‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 51 sur 82 · HÉRÉDITÉ ET BLAST0P11TH0RIË 1 <J · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ ET BLAST0P11TH0RIË 1 <J

qui a été sélectionnée par le combat pour la vie. On est donc obligé de se demander quelles sont les causes qui, dans un groupe ou une génération donnée d’animaux ou d’hommes, créent ou entretiennent la disposition des descendants à devenir névrosés ou aliénés. Comme seul ce qui modifie ou altère le proloplasma des germes (voir chapitre V) est capable de s' hériter, les maladies locales purement acquises du système nerveux ne peuvent comme telles créer de dispositions pathologiques héréditaires. Comme, en outre, les dispositions pathologiques héréditaires ont une tendance à disparaître au bout de quelques générations par ce qu'on appelle la régénération, lorsque les organismes qui en sont atteints vivent dans des conditions saines, une dégénéralion progressive suppose nécessairement des causes progressives aussi, ou tout au moins des causes agissant toujours à nouveau ; on ne peut pas la construire à la seule aide de dispositions ancestrales pathologiques, héritées à l'in fini.

C’est surtout dans les asiles d’aliénés qu’on a étudié l’hérédité nerveuse. Selon les statistiques, on trouve des tares nerveuses chez les procréateurs et les parents les plus proches dans les l\Q à 80 p. 100 des cas d’aliénation mentale. Ces statistiques reposent néanmoins sur des données si peu exactes et sur des bases si peu sûres, qu’on ne peut pas en faire grand cas. J’ai engagé dans le temps Mlle J. Koller, docteur en médecine (actuellement Mme Thomann), à faire dans sa thèse de doctorat une comparaison soigneuse entre l’ascendance de 4oo aliénés et celle de ^oo personnes normales. Les personnes normales se trouvèrent aussi fortement tarées d’hérédité que les aliénés (surtout sous forme d'affections mentales et nerveuses) dans les lignes collatérales et dans l’asccndanee indirecte. L’apoplexie, la démence sénile, la destruction organique du cerveau en général, accusèrent même une fréquence aussi grande dans l'ascendance directe des gens normaux que daus celle des aliénés. Par contre, l’ascendance directe (père et mère) des aliénés se trouva bien plus forte-

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ment atteinte d'idiotisme, île caractères singuliers, de maladies mentales et d’alcoolisme. Si l’on réfléchit à ce qui vient d’ôtrc dit, on voit que notre statistique n'a pu mettre au jour qu'une seule cause productrice de nouvelles tares mentales et nerveuses chez les germes sains : l’alcoolisme. 11 en existe d’autres sans aucun doute. La statistique récente de O. Diem, basée sur les mêmes principes que celle de J. Koller, arrive au môme résultat. 11 existe sans doute d'autres causes, mais elles ne sont pas assez fréquentes, ou trop peu claires, du moins chez nous en Suisse, pour s'exprimer par des chiffres, si nous en exceptons toutefois le crétinisme, endémique dans certaines contrées.

Quoi qu'il en soit, il est déjà suffisamment triste de voir les dispositions nerveuses anormales des procréateurs, acquises préalablement par leurs ancêtres, se transmettre à leurs descendants. Les anomalies qui viennent très tôt au jour, comme l’idiotisme et l’épilepsie, sont d’ordinaire l'expression d’une dégénérescence profonde des engrammes héréditaires du système nerveux. Il en est de môme des psychopathies constitutionnelles ou caractères anormaux (notre second groupe). Les chiffres prouvent aussi que ce sont ces affections qui existent le plus souvent chez les parents des aliénés. L'enseignement fort simple qui découle de ces faits est que les hommes dont la mentalité et le système nerveux sont fortement anormaux, et surtout ceux chez lesquels ils sont de valeur inférieure, ne devraient pas procréer d’enfants. Sauf l'alcoolisme, les maladies mentales dites acquises tarent un peu moins les descendants; elles proviennent néanmoins elles-mêmes en majeure partie d'une prédisposition héréditaire, récidivent très fréquemment et disloquent ordinairement la vie de famille à un tel point, que quiconque a été aliéné ne devrait jamais procréer d'enfants, à l’exception de certains cas spéciaux dus à des causes purement extérieures.

Bien peu de gens comprennent encore pourquoi un individu

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déséquilibré ou fou provient parfois de parents et d’ancétres apparemment sains, sans que l'alcoolisme de l’un d’eux soit venu créer une nouvelle lare. El l’on ne comprend guère mieux pourquoi les enfants des fous et des ivrognes ne sont pas lous fous ou déséquilibrés. Ce point mérite un éclaircissement, car de pareils cas sont tout aussi bien le produit de l'hérédité que ceux chez lesquels on reconnaît facilement et directement cette dernière. Jamais deux frères ou deux sœurs ne sont absolument identiques. I)e même, le fait que par exemple douze enfants des mêmes parents, provenant de races différentes, diffèrent extrêmement entre eux, surtout quand il s’est produit de forts croisements pendant plusieurs générations dans leur ascendance, prouve indubitablement la variété qualitative des combinaisons mnémiques ancestrales dans la provision des cellules germinatives de chaque individu mâle ou femelle qui viennent à se conjuguer. Certaines de ces cellules contiennent plus d'engrammes ou des engrammes plus forts de tel ou tel ancêtre ou lignée ancestrale que d’autres, chez lesquelles en revanche prédominent les engrammes d’autres lignées.

11 est donc évident que les caractères d’un individu dépendent énormément des combinaisons particulières de la mnème héréditaire de chacune des deux cellules (mâle et femelle) qui se sont par hasard et précisément conjuguées pour lui donner naissance. Or il peut arriver qu’une combinaison malheureuse accumule ou combine précisément les cêtés faibles ou les tares pathologiques de certains ancêtres de façon â faire naître une anomalie complète ou une valeur absolument inférieure, tout aussi bien qu'inversement, d'ancêtres fort ordinaires ou même assez défectueux, peut naître un descendant fort remarquable par une heureuse combinaison et accumulation d'engrammes ancestraux bien choisis. Ce sont là des faits si patents et si journaliers qu’ils sont indéniables. Nous sommes même obligés d'admettre que les différents organes et les diverses qualités d’un individu sont

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combinés en proportions fort diverses d’engrammes de différents ancêtres, et qu'ils les développent ou les eephorent très inégalement. Un homme peut par exemple combiner la forme du nez d’un bisaïeul paternel avec l’imagination de sa grand’mère maternelle, et ainsi de suite. On tomberait néanmoins dans une grave erreur en déduisant de ces faits un dogme métaphysique faisant tout remonter au « hasard » ou au contraire à la « fatalité ». Plus le nombre des facteurs de mauvaise valeur ou pathologiques et de certaines prédispositions néfastes de l'énergie des ancêtres et des procréateurs directs est considérable, plus grande est la probabilité de la naissance de descendants défectueux, anormaux, détraqués ou aliénés. Plus au contraire les ancêtres et les procréateurs directs se composent d’hommes normaux et supernormaux, c’est-à-dire fortement doués à tous les égards, plus le nombre des produits de valeur sera grand. L’hérédité simple en revient donc à un calcul des probabilités. Un cas particulier ne prouve rien du tout. Il s’agit là d'approximation, et l'on peut seulement dire que les descendants de procréateurs normaux et capables à la fois, quand ces derniers n’empoisonnent et ne maltraitent pas les germes de leurs glandes sexuelles, sont composés en grande majorité d’individus normaux et capables, tandis qu'au contraire les descendants de cerveaux décidément inférieurs et pathologiques seront en majeure partie aussi des incapables et des individus pathologiques. Ce n’est qu'au bout de plusieurs générations qu’une vie normale et saine peut améliorer petit à petit la qualité d’une race ainsi dégénérée.

