‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 72 sur 78 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

HYGIENE NERVEUSE SPECIALE DE L ADULTE

i. Généralités. — Nous pouvons abréger considérablement ce chapitre, ayant déjà appris à connaître au chapitre VIII les causes des maladies nerveuses et mentales qu'il s'agit de combattre, au chapitre IX les bases générales de l'hygiène du système nerveux, et aux chapitres X et XI les conditions préalables du développement d'une santé nerveuse aussi bonne que possible. Ce que nous disions au chapitre précédent peut du reste être considéré comme règle fondamentale, aussi pour les adultes, dans le cours du combat pour l'existence qu'ils ont à soutenir dès leur majorité.

Lorsqu'un jeune homme a terminé son développement et ses études, la vie pratique s'ouvre devant lui. Malheureusement une éducation dirigée vers la jouissance matérielle, le gain et Fégoïsme, éducation en grande partie infectée d'alcool et de maladies vénériennes, prépare si bien de nos jours la jeunesse mâle à l'arrivisme et à l'engraissement progressif du bourgeois content de lui, qu'elle tue dans la grande majorité des cas tout idéal sain et plus élevé de l'existence. L'éducation des jeunes filles vaut-elle mieux? A peine. Dans le bon vieux temps, on élevait les jeunes filles sérieuses d'une façon retirée et isolée, pour en faire de bonnes ménagères, honnêtes et fidèles, ignorantes de la vie et de tout savoir. Nous aurions dû corriger l'injustice de nos pères envers les femmes dont

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ils faisaient de pauvres Cendrillons, et donnera ces dernières une éducation mentale à la fois plus libre et plus approfondie, destinée à élargir le cercle de leurs idées el à développer leurs facultés naturelles. Au lieu de cela, nous leur administrons d'une part une instruction de second ordre, superficielle, sans cohésion — un peu de tout et rien de complet, — tandis (pie d'autre part nous les lançons dans la frivolité du luxe, du colifichet et de la passion de la jouissance. Le but principal de l'existence d'une jeune fille moderne est de faire un mariage avantageux de fortune et de position. A cet égard, les deux sexes rivalisent de zèle, ce qui conduit à un triste maquignonnage, auquel on sacrifie trop souvent le véritable amour elle véritable bonheur conjugal. Voilà pourquoi je considère la réforme éducatriee des Landerziehungsheiiue. dont nous avons parlé plus haut, comme une véritable ancre de salut pour la santé nerveuse et pour le bonheur des générations nouvelles qui se préparent. Dans le prolétariat, les circonstances sont peut être encore pires. Nous l'avons vu au chapitre précédent, en parlant de la façon donl la vie de famille el l'éducation des enfants s'y barbarisent et s'y alcoolisent au lieu de s'y civiliser (1).

i lui 1892 déjà, j'écrivais ce qui suit dans le Schweizerisches Familienwochenblatt, sous le titre : Veruenhygiene und Gluck [Hygiène nerveuse cl bonheur) :

« Trop île nerfs et trop peu de nerf », a dit von Krafft-Ebing île notre génération moderne.

« Quand un In un me el une femme s'aiment, qu'ils veulent s'unir pour

la vir, ils devraient ne jamais oublier le- immenses res] sabilités

qu'il- prennent, surtout envers les enfants qu'ils procréeront. Ils fe-

raienl mieux île ren :erau mariage, ou du moins à des descendants!

que île procréer des avortons île corps et surtout d'esprit. Malheureusement 1- voyons aujourd'hui des natures d'élite, des hommes

liens. .iu\ sentiments élevés el idéaux, s'exagérer le- considérations de ce genre et éviter eux-mêmes à cause d'elles -mi le mariage, soil la procréation d'enfants. Tout autour d'eux, par contre, le- individus le- plu- stupides, le- plu- grossiers, les plus légers, le- plus tous ou les plus mal faits île corps et d'âme, se multiplient presque comme île» lapins snu> la protectionde lois qui -mil libertaires .m

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Pour être vraiment heureux, il faut que l'homme, c'est-àdire avant tout son cerveau : i° demeure sain ; 2° subisse l'évolution complète de sa vie, telle qu'elle est prédéterminée par son ontogénie et sa phylogénie (voir chapitre V) ; 3° s'attache à un idéal, c'est-à-dire vise à quelque chose de plus élevé, tant pour lui que pour la société, tout en harmonisant son propre bonheur avec celui, plus élevé, de l'humanité. L'hygiène du système nerveux doit exiger que, dans le but de faire progresser l'idéal du bonheur humain sur la terre, les forces de ceux qui croient à une révélation divine s'unissent à celles des agnosticiens, des monistes et des personnes à idées religieuses libérales, pour obtenir une qualité meilleure et par là un état plus heureux de notre société.

