IMAGINATION
mauvaise herbe, souvent même la bonne, de sorte que le champ est nettoyé longtemps avant qu'on vienne y semer de nouveaux produits. Il va sans dire que je ne parle ici que des produits vivants et actuels ou méconnus de l'imagination, et non pas des dogmes cristallisés et momifiés qui sont le résidu fossile des produits de l'imagination de certains de nos ancêtres (orthodoxies dans tous les domaines). Ajoutons du reste qu'il est absolument nécessaire de faire la revision et la correction des produits de l'imagination, à l'aide d'une critique intelligente.
L'imagination se meut dans deux directions principales : i° Dans le domaine de la connaissance, où elle cherche, sonde, découvre, combine et étend dans tous les sens le domaine du savoir ;•
20 Dans le domaine des sentiments et des émotions, qu'elle affine et harmonise en les associant à nos sensations et à nos représentations, c'est-à-dire dans le domaine de l'art.
L'érudit de l'intelligence sait beaucoup de choses que d'autres avant lui ont découvertes ; il les juge exactement et trie le faux du vrai, mais il est incapable de sortir quelque chose de neuf de sa propre tête. Le naturaliste et le génie créateur ont besoin d'imagination. Mais si, privés de jugement, ils laissent la folle du logis faire des bonds analogues à ceux du rêve, ils créent surtout des châteaux en Espagne dont rien ne demeure. Si ces mêmes personnes sont, au contraire, douées d'intelligence et d'esprit critique, elles trieront elles-mêmes parmi lesproduitsde leur imagination et offriront auxhommes, leurs frères, une riche moisson de fruits utiles ! Il en est de môme de l'imagination dans le domaine des sentiments, c'est-à-dire de l'imagination artistique. On voit beaucoup d'artistes reproductifs, de bons copistes de l'art des autres. Mais il existe aussi des génies de l'art, génies dont les créalions sont nouvelles. Si celles-ci sont mal assorties, leur art n'est pas beau.
3o PSYCHOLOGIE (SCIENCE DE l.AMK
9. Raison. — Par raison on entend la faculté de bien asso cier les notions et de les utiliser logiquement. La raison suppose un équilibre harmonique de la pensée, mais elle comprend une nuance de plus que ce qu'on appelle le simple bon sens. La notion d'homme raisonnable exige certainement une petite dose de saine imagination plastique, tout au moins dans le domaine de la connaissance. Le critère principal de la raison est la connaissance de soi-même, c'est-à-dire la faculté de taxer ses propres facultés à un juste étalon, ni trop haut ni trop bas. A cette faculté s'ajoute celle de la connaissance intuitive et réfléchie des autres hommes, c'està-dire celle d'observer, de juger et de calculer avec une exactitude relative la mentalité des autres. L'homme raisonnable est celui qui est le plus capable de s'adapter à toutes les circonstances de l'existence, de se tirer d'affaire partout, de distinguer rapidement et sûrement le vrai du faux, partout où ses données le lui permettent, de calculer justement l'avenir, de ne pas exiger trop de la vie, de réfréner ses appétits et ses passions aussi longtemps et aussi fortement qu'elles sont nuisibles ou dangereuses pour lui ou pour les autres. En un mot, c'est l'homme qui sait être modéré dans toutes les bonnes choses, qui sait s'abstenir des choses mauvaises, nuisibles ou dangereuses, qui ne se laisse exciter et fâcher par rien et qui réussit partout, en prenant les autres hommes et les objets naturels comme ils sont, en évitant leurs mauvais côtés et leurs dangers, et en utilisant leurs avantages à son profit. Un développement bien équilibré et bien adapté de la volonté et du sentiment fait aussi partie de la notion de raison. La raison est donc plastique, c'est-àdire, adaptable et capable d'être modelée comme l'imagination. Mais soe adaptabilité est beaucoup plus passive. Rien ne la pousse avec violence à créer <le nouveaux modèles; elle se contente modestement de s'adapter avec sagesse, habileté et douceur aux choses et aux événements qu'elle rencontre dans le courant de la vie. Dans le langage ordi-
ÉTHIQUE 3l
naire, on emploie souvent à tort les termes de raison et d'intelligence l'un pour l'autre.
10. Éthique. — Par éthique ou morale on ne devrait pas entendre certains enseignements dogmatiques historiques ou religieux comme les dix commandements de Moïse. L'éthique appartient au domaine du sentiment et se développe sur la base de sentiments instinctifs ou d'émotions de sympathie et de commisération. Ce sont bien, au contraire, les règles de l'éthique vraie qui sont dérivées des sentiments altruistes naturels de l'homme. Par sa nature, l'homme est, en partie du moins, un être social qui ressent de la sympathie pour ses proches, la femme pour son mari et ses enfants, l'homme pour sa femme et ses enfants, les enfants pour leurs parents et leurs frères et sœurs. Ce qui fait plaisir à l'un réjouit les autres, et ce qui lui fait mal leur fait de la peine. De là résulte le sentiment mixte du devoir ou conscience morale qui constitue la lutte entre la sympathie et tous ses dérivés d'une part, et les sentiments égoïstes de la conservation du moi de l'autre. Le triomphe de l'altruisme, c'est-à-dire l'abnégation, le sacrifice du moi aux objets de la sympathie (directe oudérivéej, procure la satisfaction du devoir accompli. Les sentiments de sympathie s'étendent des proches aux amis, des amis au lieu natal, du lieu natal à la patrie, de la patrie à l'humanité, souvent même aux animaux, aux plantes et aux objets auquels on s'attache.
On peut ressentir le sentiment de devoir envers des êtres qui vous sont antipathiques. En effet, en étendant les sentiments de sympathie des proches à la patrie et à l'humanité, on les généralise. Et en subordonnant les sympathies individuelles à la sympathie générale pour la patrie, la science, 1 humanité, on en arrive nécessairement à surmonter de ce chef les antipathie- et les sympathies individuelles dans l'intérêt général ou dans celui d'un principe ressenti comme moral(idée religieuse, solidarité sociale, etc.1). Ces sentiments altruistes de devoir