DOMAINE DE LA VOLONTÉ
3. Domaine de la volonté. — Dès que l'irritation du nez vous a causé un sentiment de déplaisir et a appelé ainsi l'image de votre chambre à coucher et de votre mouchoir à l'aide d’associations dans le temps et dans l'espace, il se produit en vous la représentation des mouvements associés correspondant à l’action libératrice du déplaisir et la résolution d’accomplir cette action. De pareilles résolutions sont ce qu’on appelle la volonté. Elles sont toujours associées à la représentation d'une action future. Leur accomplissement metnotre corps en mouvement à l’aide des muscles.
Mais dès que votre corps est mis en mouvement par les muscles, la situation de tous vos organes sensoriels, et par conséquent celle des irritations qui leur parviennent, se trouve changée. Vous vous ôtes donc levé pour accomplir votre résolution. L’oiseau avait déjà précédemment abandonné votre champ visuel. Vous tournez maintenant le dos au ciel bleu, et pendant que vous allez à votre chambre, les images du gazon vert, des arbres, de la maison, de la porte, de l'escalier, etc., se succèdent. Vous entendez aboyer le chien, vous percevez le bruit de vos pas. Sous vos pieds vous sentez le gazon, le gravier, les marches d'escalier, tandis que l’air apporte diverses odeurs à votre nez. Vous sentez vos mouvements, leur rapidité et leur direction, ainsi que tout changement dans l'équilibre de votre corps. Bref, le nombre de vos sensations successives, des images de l’espace qui se suivent, les divers rapports de qualité qui s’imposent à votre percep tion sont centuplés par le fait de votre déplacement comparé au repos contemplatif qui l’a précédé.
Celte courte observation vous montre dans quelle énorme proportion le mouvement de votre corps active et enrichit la vie de votre âme. Mais le contenu de votre conscience n’en est pas seulement augmenté. Le changement rapide des rapports dans les phénomènes de coexistence (espace) et de séquence (temps) permet à votre cerveau de faire une foule
lfi PSYCHOLOGIE (SCIENCE DE L'AME)
de comparaisons entre les résultats de vos différentes perceptions. Lorsque vous voyez quelque chose, vous pouvez étendre la main et vous assurer de la consistance de l’objet. Lorsque vous entendez un son. vous pouvez marcher dans sa direction et découvrir sa source, à l'aide de votre vue ou de votre toucher, etc.
Le mouvement vous permet donc de vérifier les données d’une qualité sensorielle à l'aide des autres sens et de corriger ainsi vos erreurs. Si vous avez été, par exemple, halluciné d'un sens, ou tout au moins si vous avez insuffisamment perçu, vous pourrez corriger l’erreur à l’aide d’un autre sens.
En outre, les mouvements évoquent de nouvelles sensations, de nouveaux sentiments et de nouvelles résolutions ou voulions. En examinant les choses de plus près, nous comprenons bientôt que même sans déplacer notre corps en entier, nous provoquons presque toutes, sinon toutes nos sensations et une grande partie de notre activité mentale en mouvant certains membres. Et lorsque nous ne bougeons pas, ce sont les mouvements des objets extérieurs (ainsi le vol de l'oiseau dont nous parlions) qui déterminent les impressions de nos sens à l’aide de leurs changements. Assis, nous mouvons nos yeux, nos paupières, notre langue, nos mains, etc. Une immobilité absolue de notre corps est à peine possible, et l’on sait que son repos relatif tend déjà à provo quer le sommeil. Mais plus! Toute sensation qui se continue un peu longlempsdans l'immobilité, sans que sa source change au moins d’intensité, cesse peu à peu entièrement par diminution progressive. C’est là une loi générale. Sans, changement, pas de sensation.
Nous voyons donc d'un côté que nos résolutions, et, à leur aide, nos mouvements et nos actes, sont déterminés par des sensations, des représentations et des sentiments, mais de l’autre que nos représentations et nos sentiments sont si puissamment activés parles mouvements, que leur jeu semble