‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 7 sur 82 · DOMAINE DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DOMAINE DE LA CONNAISSANCE

sont bien plus proches parents qu'on n’est tenté de l’admettre au premier abord. Sans doute la perception ne serait pas possible si ses éléments n'avaient été transportés précédemment une fois par nos sens dans notre cerveau. Mais il en est de môme de la représentation interne. Nous y reviendrons.

Pendant que vous associez les sensations, perceptions et représentations dont nous venons de parler, une pensée survient : en un instant (disons en une minute) vous pouvez atteindre votre chambre à coucher, éloignée d’à peine cinquante mètres, et aller y chercher le mouchoir désiré. Qu’est-ce que ces pensées, une minute, cinquante mètres de distance ? Cinquante mètres et une minute ne sont pas des objets, ni des représentations d’objets, mais des notions abstraites de temps et d’espace. Tandis que nous nous représentons distinctement dans l’espace l'image de notre chambre, quoique ce ne soit qu’en esprit, nous ne pouvons nous représenter directement l’image d’une minute ni cellede cinquante mètres. Nous ne pouvons nous les représenter qu’indirectement, en y associant la représentation d’un objet tel qu'une montre, un espace connu de nousetmesuranlenviron cinquante mètres, etc. On a cru autrefois pouvoir déduire des idées abstraites l’existence d'une essence purement spirituelle. C’était une erreur. Elles se forment dans le cours de la vie humaine, à l’aide des représentations concrètes des objets. La notion de cinquante mètres vient de ce que, pendant notre vie, nous avons fait d’innombrables promenades dans l’espace, et que nous avons appris par là à estimer les distances de cent façons dillérentes. On a fini par construire des étalons fixes et conventionnels, tels que le mètre, pour mesurer commodément et exactement l’espace. Nous nous sommes habitués petit à petit à cette convention, après nous l’être assimilée au début sous une forme concrète, tel qu’un mètre en bois ou en cordon. Il en est exactement de même du temps. La notion de temps n’est que l’abstraction des innombrables séquences de nos représentations, et la minute n’est qu’une mesure con-

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ventionnelle de temps, mesure facile à fixer à l’aide d’une montre. Je Depuis m’appesantir ici sur cette question. Contentons-nous de retenir que toutes les notions abstraites, fi commencer par les mathématiques entières, se sont formées pas à pas dans notre cerveau par la comparaison des perceptions d’objets concrets et de leurs représentations. Il est cependant nécessaire de nous mettre au clair sur les trois grands groupes d'abstractions dans le cadre desquels se rangent les rapports des phénomènes du monde extérieur tels qu’ils nous apparaissent :

«) La différence qualitative. — Nous distinguons le rouge du bleu, les sensations de vue des tons, les tons des sensations de dureté ou de chaleur, ces dernières de l’odeur de violette, l’odeur de violette, du goût sucré, etc. Tout le monde extérieur nous apparaît sous forme de différences qualitatives. Directement, c’est-à-dire dans notre conscience (notre psychologie), nous ne pouvons ramener une qualité à l’autre, même là où nous pouvons le faire très exactement par voie indirecte, c’est-à-dire à l'aide de la science. C’est ainsi que psychologiquement nous ne pouvons jamais transformer de la chaleur en force ou en mouvement, tandis que la physique nous prouve que ce qui nous fait l'effet de chaleur et de force ou de mouvement, et même de lumière ou d’électricité, peut être ramené à une seule et même « énergie ». 11 nous est de même impossible psychologiquement de décomposer la sensation du blanc en ses éléments colorés, tandis que rien n’est plus simple que de le faire en physique, à l’aide du prisme, etc.

b) Le temps , ou le rapport de séquence entre les phénomènes de qualité différente.

c) L'espace , ou le rapport de coexistence entre divers phénomènes de qualité différente.

Tout ce que nous pouvons connaître en nous et hors de nous nous apparaît toujours en rapport de différence qualitative et de temps ou d’espace.

