CÉLIBATAIRES, ETC
détails mesquins, et de négliger ce qui est vraiment important et relevé. Beaucoup de mères deviennent irritables, grondeuses, souvent môme mélancoliques et aliénées, à la suite d’une atrophie de leur activité cérébrale ainsi maltraitée ou exclusivement exercée. La méchanceté classique et tant ridiculisée des belles-mères, méchanceté souvent prétendue et parfois réelle, n’a bien souvent pas d'autre cause, car sans cela une compréhension plus élevée et plus large de leur propre intérêt les aiderait à surmonter leurs petites aigreurs et jalousies. Le repos de la femme et ses distractions ne devraient pas consister en clabaudages, ni en plaisirs luxueux et frivoles, mais en exercices corporels, en un développement mental toujours plus élevé et en une action sociale sérieuse et efficace. Nous ne pouvons pas assez insister sur ce dernier point, car il est horriblement difficile d’arracher nos femmes à leur routine, alors que dans bien des cas ce serait le seul moyen de les guérir de leurs anomalies nerveuses. Ajoutons que celles-ci ne sont, hélas ! trop souvent, que les suites de plaies du cœur dues à l’égoïsme de l’homme et à sa mauvaise compréhension de la nature féminine. C’est surtout pour la femme qu’il est important de ne pas se laisser absorber par l’exclusivisme d’un amour qui ne devient qu’un égoïsme à deux. Il faut qu’elle apprenne, là où l’amour lui est refusé, ou lorsque la mort ou d'autres circonstances le lui arrachent, à trouver une compensation sérieuse et complète dans le travail pour le bien social, plutôt que dans le dévouement à certains individus qui la paient d'ingratitude et abusent d’elle.
3. Célibataires, etc. — L’hygiène nerveuse des hommes qui vivent seuls, des vieilles filles et des vieux garçons, des veufs, des veuves et des couples sans enfants, mérite une mention spéciale. A tous ces gens-là il manque un but dans la vie. A l’un, c’est l'amour qui fait défaut, à l’autrela famille seulement. Tous ont ceci de commun qu’ils s’étiolent dans le culte plus ou moins exclusif de leur propre moi, ce qui fait
3l6 HYGIÈNE NERVEUSE SPÉCIALE DE L’ADULTE
qu’ils deviennent facilement des originaux dans le mauvais sens du mot. Chez la femme, le manque d’enfants, ou d'autres objets dignes de son affection et île ses soins, produit souvent cel amour caractéristique pour les chats, les chiens, etc., (pii servent de compensation à ses tendresses. Ce phénomène bien connu prouve clairement à quel point le sentiment humain, c’est-è-dire l’activité émotive du cerveau, a besoin d’un objet. L'amour exclusif du moi, si fréquent chez les célibataires des deux sexes, se retourne contre leur propre personne, car l’atrophie consécutive de leur existence les rend malheureux. C'est même avec une certaine raison (pi on a parlé d’une forme spéciale de folie, celle des vieilles filles cl des vieux garçons. Mais, en revanche, nous voyons précisément les personnes vivant seules, lorsqu’elles remplacent les manies d’originaux par l’orientation vers un but idéal, accomplir fréquemment de grandes choses dans les œuvres philanthropiques ou sociales, dans la science ou dans l’art, et cela nous prouve que le remède se trouve extrêmement près du mal : c'est le travail dans un but idéal. C'est là ce que ne devrait négliger aucun être humain vivant seul, s’il ne veut pas pécher contre l’hygiène de son propre cerveau en péchant contre ses devoirs envers ses semblables. Au lieu de livrer des descendants à la société humaine, il lui livre du travail social, afin de donner un but à son existence.
Chez les peuples sauvages, le célibat est en général considéré comme une honte pour les deux sexes. Üe tout temps les chefs de familles se sont disputés avec les célibataires et les couples stériles, leur reprochant leur égoïsme et leur amour de leurs aises et du confort. Ces derniers se défendent en disant : « Nous avons renoncé, de gré ou de force, au bonheur du mariage ou au moins à celui d’avoir des enfants; nous exigeons en revanche qu’on nous laisse jouir de notre repos. C’est votre faute, si vous avez soucis et peines et si vous procréez de malheureux enfants. » Cette réponse de