11 n’est pas difficile de voir que, dans nos procréations et nos mariages contemporains, nous transgressons misérablement les lois naturelles de l'hérédité, et que les hommes de la pire qualité sont précisément ceux qui souvent se reproduisent le plus. Nous ne voulons certes pas dire qu'il faille chercher à ne procréer que des génies! Mais au moins devraiton s'efforcer de favoriser la procréation d'individus utiles.

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sains, animés de sentiments de sympathie et de devoir, persévérants et travailleurs, enfin doués d'un bon équilibre mental. Dans son histoire de la science et des savants, Alphonse de Candollea prouvé parles faits que l'esprit scientifique et les hautes facultés mentales en général s’héritent, et combien il est faux de prétendre le contraire. Les descendants d'hommes distingués sont en moyenne bien plus distingués que ceux des imbéciles, et inversement. Notre sélection sociale est déplorable et crée perpétuellement une foule d’individus pathologiques et incapables. Voir aussi Fr. Gallon.

Toute influence qui empoisonne ou lèse les germes, et qui vient par conséquent poser la base de la dégénérescence héréditaire dans un groupe vivant jusqu'ici sain, peut être désignée du terme général de blaslophthorie (détérioration du germe), et la façon dont elle agit sur ses descendants immédiats, de celui de fausse hérédité. Fausse, parce que ce. 11e sont pas les qualités préexistantes d’un ascendant qui se transmettent à un descendant, mais parce que, de la détérioration des éléments ou engrammes mnémiques du germe procréateur, naissent pour la descendance des qualités pathologiques ou inférieures, par déviation des déterminantes du germe. Une fois développées, ces qualités, fixées provisoirement dans la mnèine, se perpétuent dans les générations subséquentes par hérédité ordinaire ou vraie. La blastophthorie (1) est donc la pire forme de l’hérédité, parce qu’elle donne toujours de nouvelles impulsions tendant à une dégénérescence progressive de l’espèce. En outre elle ne se contente pas de créer îles maladies du système nerveux ; elle fait dégénérer tous les organes du corps (voir chapitre V,

(1) Cette notion répond h des faits pathologiques. Les expériences de Slandl'uss et d'autres chez les papillons ont, par contre, fait connaître une transformation physiologique phylogénique de la unième des germes, transformation obtenue à l’aide d'agents physiques comme la chaleur et le froid, et qu’011 pourrait désigner, pour la distinguer de la blaslophthorie, du terme de « hlastomélaplasie ». Toute véritable hérédité est blustogène.

'lo\ CAUSES DES MALADIES MENTALES ET NERVEUSES

Ontogénie). Le type principal <le la blaslophlhorie dans nos pays civilisés est, l'alcoolisme héréditaire, et c'est lui qui est certainement la cause primordiale d’un nombre immense, sinon du plus grand nombre, des anomalies et maladies mentales. Les preuves expérimentales sont là pour le prouver ; citons-en quelques-unes :

i° Diverses sociétés d'assurances sur la vie en Angleterre, en Ecosse cl en Auslralie, assurent les abstinents d'alcool dans une classe spéciale, les séparant de ceux qui consomment celle substance ; elles n'assurent jamais les buveurs immodérés. Eh bien ! si l’on représente par 100 p. 100 le nombre «les morts prévues par le calcul des probabilités basé sur la mortalité générale, la section des abstinents n'accuse que 70 p. 100 de morts, sur yo p. 100 à yy p. 100 dans la section des modérés. Comme ces sociétés sont mutualistes, il en résulte que les abstinents reçoivent un dividende qui diminue leur prime à payer du i5 au 20 p. 100. Ce résultat tie varie guère depuis 5o ou fio ans.

2° Environ la moitié ou les trois quarts des idiots et épileptiques proviennent de parents ou du moins de pères alcooliques (voir par exemple la statistique de Bicêtre). Je ne répète pas celle de Mlle J. Koller, docteur en médecine.

3° Les expériences faites sur les animaux par llodge, Combemelle, Marillier et Laitinen prouvent à n'en plus douter que les descendants d’animaux artificiellement alcoolisés se composent en grande partie d’avortons ou d'individus dégénérés ou non viables (hydrocéphales, rachitiques, mortnés, etc.).

4° Déminé, à Berne, et d’autres ont obtenu des résultats semblables en étudiant les descendants de familles d’ivrognes. Demme, médecin célèbre de l'hôpital des enfants de Berne, a étudié la postérité de dix familles nombreuses dont le père et une partie des ancêtres s’étaient adonnés à la boisson, et l'a comparée à celle de dix autres familles dont l’ascendance, sans être abstinente, avait au moins été sobre.

HÉRÉDITÉ KT W.ASTOPIITlIOniK «o5

Le premier groupe (buveurs) engendra ftj enfants, dont 12 moururent |>eu après la naissance de faiblesse générale, 8 devinrent idiots, i3 furent atteints d’épilepsie ou d'autres convulsions, 3 de diverses infirmités corporelles, 2 de surdimutilé, 5 devinrent ivrognes avec complication d’épilepsie et de chorée, 5 devinrent nains. 9 seulement sur se développèrent normalement, tant de corps que d'esprit. Chez 7 de ces derniers, le père seul avait été ivrogne, tandis que la mère et l'ascendance paternelle n’avaient présenté aucun cas d’alcoolisme. Parmi les 87 enfants dont la mère était buveuse cl dont l’ascendance paternelle avait aussi présenté des cas d’ivrognerie, 2 seuls demeurèrent normaux.

Le second groupe (gens sobres) engendra 61 enfants, dont 3 moururent de faiblesse générale et 2 de gastro-entérite peu après la naissance. 2 de ces enfants furent atteints de chorée, 2 autres de difformités corporelles, et 2 d’un retard de développement intellectuel, sans cependant être idiots. 5o se développèrent d’une façon entièrement normale.

Ajoutons que les dix familles d’ivrognes ne présentaient pas de tares héréditaires prononcées au point de vue de l’aliénation mentale et des maladies nerveuses. Chez l’une d’elles seule, 2 frères du père étaient épileptiques et un troisième était un homme exalté. Chez une autre 1 frère du père était aliéné. Chez un troisième, la mère se suicida à la suite de l’ivrognerie et de l’inconduite du père. Voilé tout. Nous venons de voir par la statistique Koller que l’ascendance de dix familles saines prises au hasard présentera tout autant de tares.