Quelles sont les énergies motrices, les aspirations instinctives, capables de fournir à l'esprit humain le courage de maîtriser ses basses passions et son amour de la jouissance

mauvais endroit, étant dues à un humanitarisme mal compris. Après avoir détérioré leurs germes par des excès alcooliques et autres encore plus qu'ils ne l'étaient à l'origine parleurs mauvaises énergies héréditaires cérébrales, ces derniers individus trouvent fort commode d'abandonner leur progéniture tarée à l'État ou à la charité publique. »

«Et malgré l'aspect d'un désarroi pareil et d'une sélection faite aussi profondément à rebours, on ose encore s'étonner de l'augmentation des fous, des névrosés, des asiles d'aliénés, d'un prolétariat imbécile, des vagabonds, des criminels d'habitude, des idiots moraux en général ! On accuse le surmenage intellectuel d'être la cause du mal, et l'on ne s'aperçoit pas que la majorité de ce prolétariat intellectuel et moral n'a jamais surmené son cerveau, mais que les individus qui le composent furent presque toujours d'emblée incapables et paresseux. On ne sait pas voir ce qui crève les yeux, c'est que le « nervosisme » dont la cause est véritablement le surmenage intellectuel, ne constitue qu'une petite minorité, relativement peu dangereuse, des cas, tandis que l'immense armée des naufragés intellectuels et moraux doit presque toujours son naufrage à une prédisposition héréditaire mauvaise ou maladive du cerveau, aux excès de tous genres, et tout particulièrement, dans une énorme proportion, à l'alcool. »

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pour marcher de l'avant vers l'idéal ? C'est tout d'abord l'espoir, la foi inébranlable dans un avenir meilleur de notre race, c'est-à-dire de notre descendance, de nos enfants, de la meilleure partie de notre moi, qui continuera à vivre en eus : c'esl si l'on veut le culte de nos descendants remplaçant relui des aïeux, ('/est en second lieu la joie que lout homme bien j';iil bien né dans le sens évolutif fit non dans le vieux sens aristocratique du terme !) éprouve à chaque bonne œuvre qu'il accomplit, à chaque difficulté qu'il surmonte, à chaque progrès qu'il fait dans la connaissance de la nature et de ses secrets, à chaque pénétration de son moi dans les harmonies supérieures de l'art el de ses créations. Tout homme mu apporte sa pierre plus ou moins petite ou grosse à l'édifice de notre culture, -"il dan- le domaine de la science, soit dans celui de l'art, soit dans celui de la morale sociale, trouvera sa récompense dans la satisfaction d'avoir aidé à l'accomplissement de l'idéal qu'il poursuit et auquel tous devraient viser. La grande faute qu'on commet le plus souvent àcel égard, est de viser trop haut et de demander à la \ie tout ou rien; (mis la tendance à se décourager aussitôt, dés que tout ne marche pas à souhait et ne s'accomplit pas aussi facilement que les mirages de notre imagination nous le représentaient. Alors l'homme faible — la majorité — trouvant tout à coup, grâce à sa paresse et à son manque de persévérance et d'énergie, que la vie terrestre ne vaut pas la peine d'être vécue, retombe, lentement ou rapidement selon les tempéraments, dans un pessimisme lâche et sceptique, dan- les excès de la jouissance égoïste, ou il se jette au contraire dan- les mirages «lu mysticisme religieux ou spirite qui le consolent, en l'illusionnant. Je ne parle ici, cela va sans dire, que de ceux dont le cerveau est capable de s'élever au-dessus de la banalité indifférente el inconsciente ou subconsciente de la vie animale de i<>us les

jours.

\n chapitre Xl^nous avons vu que, pour développer sainement justement el heureusement notre cerveau, il faut un

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travail corporel et intellectuel continu et varié dans ses objets, combiné à l'approfondissement dans une ou plusieurs spécialités. Nous y ajoutons donc encore ici un but idéal donné à la vie, but qui peut consister soit en recherches scientifiques, soit en créations artistiques, soit en tâches d'améliorations sociales et morales, soit dans une activité éducatrice vouée à l'enfance, etc. Le travail au service de l'idéal se distingue en principe du travail voué au gain par son caractère désintéressé. J'ai dit, ailleurs, que la science est une belle qui veut être aimée pour elle-même, et que, lorsqu'on la cultive dans un but de gain, ou simplement dans un but pratique et industriel, on la conduit à une stérilité relative qui rappelle celle de la prostitution. Or c'est là le cas de tout but originairement idéal en lui-même de la vie, dès qu'un arrivisme intéressé, dont on ne s'avoue pas les motifs, vient s'y associer, ou qu'il finit même par devenir le principe directeur des actions. Donc la lutte sociale contre le capitalisme, contre le « mammonisme » en général, est une des conditions les plus importantes, tout indirecte qu'elle soit, de l'amélioration de l'hygiène de notre système nerveux.

