‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 68 sur 78 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

do son cerveau. Les notions abstraites se forment ensuite et progressivement d'elles-mêmes, et le cerveau se peuple d'engrammes utiles et logiquement associés qui deviennent la base d'une saine conception future de la vie, sans ou presque sans qu'il soit besoin de rien apprendre par cœur. C'est une erreur fondamentale de croire que, pour fortifier utilement la mémoire, il soit nécessaire d'apprendre par cœur sans comprendre. On ne fait que peupler son cerveau de corps étrangers, indigestes et entravants, qui dégoûtent de l'étude.

Dans le domaine du sentiment, il faut inculquer à l'enfant le mépris et l'horreur de tout ce qui est mauvais et faux, du mensonge et de l'égoïsme exploiteur. En le rendant conscient de sa dépendance du travail des autres humains, on développera chez lui le sentiment du devoir et de la solidarité sociale, et on le rendra plus consciencieux et plus vrai. On ne développera pas son sentiment du droit par l'amour-propre, ni en appuyant sur ce qui lui est dû, mais en lui apprenant à respecter les droits et la personnalité des autres. On développera aussi chez lui l'amour du beau. On combattra la crainte en cultivant le courage, l'indépendance et en faisant connaître à l'enfant la nature des objets qui lui font peur. On évitera sa curiosité erotique en l'instruisant à temps sur les rapports sexuels et leur but. On préviendra les passions brutales par le travail et par le culte de l'idéal social, en enseignant le respect de la personnalité humaine, et en particulier de la femme. En élevant l'enfant dans l'abstinence totale des boissons alcooliques, on coupera les racines d'un des principaux germes de développement des mauvais instincts. Malheureusement celui qui est idiot dans le domaine du sentiment apprend trop facilementà simuler les sentiments pardesmots et à tromper ainsi son entourage. C'est là un grave écueil et il faut beaucoup de perspicacité et de sagacité pour éviter de s'y laisser prendre. Les natures foncièrement amorales résistent à toute éducation, ou plutôt ne font ({n'en abuser à leur profit, et ici la sagacité de l'éducateur consistera à ne pas se

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laisser tromper et à mettre les porteurs de ce ferment corrupteur dans L'impossibilité de nuire à leurs condisciples.

Dans le domaine de la volonté, le plus difficile à influencer par l'éducation, il faut chercher de toutes ses forces à rem placer l'humeur, l'impulsivité el l'entêtemenl parun entraînement à accomplir les résolutions prises avec suite el persévé rance. Dans ce domaine, nos meilleurs maîtres sont les Anglais, sans doute aussi les Japonais. La vraie maxime de l'éducation de la volonté consiste à apprendre à se tirer d'affaire dans la vie en surmontant toutes les difficultés d'un lia \ ail et d'une lutte sans relâche.

2. Hygiène nerveuse de l'école ; l'école de l'avenir. — L'hygiène de l'école a déjà fait de grands progrès en ce qui con cerne les yeux, la ventilation, les locaux, les pupitres, la gymnastique, etc. Mais, par contre, l'éducation des sentiments el de la volonté, ainsi que la méthode de l'enseignement, onl été entravées jusqu'à présent dans leur développement et ont même fait ici et là machine en arriére, malgré ton- le- beaux projets de réforme et tous les splendides paragraphes scolaires qui s'étalent sur le papier, Ce fait provient principalemenl de ce que. dans sa lenteur organique, h' progrès phylogénique ou évolutif du cerveau humain (voir chapitre Y) est absolument incapable de suivre la progression géométrique de l'encyclopédie du savoir humain compilé dans les bibliothèques. Cette encyclopédie, l'école croit, bien à tort, devoir la condenser, à bras renforcés, dans de- manuels toujours plus concis et plus secs, pour en bourrer le cerveau de la jeunesse.

< le n'est que depuis peu d'années que les anciennes impulsions données par un Rousseau, un Pesta lozzi, un Froebel, un Owen, etc., ont été mises en ouvre d'une façon vraimenl pratique dans les « Landerziehungsheime », qui ont su en

même temps les adapter aux besoins de la culture i lerne.