5“ Se basant sur les résultats du dernier recensement suisse qui a constaté la présence de 9.000 idiots dans notre pays, Bezzola a calculé pour eux deux courts maxima de conceptions, l’un à l’époque de la vendange et de ses suites immédiates, et l’autre à celle du carnaval, tandis que le maximum général des conceptions normales se trouve en été et dure longtemps. Dans les cantons viticoles, le maximum des con-

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ceptions d’idiols est considérable et presque uniquement concentré sur l'époque des vendanges. L'époque de la conception a été calculée en remontant neuf mois en arrière de celle de la naissance qui est indiquée sur les caries de recensement.

fi" Le physiologiste von Bunge, à BAle, a entrepris une sla tistique considérable pour rechercher les causes de l'incapacité croissante des femmes à allaiter leurs enfants. Les résultats en sont frappants, et montrent que l'alcoolisme des parents y joue le rôle principal. Il en est de même des résultats d'une statistique analogue entreprise par lui pour reconnaître les causes de l'aliénation mentale, de la disposition à la tuberculose, de celle à la carie dentaire, etc. Partout on voit l’alcool tarant les descendants au premier chef.

7° Tout dernièrement, II.-E. Ziegler et IL Fi'ihner ont prouvé que moins de 1 p. ioo d’alcool éthylique dissout dans l’eau de mer suffit pour ralentir le développement des embryons d'oursins, que 2 p. 100 causent déjà des monstruosités et des arrêts considérables de développement, et que \ p. 100 empêchent tout développement ultérieur des cellules conjuguées.

8° Enfin les autopsies des cadavres démontrent à tout médecin qui veut ouvrir les yeux l’action destructive de l’alcool sur les tissus du corps, de même que l’étude des malades lui fournit les mêmes preuves sur les tissus vivants. Ajoutons qu'en Suède et en Norvège, pays qui étaient les plus alcoolisés et les plus dégénérés pendant la première moitié du dixneuvième siècle, la réforme anti-alcoolique énergique qui a eu lieu il y a cinquante ans environ n’a pas eu seulement pour effet d'arrêter la progression des maladies mentales et de diminuer considérablement le nombre des crimes, mais aussi, et spécialement en Suède, oii les deux périodes sont mieux tranchées, de faire augmenter considérablement le nombre des jeunes hommes propres au service militaire. Ce fait s'est accentué dans le courant des dernières années sur

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les générations nées d’hommes plus sobres, depuis la réforme, et cela si bien, que, malgré l’emploi du même étalon, le nombre des recrues inaptes au service, qui était de ay p. 100 il y a cinquante ans, est tombé maintenant à 19 p. 100. Dans nos pays de l'Europe centrale, l’augmentation de l'alcoolisme produit au contraire une augmentation du nombre des recrues incapables ou inaptes. La chose se voit plus distinctement encore chez les peuplades sauvages, autrefois robustes, et actuellement dégénérées par suite de l’usage de l’eau-de-vie qui leur a été octroyée par les Européens. Tels sont les Indiens et les nègres d’Amérique, les Malais, etc.

Mais d’autres intoxications, telles que celles de divers narcotiques, de la syphilis, de la tuberculose, etc., peuvent aussi provoquer la blastophthorie des germes. Il en est de même de la vie de fabrique, de l’emprisonnement dans un mauvais air, de la nutrition insuffisante et de tous les genres de vie exclusifs ou malsains. A cet égard, les chiffres concernant spécialement le système nerveux nous font défaut. Ce dernier dégénère toutefois avec les autres organes du corps, tout aussi bien que l’intoxication alcoolique ne se limite pas au système nerveux, mais fait aussi dégénérer les autres tissus.

A propos de l’hérédité des anomalies mentales, signalons encore celle de la disposition au crime, déjà citée au chapitre Vil à propos de l’imbécillité du sentiment et spécialement de l’imbécillité morale. Le célèbre « criminel-né » de Lombroso n’est autre que l’amoral ou imbécile moral à tous ses degrés et dans toutes ses variétés. La majorité de nos civilisés qui commettent des crimes est plus ou moins disposée héréditairement au crime, ce que. la jurisprudence ignore encore ou feint d'ignorer le plus souvent dans la pratique, quand même en théorie elle commence à se rendre à l'évidence des faits. Si l’on pouvait rendre la société abstinente d'alcool et empêcher les natures criminelles (le se reprqdujre, on obtiendrait un résultat social bien supérieur À celui de

CAUSES DES MALADIES MENTALES ET NERVEUSES

toutes nos lois pénales H civiles. ('.'est là un fait qui est du ressort de l'hygiène, mais dont l’étude nous mènerait trop loin. Je renvoie donc à mes ouvrages sur la Question sexuelle ( 1 ) et sur le Crime el les anomalies mentales constitutionnelles ( 2 ), ce dernier fait avec la collaboration du professeur Mahaim.

B. Causes générales prédisposantes de l’évolution ontogénique. — L’Age et le sexe comportent la prédisposition à certains troubles mentaux. L’enfance tend, nous l'avons vu, aux psychoses et aux névroses ontogéniques (i er groupe du chapitre VII), ainsi qu’à l'épilepsie. Les psychoses el névroses du 4° groupe sont au contraire particulières à un âge avancé, tandis que l’Age fort et moyen est surtout disposé à celles du 3° groupe. Mais ci* sont principalement certaines causes d’alTaiblissemcnt qui, survenant à certains moments de la vie de la femme, ont la particularité d’éveiller les prédispositions héréditaires pathologiques latentes, de les envenimer, ou même de faire éclater des psychoses aiguës. Les couches, la ménopause (l'Age de la cessation des règles), les menstrues elles-mêmes et la grossesse agissent toutes dans ce sens. Beaucoup de psychoses s'exacerbent chaque fois pendant les règles, ou même se reproduisent périodiquement chaque fois à leur retour. La plupart des accès morbides neurocymiques, ainsi causés chez les femmes, sont aigus et curables. Ceux de la ménopause offrent néanmoins un pronostic en somme moins bon que les autres, sans être mauvais.

C. Causes acquises. — 1 “ Causes purement corporelles et matérielles. — Telles sont :

a) Toutes les intoxications (3 e groupe C du chapitre VII)- Dansce groupe la forme de la maladie dépend directement de sa cause, c’est-à-dire du genre d’empoisonnement. Nous ne

(1) Paris, G. Steinheil, 1903, a* édition igofi.

(a) Genève, Kiindig, 1902.

