‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 58 sur 82 · RÈGLES NÉGATIVES · texte numérisé non relu

RÈGLES NÉGATIVES

contre l'alcoolisme. Quiconque s'y intéresse sérieusement n’a qu’à s’abonner aux journaux qui la concernent (/. c.) et à se procurer les écrits anti alcooliques au bureau central des abstinents (Bureau delà ligue anti-alcoolique, casier postal 4108 à Bâle et Madeleine, 1, à Lausanne) ; enfin à prendre part aux congrès internationaux contre l’alcoolisme qui ont lieu tous les deux ans (1899 à Paris, 1 90 1 à Vienne, iqo3 à Brème, 1900 à Budapest, 1907 à Stockholm). Parmi les jour naux déjà indiqués, je recommande tout particulièrement au public français les Annales anti-alcooliques du docteur Legrain (voir note ci-devant).

Les deux livres suivants sont bourrés de faits et de documents : Docteur Mat li Ilelenius : Die Alkoholfrage (Iéna, 1908, chez Gustave Fischer) et Iloppe: Die Talsachen iiberden Alkohol( Berlin, N. \Y. 7, S. Calvary). Recommandons encore l’excellent Guide de l’anli-alcoolique en Suisse, du professeur Hercod (Lausanne, 190a, Madeleine, 1).

Enfin : l'Ordre indépendant des Dons Templiers , par le docteur Legrain (190(1, édité par la Loge Galba n° 1, 99, avenue Ledru Rollin, Paris XI"), et L’Ordre neutre des Dons Templiers, un Réformateur social. 'par A.. Ford (Dépôt chez Joos Baschliu, Buchdruckerei, SchafTouse (Suisse), 1906).

11 va sans dire qu’on devra se garder de tous les autres intoxicants du système nerveux, comme le plomb, le gaz à éclairage, l’oxyde de carbone des fourneaux, etc., qu'on fera bien aussi d’éviter le tabac, dont la nicotine nuit au système nerveux, quoique ses mauvais effets ne soient pas comparables à ceux des narcotiques dont nous avons parlé. Le thé et le café ne narcotisent nullement ; ce sont des excitants du système nerveux qui troublent parfois le sommeil et énervent un peu quand on en abuse ; mais comme on s’en aperçoit immédiatement, on cesse alors d'en faire usage. Inutile de dire que les excès gastronomiques peuvent aussi nuire indirectement, au système nerveux en dérangeant la digestion et en poussant à l'obésité et à la goutte ; chacun le sait.

GÉNÉRALITÉS SU II l.’llYGIÈNK ni SYSTÈME NERVEUX

Quant aux autres causes «le maladies nerveuses qu'il s'agit d'éviter et contre lesquelles il faut lutter, je renvoie simplement au chapitre VIII, pour ne pas me répéter. Passons maintenant aux tâches positives de l'hygiène.

a" Règles positives. — i . Loi ne l'exercice ou loi de /'entraînement. — Nous avons déjà vu que tant la substance des nerfs et des muscles que leur puissance de production se renforcent par l’exercice et s’affaiblissent par l'inaction, et qu’en outre l'habileté et l'adresse dans l’exécution d’actes compliqués se perfectionnent aussi par une répétition fréquente. Ce fait est absolument général et peut être érigé en loi constante de l’activité musculaire et nerveuse: renforcement, augmentation et complication par l'exercice ; affaiblissement, diminution et incapacité croissantes par l’inaction.

11 saute aux yeux «pie la loi de l’exercice se trouve dans une sorte d’antinomie relative avec celle de l’hérédité. Les énergies héritées se font jour chez l’individu, transmises comme puissances par la mnème du protoplasma ou nucléoplasma germinatif des ancêtres, tandis <|ue la loi de l’exercice est celle de ce que l’individu acquiert dans le courant de sa vie. Mais c'est commettre une erreur fondamentale que «h* présenter ces deux lois sous forme d’oppositions absolues, en considérant chacune de nos activités mentales ou nerveuses comme étant ou bien héritée, ou bien acquise. Au contraire, chacune d’entre elles est à la fois héritée cl acquise, en ce sens qu’aucune faculté ne peut être acquise, sans qu’une certaine prédisposition héréditaire ne la prépare, et que la meilleure disposition héréditaire s’atrophie, si l’exercice ne vient absolument pas la développer. On peut donc prétendre que notre éducation individuelle consiste principalement à développer nos bonnes dispositions par l’exercice et à endiguer les mauvaises par l'inactivité, dans le but final de modeler de plus en plus l’harmonie de la personnalité en l'adaptant aux besoins sociaux. Eh bien! c'est là en même temps

RÈGLES POSITIVES

la tâche d'une hygiène bien comprise du système nerveux.

Il ne faut pas oublier que l’expression d’ « exercice » ne se limite nullement à l'exercice musculaire et à celui des habiletés techniques, mais qu'elle s’étend à celui de toutes les activités mentales et nerveuses. On s'exerce à voir, à entendre, à percevoir, en général à penser, à former des abstractions, à développer les sentiments éthiques cl esthétiques, à supporter le froid et la chaleur, à persévérer dans ses résolutions — malheureusement aussi à jurer, à mentir, à jouer pour de l'argent, à s'adonner aux excès sexuels, à se vanter et à ne rien faire, tout aussi bien qu'à pédaler à bicyclette, à faire des armes, à faire la cuisine ou à nager. A la lumière des phénomènes mnémiques (voir chapitre Y, /<), la loi de l’exercice acquiert une valeur encore plus considérable. Elle représente une engraphic renforcée et multiple qui, en tant que telle, non seulement élève la valeur de l'individu et sa productivité, mais travaille encore, quoique d'une façon infinitésimale et latente, à construire le fondement des eephories futures de descendants éloignés.