Voici, en quelques mois, ce que c'esl que ces écoles:

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La plus jeune d'entre elles est l'école d'Aquitaine, fondée par M. Ernest Contou à Chalais (Charente). Nous renvoyons à l'excellente étude-programme publiée à ce sujet à Paris chez MM. Vuibertet Nony, éditeurs, boulevard Saint-Germain, 63, sous le titre d'Écoles nouvelles et Landerziehungsheime. Il y en a déjà plusieurs autres en France, mais toutes n'ont pas adopté les principes complets du fondateur de la première école, le docteur Reddie à Abbotsholme, en Angleterre. En Suisse, MM. Zuberbûhler et Frei ont fondé le Landerziehungsheim du château de Glarisegg, situé dans une magnifique position au bord du lac de Constance, sur des collines boisées. Le programme se développe de façon à ne pas perdre de vue celui des écoles publiques et des gymnases, et à pouvoir conduire les élèves aux études supérieures, s'ils le veulent (1 ).

Dans le Landerziehungsheim allemand de Haubinda, j'ai observé moi-même la transformation radicale d'un élève dont le cerveau avait été complètement hébété et découragé par le système de compression encyclopédique de nos gymnases officiels. Malgré tousses efforts et tout son travail, il se voyait considéré comme « écolier incapable », avec la perspective certaine d'échouer à ses examens. En un an, il devint à Haubinda l'un des meilleurs élèves. Il n'était donc pas bête, mais seulement lent dans sa capacité d'assimilation, réfléchi

(1) Le programme de Glarisegg a paru, en 1902, chez Alb. Miïller, à Zurich, sous le tilre de : Landerziehungsheime, Schulprogramm des Schweizerischen Landerziehungsheime Schloss Glarisegg. Il explique, en So pages environ, les principes de 1 école, avec photographies à l'appui, et se divise comme suit:

A. Histoire des Landerziehungsheime: i° les idées pédagogiques de Rousseau et les Landerziehungsheime; 2° l'École nouvelle d'Abbotsholine ; 3° les Landerziehungsheime allemands d'Ilsenburg et de Haubinda.

B. La vie et l'enseignement à Glarisegg : i° le château de Glarisegg ; 20 l'éducation physique; 3° l'éducation scientifique ; 4° art, religion et morale.

Voir aussi : Landerziehungsheime, exposition et critique d'une école réformatrice moderne, thèse d*e doctorat de Wilhelm Frei (Faculté de philosophie de Zurich), 1900, Leipzig, chez Klinkhardt.

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et n'apprenait que fort difficilement par cœur. Jepris connais

sance do beaucoup de cas analogues et je visitai moi-même pendant trois jours l'école de Haubinda, de sorte que je puis en parler pour l'avoir vue.

Le but de toute école devrail être de développer harmoniquement et sagement les connaissances, les sentiments et la volonté des élèves autant que chaque cerveau individuel en est capable. Elle devrait former des hommes et des femmes utiles, bons et actifs, capables de lutter facilement pour leur existence, en exigeant le moins possible des autres et en produisant eux-mêmes d'autant plus pour la société humaine. Aucun homme ne peut vivre aujourd'hui en pays civilisé sans recevoir de ses semblables une foule de dons matériels el intellectuels. Un bon citoyen est celui qui donne plus à <a patrie et à l'humanité qu'il ne reçoit d'elles ; le mauvais citoyen fait le contraire. Il en résulte que l'école, telle qu'elle devrait être, devrait faire tout autant pour développer les bons sentiments et les volontés utiles, que pour meubler de connaissances et d'habiletés techniques le cerveau de la jeunesse.