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parlons naturellement pas ici des troubles moniaux el nerveux déterminés indirectement chez les descendants d'alcooliques par la blastophthorie dont nous venons de parler, mai» seulement de l'intoxication directe du système nerveux, surtout par l'alcool, la morphine, etc... ainsi que par les aulo-intoxications. Nous avons déjà signalé l'importance de ce groupe.

b) Infection par des microorganismes. — La syphilis, la lièvre typhoïde, le choléra, la grippe, la rage, les bactéries septiques, la tuberculose, etc., peuvent tous s’attaquer au système nerveux, en particulier au cerveau, et provoquer ainsi des maladies mentales el nerveuses parfois mortelles, fort souvent chroniques et curables, parfois aussi incurables. Nous rappelons l'importance de la paralysie progressive et de l'ataxie locomotrice, dues à la syphilis.

e) Troubles spéciaux de la nutrition. — Je ne signale ici que pour mémoire la goutte, le myxœdèmc crétinisme, etc., déjà mentionnés comme groupe nosologique.

d) Un genre de vie anormal, l'isolement dans de mauvais locaux, les occupations malsaines, les mauvais logements, l'alimentation insuffisante, bref, tout ce qui fait dépérir la santé générale de l'homme et trouble sa nutrition, rend aussi le cerveau moins résistant et prédispose par là indirectement aux troubles mentaux et nerveux. Ce sont néanmoins encore ici les gens tarés d'hérédité nerveuse qui succombent le plus souvent, tandis que les autres dépérissent et meurent bien plutôt à la suite de lésions d'autres organes. On peut comprendre sous le présent chef les psychoses par épuisement (voir chap. VII).

e) Toutes les blessures directes el les maladies organiques locales du cerveau , les commotions, les déchirures du tissu cérébral, les tumeurs, les apoplexies, etc., font, il va sans dire, partie des causes immédiates de psychoses acquises. Mais les blessures fortuites du cerveau n'onl aucune action héréditaire quelconque , ni ordinaire ni blastophlhorique. Elles n'ont aucune action sur les germes, ni par conséquent s::r les des-

CAUSES l»ES MALADIES MENTALES ET NERVEUSES

rendants du malade, pus plus qu'elles ne sont elles mêmes causées par des tares ancestrales.

/incertains troubles nerveux qui ressemblent à l'hystérie, parfois même à la paralysie générale, mais qui sont l’effet direct de blessures graves et se produisent en particulier à la suite d’accidents de chemin de fer, méritent une mention spéciale. On les appelle névroses et psychoses traumatiques, et la question des dédommagements à payer par les sociétés d’assurances contre les accidents joue souvent un grand rôle dans leurs conséquences; elle influence même parfois sérieusement leur cours. Du reste, il s'agit là quelquefois de cas très graves, et l’on accuse souvent fort injustement le malade de simuler. Cela n'infirme naturellement pas la contre-partie.

Dans les cas légers surtout, les malades exagèrent souvent et simulent même à dessein certains symptômes, pour obtenir une plus forte prime de dédommagement. Ce qui est plus fréquent néanmoins, c'est que les névroses traumatiques s'aggravent inconsciemment par autosuggestion, le malade se frappant sur son état cl s’apitoyant sur lui-même.

Les névroses et psychoses traumatiques se produisent assez souvent par simple commotion, sans qu’il y ail d’hémorragie ni de lésion anatomique visible du cerveau. Mais d’autres fois elles sont dues à des déchirures et à des hémorragies du tissu nerveux produites par contre-coup.

2" Causes purement psychiques (neurocymiques). — Nous avons prouvé au chapitre III qu’il n’existe rien de purement psychique. Ce qu’on entend par causes psychiques, ce sont des agents irritaleurs qui provoquent dans le cerveau des orages neurocymiques fonctionnels, parce qu’ils sont associés aux pensées, soit directement, soit à l’aide des symboles des sens, et qu'ils peuvent ainsi déclancher des émotions profondes ou de longue durée. Je dis à dessein des émotions , car les activités purement intellectuelles ou volontaires n’agissent presque jamais ou seulement très exceptionnellement comme causes concomitantes directes d’affections

CAUSES ACQUISES

mentales ou nerveuses. Quand elles agissent, c'est en provoquant des états émotionnels. Les sentiments et les émotions jouent donc ici le grand rôle. Les causes dites psychiques agissent d’une façon purement dynamique, c’est-à-dire neurocymique, par irritation nerveuse. Il s’ensuit qu’elles ne peuvent provoquer d'emblée que des troubles fonctionnels et non des troubles organiques dans le sens indiqué plus haut. Quiconque a saisi la portée des chapitres précédents comprendra en môme temps comment de pareilles causes dites psychiques peuvent faire éclore des psychoses ou des névroses.

Je renvoie tout d’abord à ce que j’ai dit au chapitre I sur la suggestion. La suggestion et l’autosuggestion jouent en ell’el ici un rôle énorme, car, grâce à la dissociation et au monoïdéisme qu’elles produisent, l’afflux émotif, associé à une représentation quelconque, est capable de s’enller d’une façon formidable et non seulement de provoquer ainsi des effets durables, mais encore de demeurer sous forme de trace indélébile et latente, c’est-à-dire d’engramme puissant pendant des années (sous le seuil de 1a conscience), dans le cerveau où il constitue une « blessure toujours ouverte ou plaie psychique » (plaie de l'âme). Exemple : Un enfant se promenant au crépuscule est épouvanté par un farceur qui se présente à lui sous forme de fantôme ou de diable. L’effroi associé à la représentation du fantôme demeure comme engramme dans la mémoire du pauvre petit, réapparaissant avec elle dans ses rêves. Plus tard, l’enfant est pris de frissons d’effroi ou de terreurs convulsives chaque fois que le plus léger indice ou l’événement le plus banal vient éveiller à nouveau ce souvenir et rouvrir ainsi la plaie. A la suite de pareilles blessures psychiques, on voit se produire des hallucinations, des obsessions, des phobies, des crises hystériques, etc. La vie entière, surtout celle du sentiment, peut devenir malheureuse et l’humeur empoisonnée à la suite d’un seul fait de ce genre. Les rapports sexuels, en particulier les attentats sexuels

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et l’excitation île l’imagination érotique sont une cause très fréquente île pareilles blessures du sentiment, surtout chez les enfants et les jeunes tilles. De simples réflexes digestifs peuvent agir d'une façon semblable. Une indigestion survenue à la suite de l'abus d'un fruit ou d’un mets, surtout dans l’enfance, peut produire un tel effet, que la simple odeur ou même la vue dudit fruit ou mets provoque dès ce moment, et parfois pendant de nombreuses années, un dégoût profond ou môme des nausées. Les prédispositions individuelles héréditaires à l’autosuggestion (la suggestibilité exagérée, en un mot) jouent encore ici un grand rôle, comme le montrent pour la plupart les cas suivants que j’ai observés raoi-méme :

Un homme marié devient aliéné (paralytique général à la suite de syphilis). Un érotisme dénient le pousse au début de sa maladie à faire une tentative de viol sur sa fille de quatorze ans. L’enfant encore innocente n’y comprend rien et ne s’en fait guère de souci. La mère, par contre, s’en excite violemment ; son émotion est telle qu’encore six ans après ellesouffre de graves insomnies, d’excitation mentale violente e d'émotions profondément déprimantes à la suite de celte aventure, tandis que la jeune fille, devenue adulte dans l’intervalle, est demeurée complètement tranquille et gaie, et s’efforce de tranquilliser sa mère. Ce curieux contraste entre la mère et la fille s’explique par deux raisons : a) au moment où l'acte en question se passa, la mère en comprit la portée, la fille pas, ce qui explique l’émotion violente de la première seule ; b) la fille est de par son caractère plus normale que sa mère et possède un meilleur équilibre mental.