Tout en choisissant un idéal sain et vrai, et en le donnant connue but à notre vie, nous ne devons pas oublier les deux premières conditions du bonheur, qui sont notre santé et l'accomplissement de l'évolution naturelle de notre individu. Or, l'amour sexuel et la fondation d'une famille constituent une grande partie de cette dernière. Les mariages entre caractères qui ne sont pas faits l'un pour l'autre sont mauvais. 11 faudrait se connaître à fond avant de se marier. Ce <jui entrave le plus le bonheur futur d'un mariage, ce sont les calculs égoïstes et sournois que font préalablement les futurs époux, chacun de son côté. Deux égoïsmes tombent l'un sur l'autre, se trompent mutuellement, et la lutte est engagée, à moins que tous deux ne s'entendent, dans un égoïsme à deux bien calculé, à exploiter le reste de la société, auquel cas c'est la guerre entre eux et la société qui éclate. Lors-

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qu'un homme et une femme à peu près normaux se marient, ils devraient se pénétrer des principes suivants. Je veux parler de peu- qui ne sont pas rendus incapables de mener une vie utile par un caractère héréditaire irritable, capricieux, intrigant, paresseux, avare ou prodigue, ou encore par l'alcoolisme ou par la passion de la jouissance.

Le mariage exige un travail redoublé; mais il nous en donne aussi la force. Tout individu qui se marie doil le faire avec les principes suivants : donner et ne pas prendre, tout supporter dans l'intérêt du bonheur conjugal, ne jamais exploiter son conjoint, mais au contraire s'habituer à voir en lui un trésor pour lequel on sacrifie et l'on fait beaucoup, qu'on soigne et cultive par pur amour, comme une belle plante à l'épanouissement de laquelle on s'est attaché. Cela ne peut se faire que par un amour et un dévouement réciproques de tous les jours. Lorsque les deux époux sont lo\ aux l'un envers l'autre et fidèles tous deux à ce principe, ils ne sont jamais longtemps fâchés l'un envers l'autre, mais se pardonneront' promptemenl leurs fautes. Le bonheur conjugal s'affermira chez eux, et ils trouveront sur la terre le paradis qu'ils avaient rêvé. < >n se plaint aujourd'hui beaucoup du mariage, parce qu'on le voit si souvent prostitue el parce que tant de natures égoïstes ou pathologiques de diverses sortes le transforment si souvent en un enfer. Il n'est cependant pas si difficile aux deux époux de secolorer réciproquement de nuances idéales, lorsque la bonne volonté existe des deux pari- el lorsque chacun possède un bon fonds, quel qu'il soit. Ce que nous demandons n'exclu! nullement l'éducation mutuelle dans le mariage ; au contraire. L'amour réciproque durable, celui qui élève vraiment l'homme el la femme, ne dégénère pas en faiblesse ni en mensonge,

ce qui serait indigne d'eux. La bonne éducati les enfants,

diciée par un véritable amour, ne consiste pas non plus en faible--.'- el gâteries, et nous avons vu à propos des Landerziehungsheime quelle aussi doil être réciproque. Pour aug-

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menter toujours le bonheur conjugal et le rendre plus pur, il faut s'exciter par une émulation mutuelle au travail et aux actions sociales et morales, faire ensemble son éducation altruiste, au lieu de se confiner dans un amour étroit et exclusif. Dès qu'un couple se sent devenir de plus en plus une paire de travailleurs sociaux, la mort de l'un des époux cesse d'annihiler la joie au travail de l'autre. Le soin donné aux enfants contribue donc à épurer et à élever de plus en plus le bonheur conjugal. Mais pour cela il faut que l'enfant soit élevé à devenir un membre utile et actif de la société humaine. Lorsque des défauts profonds de caractère ou des divergences irréductibles régnent dans le mariage, le divorce seul peut mettre un terme à l'enfer qui en résulte, et pour cela il faut le faciliter. Pour certaines natures, dont l'indépendance est intraitable, qui ne supportent pas le mariage, et qui pourtant ne peuvent renoncer aux rapports sexuels, le concubinal combiné à des lois qui assurent les droits de toute femme et surtout de toute mère, vaut en tout cas mieux que la prostitution, excroissance abominable d'une corruption sociale basée sur le règne de l'argent. 11 faut avant tout que les lois futures viennent supprimer l'inégalité qui existe actuellement entre l'enfant illégitime et l'enfant légitime, entre la fille-mère et la femme mariée. Cette inégalité constitue une injustice criante et contre nature, due à de vieux préjugés barbares qui se sont développés eux-mêmes sous l'influence d'une demi-civilisation, née de la raison du plus fort. Je renvoie ici, pour plus de détails sur ces sujets, à mon livre sur /(/ Question sexuelle (Paris, 2e édition, G. Steinheil, 1906).

