HYGIÈNE NERVEUSE ■'SPÉCIALE DE L’ADULTE
général dix pauvres enfants abandonnés ou maltraités par des parents indignes, filles et garçons mélés, et de différents Ages, sous la surveillance de la Fédération. Ces parents improvisés reçoivent logis et nourriture gratis, et se chargent en revanche des soins et de l’éducation des dix enfants, qui suivent du reste les écoles publiques. Rien n’est touchant comme de voir l'affection réciproque des pauvres petits frères et sœurs artificiels ainsi constitués pour leurs parents adoptifs, et de ces derniers pour « leurs » enfants. On pourrait développer beaucoup ce système en divers sens, pour le plus grand bonheur de l’humanité.
Hygiène nerveuse de la vieillesse. — Hypnotisé par l’argent, l'homme moderne se surmène pour en gagner, avec l’idée de se reposer dans sa vieillesse. Mais lorsqu'il est devenu vieux, celui qui a toujours travaillé s'aperçoit qu’il ne peut plus exister sans occupation. Seul le paresseux et le jouisseur, qui ont vilipendé leur vie, deviennent avec l’Age si possible encore plus oisifs qu'auparavant, faute d'avoir jamais exercé leurs neurones et de les avoir peuplés d’engrammes appropriés. Si l’on veut arriver autant que possible à une vieillesse heureuse, il faut avant tout ne jamais renier son optimisme, secondement ne jamais perdre son temps à ruminer sur le passé ni à pleurer les morts, troisièmement travailler jusqu’à son dernier soupir, afin de maintenir énergiquement, et autant que faire se peut, l'élasticité de son activité cérébrale. Le mécontentement pessimiste et grognon de tant de vieillards égoïstes repose ordinairement, lorsqu'il n’est pas pathologique, sur leur oisiveté. Ils ont voulu se reposer du peu qu’ils avaient fait dans leur vie, et au lieu de repos ils ne trouvent que le dégoût du monde etd’eux-mômes. Les grand'mères et belles-mères acariâtres, de même que les vieux tyrans mâles égoïstes, qui exigent pour eux tous les égards et tous les avantages, et ne font rien pour les autres, doivent leur mauvaise humeur, en tant qu elle est acquise et
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non héréditaire, soit à une dégénérescence sénile du cerveau, soit, comme nous venons de le voir, à une atrophie purement dynamique de leur vie mentale ; cette atrophie est due au manque d'idéal et de travail dans leur vie, qui s'est passée à poursuivre des buts mesquins et égocentriques. Leur principale occupation consiste alors à blâmer et à tourmenter leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs gendres ou brus et leurs neveux, au lieu d'employer le reste de leurs forces à un travail utile qui les aide à demeurer justes et affectueux. Quiconque possède encore à un âge avancé un cerveau plus ou moins sain et ne se refuse pas à continuer de penser et de travailler, peut se réjouir encore au soir de sa vie à l’aspect du monde et des hommes, se réchauffer au bonheur de la jeunesse, et, qui plus est. on l’aime et on le respecte au lieu de le délester et dese moquer de lui. Sans doute, lorsque la faiblesse sénile (dégénérescence cérébrale) vient s'en mêler, une vanité maladive se produit, et le vieillard risque de nuire à la réputation dont il jouissait par l'infériorité de ses productions (voir dans Gil lilas , de Le Sage, l'histoire de l’archevêque de Grenade). S'il est tout à fait malade et inconscient, il faut alors que son entourage agisse à sa place et le protège contre lui-même à l'aide de mesures appropriées à l’état d'un aliéné sénile. Mais si son cerveau est encore suffisamment en état de se rendre compte des ravages de l'âge et n’est pas alcoolisé, il suffira de l’amener par la persuasion à s’occuper d’une façon innocente. S’il est modeste, l’occupation ne lui manquera pas. Tout homme raisonnable et respectueux de lui-même devrait, avant d’être trop vieux, prendre des mesures préventives contre le sénilisme éventuel dont il risque d'être atteint, et donner à ce sujet par écrit les pleins pouvoirs nécessaires â des personnes plus jeunes en qui il a confiance.
