CHAPITRE
RAPPORTS DB L*AMB AVEC LE CERVEAU
Dans les deux premiers chapitres, nous avons appris à connaUre sommairement les phénomènes de l'Ame et la slruclure des ('entres nerveux. A cette occasion, nous avons vu que le grand cerveau eal le grand centre de toute activité mentale, en même temps que le centre le plus puissant de toute activité nerveuse. Un fait très curieux est le suivant : le grand cerveau ne sent pas ses propres lésions, qui ne lui causent aucune douleur, lors même que toute sensation, y compris celle de douleur, ne nous devient consciente qu'en lui. La sensation et la douleur proviennent donc, en tant que phénomènes conscients : a) ou bien d'activités du grand cerveau provoquées par la projection d'irritations ayant lieu dans des neurones situés en dessous du grand cerveau ; 6) ou bien d*activités du grand cerveau lui-même dues à Téveil (ecphorie) d'anciens engrammes provenus primitivement d'irritations venant aussi des centres inférieurs. I'.n d înitres termes, la sensation et la douleur, de même que la |>er(!eption. correspondent à des états d'irritation (d'activité) du grand cerveau. Mais ces irritations ne peuvent être provoquées que de deux rnçons et indirectement : en premier lieu, pur la transmission au grand cerveau d'irritations complexes et combinées actuelles des organes des sens on des centres nerveux subor-
RAPPORTS DE l'aMB AVEC LE CERVEAU
donnés; en second lieu, par un genre spécial d'irrilationoude revivificatioD de leursengrammes corticaux antécédents, irritation provoquée par une activité cérébrale quelconque associée. Le second cas est plutôt anormal, si fréquent quil soit. Le
but de la sensation, de la douleur et de la perception est de nous rendre attentif pour des motifs divers à ce qui se passe dans le monde exi(^rieur. En conséquence, le cerveau s'habitue à projeter ces phénomènes non en lui-même, mais à la place du monde extérieur d'où part leur cause. C'est ainsi que nous projetons la fontaine que nous voyons, sur la route, la voix que nous entendons, dans le corps de celui qui parle, la douleur cuisante que nous ressentons à un doigt, dans ce doigt, etc., bien quen réalité (es phénomènes ne soient que provoqués par la fontaine* la voix et le doigt, et se passent tous trois dans notre cerveau. Lorsque les mômes phénomènes psychologiques se produisent par Tirritation intérieurement causée d'un ancien engramme cérébral, nous hallucinons la fontaine, la voix et la douleur au doigt, sans que quoi que ce soit de semblable existe hors de notre cerveau, pas plus dans le doigt que sur la route, etc. Nous sommes alors en général illusionnés, comme l'amputé qui soutire dans son pied coupé (voir plus haut), et nous projetons à l'extérieur ce qui se passe dans notre cerveau. D'innombrables douleurs des malades dits néurasthéniques (hypochondres) naissent de cette fac'on. Nous sommes en droit d'admettre avec grande probaijilité que dans lous ces cas les neurones centraux, qui d'ordinaire transmettent les irritations du moude extérieur au cerveau, ont été irrités en même temps que Tengramme du grand cerveau et ont ainsi produit l'illusion ou hallucination.
n est curieux d'observer de quelle douleur intense témoignent tous les animaux chez lesquels on pince les nerfs dits sensibles, non seulement sur un jmint <juelcon(|ne de leur parcours, mais encore à leur origine, dans les ganglions spinaux (surtout par exemple le ganglion de Gasser, d'où sort le
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nerf sensible du visage), et plus haut encore, dans certaines parties de la moelle épinière et de la moelle allongée» à là base du cerveau. Si l'on réfléchit au fait que ces derniers
appareils jouent un rôle londaniental chez les verl/bi"és infc^rieurs, qui sont capables, il est vrai, de téuioigncr d'une douleur violente, mais qui ne possèdent qu'un grand cerveau très rudimentaire, on est obligé d'admettre avec une grande probabilité que les centres inférieurs en question étaient primitivement capables de sentir, surtout la douleur, mais aussi les qualités sensorielles chez les animaux (jui n'ont pas de grand cerveau (voir, au chapitre IV, le chien de Goltz). 11 me semble donc que rinsensibililé du grand cerveau aux lésions de sa substance doit avoir sa cause dans le fait que cet organe ne s*est développé que plus tard chez les animaux supérieurs, e( qu'en suite de sa position protégée et cachée, il n'a eu dès labord que la fonction de sentir d'une façon secondaire, c'est-à-dire de travailler seulement les irritations ou neurocymes des organes sensoriels doloriiiques et autres qui lui sont transmis par les appareils nerveux inférieurs. On comprendra peut-être mieux la chose plus tard.
Mais quels sont les véritables rapports de nos activités psychologiques introspectives avec les états d'irriluLion de notre cerveau ?
Il faut nous exprimer distinctement pour qu'on nous comprenne. Presque tous les phénomènes psychiques traités dans le premier chapitre sont, comme on dit, subjectifs, c'està-dire que tout homme ne peut les percevoir que chez lui seul, djms son propre moi. Ces phénomènes constituent le domaine de la psychologie ou sci(;nce de l'Ame. Par le terme de « conscience » appliqué ù quelque chose, on désigne le fait que ce quelque chose (une sensation, une représentation) fait partie du contenu de notre âme, c'est-à-dire de notre activité psychique subjective. Donc, tout ce qui n'est pas conscient Ott ne l'a pas été au moins une fois, ne peut être considéré comme état de l'âme au point de vue purement psycholo-
POBBL. &
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gique. Nous désignerons du terme de « contenu de la cori' science » tons les phciuMiicnes psychiques actuels et passés d un homme, compris de la sorte. Les états d'àine ou le contenu de noire conscience sont les seules choses que nous puissions connaître directement.