Les soucis de l'existence de tous les jours, l'accomplissement des nombreux devoirs que le mariage et tout ce qui s'y rapporte imposent à l'homme, enfin l'aspiration à un idéal de la vie tel que nous avons tâché de le faire comprendre (nous entendons ici le travail pratique à l'avènement de ce qui constitue notre idéal social, et non pas les rêves

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creux d'idéal qui sont si fréquents), sont autant de choses qui douent la vie cérébrale d'un homme d'un contenu utile el qui peuvent, dans des circonstances normales, lui fournir le bonheur auquel il aspire dans son existence. 11 peut alors mourir tranquille et satisfait.

lieste la santé nerveuse proprement dite. En réalisant les deux conditions dont nous venons de parler, nous faisons ce qu il y a de mieux pour préparer un terrain propice au développement sain de notre activité nerveuse, mais c'est là malheureusement ce que la plupart des hommes ne peinent pas arriver à comprendre. Nous accordons, il va sans dire. que même en évitant tout excès et toute intoxication, en sefforçant de vivre d'après les règles d'une saine hygiène cérébrale, on ne pourra éviter tous les conflits, toutes les plaies du sentiment, tous les découragements, tous les malheurs, ni toutes les tentations si diverses que l'homme rencontre dans sa vie, et qui viennent si souvent entraver un heureux développement de son cerveau et de son activité nerveuse. Nous devons donc ajouter ici quelques règles spéciales de l'hygiène nerveuse aux règles générales que nous avons données.

Il faut, dans la vie, se forcer pour ainsi dire par L'habitude à devenir optimiste. Nous n'entendons |>as par là cet optimisme aveugle el stupide qui passe à côté de tout ce qui esl taux et mauvais sans le voir, et qui, faute de capacité de jugement, fait perpétuellement des calculs erronés sur l'avenir. Nous voulons parler d'un optimisme sain et joyeux de vivre, tel qu'il est esquissé dans les mots suivants d'une opérette-bouffe bien connue de Strauss, A/ Chauve-Souris : « Heureux est celui qui oublie ce à quoi l'on ne peut plus rien changer. » Le passé esl un cristal dont nous ne pouvons plus modifier un atome. L'avenir seul esl plastiquée! peut être plus ou moins calculé el préparé. Le passé ne doit san- doute pas «Mie oublié <lc telle façon que nous n'en Lirions aucun enseignement. Au contraire. Il doit être Tins-

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tructeur de l'avenir. Mais malheur aux hommes qui perdent leur temps à se lamenter et à se désespérer sur leurs fautes et leurs malheurs passés, en s'y appesantissant et en supputant tout ce qu'ils auraient pu ou dû faire pour ne pas gâcher leur existence. Il faut passer une large éponge sur cette « vie stérile pour ce qui est mort », sur ce deuil et cette amertume sempiternels, à propos de ce qui est passé et ne peut plus être changé.

Qu'on observe plus attentivement, et l'on trouvera bientôt que si l'on fait abstraction des dispositions pathologiques qui sont la cause si fréquente de pareils étals, le deuil et le désespoir inactifs, relatifs à un bonheur perdu, prennent leurs racines dans Fétroitesse et dans Fégoïsme exclusif de notre amour, concentré si souvent sur certains objets spécialement choisis. Si par exemple la vie, le bonheur, le cerveau d'une mère, ou d'une épouse, se consument à la perte d'un fils ou d'un époux chéri, c'est parce que l'amour exclusif de celte mère, pour son fils, de cette épouse pour son mari, n'avait plus laissé dans son cerveau la moindre place pour une autre affection ou pour un autre idéal humain de la vie. Chez une seconde personne, l'objet aimé est un sac d'écus; chez une troisième encore, l'éclat d'une position extérieure plus ou moins brillante, et ainsi de suite ! Que la boussole continue de l'optimisme inébranlable de notre vie soit donc : « Marchons toujours en avant, vers un idéal humain élevé, grand et large ; ne regardons jamais en arrière.»