Pour les mêmes raisons qu'à l’égard du travail mental, il faut autant que possible recommander expressément aux personnes âgées de maintenir l’activité de leurs muscles.
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Par psychopathes ou névropathes, on entend les personnes qui appartiennent du plus au moins au second groupe de notre septième chapitre. Vers la fin du chapitre IX (paragraphe 5), nous avons parlé d'une façon générale de leur hygiène. Nous avons vu du reste qu’il n'y a pas de limite marquée entre les particularités de ce groupe et les fonctions normales et saines du système nerveux central. Il s'agit là en grande partie de faiblesses, d’infériorités, d’excitabilité trop forte ou trop faible, de tendances à perdre courage, à s'épuiser ou à se fatiguer très vite, à ressentir des douleurs ou des paresthésies de toute espèce, ou à avoir des crampes, des accès émotifs (de colère, de désespoir, d« gaîté outrée, etc.), des impulsions irréfléchies, des obsessions, des angoisses, etc. Les troubles légers de ce genre sont si fréquents, que presque personne n'y échappe dans le cours de son existence; aussi est-il impossible de délimiter dans ce domaine l’hygiène de la médecine. On pourrait désigner du terme populaire général d’ « agacement » nerveux cet état multiforme d’énervement dans toutes les branches de l’activité cérébro-spinale. 11 s’agit, il est vrai, souvent au contraire d’un état d’inhibition ou de paralysie neurocymique, c’est-à-dire de paresse nerveuse, d’énervement passif.
D'une part les faits signalés au chapitre VIII sur les causes de dégénérescence des peuples civilisés, et d'une autre les exigences toujours plus considérables qui s'imposent au cerveau humain (voir chapitre V, Phylogénie), créent un état social qui devient de plus en plus insupportable, en faisant de plus en plus ressortir chaque infériorité mentale. Nous avons appris à connaître une cause normale et naturelle de cet état de choses dans le fait que notre organisation cérébrale n’a pas pu et peut toujours moins suivre la progression géométrique effrayante de notre civilisation, progression due à l’encyclopédie croissante du savoir et aux progrès techniques. Il ne faut certes pas s’étonner si deux facteurs aussi puis-
*ants que la dégénérescence croissante des cerveaux et l'augmentation de ce qu'on exige d’eux, provoquent une insuffisance de plus en plus fréquente et plus criante des forces cérébrales, qui se refusent à ce qu’on exige d’elles ! Je crois que nous pouvons ramener l’énervement moderne, avec toutes les psychopathies constitutionnelles, à des combinaisons variées de dégénérescence héréditaire ou blaslophlhorique avec les exigences trop fortes qu’on impose au cerveau humain. Nous avons déjà vu ce qu'il faut faire pour combattre les dégénérescences. Que devra faire l’hygiène du système nerveux pour enrayer le développement d’un énervement, d’un agacement nerveux plus ou moins généralisé qui existe déjà et tend à augmenter toujours plus?
Pour aborder cette question, qui est certainement l’une des plus importantes, pour ne pas dire la plus importante, de l'hygiène nerveuse immédiate, il nous faut tenir compte de ce qui vient d'ètre dit, et tout particulièrement de la phylogénie. Représentons-nous dans ce but les conditions primitives d'existence d'un cerveau humain tel qu’il s'est développé phylogéniquement, à l aide de l’engraphie héréditaire et de la sélection naturelle dans le combat pour la vie, c'està-dire d'un cerveau qui n’est pas encore dégénéré, ni surmené, ni surchauffé par la civilisation moderne. Représentons-nous, en un mot, l'homme primitif dans la forêt vierge, luttant avec les animaux féroces et avec d'autres peuplades de sa propre espèce, menacé perpétuellement par les éléments, obligé de défendre journellement sa vie contre les ennemis les plus divers. A cet effet, il ne fallait pas seulement que ses sens et ses muscles fussent extrêmement développés et exercés, comme nous le voyons encore aujourd’hui chez le& peuples sauvages, mais il fallait encore que son cerveau fitl admirablement adapté aux mouvements rapides et adroits, à l'innervation musculaire la plus parfaite, à une attention toujours tendue de la faculté de perception sensorielle, enfin à une combinaison de ces deux groupes d'activités céré-
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