A la suite del’idée de ne pouvoir dormiretdel’effort anxieux fait pour s’endormir activement (une cause fréquente de l’insomnie), une jeune ouvrière souffrit pendant un an et demi d’insomnie totale. Je réussis à la guérir, à l’aide de la suggestion hypnotique.

Un monsieur se suggère petit à petit que toute émotion lui

CUISES ACQUISES

occasionne la diarrhée, et la chose devient pour lui une vraie torture ; il n’ose plus aller en chemin de fer, etc. Pour empêcher la chose, il prend journellement de l'opium. L'opium n arrête, en réalité, que temporairement la diarrhée par paralysie de l'intestin, et, quand on l’emploie longtemps, il tinit par déranger la digestion et par provoquer même des selles liquides. Je guéris entièrement et définitivement le malade en combinant la suppression de l’opium avec des suggestions appropriées contre la diarrhée. D’autres personnes s’autosuggèrenl, au contraire, la constipation et l’entretiennent en employant perpétuellement des purgatifs qui déshabituent le système nerveux central de déclancher l'innervation normale nécessaire à la défécation.

Beaucoup de troubles des menstrues, de douleurs de la matrice, d'affaiblissements de la puissance sexuelle masculine, d’attaques hystériques et même de psychoses complètes, sont le résultat de simples autosuggestions. Toute une série de troubles nerveux se guérissent par voie suggestive, de même qu'ils se sont, sans aucun doute, produits par suggestion ou autosuggestion. Citons ici une foule de cas d'incontinence de l’urine (enfants qui se mouillent), qu’on attribue souvent à tort à la mauvaise volonté. Une bonne partie de la véritable éducation pédagogique repose sur la suggestion bien com prise et exercée au bon endroit ; elle constitue le meilleur remède aux mauvais plis des enfants, mais elle n'est efficace qu’associée ii la sympathie et à la confiance, tandis que tout ce qui provoque l'antipathie l’empêche.

Un monsieur me lut amené à l’asile des aliénés parce qu’il avait brisé dans son hôtel toutes sortes d’objets, sur l’ordre que lui avaient donné des voix (hallucinations). Il me déclara être poursuivi par des esprits qui lui donnaient desordresabsurdes, entre autres celui de détruire de l’innocente vaisselle, etc. Il convenait de l’absurdité de ses actes, mais déclarait être obligé de les accomplir pour que les esprits le laissassent tranquille. I! raconta qu’aux États Unis il avait été dans une société de spi-

CAUSES UES MALADIES MENTALES ET NERVEUSES

rites et y avait appris à voir et il entendre des esprits. Comme son jugement était, du reste, Tort sain, nous en conclûmes que ce qui paraissait cire du délire de persécution lui avait été simplement suggéré par les représentations spirites et s'était ensuite fixé par l'habitude dans son cerveau. Je le fis venir à mon cours d’hypnotisme, et j’hypnotisai devant lui nombre de personnes pour l’impressionner. Finalement, je l’hypnotisai lui mémo, lui déclarant avec autorité que je chassais les esprits de son cerveau, que ma puissance était plus grande que la leur, et que, dès maintenant, il n’entendrait plus jamais de voix et demeurerait en santé. Profondément frappé de ce qu'il m’avait vu faire, il tomba immédiatement en somnambulisme et fut guéri en une seule séance (ce qui, soit dit en passant, est très except ionnel).

C’est, surtout chez les hystériques qu’on voit des psychoses complètes éclore par suggestion et autosuggestion et se guérir par la même voie. J’en ai observé de nombreux cas.

Le docteur S. Freud, de Vienne, a fondé toute une doctrine et toute une méthode thérapeutiques sur l'effet, autosuggeslif des émotions. Il désigne l'effet persévérant et latent ou subconscient d'une émotion violente, cause de blessure psychique (voir ci dessus) du terme d’ « émotion enserrée » ( eingeklemmler A/fekl). Il prétend que les malades ont la plupart du temps oublié l’émotion qui fut la cause primitive du mal, et il croit devoir la chercher dans toute sorte de cas où le malade ne se souvient île rien, en lui donnant dans l’hypnose des suggestions appropriées, en cherchant à reproduire la situation primitive, à la faire rêver à nouveau, et à la supprimer ainsi par suggestion tranquillisante’. J'accorde pleinement la lésion due aux « émotions enserrées », mais je prétends que le malade s’en souvient le plus souvent à l’état de veille; que Freud, en exagérant énormément celte cause de maux nerveux et surtout en la généralisant aux cas où le malade ne se souvient de rien, suggère lui même souvent il ses malades toute sorte de choses

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plus nuisibles qu'utiles, surtout ilans le domaine sexuel. Le mécanisme de ces cas n’est pas si simple. Chaque cas diffère des autres. Il faut individualiser soigneusement, si l'on veut découvrir les conditions psychologiques souvent si complexes et si embrouillées de pareilles affections. Ce qui est certain’ c’est que si l'on conquiert peu à peu la confiance entière de pareils malades, on finit d’ordinaire par apprendre la vraie cause de leur trouble nerveux ou psychique. On découvre alors souvent qu’il s’agit, en effet, de l’action suggestive ou autosuggestive puissante d’anciennes émotions, surtout d'émotions pénibles qui se sont nichées et fixées dans le cerveau, influençant et troublant plus ou moins toutes ses fonctions ou du moins plusieurs d’entre elles. Mais on aurait tort île s'y trop appesantir et surtout d’y faire s’appesantir le malade, car alors on renforce l'effet nocif, au lieu de le combattre.