Tandis qu£ les résultats des investigations de la science, de l'art, de l'industrie, de tous les domaines de la connaissance humaine en un mot, augmentent et s'amoncellent à pas de géant, en se diversifiant à l'infini dans dos myriades de livres que pas une bibliothèque du monde ne saurait contenir, notre cerveau n'a pas grossi ni amélioré sa qualité d'une façon appré ciàble depuis deux mille ans. ('"est donc une tâche insensée que de vouloir comprimer le contenu de l'encyclopédie des livreen formules scolaires, pour l'empiler dans l'organe infortuné de noire pensée. Je dis infortuné, car il est impossible en elle! d<^ le malmener sans nuire à notre faculté de jugement, à notre vie émotionnelle, au bon ordre de l'enchaînement de nos résolutions, et surtout à la plasticité créatrice de notre imagination, qui constituent l'harmonie de notre âme. Il faut absolument réserver beaucoup d'énergie cérébrale pour le jugement, pour* les combinaisons individuelles de la réflexion,

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cl pour leur association harmonique et fine avec les émotions, si nous voulons former des hommes indépendants, capables <le vouloir bien et d'accomplir ce qu'ils veulent. Les nombres

secs, les formules arides, les compilations de faits dont est bourrée V encyclopédie de toutes les spécialités, sont un bagage mnémotechnique qui n'a que fort peu ou rien à faire dans notre cerveau. Sa place est sur les rayons de nos bibliothèques, où nous pouvons le consulter quand nous en avons besoin, à l'aide de bons registres alphabétiques et autres. C'est pour cela qu'on fait des dictionnaires et des tables analytiques, et non pas pour les apprendre par cœur. Les spécialistes, même les plus distingués dans une branche, ceux qui la font vraiment avancer, sont ceux qui la comprennent et la combinent à leur pensée, et non pas ceux qui font parade d'érudition en en débitant par cœur les formules. Qu'on cesse donc enfin de martyriser le cerveau des enfants, comme on le fait encore à cet égard, surtout dans les écoles secondaires et les gymnases. Il y a deux mille ans, alors qu'on n'imprimait pas encore et que l'encyclopédie restreinte du savoir pouvait facilement être apprise par cœur, l'écho du maître pouvait avoir sa raison d'être. Aujourd'hui, ce ne sont plus que des fragments disloqués et sans âme qu'on empile dans les manuels scolaires, et avec lesquels on rend aride et indigeste la matière à enseigner, au lieu d'évoquer pour elle l'intérêt, la compréhension et l'amour de rélève. L'erreur que nous signalons a même gagné les universités, qui ont aussi grand besoin de réformes à cet égard.

Si l'on veut développer avec fruit le cerveau de l'enfant, il faut en premier lieu se mettre à son service comme ami et camarade, tout en l'étudiant avec perspicacité. Ce n'est pas par le châtiment, mais par l'affection jointe à la raison, qu'il faut obtenir la discipline. L'enfant ne demande qu'à cultiver ses sentiments de sympathie et sa raison ; il faut les respecter et s'y adapter, au lieu d'en faire fi en prenant des airs supérieurs. C'est bien moins le devoir de l'enfant de s'adapter à

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l'école, que le devoir de l'école et du maître de s'adapter à l'enfance. Le maître devrait donc être un bon pédagogue, un bon psychologiste et un homme de cœur, jamais un érudit pédant et plein de lui-même. L'incapacité administrative «le Pestalozzi n'ôte rien à la profonde vérité psychologique il»' ses idées. Tout éducateur delà jeunesse devrai! s'assimiler son esprit, étudier avant tout la psychologie cérébrale de l'en fance, vivre de la vie de ses élèves, penser avec eux, el faire de son enseignement un tout vivant. Dans une pareille atmosphère, avec le sentiment d'une entière liberté de corps el d'âme, l'enfant peut développer tout, naturellement, sans contrainte et d'une façon harmonique, son jugement, son intelligenee, ses sentiments moraux cl esthétiques, ainsi que sa volonté personnelle et sociale.

