HYGIÈNE NERVEUSE SPÉCIALE UE l’aDULTE
braies. Or notre ontogénie et noire phylogénie nous prouvent indubilublement que eet homme primitif est encore profondément enraciné et vivant dans nos énergies cérébrales héréditaires. 11 n’y a rien là d’élonnant. A nous, c’est-à-dire à chacune de nos courtes vies humaines individuelles, ces états sociaux préhistoriques peuvent sans doute paraître antédiluviens, ou tout au moins perdus dans la nuit des temps passés. Mais, pour le développement phylogénique des ('1res, la durée entière de nos civilisations, de ce que nous appelons l’histoire de l'humanité, l’époque qui sépare l'homme moderne de l'homme primitif, même prolongée plus ou moins en arrière, ne représente qu’un temps bien court et bien peu de générations, relativement aux périodes immenses qu’a exigées la transformation par voie évolutive d’une espèce en une autre, d’un cerveau de pithécanthrope en un cerveau d’homme par exemple (même en admettant des variations plus subites par mutations). Donc la psychopathie représente en somme un complexus de réactions cérébrales insuffisantes, en partie normales et en partie pathologiques, aux exigences toujours plus grandes de la vie civilisée. Ces réactions insuffisantes sont dues en partie aux faits phylogéniques que nous venons d’esquisser, et en partie à une hérédité pathologique, blaslophlhorique ou autre.
Des réflexions qui précèdent découle une exigence péremptoire de l’hygiène des psychopathes, et cette exigence est la suivante : Retour a une vie plus simple, aussi analogue que
POSSIBLE A CELLE DE l’uOMME PRIMITIF.
On pourrait sans doute nous objecter que c’est là une hypothèse théoriquement construite, si plausible qu'elle puisse paraître. Nous répondrons simplement que la pratique vient journellement confirmer notre assertion.
Les asiles d’aliénés constituent un immense champ d’expérimentation, et l'expérience a montré l’action reconstituante admirable, on peut même dire unique, parfois curative, du travail agricole et d'autres occupations corporelles
analogues, sur les psychopathes et les aliénés chroniques. Nous avons cité plus haut (chapitre IX) l’asile de M. Grohinann pour occuper les malades nerveux. Nous avons en outre appris à connaître les résultats remarquables des Landerziehungsheime. Tous ces faits viennent confirmer notre thèse.
Il va sans dire qu'il ne nous est aujourd’hui plus possible de reconstituer le combat pour la vie dans la forêt vierge, et nous disions déjà que ce ne serait pas même désirable, car ses inconvénients l’emportent sur ses avantages. C’est du reste inutile pour nos psychopathes modernes. Il suffit de simplifier autant que possible leur vie dans nos conditions actuelles d’existence et de leur fournir des occupations dont le caractère doit être de combiner l’activité de l'attention dirigée sur les sens, avec celle du travail musculaire. On peut même employer dans ce but les moyens les plus modernes, tels qu avant tout la bicyclette, dont l’usage exige une attention continue cl une bonne coordination des mouvements, tout en accélérant la locomotion et en facilitant ainsi diverses occupations. Nous en voyons l'effet ; la bicyclette est un excellent instrument curatif pour les psychopathes. Il en est de même des travaux agricoles, du jardinage, de la menuiserie, de l’équitation, du canotage, de la chasse, de couper du bois, etc. Ces exercices sont extrêmement propres à servir d’antagonistes aux orages pathologiques du neurocyme ou à scs paralysies, aux maux de tête, aux crampes d’estomac, à la constipation, aux attaques liysté riques, bref à tous les énervements et agacements de notre activité cérébrale. Ils font dévier I activité neurocvmique sur les voies d’un travail cérébral énergique, sain et normal, tout en appelant l’intérêt par leur utilité et par les résultats que l’on obtient. L’appétit, le sommeil et la gaîté réapparaissent à leur aide.
Sans doute il faut observer ici la loi de l’exercice ou de 1 entrainement, avec de doubles précautions. Lorsqu’on a
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affaire à un épuisement grave ou à de violentes douleurs, il faut commencer par employer d'autres remèdes, avant tout la suggestion (hypnotisme), les cures dites de repos, etc., et il faut procéder d'une façon extrêmement lente, patiente et persévérante, si l'on veut ramener le neurocyme dans ses voies normales et l’y retenir par l’exercice. 11 va sans dire qu'on procédera fort différemment selon qu'on aura affaire à un énervement passager et léger ou à une affection chronique et grave. Dans le premier cas, de courtes vacances, employées à des exercices plus ou moins semblables à ceux de l’homme primordial, feront rapidement disparaitre les troubles nerveux, et pour éviter le retour de ces derniers dans l'avenir, il suffira de corriger un peu son genre de vie, avant tout de se coucher tôt, de ne plus prendre de boissons alcooliques, et de travailler un peu plus de corps et un peu moins d'esprit. Le plus important sera toujours d’éviter l'alcool et de s'accorder la quantité nécessaire de sommeil (huit heures au minimum en pareil cas). Dans les cas de psychopathie chronique et plus profonde, il s’agira au contraire souvent de transformer entièrement son genre de vie et môme parfois de changer pour toujours de carrière ou de métier.