On entend par infection psychique quelque chose qui en revient à une variété de la suggestion. Beaucoup d'aliénés sont souvent si puissamment fanatisés et entraînés par leur délire systématisé, et en même temps si bien doués ou si énergiques, et si suggestifs dans toute leur personne, qu’ils réussissent à inoculer, c’est-à-dire à suggérer leurs idées délirantes à toute une série de personnes saines d’esprit, en particulier à leurs proches. C’est ainsi qu’on voit, des gens jusqu’ici raisonnables être contaminés à tel point par les idées délirantes de leur époux, de leur mère, de leur père, de leur frère aliéné, qu'ils croient aveuglément à toutes les absurdités que ceux-ci débi tenl, en font l'apologie, se mettent à la suite du malade et. finissent par se conduire d’une façon aussi folle et aussi inaccessible à toute raison que lui. Dans plusieurs de ces cas, surtout, lorsqu'il s’agit de frères et de sieurs, il est difficile de distinguer si les psychoses survenues subséquemment à celle du premier malade doivent être attribuées plutôt à une infection psychique mutuelle, ou si la cause principale ne gît pas plutôt dans les racines communes d’une tare héréditaire fami-

CAUSES DES MAI. MUES MENTALES ET NEI1VEUSES

lialc. En général alors, les deux fadeurs agissent ensemble el se |)rovu(|iienl l'un l’aulre. Les eas dans lesquels le mari contamine sa femme ou la femme son mari, sont, par contre, plus typiques cl reposent indubitablement sur une action suggestive. Ils ne sont pas si rares qu'on ne serait tenté de le croire, el l’individu suggéré n’est pas toujours curable. Il est curieux d'observer à quel point l'infecté ou les infectés croient, pensent, parlent et agissent sans volonté propre, imitan* comme des phonographes les absurdités les plus atroces. La séparation la plus complète et la plus durable, qui est le seul remède, ne guérit malheureusement pas toujours les victimes de l’infection. Il faut certainement posséder un degré assez fort de prédisposition héréditaire pour pouvoir être infecté de la sorte. On a nommé ces cas « folie à deux, à trois, à quatre, etc. <>.

Beaucoup de maladies nerveuses peuvent se propager ainsi par infection ou imitation. C'est, en particulier, le cas des attaques hystériques, de la chorée, des maux de tête, des troubles de menstruation, etc.. Il se produit ainsi parfois de véritables épidémies d’affections de ce genre dans certains internats, dans certaines écoles, dans certaines familles, dans certaines villes, etc. Enfin, on voit de temps à autre des popu lations entières être suggérées el entraînées par des aliénés, qui se considèrent eux-mêmes comme les prophètes d une nouA'dle religion. Tel fut dernièrement le cas à Kckskemét, en Hongrie, où un fou entraîna à sa suite une foule de femmes, en leur suggérant les apparitions du Saint-Esprit qu'il voyait dans la fumée de leurs habits brûlés dans un fourneau. Les émotions intenses, même gaies, peuvent produire directement et immédiatement des psychoses chez les prédisposés. Plus d’une personne est devenue folle en gagnant le gros lot ou en voyant revenir un fils ou un époux qu'elle avait cru mort. Mais c’est, bien plus souvent le décès d’un être chéri, une perte subite de fortune, un incendie, elc., qui risquent de déterminer l’éclosion d’une psychose. En somme, néanmoins.

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tous ce s cas sont plutôt rares, et si l'on en parle beaucoup, c'est parce ipi’ils produisent eliuipie fois une puissante impression. Lorsqu'on les examine soigneusement, on trouve le plus souvent qu’ils ont pour base une assez, forte prédisposition héréditaire.

Les excitations du sentiment qui se répètent à chaque instant, ou qui sont de nature persistante, sont plus fréquemment encore la cause de troubles nerveux ou psychiques. Citons les disputes de ménage, les soucis pécuniaires pour la vie de tous les jours, les grandes spéculations, les chagrins d'amour ou de famille, les anomalies et les malheurs sexuels, les plaies d’amour-propre et de vanité, les maladies corporelles torturantes, etc. Mais quand on en arrive au fait et au prendre, il devient en général extrêmement difficile de prouver que l’événement de ce genre mis en avant soit véritablement la cause fondamentale de l'affection mentale ou nerveuse, En effet, les phénomènes émotifs dont il s'agit se produisent le plus souvent là oii des défauts hérités ou des singularités de tempérament et de caractère (chap. Vil, groupe •?) viennent leur fournir une base. Dans quelle proportion faut-il alors accuser du mal la disposition' héréditaire, et dans quelle autre l’émotion chronique ou aiguë? Celte question est facile à poser, mais il est bien rare qu’on puisse y répondre nettement. Selon ses opinions personnelles, le médecin fera prévaloir plutôt l'un ou plutôt l’autre des facteurs. En général, on est enclin à exagérer l’action directe des états affectifs et à tenir trop peu compte de la prédisposition héréditaire. En effet, un cerveau normal et bien équilibré supporte les émotions les plus violentes, et même les plus répétées et les plus durables, sans en devenir malade. Signalons encore ici de nombreux faux diagnostics établis par des médecins qui ne connaissent pas le cerveau, et qui considèrent des troubles dyspeptiques, menstruels et autres causés par une psychose, comme étant au contraire la cause de cette dernière. Cette confusion entre la cause et l’effet est malheureusement jour-

12l8 CAUSES des maladies mentales et nerveuses

nalière et fait qu’on laboure les innocentes muqueuses de l’intestin, de la matrice, etc., pour des maladies dont le siège est au cerveau.

Il est, par contre, hors de doute que certains genres de vie, qui réagissent profondément sur toute l’émotivité humaine, déterminent facilement l’éclosion d'affections mentales. C'est avant tout l'isolement absolu de toute société humaine, tel que l’isolement cellulaire des prisons et la vie d’ermite dans une ferme écartée, dans un désert ou dans une forêt. Par son action nuisible sur le sentiment, une pédagogie exercée à rebours, en donnant à l’enfant de mauvaises suggestions, peut aussi faire grand tort à son système nerveux. Un mysticisme exalté peut de même faire tomber les prédisposés dans la mélancolie ou dans la folie religieuse systématisée. L'éducation surchauffée de l'intelligence, à l'exclusion de celle des sentiments el de la volonté, qu’on laisse s’atrophier, produit souvent des hommes anormaux, aux idées fausses el malsaines, on laisse au moins dormir les bonnes dispositions el se développer les mauvaises. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

.‘5 U Causes psychiques mixtes. — Il y a des facteurs fonctionnels nuisibles auxquels on peut tout aussi bien attribuer le qualificatif de corporels que celui de mentaux. Je nomme par exemple les troubles du sommeil. Le sommeil est un étal à la fois psychologique et physiologique. Le cerveau épuisé exige absolument un état de repos de ses neurones pour se refaire. Pour conserver la santé el se maintenir il l’état normal, il faut donc un sommeil suffisant. Lorsqu'on empêche ou dérange perpétuellement le sommeil, lorsqu’on veille très longtemps et qu'on travaille la nuit, on trouble l’équilibre mental, c’est-ii-dire l’activité cérébrale, cl l'on peut ainsi provoquer des affections mentales ou nerveuses tenaces. Toute insomnie, qu’elle soit cause ou effet des troubles cérébraux, nuit donc à la santé de cet organe en l’épuisant. Il en est de même de tous les surmenages cérébraux exclusifs el exa-

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gérés, sans entraînement préalable suffisant. Nous en avons signalé quelques-uns.

