peut supprimer subitement l'usage de l'alcool, sans que le malade en souffre en général d’une façon notable. Quiconque a une tendance à la passion d’un des narcotiques indiqués, succombe facilement aussi à l’un des autres. Donc la seule règle d’hygiène qui lui convienne est l’abstinence de tous les narcotiques. Cette règle devrait du reste être celle de chacun.
h) Poisons difficilement solubles et demeurant dans l'organisme. — C'est surtout le plomb (en particulier chez les pein-