‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 2 sur 77 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Auguste FOREL

ANCIRN DE PSYCHIATRIE A l'uNIVERSITÉ OB ZURICH

PAKIS

G. STEINIIEIL, ÉDITEUR

% RUE CABIMIR-DBLAVIGNB, S

ld06

PRÉFACE

L'flme et Taclivité du cerveau vivant sont une seule et même chose. Sans doute, on ne peut le prouver par des syllogismes, et les gens qui n*osent regarder les faits en face, de môme que céux qui jurent sur l'autorité, en profitent pour prétendre qu'il s'assit h'i d'une (luestion métaphysique insoluble, et pour se mettre à cheval sur une équivoipie appelée parallélisme psycho-physiologique. Or il ne s'agit pas de métaphysique, puisque le globe terrestre fourmille de cerveaux-âmes, tous à la portée de notre observation. Chacun ne peut observer, il est vrai, sa propre introspection, sa propre psycholog'îe, sa propre Ame\ sa propre conscience, son propre subjectivisme (tous ces termes signifient à peu près la même chose) que sur lui-même. Mais, grûce au langage, la « monnaie » de la pensée, et aux observations biologiques des actes des autres, on arrive par analogie à se rendre plus ou moins exactement compte de Tétat d*âme de ses semblables et même de celui des animaux supérieurs. Or la méthode d'induction ou de raisonuemeut par analogie est prccisémeul la méthode scientiûque.

Nous avons le droit d'affirmer aujourd'hui avec Copernic que la terre et les planètes tournent autour du soleil, et que ce ne sont pas les planètes, le soleil et les étoiles qui tournent

autour de la terre. Cependant la chose n'est pas prouvée avec l'absolutisme du syllogisme mathématique. On peut encore, avec Ptolémée, dire le contraire. Seulement les faits observés

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PRÉFACE

concordent avec la théorie de Copernic, tandis qu'il faut inventer les échafaudages de mouTements les plus invraisemblables des astres, en particulier des planètes, pour maintenir la théorie de Ptolémée. Avec celle de Copernic, on peut, en outre, prédire à coup sûr les événements astronomiques et mémo découvrir de nouvcanx satellites avant de les avoir vus, on observant les aberrations les plus intimes dans lesmouve^ ments des astres.

Ëh bien ! il en est de môme en ce qui concerne Thypothèse du dualisme qui considère Tâme et l'activité cérébrale comme deux choses, et celle du monisme scientifique ou hypothèse de l'identité, qui les considère comme une seule et même chose. I^e dualisme, c'est in tiicori»^ de Ptolémée qui conduit à d'absurdes contradictions el exi^e dej croyances mystiques sans aucun fondement scientifique, dès qu^on veut vérifier les faits à son aide. A Taide du monisme^ au contraire, tout s'explique clairement et sans contradictions, comme le mouvement des astres avec la théorie de Copernic. On peut même souvent calculer et prédire les réactions psychologiques. ^ oila pourcpioi nous sommes en droit d'admettre le monisme comme démontré, jusqu'à preuve du contraire, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on ait prouvé qu'il existe des âmes sans cerveau et des cerveaux vivants sans âme.

Donc notre psychologie, et par conséquent aussi nos sentiments moraux et notre volonté, sont l'expression ou lè reflet interne de la vie de notre cer\eau. Pour ces raisons si simples, que le mysticisme religieux s'est elïorcé de compli(|uer à plaisir, nous sommes obligés de considérer tous les phénomènes de la psychologie humaine comme du domaine de rhygiène du système nerveux, c'est-à-dire du cerveau qui en est le grand centre. En particulier les questions d'hygiène sociale on d'hygiène de la race sont en ménae temps des questions <le morale.

L'hygiène populaire doit mettre toute personne douée d'une certaine dose d'éducation et de bon sens en état d'éviter

PRÉFACE 3

autant que possible les maladies et les anomalies, tant pour elle même que pour sa famille et ses descendants, et de développer à tous égards sa force et. sa santé, de même que les leurs.

L'hygiène ne remplace nullement le médecin ; mais elle doit amener à ce qu'on ait le plus rarement possible besoin de ses secours.

Les règles d*hygiène dont on ne comprend pas la raison d'être risquent de nuire plus qu^elles ne sont utiles. C*est là tout spécialemciil le cas pour le système nerveux et ses fonctions, auxquels le public comprend en général fort peu de chose. En effet, il s'agit ici d'un organe dont les fonctions sont très complexes en elles-mêmes. Elles le sont cependant moins qu'on ne le croirait ; c'est surtout le mysticisme dualiste dont nous venons de parler qui a brouillé les cartes et inutilement compliqué la question.

Voilà pourquoi j ai écrit le petit livre qui va suivre.

Au( ;. For EL {de Chigny, près Marges^ Suisse).

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