Pour y arriver, il faudrait avant tout transformer complètement les idées el l'orientation des ministères de l'Instruction publique cl des corps enseignants. Il faudrait relever la position matérielle, ainsi que le niveau intellectuel et moral et la position sociale du personnel enseignant. La valeur humaine de nos enfants est identique avec la valeur de toutes les nations dans l'avenir le plus prochain, el mérite en vérité qu'on fasse de pareils efforts et de pareils sacrifices pécuniaires. J'ai même la témérité de prétendre que cette question est bien plus importante pour l'avenir de nos peuples que le budget île l'armée et que tant d'autres questions fiscales, douanières et autres qui absorbent le cerveau presque entier des hommes qui nous gouvernent.

Ne voyons-nous pas journellement dans les gymnases beaucoup de ces héros de la mémoire cl de rassiiniIalion.de ces talents étonnants, dit-on. les favoris de leurs maîtres, dont ils sont l'écho sans âme, devenir plus lard des fruits secs et des existences ratées ? J'ai traité moi-même un idiot de naissance. que je dus plus tard faire mettre -mi- tutelle à cause de la démence de ses actes el de son incapacité à se conduire. Eh bien ! grâce à sa mémoire prodigieuse ci à sa faculté

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presque phonographique de s'assimiler tout, il avait fait en Allemagne un brillant examende baccalauréat (maturité ! D'autre part, on voit souvent des hommes de grande valeur, des penseurs, des génies même, être si dégoûtés, si paralysés (inhibés) et si terrorisés par les méthodes de nos gymnases, qu'ils échouent à leurs examens et sont perdus pour l'élite mentale de la nation, s'ils ne réussissent pas, par une énergie toute spéciale, par des secours pécuniaires inattendus leur permettant des répétitions particulières, ou par un truc quelconque, à les passer finalement malgré tout.

Chacun m'accordera que les Grecs étaient un peuple de génie, et que notre culture s'est édifiée sur le terrain de la latinité. Mais la façon dont on tourmente nos enfants par les détails pédants des grammaires et syntaxes grecques ou latines, aussi sèches que possible, extraites des auteurs anciens par l'épluchage minutieux des philologues, n'est certes pas faite pour les imprégner de l'âme grecque, ni même de l'âme romaine. Si Aristophane pouvait lorgner nos gymnases du haut de ses nuées, il y trouverait une fameuse étoffe pour une nouvelle édition de ses sarcasmes!

En 1898, le journal autrichien Die Waage organisa une enquête sur les résultats obtenus dans les gymnases littéraires et scientifiques et sur l'opportunité d'une réforme. Le résultat de cette enquête semble avoir été plutôt oratoire que réel. A son tour, un orateur demanda que les élèves sans talent fussent éliminés des gymnases. A cela une dame répondit qu'elle trouvait la question fort difficile et qu'il était très nécessaire de l'approfondir ; elle demanda à l'orateur comment il se représentait la mise en pratique de la chose. Alors, du haut de sa dignité, un professeur lui déclara que sa crainte n'était nullement justifiée et qu'il était certes bien simple de distinguer si un enfant avait du talent ou n'en avait pas ! Ce professeur croit-il vraiment qu'il soit si facile à un maître d'école de jouer au prophète et de calculer la valeur mentale de ses élèves pour tout leur avenir? Quel sera le juge impeccable

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qu'on chargera 'de choisir les cerveaux les plus capables à l'aide de notre système scolaire actuel, où le succès ne dépend guère que de la mémoire et de la faculté d'assimilation, c'est- -dire de facultés mentales fort inférieures, tandis qu'on tient encore si peu compte de la faculté de jugement, des talents supérieurs, et pour ainsi dire aucun compte de l'imagination créatrice du génie? Il sérail fort à craindre que l'idiot dont je parlais il y a un instant ne fût laissé au gymnase, alors qu'on en expulserait des génies qui ne se seraient pas révélés au crâne du pédagogue. Jene connais pas lesgymnases d'Autriche, mais je ne pense pas que le système du baccalauréat y diffère beaucoup de celui des autres pays d'Europe.