DOMAINE DU SENTIMENT l3

2 . Domaine du sentiment. — Au moment où vous ressentîtes une irritation du nez et devîntes conscient de la nécessité de vous lever, vous eûtes du déplaisir. C'est là ce qu'on nomme un sentiment. 11 est beaucoup plus difficile en psychologie d’analyser les sentiments que les sensations et les perceptions. Ils n’apparaissent pas en rapport d’espace et remplissent notre moi d’une, façon toute générale, se suivant d’une façon lente et indéfinie, ne trahissant que peu de différences qualitatives propres, surtout celles de plaisir et de déplaisir.

Le sentiment de plaisir s’associe à un allégement général et à une expansion du moi, celui de déplaisir ou de peine à une inhibition ou empêchement général de la personnalité, qui en est déprimée. Les sentiments ne dérivent pas directement de perceptions d’objets, ni de représentations en général. Le psychologiste et philosophe Wundt a montré qu’il n’existe pas seulement en nous le contraste des sentiments de plaisir et de peine, mais encore celui des sentiments d’excitation et d’arrêt et celui des sentiments de tension et de détente. Oscar Vogt a confirmé la chose par de belles expériences suides personnes hypnotisées.

D’une façon générale, on peut dire que les sentiments apparaissent indépendamment des perceptions et des représentations ; néanmoins ils sont constamment associés dans notre âme à ces dernières. Un souvenir, la lecture du texte d’un télégramme, peuvent, selon leur contenu, évoquer le plaisir ou la tristesse, l’excitation ou l’inhibition, la tension ou la détente. Mais en sens inverse, un sentiment de tristesse évoque des idées tristes, et ainsi de suite. Donc les sentiments et les éléments de la connaissance agissent et réagissent réciproquement les uns sur les autres. En outre, les sentiments dépendent fortement de l’état général du corps, c’est-à-dire de la santé, de la maladie, de la fatigue, etc.

Les sentiments ne peuvent s'élever et s'affiner dans leur qua-

lité que par leur association avec des représentations fines et compliquées. C'est ce que nous pouvons observer à un haut degré dans l'éthique ou morale et dans l’esthétique. Les sentiments qui semblent oITrir une qualité spéciale, comme la jalousie, la honte, l'indignation, l'admiration, le désir, la pitié, le sentiment du devoir, etc., sont indirectement dérivés <les sentiments primitifs par leur association compliquée, quoique souvent instinctive, avec les éléments de la connaissance, sur la base de dispositions héréditaires (voir celles-ci). Ils présentent souvent un mélange ou plutôt des combinaisons de plaisir et de Iristesse ou déplaisir. Selon les peuples, l'hérédité, les mœurs et l'éducation, ils s'associent avec des objets différents et plus ou moins précis (éléments de la connaissance). C'est ainsi que l'Européenne a honte de montrer ses jambes nues, tandis que l'Orientale a honte de montrer son visage ; que telle plaisanterie grivoise fera rire la Française et rougir l'Anglaise d'indignation ; que d’aucuns aiment les orages, tandis que d'autres en sont terrifiés, etc.

Il existe tout un domaine de sensations vagues et mal localisées des organes internes, telles que les sensations sexuelles, celles d’angoisse, de faim, de soif, etc., qui correspondent à certaines régions mal définies do notre corps. Elles ne répondent à aucun organe des sens spécialisé, mais elles ne sont néanmoins pas aussi généralisées que le plaisir et le déplaisir, et constituent une transition entre le domaine sensoriel défini qui forme la base de In connaissance, et le domaine du sentiment. Ces sensations dites viscérales sont intimement liées aux instincts et aux passions. De leur côté, nos différents sens nous fournissent des impressions plus ou moins bien localisées. Celles de l’ouïe et de la vue le sont bien mieux que celles du goût et de certaines formes du tact. Les sensations d'équilibre, de plénitude corporelle, etc., le sont au contraire très mal et font transition aux sensations viscérales généralisées.

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