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creux d’idéal qui sont si fréquents), sont autant de choses qui douent la vie cérébrale d’un homme d’un contenu utile et qui peuvent, dans des circonstances normales, lui fournir le bonheur auquel il aspire dans son existence. 11 peut alors mourir tranquille et satisfait.
Reste la santé nerveuse proprement dite. En réalisant les deux conditions dont nous venons de parler, nous faisons ce qu’il y a de mieux pour préparer un terrain propice au développement sain de notre activité nerveuse, mais c’est là malheureusement ce que la plupart des hommes ne peuvent pas arriver à comprendre. Nous accordons, il va sans dire, que même en évitant tout excès et toute intoxication, en s'efforçant de vivre d’après les règles d’une saine hygiène cérébrale, on ne pourra éviter tous les conflits, toutes les plaies du sentiment, tous les découragements, tous les malheurs, ni toutes les tentations si diverses que l’homme rencontre dans sa vie, et qui viennent si souvent entraver un heureux développement de son cerveau et de son activité nerveuse. Nous devons donc ajouter ici quelques règles spéciales de l’hygiène nerveuse aux règles générales que nous avons données.
Il faut, dans la vie, se forcer pour ainsi dire par l’habitude à devenir optimiste. Nous n’entendons pas par là cet optimisme aveugle et stupide qui passe à côté de tout ce qui est faux et mauvais sans le voir, et qui, faute de capacité de jugement, fait perpétuellement des calculs erronés sur l’avenir. Nous voulons parler d’un optimisme sain et joyeux de vivre, tel qu’il est esquissé dans les mots suivants d’une opérette-bouffe bien connue de Strauss, la Chauve-Souris : « Heureux est celui qui oublie ce à quoi l’on ne peut plus rien changer. » Le passé est un cristal dont nous ne pouvons plus modifier un atome. L’avenir seul est plastique et peut être plus ou moins calculé et préparé. Le passé ne doit sans doute pas être oublié de telle façon que nous n’en lirions aucun enseignement. Au contraire. Il doit être l’ins-
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tructeur de l’avenir. Mais malheur aux hommes qui perdent leur temps à se lamenter et à se désespérer sur leurs fautes et leurs malheurs passes, en s'y appesantissant et en supputant tout ce qu’ils auraient pu ou dû faire pour ne pas gâcher leur existence. 11 faut passer une large éponge sur celte « vie stérile pour ce qui est mort », sur ce deuil et celle amertume sempiternels, à propos de ce qui est passé et ne peut plus être change.
Qu’on observe plus attentivement, et l’on trouvera bientôt que si l’on fait abstraction des dispositions pathologiques qui sont la cause si fréquente de pareils étals, le deuil et le désespoir inactifs, relatifs à un bonheur perdu, prennent leurs racines dans l’étroitesse et dans l'égoïsme exclusif de notre amour, concentré si souvent sur certains objets spécialement choisis. Si par exemple la vie, le bonheur, le cerveau d’une mère, ou d’une épouse, se consument à la perte d’un fils ou d’un époux chéri, c’est parce que l’amour exclusif de cette mère, pour son fils, de cette épouse pour son mari, n’avait plus laissé dans son cerveau la moindre place pour une autre affection ou pour un autre idéal humain de la vie. Chez une seconde personne, l’objet aimé est un sac d’écus ; chez une troisième encore, l'éclat d’une position extérieure plus ou moins brillante, et ainsi de suite ! Que la boussole continue de l’optimisme inébranlable de notre vie soit donc : « Marchons toujours en avant, vers un idéal humain élevé, grand et large ; ne regardons jamais en arrière.»
Il ne faut pas non plus s’amouracher du travail passé qu’on a accompli soi-mème. Ce travail ne doit nous servir que de bibliothèque pour celui que nous avons à accomplir dans l’avenir. Je ne puis pas appuyer assez sur l’importance de celte règle, qui est à la fois une règle d’hygiène et de morale, et contre laquelle notre société moderne de jouisseurs pèche perpétuellement et en masse. Lorsqu'on a commis une faute ou une sottise, on doit se hâter de la corriger, de réparer tout ce qui peut l’être, de prendre des mesures préventives
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pour éviter sa répétition dans l'avenir, et puis de mettre le tout « au panier ». Nous devrions faire de même en ce qui concerne les fautes des autres. Sans doute, la chose n’est pas facile pour celles qui sont si intimement associées au caractère de l'homme qu’il ne peut arriver à s'en débarrasser. Ici il faut un travail constant; il faut parfois même élever une véritable digue pour se protéger soi-même et ses semblables contre des récidives perpétuelles. On voit donc que l'optimisme recommandé par nous est un optimisme par entrainement graduel, un optimisme calculé. On peut même dire que, souvent, c’est par un pessimisme initial, dû aux expériences de la vie et des hommes, qu’on en arrive petit à petit à l’optimisme le plus sain et le plus inébranlable.