Quelques exemples historiques nous montreront à <|iiel point l'école traditionnelle jugea mal des valeurs humaine-. Dans son Self-Help, dont je ne puis assez recommander la lecture, S. Smiles nous montre le peintre Pietro di Cortona, surnommé « Tête d'âne » dans son enfance, et Tomaso Guidi « Thomas le lourdaud ». Newton fut « un des derniers élèves de sa classe ». Swift échoua dans ses examens à l'Université de Dublin. Sheridan était à l'école « un paresseux incorrigible ». Le professeur Dalzell, de l'Université d'Edimbourg, disait de Walter Scott : « Sot il est et sot il restera. » Chatterton fut renvoyé à sa mère comme « un imbécile dont on ne ferait jamais rien ». Le poète Burns ne brillait dans son enfance que comme athlète, de même que Stephenson. l'inventeur des machines à vapeur. Napoléon et Wellington fureni a d'assez tristes écoliers ». Ulysse Grant reçut comme enfani le sobriquet de « useless Grant » (l'incapable Granl . .Lunes Watt lui mi mauvais élève, etc. Ces faits s'expliquent bien" moins, comme le croit Smiles, par un développement tardif, • pie par le dégoût que nos écoles inspirent aux esprits qui réflé classent, qui combinent, et dont l'attention se refuse péremptoirement ;'i ^e fixer sur un entassement aride de choses indigestes à apprendre par cœur, choses souvent incomprises ou appelant la contradiction.

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Nos exigences sont-elles des fantaisies utopistes d'idéaliste, comme on l'a souvent dit de Rousseau ou de Pestalozzi, ou la chose peut-elle être réalisée ? Eh bien ! nous pouvons dire avec satisfaction que la chose est déjà réalisée.

La première école moderne, fondée selon les principes d'une pédagogie rationnelle, est l'œuvre du docteur Reddie, à Abbotsholme, en Angleterre. Un Allemand, docteur en théologie et en philologie, et enthousiaste de l'éducation de l'enfance, le docteur Hermann Lielz, de Rûgen, un vrai « selfmade man », qui à côté de ses études avait fait valoir l'exploitation agricole de ses parents pendant ses vacances, vint enseigner à Abbotsholme comme maître d'allemand. 11 réforma en l'améliorant l'enseignement de diverses branches, et fonda en avril 1898, à Ilsenburg, dans le Hartz, un Abbotsholme selon son idée. Membre de la ligue anti-alcoolique de Berlin, il avait appris à connaître par lui-même les avantages de l'abstinence de toute boisson alcoolique et en fît l'un des principes de son école, qu'il nomma « Deutsches Landerziehungsheim », c'est-à-dire « home allemand d'éducation à la campagne ». Maîtres et élèves s'y considèrent comme citoyens de l'École-État. Par là Lietz voulut consacrer d'emblée l'idée du travail commun entre maîtres et élèves et supprimer toute paroi entre celui qui enseigne et celui qui apprend. Les principes pratiques les plus importants du home sont les suivants : vie réglée et occupée du lever au coucher; travaux et exercices corporels combinés aux travaux intellectuels, moraux et esthétiques. Liberté et responsabilité des élèves, qui travaillent eux-mêmes à toute l'organisation et à toute la discipline de l'école. Etude libre, entraînée par l'émulation. Voyages fréquents, toujours combinés à une instruction intéressante. Point d'examens. Nourriture saine, abondante, et temps de repos suffisant. Endurcissement progressif au froid, au mauvais temps et aux efforts, par un entraînement systématique au moyen des travaux corporels les plus divers, mais poursuivant tous un but utile.

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Travaux artistiques journaliers, tels que modelage, dessin d'après nature, chant, musique, ('Inde d'oeuvres d'art, etc. Développement du sentiment généra] éthique, religieux et patriotique à toute occasion capable d'émouvoir l'âme, à pro-' pos d'anniversaire- historiques et aux jours commémoratifs des découvertes de la science. Le tout est fêlé à l'aide de l'art et de la poésie, soit dans les bois, soit sous le ciel libre. Suppression de tout moyen coercitif extérieur, de tous les châtiments et de toutes les récompenses qui ne découlent pas d'eux-mêmes, c'est-à-dire de la nature de la faute commise ou du travail exécuté.

