HYGIENE NERVEUSE DES NEVROPATHES Û
sants que la dégénérescence croissante des cerveaux et l'augmentation de ce qu'on exige d'eux, provoquent une insuffisance de plus en plus fréquente et plus criante des forces cérébrales, qui se refusent à ce qu'on exige d'elles ! Je crois que nous pouvons ramener l'énervement moderne, avec toutes les psychopathies constitutionnelles, à des combinaisons variées de dégénérescence héréditaire ou blastophthorique avec les exigences trop fortes qu'on impose au cerveau humain. Nous avons déjà vu ce qu'il faut faire pour combattre les dégénérescences. Que devra faire l'hygiène du système nerveux pour enrayer le développement d'un énervement, d'un agacement nerveux plus ou moins généralisé qui existe déjà et tend à augmenter toujours plus?
Pour aborder cette question, qui est certainement l'une des plus importantes, pour ne pas dire la plus importante, de l'hygiène nerveuse immédiate, il nous faut tenir compte de ce qui vient d'être dit, et tout particulièrement de la phylogénie. Représentons-nous dans ce but les conditions primitives d'existence d'un cerveau humain tel qu'il s'est développé phylogéniquement, à l'aide de l'engraphie héréditaire et de la sélection naturelle dans le combat pour la vie, c'està-dire d'un cerveau qui n'est pas encore dégénéré, ni surmené, ni surchauffé par la civilisation moderne. Représentons-nous, en un mot, l'homme primitif dans la foret vierge, luttant avec les animaux féroces et avec d'autres peuplades de sa propre espèce, menacé perpétuellement par les éléments, obligé de défendre journellement sa vie contre les ennemis les plus divers. A cet effet, il ne fallait pas seulement que ses sens et ses muscles fussent extrêmement développés et exercés, comme nous le voyons encore aujourd'hui chez les peuples sauvages, mais il fallait encore que son cerveau fût admirablement adapté aux mouvements rapides et adroits, à l'innervation musculaire la plus parfaite, à une attention toujours tendue de la faculté de perception sensorielle, enfin à une combinaison de ces deux groupes d'activités céré-
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braies. Or oiotreontogénie et notre phylogénie nous prouvent indubitableuaenl i|no eel homme primitif est encore profondément enraciné ei vivant dan- nos énergies cérébrales héréditaires. Il n'y a rien là d'étonnant. A nous, c'est-à-dire à chacune de n<>- courtes vies humaines individuelles, ces états sociaux préhistoriques peuvent sans doute paraître antédiluviens, ou tout au moins perdus dans la nuil des temps passés. Mais, pour le développement phylogénique des êtres, la durée entière de nos civilisations, de ce que bous appelons l'histoire de l'humanité, l'époque qui sépare l'homme moderne de l'homme primitif, même prolongée plus ou moins en arrière, ne représente qu'un temps bien cour! el bien peu de générations, relativement aux périodes immenses qu'a exigées la transformation par voie évolutive d'une espèce en une autre, d'un cerveau de pithécanthrope en un eerveau d'homme par exemple (même en admettant «les variations plus subites par mutation-). Donc la psyehopathie représente en somme un complexus de réactions cérébrales i n-u f lisantes, en partie normales el en partie pathologiques, aux exigences toujours plus grandes de la vie civilisée. Ces réactions insuffisantes sonl dues en partie aux faits phylogéniques que nous venons d'esquisser, el en partie à une hérédité pathologique, blastophthorique ou autre.
Des réflexions qui précèdenl découle une exigence péremptoire de l'hygiène des psychopathes, el cette exigence est la suivante: Retour a une vie plus -imim.i:. m --i analogue q\ i:
I ""il;l.i; A CELLE DE LiloMMi; PRIMITIF.
On pourrait -an- doute nous objecter «pie c'esl là une hypothèse théoriquement construite, -i plausible qu'elle puisse paraître, \oii- [répondrons simplement «pie la pra-
tique vient journellement confirmer notre assertion.