Il ne faut pas non plus s'amouracher du travail passé qu'on a accompli soi-même. Ce travail ne doit nous servir que de bibliothèque pour celui que nous avons à accomplir dans l'avenir. .Je ne puis pas appuyer assez sur l'importance de celte règle, qui est à la l'ois une règle d'hygiène et de morale, et contre laquelle notre société moderne de jouisseurs pèche perpétuellement et en masse. Lorsqu'on a commis une faute ou une sottise, on doit se hâter de la corriger, de réparer tout ce qui peut l'être, de prendre des mesures préventives

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pour éviter sa répétition dans l'avenir, et puis de mettre le tout « au panier ». Xous devrions faire de même en ce qui concerne les fautes des autres. Sans doute, la chose n'est pas facile pour celles qui sont si intimement associées au caractère de l'homme qu'il ne peut arriver à s'en débarrasser, [ci il faut un travail constant ; il faut parfois même élever une véritable digue pour se protéger soi-même et ses semblables contre des récidives perpétuelles. On voit donc que l'optimisme recommandé par nous est un optimisme par entraînement graduel, un optimisme calculé. On peut même dire que, souvent, c'est par un pessimisme initial, dû aux expériences de la vie et des hommes, qu'on en arrive petit à petit à l'optimisme le plus sain et le plus inébranlable.

Un point important à observer dans l'hygiène cérébrale est de faire aussi peu attention que possible aux troubles nerveux fonctionnels de quelque nature qu'ils soient, afin de ne pas les grossir par l'habitude, ce qui en revient à les exercer. Quiconque a une malheureuse disposition à vouer constamment une attention anxieuse à sa santé et à toute sensation pénible ou désagréable, à se sentir toujours malade, à se tâter le pouls et à se droguer de cent façons, est un hypocondre, et l'hypocondrie est une boule de neige qui croît en roulant sur la neige. Lorsque l'hypocondrie est une affection profondément héréditaire, elle est incurable, et le malade devient pieds et poings liés la proie de l'exploitation de tous les charlatans. Des hommes oisifs et vivant dans l'aisance se rendent souvent artificiellement hypocondres par «1rs précautions exagérées, des cures de bains inutiles, répétées et finalement nuisibles, la terreur des microbes, etc., alors qu'une vie saine et active, selon les principes des Landerziehungsheime, les en eût préservés. Nous avons vu que même les infirmités douloureuses organiques peuvent être fortement atténuées lorsqu'on en détourne son attention par le travail, si bien qu'on peut parfois même arriver à n'en plus souffrir du tout. Il faut donc s'efforcer d'ignorer les maux

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nerveux fonctionnels, afin de faire rentrer l'activité neurocymique autant que possible dans ses voies normales.

Le temps libre dont dispose tout homme, même très occupé dans sa branche, doit être employé à équilibrer sa mentalité d'une façon harmonique, en la faisant travailler autant que possible dans d'autres domaines. Beaucoup de gens nous objectent sans doute ici que la chose leur est impossible, faute de temps. Cela vient fort souvent de ce qu'ils veulent à toute force devenir rapidement riches et de ce qu'ils préfèrent la fièvre du gain à leur vrai bonheur et à leur santé nerveuse. Quel profit ont-ils donc à mourir riches, après avoir élevé leurs enfants à devenir d'inutiles gommeux, qui, méprisant le travail dans l'attente d'un gros héritage, se surferont eux-mêmes et se croiront supérieurs à leurs semblables, tandis qu'ils ne seront en réalité que des parasites nuisibles de la société ? C'est là une banalité que je viens d'exprimer ; tout le monde a la bouche pleine de plaintes à cet égard, ce qui n'empêche qu'on fait perpétuellement le contraire de ce qu'on prêche. On devrait donc s'appliquer constamment à réserver ses soirées, ses dimanches et ses vacances non pas à la flânerie, au jeu ou à la boisson, mais au développement dans d'autres domaines, à voyager, à pédaler, à faire des courses de montagne, etc. Une forte course dans laquelle on observe la nature, un voyage d'étude accompagné de bonnes fatigues corporelles, un grand voyage à bicyclette, à travers divers pays, constituent pour le cerveau et le système nerveux de meilleures cures que les séjours dans les villes d'eaux et dans les sanatoriums, dans lesquels on mène une vie oisive de salon, de godaille ou de flirt.

Je ne veux pas répéter ici ce que j'ai dit au chapitre IX sur le sommeil, sur la somme de repos normal nécessaire au système nerveux, ni sur l'harmonie et le choix dans l'activité de ce dernier. Je le rappelle seulement et j'insiste sur le fait que le sommeil, pendant lequel le cerveau se refait, est indispensable n la sanlé nerveuse.