La vie sexuelle peut nuire aux fonctions nerveuses de différentes façons :

i° lin excitant perpétuellement le cerveau d’une façon purement psychique (grand cerveau), il l'aide d’images sexuelles qui finissent par le remplir et devenir de véritables obsessions ;

2° Par une passion exagérée de jouissance sexuelle, qui de son côté peut léser le système nerveux de diverses façons : o) à l’aide d’émotions violcntesqui s’y associent, comme l’amour méprisé, la frayeur des diverses suites de l’acte sexuel, telles que les grossesses, les maladies vénériennes, les scènes dramatiques, les poursuites judiciaires (ces dernières en particulier dans les perversions sexuelles), etc.; b) par l’épuisement du système nerveux et les pertes séminales, suites directes des excès sexuels. Dans la masturbation, des sentiments dépressifs de honte viennent encore s’y ajouter, et il en est de même dans beaucoup d’autres anomalies ou perversions sexuelles.

Enfin, et il faut le déclarer nettement ici, on confond souvent les effets indirects de l’acte sexuel, comme avant tout les maladies vénériennes, avec les effets directs de l’acte en lui-même. La vérité est que l'excès sexuel i\ lui tout seul, même lorsqu’il est drt à un appétit anormal, ne nuit directement que fort peu au système nerveux d’un homme du reste sain. Il ne provoque guère qu’un peu d'épuisement, de fatigue, et quelquefois une sorte d’hébétude. Ce qui nuit le plus, ce sont les malheureux effets sociaux des excès sexuels, les émotions qui s’y rattachent et les maladies vénériennes qui s'ensuivent si souvent. Néanmoins, l’hyperexcitation trop répétée de l’appétit sexuel a, surtout chez l’homme, certains mauvais effets qu'on ne peut nier, quoique les facteurs suggestifs et affectifs qui lui sont associés y jouent le plus grand rôle. Les maladies vénériennes réagissent de leur côté directement en créant des psychoses spécifiques (voir plus liant’

CAUSES DES MALADIES MENTALES ET NERVEUSES

Syphilis), ol indirectement en ruinant la santé corporelle et le bonheur «les familles, parfois entre autres en causant l'infection d'un conjoint par l'autre, puis en provoquant des étals affectifs pénibles à la suite de toutes ces misères.

I). Observations générales. — Ce qui vient d’étre dit fera comprendre la complication énorme des causes des maladies nerveuses et mentales dans chaque cas particulier. Il est fort rare qu'une cause agisse seule. Comme stock principal, nous reconnaissons la disposition héréditaire, et comme cause fondamentale primaire de celle-ci les lésions du protoplasma germinatif, parmi lesquelles les intoxications, avant tout l'intoxication alcoolique, jouent le rôle principal. A cela s’ajoutent d’autres conditions malsaines d’existence, les infections, les blessures et des états affectifs. Comme l'hygiène du système nerveux a pour lâche principale d’éliminer les causes des maladies mentales et nerveuses, nous devons nous demander si des expériences et des statistiques d’une nature générale ne viennent pas nous indiquer le chemin à suivre. Il est certain qu'on ne peut empêcher toutes les causes nuisibles d’agir. On n'évitera jamais les blessures du crâne et du cerveau, suites d’accidents ; on n’arrivera pas à supprimer les maladies d’infection, ni les suggestions, ni les émotions. Mais, si nous réfléchissons au fait que la disposition héréditaire morbide du cerveau est la cause fondamentale du mal, et qu’elle prépare et favorise énormément l'effet de presque toutes les autres causes, nous avons le devoir de rechercher ses causes principales, pour les combattre.

Dans presque tous les pays civilisés nous observons une progression effrayante des maladies mentales et nerveuses. D’après les documents fournis par le bureau de statistique du canton de Berne, il y existait, en 1871,2.804 aliénés (5 p. 1.000 de la population tandis qu’en 1902 on en a compté 4-836 (8,2 p. 1000). Et pourtant, dans les deux dénombrements on a procédé d’après les mômes principes; le second

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u'a pas élé fait plus soigneusement que le premier, à ce que m'assure le chef du bureau de statistique, M. Miihlemann.

Précédemment, on avait déjà constaté une augmentation aussi forte, sinon plus forte, dans le canton de Zurich. Mais ici il faut bien dire que le second dénombrement avait été plus précis que le premier. Itans l'Kurope centrale, on observe partout un phénomène analogue. Les asiles «l’aliénés et les sanatoriums pour maladies nerveuses poussent partout comme des champignons. Le nervosisme, l’insuflisance intellectuelle, les défauts de caractère, l’impulsivité et la faiblesse de volonté, les troubles nerveux de toute espèce, en un mol, rivalisent à l’envi pour entraver et compliquer notre vie sociale, pour rendre les hommes malheureux, et pour surcharger de travail ceux qui sont encore en bon état. Le nombre des suicides augmente en conséquence. Les crimes sont loin de diminuer, et leur caractère pathologique devient de plus en plus patent et fréquent. On essaye souvent d’expliquer tous ces faits en disant qu’on prête plus d’attention aujourd’hui aux phénomènes morbides nerveux qu’on ne le faisait autrefois, qu’on soigne mieux les malades, qu’on enferme plus souvent les mauvais sujels, et que par conséijuent l’augmentation n’est qu’apparente. Nous ne voulons pas nier la justification partielle de cet argument, en particulier pour les maladies mentales, qui étaient autrefois moins comprises. Mais il ne suffit absolument pas pour expliquer les faits, et il faut bien se garder de fermer les yeux aux autres côtés de la question et de les taire.

Autrefois, dans le « bon vieux temps », on ne faisait pas autant de procédure qu’aujourd’hui avec les êtres incapables et mauvais. Un grand nombre d’individus pathologiques, dont l'aliénation mentale n’était pas très évidente, et qui lésaient la société par leurs tendances perverses, leurs crimes et leurs brutalités sexuelles, leur ivrognerie, ou encore par le vol ou l’assassinat, étaient décapités ou pendus haut et court. L'affaire était vite faite, et en un sens couronnée de succès

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car ccs individus ne pouvaient plus se reproduire, ni infester ultérieurement la société de leurs actes pervers et de leurs germes dégénérés. D’autres périssaient de faim, de misère et d'incurie. On tuait et brûlait môme les aliénés proprement dits comme sorciers. Tout cela n’est pas si ancien. 11 n’y a pas besoin de remonter à plus de deux siècles, ce qui ne fait pas beaucoup de générations. Notre humanitarisme actuel, partant d’excellentes intentions, mais souvent fort mal appliqué, s'efforce au contraire d'élever soigneusement tout ce couvain dépravé et dégénéré aux frais de l’État et des gens charitables. Puis il les laisse se marier et se reproduire tant et plus, tandis que les hommes les plus sains, les plus forts, les plus normaux et les plus intelligents sont envoyés à la guerre comme chair à canon, ou immobilisés en temps de paix comme soldatsdansles casernes, comme domestiques desgens riches, etc. , ce qui les empêche longtemps de se marier. Beaucoup de pauvres filles sont en outre livrées à la prostitution, et une foule d’hommes bien portants se livrent eux-mêmes à l’alcoolisme, de sorte que, lorsqu'ils se marient plus lard, ils apportent dans le mariage les pires sources de la dégénérescence à leur postérité. Lorsqu’ils sont attrapés, les plus mauvais compagnons des deux sexes parmi les criminels se tirent d’afiaire avec quelques années de prison, et continuent ensuite à commettre librement leurs méfaits, posant dans tous les coins du monde des enfants illégitimes, qu'ils abandonnent à l’assistance publique, aux orphelinats, aux enfants trouvés, etc. Faut-il encore s’étonner que les produits d’une sélection faite aussi complètement à rebours vienne partout remplir de détraqués dangereux, ou au moins nuisibles, les asiles dont nous parlions?