Un point important à observer dans l’hygiène cérébrale est de faire aussi peu attention que possible aux troubles nerveux fonctionnels de quelque nature qu’ils soient, alin de ne pas les grossir par l'habitude, ce qui en revient à les exercer. Quiconque a une malheureuse disposition à vouer constamment une attention anxieuse à sa santé et à toute sensation pénible ou désagréable, à se sentir toujours malade, à se tAter le pouls et à se droguer de cent façons, est un hypocondre, et l’hypocondrie est une boule de neige qui croît en roulant sur la neige. Lorsque l'hypocondrie est une affection profondément héréditaire, elle est incurable, et le malade devient pieds et poings liés la proie de l’exploitation de tous les charlatans. Des hommes oisifs et vivant, dans l’aisance se rendent souvent artificiellement hypocondres par des précautions exagérées, des cures de bains inutiles, répétées et finalement nuisibles, la terreur des microbes, etc., alors qu’une vie saine et active, selon les principes des Landerziehungsheime, les en eût préservés. Nous avons vu que même les infirmités douloureuses organiques peuvent être fortement atténuées lorsqu'on en détourne son attention par le travail, si bien qu’on peut parfois même arriver à n'en plus souffrir du tout. 11 faut donc s'efforcer d’ignorer les maux
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nerveux fonctionnels, afin île faire rentrer l'activité neurocymique autant que possible dans ses voies normales.
Le temps libre donldispose tout homme, mêmetrès occupé dans sa branche, doit être employé à équilibrer sa mentalité d'une façon harmonique, en la faisant travailler autant que possible dans d’autres domaines. Beaucoup de gens nous objectent sans doute ici que la chose leur est impossible, faute de temps. Cela vient fort souvent de ce qu’ils veulent à toute force devenir rapidement riches et de ce qu'ils préfèrent la fièvre du gain à leur vrai bonheur et à leur santé nerveuse. Quel profit ont-ils donc à mourir riches, après avoir élevé leurs enfants à devenir d’inutiles gommeux, qui, méprisant le travail dans l’attente d’un gros héritage, se surferont eux-mêmes et se croiront supérieurs à leurs semblables, tandis qu'ils ne seront en réalité (pie des parasites nuisibles de la société ? C’est là une banalité que je viens d’exprimer; tout le monde a la bouche pleine de plaintes à cet égard, ce qui n’empêche qu'on fait perpétuellement le contraire de ce qu'on prêche. On devrait donc s’appliquer constamment à réserver ses soirées, ses dimanches et ses vacances non pas à la flânerie, au jeu ou à la boisson, mais au développement dans d’autres domaines, à voyager, à pédaler, à faire des courses de montagne, etc. Une forte course dans laquelle on observe la nature, un voyage d'étude accompagné de bonnes fatigues corporelles, un grand voyage à bicyclette, à travers divers pays, constituent pour le cerveau et le système nerveux de meilleures cures que les séjours dans les villes d’eaux et dans les sanatoriums, dans lesquels on mène une vie oisive de salon, de godaille ou de flirt.
Je ne veux pas répéter ici ce que j’ai dit au chapitre IX sur le sommeil, sur la somme de repos normal nécessaire au système nerveux, ni sur l’harmonie et le choix dans l’activité de ce dernier. Je le rappelle seulement et j’insiste sur le fait que le sommeil, pendant lequel le cerveau se refait, est indispensable à la santé nerveuse.
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2 . Hygiène nerveuse de la femme. — Ici, nous ajouterons encore plus spécialement qu'en vertu de la prédisposition aux maux nerveux due aux menstrues, à la grossesse, aux couches et à la ménopause, ces époques de l’existence féminine exigent souvent certaines précautions. Néanmoins, lorsque la femme se soumet comme l'homme à une saine hygiène nerveuse du travail, ces périodes de sa vie se passent en général sans encombre, avec peu ou pas de douleurs, et elle les supporte gaillardement. Seules les psychopathes, ou les femmes atteintes de certaines infirmités, auront des précautions spéciales à prendre. Je renvoie ici à ce que j’ai dit au chapitre X sur la procréation des enfants. Il faut ici le temps nécessaire de repos entre chaque grossesse, si l’on veut tenir compte d'une saine hygiène de la femme. L'éducation bien faite et rationnelle des enfants (chapitre XI) sera d'un grand secours à leur mère pour sa propre hygiène nerveuse. 11 est très important d’habituer déjà les tout petits enfants, avec énergie et persévérance, au sommeil la nuit, à la propreté, etc., et de ne pas les gâter. On évite ainsi, tant au cerveau de la mère qu’à celui de l'enfant, des excitations malsaines et contraires à l’hygiène de tous deux. Il est important ici d’insister sur ce que certains travaux manuels féminins, qui tendent fortement l’attention, ont de fatigant et d’énervant pour le cerveau. Je cite la coulure, la broderie et beaucoup d’autres travaux qui se font assis et qui sont à la fois minutieux et fatigants pour les yeux. L’occupation exclusive avec de pareils travaux rend beaucoup de femmes nerveuses et psychopathes, ou empire leurs dispositions pathologiques à cet égard. D’une façon générale, la vie mentale de beaucoup de femmes s’atrophie dans l’esclavage de petits travaux domestiques, esclavage associé à des soucis et à des ennuis de toute espèce, au tapage des enfants, etc. Userait donc extrêmement nécessaire d’élargir l’horizon de la femme, de lui donner une éducation plus élevée, eide la libérer de l’habitude déplorable qui consiste à attacher une valeur énorme à toute sorte de