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2. Hygiène nerveuse de la femme. — Ici, nous ajouterons encore plus spécialement qu'en vertu de la prédisposition aux maux nerveux due aux menstrues, à la grossesse, aux couches et à la ménopause, ces époques de l'existence féminine exigent souvent certaines précautions. Néanmoins, lorsque la femme se soumet comme l'homme à une saine hygiène nerveuse du travail, ces périodes de sa vie se passent en général sans encombre, avec peu ou pas de douleurs, et elle les supporte gaillardement. Seules les psychopathes, ou les femmes atteintes de certaines infirmités, auront des précautions spéciales à prendre. Je renvoie ici à ce que j'ai dit au chapitre X sur la procréation des enfants. Il faut ici le temps nécessaire de repos entre chaque grossesse, si l'on veut tenir compte d'une saine hygiène de la femme. L'éducation bien faite et rationnelle des enfants (chapitre XI i sera d'un grand secours à leur mère pour sa propre hygiène nerveuse. 11 es! très important d'habituer déjà les lout petits enfants, avec énergie el persévérance, au sommeil la nuit, à la propreté, etc., et de ne pas les gâter. On évite ainsi, tant au cerveau de la mère qu'à celui de l'enfant, des excitations malsaines et contraires à l'hygiène de tous deux. Il es! important ici d'insister sur ce que certains travaux manuels féminins, qui tendent fortement l'attention, ont de fatigant et d'énervant pour le cerveau. Je cite la coulure, la broderie et beaucoup d'autres travaux qui se font assi^ el qui sont à la fois minutieux el fatigants pour les veux. L'occupation exclusive avec de pareils travaux rend beaucoup de femmes nerveuses el psychopathes, ou empire leurs dispositions pathologiques à cet égai d. D'une façon générale, la vie mentale de beaucoup «le femmes s'atrophie dans l'esclavage de petits travaux domestiques, esclavage associé à des soucis el à des ennuis de I ou le espèce, au tapage des enfants, etc. Userai! donc extrêmement nécessaire d'élargir l'horizon de la femme, de lui donner une édu cation plus élevée, el de la libérer de l'habitude déplorable qui consiste à attacher une valeur énorme à toute sorte de

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détails mesquins, et de négliger ce qui est vraiment important et relevé. Beaucoup de mères deviennent irritables, grondeuses, souvent même mélancoliques et aliénées, à la suite d'une atrophie de leur activité cérébrale ainsi maltraitée ou exclusivement exercée. La méchanceté classique et tant ridiculisée des belles-mères, méchanceté souvent prétendue et parfois réelle, n'a bien souvent pas d'autre cause, car sans cela une compréhension plus élevée et plus large de leur propre intérêt les aiderait à surmonter leurs petites aigreurs et jalousies. Le repos de la femme et ses distractions ne devraient pas consister en clabaudages, ni en plaisirs luxueux et frivoles, mais en exercices corporels, en un développement mental toujours plus élevé et en une action sociale sérieuse et efficace. Nous ne pouvons pas assez insister sur ce dernier point, car il est horriblement difficile d'arracher nos femmes à leur routine, alors que dans bien des cas ce serait le seul moyen de les guérir de leurs anomalies nerveuses. Ajoutons que celles-ci ne sont, hélas ! trop souvent, que les suites de plaies du cœur dues à l'égoïsme de l'homme et à sa mauvaise compréhension de la nature féminine. C'est surtout pour la femme qu'il est important de ne pas se laisser absorber par l'exclusivisme d'un amour qui ne devient qu'un égoïsme à deux. Il faut qu'elle apprenne, là où l'amour lui est refusé, ou lorsque la mort ou d'autres circonstances le lui arrachent, à trouver une compensation sérieuse et complète dans le travail pour le bien social, plutôt que dans le dévouement à certains individus qui la paient d'ingratitude et abusent d'elle.

•'). Célibataires, etc. — L'hygiène nerveuse des hommes qui vivent seuls, des vieilles filles et des vieux garçons, des veufs, des veuves et des couples sans enfants, mérite une mention spéciale. A tous ces gens-là il manque un but dans la vie. A l'un, c'est l'amour qui fait défaut, à l'autre la famille seulement. Tous ont ceci de commun qu'ils s'étiolent dans le culte plus ou moins exclusif de leur propre moi, ce qui fait

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qu'ils deviennent facilement des originaux dans le mauvais sens du mot. Chez la femme, le manque d'enfants, ou d'autres objets dignes de son affection et de ses soins, produit souvent cet amour caractéristique pour les chats, les chiens, etc., qui servent de compensation à ses tendresses. Ce phénomène bien connu prouve clairemenl à quel point le sentiment humain, c'est-à-dire l'activité émotive du cerveau, a besoin d'un objet. L'amour exclusif du moi, si fréquent chez les célibataires des deux -exe-, se retourne contre leur propre personne, car l'atrophie consécutive de leur existence les rend malheureux. C'est même avec une certaine raison qu'on a parlé d'une forme spéciale de folie, celle des vieilles filles et des vieux garçons. Mais, en revanche, nous voyons précisément les personnes vivant seules, lorsqu'elles remplacent les manies d'originaux par l'orientation vers un but idéal, accomplir fréquemment de grandes choses dans les ouvres philanthropiques ou sociales, dans la science ou dans l'art, et cela nous prouve que le remède se trouve extrêmement près du mal : cesl le travail dans un but idéal. C'est là ce que ne devrait négliger aucun être humain vivant seul, s'il ne veut pas pécher contre l'hygiène de son propre cerveau en péchant contre ses devoirs envers ses semblable-. Au lieu de livrer des descendants à la société humaine, il lui livre du travail social, afin de donner un but à sou existence.