Les asiles d'aliénés constituent un immense champ d'expérimentation, el L'expérience a montré l'action reconstituante admirable, on peul même dire unique, parfois «nia tive, du travail agricole et d'autres occupations corporelles
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analogues, sur les psychopathes et les aliénés chroniques. Nous avons cité plus haut chapitre IX i l'asile de M. Grohmann pour occuper les malades nerveux. Nous avons en outre appris à connaître les résultats remarquables des Landerziehungsheime. Tous ces fiaits viennent confirmer notre thèse.
Il va sans dire qu'il ne nous est aujourd'hui plus possible de reconstituer le combat pour la vie dans la forêt vierge, et nous disions déjà que ce ne serait pas même désirable, car ses inconvénients remportent sur ses avantages. C'est du reste inutile pour nos psychopathes modernes. Il suffit de simplifier autant que possible leur vie dans nos conditions actuelles d'existence et de leur fournir des occupations dont te caractère doit être de combiner l'activité de l'attention dirigée sur les sens, avec celle du travail musculaire. On peut même employer dans ce but les moyens les plus modernes, tels qu'avant tout la bicyclette, dont l'usage exige une attention continue et une bonne coordination des mouvements, tout en accélérant la locomotion et en facilitant ainsi diverses occupations. Nous en voyons l'effet ; la bicyclette est un excellent instrument curatif pour les psychopathes. Il en est de même des travaux agricoles, du jardinage, de la menuiserie, de l'équitation. du canotage, de la chasse, de couper du bois, etc. Ces exercices sont extrêmement propres à servir d'antagonistes aux orages pathologiques du neurocyme ou à ses paralysies, aux maux de tête, aux crampes d'estomac, à la constipation, aux attaques hystériques, bref h Itui- les énervement- et agacements de notre activité cérébrale. Il> font dévier l'activité neurocymique sur les voie- d'un travail cérébral énergique, sain et normal, tout en appelant l'intérêt par leur utilité et par les résultats que l'on obtient. L'appétit, le sommeil et la gaîté réapparaissent à leur aide.
Sans doute il faut observer ici la loi de l'exercice ou de l'entraînement, avec de doubles précautions. Lorsqu'on a
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affaire à un épuisement grave ou à de violentes douleurs, il
faut commencer par employer d'autres remèdes, avant tout la suggestion (hypnotisme), les cures dites de repos, de., et il faut procéder d'une façon extrêmement lente, patiente el persévérante, si l'on veut ramener le neuroeyme dans ses voies normales et l'y retenir par l'exercice. Il va sans dire qu'on procédera fort différemment selon qu'on aura affaire à un énervement passager et léger ou à une affection chronique et grave. Dans le premier cas, de courtes vacances, employées à des exercices plus ou moins semblables à ceux de l'homme primordial, feront rapidement disparaître les troubles nerveux, et pour éviter le retour de ces derniers dans l'avenir, il suffira de corriger un peu son genre de vie, avant tout de se coucher tôt, de ne plus prendre de boissons alcooliques, et de travailler un peu plus de corps et un peu moins d'esprit. Le plus important sera toujours d'éviter l'alcool et de s'accorder la quantité nécessaire de sommeil (huit heures au minimum en pareil cas). Dans les cas de psychopathie chronique et plus profonde, il s'agira au contraire souvent de transformer entièrement son genre de vie et même parfois de changer pour toujours de carrière ou de métier.
Ce qui est d'une importance capitale, c'est de ne pas transformer ce que nous venons de dire en dogme rigide. Chaque cas particulier exige des procédés spéciaux, el il serait absurde de vouloir ramener tous les psychopathes à une sorte de vie de gorilles. Nous avons même vu qu'en particulier dans l'hystérie on peut, à l'aide de la suggestion, créer et affermir chez le malade la prévision d'une guérison définitive el complète, à l'aide d'un certain travail mental souvent intense, el transformer ainsi des puissances cérébrales
remarquables, qui s' épuisaient en efforts Stériles dans des
voies maladives, en une vie admirablement remplie par l'accomplissement parfois même génial de quelque idéal social. Ce sonl là sans doute des cas médicaux; mais ils nous