DOMAINE DE LA CONNAISSANCE
i. Domaine delà connaissance. — La sensation de bleu (le ciel) et celle d'irritation dans le nez sont chacune ce qu'on appelle une « simple » sensation, l'une de vue, l'autre de tact. Nous verrons que ces sensations, simples au point de vue psychologique, correspondent à une complexité physiologique. L'image de l'oiseau qui vole est, par contre, déjà une complexion de diverses sensations de forme, de couleur et de mouvement. Cette image éveille en vous ce qu'on appelle une notion, ou mieux encore une représentation générale, celle d' « oiseau ». Dans le cours de votre vie, vous avez acquis la notion ou représentation générale d'oiseau, parce que vous avez vu beaucoup d'oiseaux. L'apparition de l'oiseau devant vos yeux est ce qu'on appelle en psychologie une perception. La perception n'est donc pas seulement une complexion harmonique de diverses sensations ; elle contient en outre le souvenir subconscient, la complexion d'engrammes (voir plus bas) de beaucoup d'autres perceptions antérieures analogues, c'est-à-dire ce qu'on appelle une représentation générale. La perception contient donc déjà en elle-même des conclusions logiques, car quand je dis: « Je vois un oiseau », cela veut dire : « L'image qui vole devant mes yeux ressemble à beaucoup d'autres images antécédentes que je lui assimile et que je suis habitué à désigner du terme d'oiseau. » La perception en question est en outre celle d'un oiseau spécial que je distingue des autres oiseaux.
Mais qu'est-ce alors que l'image de votre chambre à coucher et de votre mouchoir? D'une part, elle ressemble à celle de l'oiseau et du ciel; vous savez néanmoins qu'elle est en vous et non hors de vous. Pareille image est ce qu'on appelle en psychologie représentation interne, et il s'agit ici de ce qu'on entend par représentation concrète ou représentation d'objets : Vous ne pourriez avoir cette représentation si vous n'aviez pas vu précédemment votre chambre à coucher et votre mouchoir. Vous les voyez tous deux «en esprit», donc leur représentation correspond au souvenir ou aux engrammes (voir plus
ÎO PSYCHOLOGIE SCIEN( E DE LAME
bas d'anciennes perceptions des «lit - objets. 11 ne s'agit don <• là que d'une sorte de reproduction intérieure d'anciennes perceptions à l'aide de la faculté qu'on appelle la mémoire ; OD peut aussi appeler les représentation- latentes ou engrammes « images mémoriales ». Existe-t-il une différence fondamentale entre les perceptions et les représentations internes? Nous me répondrez : a Sûrement; c'est tout autre chose si je vois quelque chose en réalité ou si je m'en souviens seulement. » El le public de déclarer immédiatement ; « Si je vois quelque chose de réel, cela vient de ce que les rayons lumineux de cel objet ont atteint mes yeux en ce moment, ce qui n'est pa- le cas dans le souvenir. Donc, la représentation interne et la perception sont deux choses fondamentalement différente-
Si claire que paraisse cette opinion, elle n'en est pas moins fausse. D'ordinaire, nos perceptions sont dues, il est vrai, à l'action d'objets extérieurs sur nos sens. Quand nous voyons un oiseau, entendons de la musique, sentons un caillou, percevons l'odeur d'une violette, ou savourons du sucre, l'oiseau, le caillou, la violette et le sucre existent en réalité dans le monde extérieur. Mais il n'en est pas toujours ainsi. En rêve, nous voyons, sentons, entendons, etc., toute sorte de choses qui, en réalité, n'existent pas hors de nous et ne l'ont que nous illusionner sur la réalité. Les hallucinations ou perceptions illusoires, dans lesquelles nous percevons toul éveillés une foule de choses qui n'existent pas ou existent d'une tout autre façon que nous les percevons, sont la preuve la plus claire de ce que nous affirmons, .le prie mes lecteur- de s'adressera un homme auquel on vient d'amputer un bras ou une jambe. L'amputé perçoil tous les détails de son membre coupé ; il en seul les doigts, et dans ceux-ci des douleur- cor respondantes, etc., lors même que le membre en question esl déjà enterré d pourri.
Une étude attentive de- faits prouve que le phénomè le
la perception, de même que celui de la représentation, se produit uniquement en non-, et que ces deux phénomènes