Ce qui est d’une importance capitale, c'est de ne pas transformer ce que nous venons de dire en dogme rigide. Chaque cas particulier exige des procédés spéciaux, et il serait absurde de vouloir ramener tous les psychopathes à une sorte de vie de gorilles. Nous avons môme vu qu’en particulier dans l'hystérie on peut, à l’aide de la suggestion, créer et affermir chez le malade la prévision d'une guérison définitive et complète, à l’aide d'un certain travail mental souvent intense, et transformer ainsi des puissances cérébrales remarquables, qui s'épuisaient en efforts stériles dans des voies maladives, en une vie admirablement remplie par l’accomplissement parfois môme génial de quelque idéal social. Ce sont là sans doute des cas médicaux; mais ils nous
fournissent un indice de la plus haute importance pour l’hvgiène cérébrale en général. Or cet indice s'accorde admirablement avec ce que nous disions de la nécessité de remplir d'idéal l’éducation de l'enfance (Landerziehungsheime) et même la vie de l’adulte, surtout de l'adulte isolé.
Les faibles d'esprit sont malheureux à l’école et dans les villes. Rien n’est plus insensé (pie les efforts que l'on fait pour leur donner une instruction scolaire plus ou moins complète. Placés à la campagne, et habitués dès leur enfance à des travaux rudes et simples, sous une bonne direction, ils deviennent au contraire souvent heureux, surtout si leur force et leur adresse musculaires leur donnent sur les citadins la seule supériorité dont ils soient capables. On devrait donc toujours les occuper, dès leur enfance, à de très simples travaux manuels, surtout agricoles.
Tandis que chez un psychopathe de mentalité inférieure à tous égards, le simple retour à l'homme primitif par le travail agricole ou horticole est ainsi tout indiqué, on traitera donc tout autrement ceux qui ne sont inférieurs ou énervés que dans certains domaines ou à certains égards, et qui peuvent être supérieurs ou même géniaux à d’autres. On sait que le génie est souvent combiné à des phénomènes de psychopathie. En cas pareil, on recommandera par exemple un genre de vie mixte, dans lequel le talent exclusif du malade sera mis avec une certaine prudence, mais avec persévérance. au service d’un but idéal, et ainsi exercé cl fortifié, tandis que d’autre part un entrainement plus ou moins intense auxexercices du corps, aux habiletés techniques, aux courses de montagne, à la bicyclette, aux travaux agricoles, sera ordonné comme « médecine ». Il était autrefois de règle générale de traiter les malades nerveux par le repos et les narcotiques, et c’est malheureusement encore trop souvent le cas. Nous avons vu à quel point les narcotiques sont nuisibles et dangereux. Le repos, même un long repos au lit, combiné à la suralimentation (la fameuse cure de repos de
hygiène nerveuse spéciale de l’adulte
Weir-MilsheU':. peut sans doute donner d’excellents résultats dans les cas d’épuisement corporel et nerveux, ainsique dans les maladies mentales aiguës avec excitation neurocymique. Il s’impose alors. Mais, trop longtemps prolongée ou employée au mauvais endroit, pareille cure n’a que de mauvais effets, ce qu’il est inutile de motiver ici plus en détail après tout ce que nous avons dit sur la loi de l’exercice, etc.
L’hygiène générale dit qu’une âme saine habite les corps sains, ou tout au moins qu’elle devrait leur être associée. L’hygiène de l'âme ou du système nerveux exige quelque chose de plus. Elle trouve souvent notre cerveau humain placé dans l’alternative suivante : « culture » avec « dégénérescence », ou « santé » avec « barbarie ». Elle a donc la haute mission de mettre en harmonie la santé du cerveau avec les aspirations supérieures de l'homme à l’idéal de la connaissance, de la volonté et du sentiment, aspirations dont la marée montante ne peut et ne doit pas être arrêtée. Puisse notre petit livre contribuer à l'accomplissement des réformes si impérieusement nécessaires de notre genre de vie dans ce domaine.