L’exercice de bon aloi consiste en un entrainement constant et régulier, dans lequel on évite tout effort exagéré de l'instant et toute activité fiévreuse destinée à des succès de façade. En répétant ses efforts journellement ou tout au moins fréquemment, et en produisant chaque fois un peu plus que précédemment, avec une grande persévérance, on augmente lentement, mais sûrement, sa force et ses facultés ainsi exercées.

Il existe ici une différence fondamentale entre le tissu lierveux eL le tissu musculaire . Par un exercice continu et progressif, le muscle grossit et se renforce, on le sait, assez rapidement. Mais il perd rapidement aussi cequ'il a gagné, par un repos ou une inactivité un peu prolongés; en un mol l’effet de l’exercice du muscle lui-même se perd assez rapidement. Ce que le cerveau et les centres nerveux ont solidement acquis par un exercice consciencieux se conserve, par contre, dans ses

■i.'SH GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIÈNE DU SYSTEME NERVEUX

grands Irails, tanl que leur tissu demeure sain. I)es connaissances acquittes (surtout lorsqu'on les a comprises I), des sentiments affinés et délicats, des habiletés techniques, etc., se conservent, en somme, même lorsqu’on a cesse de les exercer pendant des années. On croit souvent les avoir oubliés, mais il suffit alors d’un exercice extrêmement court pour remettre les choses au point et pour être de nouveau maître de ce qu'on a senti, connu ou pu faire autrefois. Mieux même, on se trouve alors souvent capable, grâce aux engrammes acquis dès lors dans d’autres domaines, de progresser plus rapidement à partir du point où l'on en était resté jadis, qu'on 11e l'eiU fait alors, (’.ela vient de ce que les connaissances acquises d’autre part viennent fournir aux anciens engrammes de nouvelles associations qui favorisent leurs voies de développement. Le neurone possède donc une faculté cumulative de conserver, d'acquérir et de combiner, que le muscle à lui tout seul ne possède pas. Ce dernier ne peut que renforcer pour un certain temps l’intensité de sa puissance. Même les centres nerveux ganglionnaires de l'intestin et des vaisseaux obéissent, quoique d'une façon bien moins marquée, à la loi de l'exercice.

Pour conserver sa santé et pour épanouir fortement sa vie nerveuse, il faut donc la développer constamment par l'exercice pendant toute sa vie, de la naissance à la mort. Il ne faut pas s’imaginer, par suite d’un préjugé, qu’on n’apprenne que dans la jeunesse ; on n'a jamais fini d’apprendre. Apprendre, toujours apprendre, c’est-à-dire exercer sans relâche de nouvelles activités nerveuses, c'est là la base même de la vie et d’une saine hygiène du cerveau, hygiène qui non seulement élève l'hominc, mais qui entretient sa force nerveuse et son élasticité. Quiconque n'apprend pas et ni' s’exerce pas perpétuellement, ne perd pas seulement le meilleur de son énergie, mais risque de devenir mentalement mécanique, automatique, enraidi et de plus en plus inadaptable, de tomber dans l'ornière rebattue et toujours plus profonde de la routine et

ULULES POSITIVES

des marol les, ornière dont il pourra de moins en moins se sortir. Les plus belles dispositions héréditaires, les meilleures énergies cérébrales s’atrophient et s’épuisent lamentablement dans l'inaction et même dans les activités qui ne s’exercent que dans un sens exclusif, sans jamais se frayer de nouvelles voies. Voici les points les plus importants à observer dans la loi de l'exercice :

S’il est vrai que l’exercice fasse le maître, ce n’est pas vrai pour le surmenage cérébral qui conduit à l’épuisement. Le système nerveux a un besoin absolu de reconstruire sa substance chaque fois qu’il a bien travaillé. Pour cette reconstruction perpétuelle, il lui faut d'abord une nourriture suffisante, que fournissent les aliments à l’aide du sang et de la lymphe, et secondement des intermittences suffisantes de repos pour les neurones. Nous n'avons pas à nous occuper ici de l’hygiène de la digestion et de la circulation, ni de celle de l’assimilation en général. Je renvoie aux ouvrages qui ont paru sur ces sujets, et je fais seulement remarquer que le cerveau, qui est très riche en vaisseaux sanguins et en espaces lymphatiques, a un besoin impérieux de nutrition pour le travail de la pensée, du sentiment et de la volonté. C’est là un fait qu’on oublie beaucoup trpp. Les partisans de l’idée dualiste, qui admettent une âme indépendante du corps, veulent souvent contraindre et flageller la « chair >> et puiser leurs forces mentales dans le néant à l'aide de Dieu sait quels exercices ascétiques. Dans leur mysticisme, les croyances religieuses dualistes ont souvent déjà péché gravement contre l’hygiène, en considérant le travail mental comme quelque chose qui est en dehors des fonctions corporel les, et en s’imaginant qu’on peut fortilier l’esprit et contraindre le corps par le jeûne et la mortification. Il y a sans doute un fond de vrai dans ces superstitions, en ce sens que l'homme, surtout de nos jours, mange et surtout boit généralement beaucoup trop et abuse de son appétit sexuel, de sorte qu'un peu île jeûne et de régime au pain et à l’eau lui font souvent beaucoup de bien.

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