HYGIENE NERVEUSE DE L ONTOGÉNIE OU DE L ENFANCE
lés uniquement d'un chapeau de paille, de caleçons de bain et de sandales. On jouait le soir au foot-ball dans le même costume. Tout élève apprend un métier, et les produits de son jardin sont à lui. La nourriture est excellente et abondante, et le temps admirablement distribué dan- cet Klal- École, aux mœurs à la fois patriarcales el fraternelles.
Les leçons durent quarante-cinq minutes et sont séparées les unes des autres par quinze minutes d'intervalle. Pendant la leçon règne une émulation réjouissante entre le maître el les élèves. Personne n'ayant l'arrière-pensée des devoirs domestiques, des pensums, des notes et des examens, chacun travaille avec plaisir et intérêt, l'esprit tendu, et cherchant par émulation à faire et à comprendre tout ce qu'il peut. Rien ne l'y oblige cependant, car la contrainte n'existe pas à Haubinda. De 6 à 1 1 heures du matin, les leçons proprement dites se donnent dans chaque classe. De 2 à 4 heures, on s'occupe de travaux manuels. De 4 à 5 heures et demie, les élèves font, sous la surveillance d'un élève plus âgé ou préfet, leurs devoirs, pour lesquels il leur est permis de s'entr'aider. S'ils n'ont pas pu finir pendant ce temps les tâches qu'on leur adonnées, il ne s'ensuit pour eux ni punition ni blAme, et ils ne sont nullement tenus de les parachever plus tard. Mais personne ne veut rester en arrière, et les plus intelligents aident aux moins doués. Tel est l'esprit que le docteur Lietz répand parmi les élèves de son home. Quiconque essaye d'y introduire l'esprit d'égoïsme, de moquerie, de mauvais tours ou de fausseté et d'intrigue, se voue par là lui-même au mépris général, el il se trouve mis à l'écart au lieu deréussir à devenir meneur. In garçon de seize ans. élève de Haubinda, disait à M. Ferrière, de < îenève : - Ici, l'on n'a |>a< de mauvaises pensées ; on pense à d'autres choses. El puis, le soir, on est trop fatigué et l'on est content de pouvoir se mettre au lit et de dormir. » Cette fatigue est une saine fatigue, et l'aspect intellectuel et corporel des élèves est resplendissant de santé.
Il est amusant d'observer les élèves dans les intervalles
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des leçons ou dans leurs heures libres, ainsi de onze heures à midi. On ne voit là ni ennui monotone, ni rassemblements bruyants dans le but de faire des gamineries. L'un se baigne, l'autre lit couché sur l'herbe; un troisième se promène avec un camarade et discute avec lui ; un autre fait une tournée à bicyclette ; un autre encore questionne un maître sur tel ou tel sujet. D'autres groupes travaillent dans leurs jardins ou aux ateliers. L'indépendance mentale et la liberté d'allures, jointes au règne de la raison, tout cela chez des enfants de douze à dix-sept ans, me fit une impression profonde et bienfaisante que je n'oublierai jamais. Quant au docteur Lietz, il était ubiquiste, infatigable; tantôt occupé au nouveau bâtiment en construction, tantôt à ses leçons, tantôt aux travaux agricoles, ou encore au jeu de foot-ball, mettant la main à tout, l'ami, le père de famille et le camarade de ses élèves tout à la fois. Sans doute à Haubinda on n'avait guère le temps, à ce moment du moins, de s'exercer aux formules des salons ni au « bon ton formel » conventionnel. Les vraies qualités du cœur, l'honnêteté, la complaisance prévenante, les bonnes mœurs et les sentiments altruistes y étaient d'autant plus en vogue. Le « culte » du soir était aussi intéressant que touchant. On y lisait des auteurs de génie, dont les paroles élevaient l'âme. Sous les grands chênes de la propriété venaient se rassembler les élèves et les maîtres. Le docteur Lietz y choisissait des paraboles saisissantes, appropriées à la situation, des passages clairs et émouvants pris soit dans les œuvres des sages de l'antiquité, soit dans la Bible, soit dans des œuvres modernes, telles que le Bonheur, de Hilty, etc. Le souffle idéal qui anime l'école est celui d'un individualisme sain, harmoniquement combiné à l'altruisme, à la solidarité sociale.
Le Landerziehungsheirn suisse de Glarisegg, fondé par MM. Zuberbûhler et Frei, tous deux élèves du docteur Lietz, au printemps de l'année 1902, comptait déjà 4o élèves un an plus tard. L'école me fournil le plaisir de sa visite chez