chez les peuples sauvages, le célibat est en général considéré comme une boute pour les deux sexes. De touttemp- !<•chefs de familles se sont disputés avec les célibataires et les couples stériles, leur reprochant leur égoïsme et leur amour de leurs aises el du confort. Ces derniers se défendent en disant : « Nous avons renonce, de gré ou de force, au bonheur du mariage ou au moins à celui d'avoir des enfants; nous exigeons en revanche qu'on non- laisse jouir de noire repos. C'est votre faute, si vous avez soucis et peines et ~i vous procréez de malheureux enfants. ■< Celte réponse de

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l'égoïsme blessé est aussi malsaine qu'injuste. On ne demande pas aux gens libres ou célibataires de se laisser exploiter bonnement au profit des produits souvent criminels procréés à la légère par de mauvais sujets, ni d'augmenter ainsi leur si fréquent pessimisme et la mauvaise humeur qui en découle. On leur demande simplement de troquer la stérilité de leur existence et l'atrophie de leur vie psychique ou cérébrale qui en résulte, contre un travail social utile ou contre la poursuite d'un idéal raisonnable quelconque, et cela dans leur propre intérêt tout aussi bien que dans celui du reste de la société. La solidarité de la société hiwnaine l'exige, et sans elle aucun bonheur vrai et aucune bonne hygiène du système nerveux ne sont possibles. Au chapitre X, nous avons vu du reste quelles restrictions d'une part et quels devoirs positifs de l'autre, l'hygiène sociale exige de chacun dans la procréation des enfants, tandis qu'au chapitre XI nous avons montré les exigences que formule une éducation rationnelle et bien comprise de l'enfance. Les célibataires et les couples sans enfants devraient travailler tout aussi bien à cette œuvre pour notre descendance que les procréateurs de grandes familles, car seul un égoïsme absurde et myope, reliquat de nos ancêtres fossiles, ne veut travailler exclusivement que pour sa propre couvée. Dès que cette couvée sort des langes, elle entre en rapport avec celles d'autres hommes, plus tard même en rapport sexuel avec elles. Tout se tient dans la société humaine. Ce fait fondamental de la vie sociale humaine doit être considéré comme base et point de départ de toute hygiène nerveuse. Ce n'est qu'en en tenant compte que la vie cérébrale de chaque individu peut se donner un but et par là se procurer le bonheur et la satisfaction auxquels elle aspire.

Je recommande ici tout spécialement le système de MlleL. von Wolfring, à Vienne (Autriche). Elle constitue des familles artificielles, à l'aide de parents honnêtes et sans enfants qui regrettent de n'en pas avoir. On leur donne en

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général dix pauvres enfants abandonnés ou maltraités par des parents indignes, filles et garçons mêlés, et de différents âges, sous la surveillance de la Fédération. Ces parents improvisés reçoivent logis et nourriture gratis, et se chargent en revanche des soins et de l'éducation des dix enfants, qui suivent du reste les écoles publiques. Rien n'est touchant comme de voir l'affection réciproque des pauvres petits frères et sœurs artificiels ainsi conslilués pour leurs parents adoptifs, et de ces derniers pour « leurs »> enfants. On pourrait développer beaucoup ce système en divers sens, pour le plus grand bonheur de l'humanité.

4. Hygiène nerveuse de la vieillesse. — Hypnotisé par l'argent, l'homme moderne se surmène pour en gagner, avec l'idée de se reposer dans sa vieillesse. Mais lorsqu'il es) devenu vieux, celui qui a toujours travaillé s'aperçoit qu'il ne peut plus exister sans occupation. Seul le paresseux et le jouisseur, qui ont vilipendé leur vie, deviennent avec l'âge si possible encore plus oisifs qu'auparavant, faute d'avoir jamais exercé leurs neurones et de les avoir peuplés d'engrammes appropriés. Si l'on veul arriver aulanl (pie possible à une vieillesse heureuse, il faut avant tout ne jamais renier son optimisme, secondement ne jamais perdre s. m temps ;, ruminer sur le passé ni à pleurer les morts, troisièmement travailler jusqu'à son dernier soupir, afin de maintenir éner giquement, et autant que faire se peut, l'élasticité de son activité cérébrale. Le mécontentement pessimiste et grognon de lanl de vieillards égoïstes repose ordinairement, lorsqu'il n'est pas pathologique, sur leur oisiveté. Ils ont voulu se reposer du peu qu'ils avaient fait dans leur vie, et au lieu de repos ils ne trouvent que le dégoût du monde el d'eux mômes. Les grand'mères et belles-mères acariâtres, de même que le- \ ieux tyrans mâles égoïstes, qui exigent pour eux tous les égards el tons les avantages, et ne font rien pour les autres, doivent leur mauvaise humeur, en tant qu'elle esl acquise el