Mais le pire de tout, ce qui pousse la mauvaise sélection à sa plus haute puissance, c’est l'alcoolisation systématique de l’humanité, grôce à une coutume dont l'Age est sans doute très vénérable, mais qui n'en est pas moins devenue une peste suraiguë delà civilisation moderne, par suite de la pro-

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(ludion de l'alcool à des prix dérisoires, à la technique perfectionnée qui permet de le conserver en masse, et au développement du transit qui fait qu’on peut le transporter facilement partout. De ces faits, il est résulté que son usage a augmenté presque partout d’une façon effrayante et l’a rendu accessible aux plus pauvres diables. L’alcoolisme chronique est devenu par là une maladie sociale moderne de tous et de tous les jours, ce qui n’était nullement le cas des orgies occasionnelles de nos ancêtres dans leurs fêtes. Le gain facile que l'Etal et les capitalistes tirent de l’industrie alcoolique, fait que ces deux puissances sont devenues volontairement sourdes cl aveugles au mal social qui en résulte. Elles ne voient que leur budget à alimenter et que leur poche à remplir d’or. La sirène du peuple qu’est l’alcool est le moyen le plus commode d'y arriver rapidement, de sorte que la majorité, qui se compose toujours et partout des égoïstes, des indifférents et des lâches, ne se lasse jamais de chanter hypocritement les louanges de l'alcool, ni de se moquer des abstinents qui le combattent. Ou'on veuille bien considérer les effets du monopole de l’alcool en Russie et même dans la petite Suisse, si fière de ses libres institutions. Le peuple russe s’alcoolise à bras renforcés depuis l’institution du monopole, grâce aux efforts hypocrites du gouvernement, qui d’une main jette quelques millions en pâture à l’opinion publique en instituant des maisons de thé et des fêtes sans alcool, tandis que de l’autre main il gagne cent fois plus pour son fisc en poussant le peuple à la consommation de l’alcool. En instituant le monopole de l’alcool, le peuple suisse avait destiné un dixième de son produit à la lutte contre l’alcoolisme dans ses causes cl dans ses effets. Mais c’était là une manœuvre, peut-être inconsciente, des inventeurs du monopole. En fait, et sous des prétextes aussi futiles qu’hypocrilcs, la plupart des gouvernements cantonaux emploient même ce dixième presque en entier dans leur intérêt fiscal, le détournant de son but légal et primilifà l’aide de prétextes sophistes.

CAUSES DES MALADIES MENTALES ET NERVEUSES

On s'en sert pour bâtir des asiles de fous et des prisons, pour soigner les ouvriers île passage, pour faire l'éducation de l’enfance abandonnée et pour boucher tant et tant d'autres trous des budget s cantonaux, en choisissant naturellement ceux qui l'ont le moins mauvais eflel. (Quelques louables exceptions ne font que confirmer la règle ! Là où il y a eu amélioration dans l’emploi de cette dîme, cela a été dû à l'action privée des sociétés d'abstinence et à leur pression morale. Mais, surtout dans certains cantons à vignoble, particulièrement dans le canton de Vaud, les personnages officiels, même ceux qui sont préposés à l'hygiène publique, n’osent pas affronter les intérêts de la viticulture, ni ceux des marchands de vin et des cabaretiers qui « font » les électeurs. Pour flatter ces industriels, qui vivent de l'empoisonnement du peuple, on affecte ostensiblement de se moquer des abstinents, de les traiter d 'exagéra leurs et, de fanatiques, au nom môme de l'hygiène, et l'on refuse sous de fallacieux prétextes tout subside de la dîme alcoolique aux sociétés d’abstinence, qui seules combattent sérieusement l'alcoolisme. Voilà ce que sont les motifs inavoués ou si l’on veut les lâchetés des officiels. Dès lors, qu'attendre d’eux !

Que dit la statistique, là où elle est capable de parler honnêtement? Je renvoie à ce que j’ai dit dans le présent chapitre sous la lettre A. La diminution énorme de l'alcoolisme en Norvège, en Finlande et même en Suède depuis cinquante ans a eu pour effet de faire cesser l'augmentation des maladies mentales et de faire accroître, au contraire, le nombre des recrues aptes au service militaire. Ce fait est corroboré par le fait inverse, qui nous montre partout la dégénérescence mentale et nerveuse de la population augmenter le plus fortement dans les pays où l'on boit le plus. Que veut-on de plus clair ? Qu’on consulte la carte de France établie par Claude, des Vosges, et dans laquelle on voit les départements où il se commet le plus de crimes s’appliquer presque comme un moule sur ceux où la consommation de l'alcool est la plus

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forle, à l'exception de la Corse où la « vendetta » crée une situation particulière. On fait la même observation partout en Amérique, quand on compare les communes qui onl prohibé l’alcool avec celles où on peut le boire librement. Ce qui se constate le plus rapidement et de la façon la plus éclatante, c’est l’augmentation des crimes, là où la consommation alcoolique augmente, et leur diminution, là où elle diminue. 11 en est de même des suicides. Or la fréquence des crimes et des suicides est en même temps un baromètre de la dégénérescence nerveuse de la société, quoique l’alcoolisme aigu joue ici un rôle tout particulièrement important. D'autres causes, comme l’entassement du prolétariat dans les grandes villes, dans de misérables logements, avec une nourriture insuffisante et des occupations malsaines, sont, sans doute encore, des causes qui font dégénérer le système nerveux. Mais, je le répète, il est difficile de les fixer par la statistique, et encore plus difficile de les séparer complètement, de la mauvaise sélection et de l’alcoolisme, tandis que les effets de ce dernier sont bien plus faciles à constater lorsqu’on compare les peuples ou les individus abstinents ou très sobres à ceux qui boivent beaucoup, là où les circonstances sont du reste les mômes, ou encore lorsqu’on compare la santé du môme peuple dans des périodes où sa consommation en alcool s’est beaucoup modifiée. Néanmoins l’état lamentable des juifs dans certaines villes russes et polonaises, ainsi que celui du prolétariat des grandes villes anglaises, montre que l’épuisement dû à une vie misérable et malsaine peut faire dégénérer une race, môme sans alcool.

FOIIEL.

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