L'enseignement scientifique correspond aux lois psychologiques de la pédagogie, et cherche à éveiller l'attention et l'intérêt de l'élève par les leçons de choses et par l'activité pratique. On lui enseigne à observer, à penser, à juger et à comparer d'une façon exacte et logique. L'enseignement delangues se fait par la conversation, l'exercice, la lecture, les compositions libres et le chant dans la langue à apprendre. Tout ce qui ennuie et dégoûte, avant tout les dictées, les thèmes, les pensums et tout ce qui y ressemble, est absolument banni de l'enseignement. Le maître enseigne, si possible, dan- -a langue maternelle. <>n lit les auteurs de génie et l'on puise chez eux tout ce qui pousse aux action- désintéressées et tout ce qui évoque les idées nobles. A l'aide de dialogues entre maîtres et élèves, ces derniers apprennent à parler et a discuter. En composant librement sur les sujets mis en discussion, ils apprennent à s'exprimer par écrit. Partoul les parois du home sont ornées d'objets d'art. Une collection très complète de Frœbel sert aux leçons de choses, à côté de la nature (animaux, plantes, etc.), des fabriques, des atelier-, des \"\ âges et des promenades.

Le but de l'école est, d'après Lietz : - d'élever les élèves de

façon a en faire des hommes «le caractère har nique et

indépendant, sain- et forts de corps et d'esprit, habile- de leur- main-, pratiques dan>r- leurs idées, capables au poinl de

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vue littéraire, scientifique et artistique, en état de penser clairement et logiquement, chauds dans leurs sentiments, forts, courageux et persévérants dans leur volonté. »

Au bout de deux ans et demi, Ilsenburg était trop petit, et Lietz fondait, pour les classes moyennes, un second Landerziehungsheim dans le grand domaine seigneurial de Haubinda, près de Streufdorf enThuringe. Il s'y rendit lui-même, laissant la direction d'Ilsenburg à l'un de ses meilleurs collaborateurs. Dès lors, les citoyens élèves des deux écoles ont fait de nombreux voyages avec leurs camarades-maîtres, en grande partie à bicyclette, couchant sous la tente ou en plein air, visitant les villes, les villages et les fabriques, et utilisant tout pour s'instruire. C'est ainsi qu'une visite fut faite à Abbotsholme en Angleterre, une autre à l'Exposition universelle de Paris, une troisième en Suisse, une même aux États- Unis d'Amérique, etc. Lietz organisa d'abord toutes les classes correspondant à celles de l'école industrielle et du gymnase supérieur scientifique pour les élèves de i3 à 17 ans (10 à i3 à Ilsenburg). Les élèves de Haubinda réussirent bien leurs examens publics de volontariat d'un an, et plus tard leurs examens de baccalauréat (appelé en allemand maturité). En 1902, Haubinda comptait déjà plus de 100 élèves et \\ à i5 maîtres. Dès lors, le docteur Lietz a fondé au château de Biberstein, près de Fulda, une troisième école tout à fait supérieure pour les dernières classes du gymnase (17 à 19 ans), mais basée sur le même système.

Revenons à Haubinda. Les élèves participent à tous les travaux. A Haubinda, ils ont fait les travaux de terrassement et creusé un bassin pour la natation; chacun cultive le jardin qu'on lui attribue, aide aux travaux agricoles, travadle à la menuiserie, à la serrurerie, etc. Ce sont eux qui écrivent une partie des rapports scolaires imprimés el «les descriptions de voyages qui s'y trouvent. Lorsque j'arrivai à Haubinda pour y faire ma visite, je trouvai, moissonnant dans un champ, le docteur Lietz et ses élèves, habil-

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