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non héréditaire, soit à une dégénérescence sénile du cerveau, soit, comme nous venons de le voir, à une atrophie purement dynamique de leur vie mentale ; cette atrophie est due au manque d'idéal et de travail dans leur vie, qui s'est passée à poursuivre des buts mesquins et égocentriques. Leur principale occupation consiste alors àblâmer et à tourmenter leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs gendres ou brus et leurs neveux, au lieu d'employer le reste de leurs forces à un travail utile qui les aide à demeurer justes et affectueux. Quiconque possède encore à un âge avancé un cerveau plus ou moins sain et ne se refuse pas à continuer de penser et de travailler, peut se réjouir encore au soir de sa vie à l'aspect du monde et des hommes, se réchauffer au bonheur de la jeunesse, et, qui plus est, on l'aime et on le respecte au lieu de le détesler et dese moquer delui. Sans doute, lorsque la faiblesse sénile (dégénérescence cérébrale) vient s'en mêler, une vanité maladive se produit, et le vieillard risque de nuire à la réputation dont il jouissait par l'infériorité de ses productions (voir dans Gil Blas, de Le Sage, l'histoire de l'archevêque de Grenade). S'il est tout à fait malade et inconscient, il faut alors que son entourage agisse à sa place et le protège contre lui-même à l'aide de mesures appropriées à l'état d'un aliéné sénile. Mais si son cerveau est encore suffisamment en état de se rendre compte des ravages de l'âge et n'est pas alcoolisé, il suffira de l'amener par la persuasion à s'occuper d'une fae.on innocente. S'il est modeste, l'occupation ne lui manquera pas. Tout homme raisonnable et respectueux de lui-même devrait, avant d'être trop vieux, prendre des mesures préventives contre le sénilisme éventuel dont il risque d'être atteint, et donner à ce sujet par écrit les pleins pouvoirs nécessaires à des personnes plus jeunes en qui il a confiance. Pour les mêmes raisons qu'à l'égard du travail mental, il faut autant que possible recommander expressément aux personnes âgées de maintenir l'activité de leurs muscles.

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5. Hygiène nerveuse des psychopathes ou névropathes — Par psychopathes ou névropathes, on entend les personnes qui appartiennent du plus au moins au second groupe de notre septième chapitre. Vers la fin du chapitre IX (paragraphe 5), nous avons parlé d'une façon générale de leur hygiène. Nous avons vu du reste qu'il n'y a pas de limite marquée entre les particularités de ce groupe et les fonctions normales et saines du système nerveux central. Il s'agit là en grande partie de faiblesses, d'infériorités, d'excitabilité trop forte ou trop faible, de tendances à perdre courage, à s'épuiser ou à se fatiguer très vite, à ressentir des douleurs ou des paresthésies de toute espèce, ou à avoir des crampes, des accès émotifs(de colère, de désespoir, d* gaîté outrée, etc.), des impulsions irréfléchies, des obsessions, des angoisses, etc. Les troubles légers de ce genre sont si fréquents, que presque personne n'y échappe dans le cours de son existence; aussi est-il impossible de délimiter dans ce domaine l'hygiène de la médecine. On pourrait désigner du terme populaire général d' « agacement» nerveux cet état multiforme d'énervement dans toutes les branches de l'activité cérébro-spinale. Il s'agit, il est vrai, souvent au contraire d'un état d'inhibition ou de paralysie neurocymique. c'est-à-dire de paresse nerveuse, d'énervement passif.

D'une part les faits signalés au chapitre VIII sur les causes de dégénérescence des peuples civilisés, et d'une autre les exigences toujours plu- considérables qui s'imposent au cerveau humain (voir chapitre V, Phylogénie), créent un étal social qui devient de plus en plus insupportable, en faisant de plus en plus ressortir chaque infériorité mentale. Nous avons appris à connaître une cause normale et naturelle de cet état île choses dans le fait (pie notre organisation cérébrale c'a pas pu et peut ton jour- 1110111- suivre la progression géométrique effrayante de notre civilisation, progression duc à l'en» > clopédie croissante du savoir et aux progrès techniques. 11 ne faut certes pas s'étonner si deux facteurs aussi puis-

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