Mais ce moyen direct de connaissance nous trompe fréquemment. Nous avons déjà dit plus haut que ce qu*un sens nous rend conscient, nous le corrigeons à Paide des autres sens et <lu muuveiuent, nous h' fixons par la mémoire et nous l'améliorons et le précisons perpétuellement par des comparaisons faites durant notre existence. De cette façon, nous apprenons à connaître de mieux en mieux le monde extérieur, car les expériences que nous tirons de lui enrichissent conti* nuellement les phénomènes de notre conscience et les adapte toujours mieux à la réalité de ce (jui est hors île nous. Nous comparons les synil)oles ^sensations el j»erceplions) d'un sens avec ceux des autres. GrAce à celle action commune, les erreurs se corrigent. C'est cette connaissance symbolique indirecte du monde que nous appelons cannaUsance ou savoir. Nous rappelons aussi objective^ non qu'elle soit en elle-même une réalité extérieure, mais parce que, grflce à la comparaison, elle correspond bien plus exactement que l'introspection directe aux réalités du monde extérieur. Les impressions produites par ces dernières sur nos sens se coordonnent el se corrigent les unes les autres d'elles-mêmes dans nos neurones cérébraux d*une façon qui correspond évidemment assez exactement à leur propre coordination entre elles hors de nous. Grftce & cette connaissance indirecte du monde, nous obtenons des conceptions sur les lois de ses phénomènes, à la condition <jue notre cerveau soit normal, c'est-à-dire adapté d'une façon adéquate aux irritations venant du dehors. Nous parlons de loi naturelle, lorsque des conclusions inductives suffisamment étayées (voir chapitre I) nous permettent de produire, de calculer ou de prédire à volonté les phénomènes extérieurs.
Digiiizcû by Cjc,
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Les lois naturelles, telles qu'elles sont formulées par la science, sont donc le résultat de l'action régulière et coordoQaée du monde extérieur sur notre cerveau. Or. ce dernier peut être observé de deux côtés. Il est l*organe de notre âme, donc de notre sujet, de notre moi, tel qu*îl ê*intro8pecie. Mais il est en même temps une partie du monde extérieur que nous étudions hors de nous, du moins chez notre prochain. Désignons brièvement du ternie de conscience le côté intérieur psychologique (înlrospecié) de noire vie cérébrale, et du terme de neurocyme (onde nerveuse), la vie cérébrale observée du dehors, par exemple chez les autres. Constatons d'abord deux faits :
1" Tout homme ne connaît que sa conscience à lui. Mais il conclut des communications qui lui sont faites au moyen de la monnaie de la pensée, c'esl-à-dirc du langage dans son sens le plus large, que ses semblables (les hommes) et les animaux supérieurs ont aussi une conscience, o'est-à-dire un subjectivisme inirospectif .
'2" La réduction directe d*un état de conscience à un neuro^ cyme ou inversement est une impossibilité. Mieux même, c'est une question transcendante, c'est-à-dire située absolument en dehors de ce que l'homme peut connaître. En eUet, la notion de neurocyme est due à une conclusion logique; c'est le résultat d'un raisonnement, comme les notions de matière, d'énergie, d'onde, etc. On ne peut donc la réduire au phénomène de l'introspection directe.
Et, néanmoins, rexpérience nous prouve avec certitude que si nous entendons par âme quelque chose de semblable ou d'identique au contenu de notre conscience humaine^ aucune ftme pareille n'existe sans activité neurocymique complexe, c*est-à-dire sans cerveau. Il est tout aussi certain qu'à toute manifestation psychique correspond une activité neuro> cymique dans les neurones de notre cerveau. Aucun psycholoi^:isle et aucun physiolop:i«te sérieux n'en doute aujourd'hui. La proposition inverse, par contre, parait d abord ne pas être
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exacte. Il y a beaucoup d'activités de notre cerveau et de nos nerfs dont nous croyons ne pas être conscionls, et que nous désignons par conséquent du terme d'inconscienles, automatiques, réflexes, machinales, instinctives» etc. Pour comprendre ce fait, nous devons examiner plusieurs choses :
Dès qu'un homme porte son attention sur ses rêves au moment du réveil, et cherche à penser h nouveau, autant que possible, renchaînoment d'idées qu'il vient de rêver, il en arrive bientôt à pouvoir rappeler à sa mémoire et fixer de cette façon une toujours plus longue chaîne de rêves, quelque dissocié que soit le chaos d*idées qui en résulte. Au contraire, si Ton ne porte aucune attention sur ses rêves, on les oublie d'ordinaire si complètement, surtout (juand on dort lùen et pas trop longtemps, qu'on s imagine ne pas rêver du lout. Il est donc sûr que certains enchaînements d'activités psychiques nous font Teflet d*étre inconscients, alors même que, par certains moyens indirects, nous pouvons prouver qu'ils sont conscients. En efîet, la conscience du rêve est aussi une conscience, une introspection psycholoi^ique. Dans le somnambulisme, nous pouvons même agir et nous mouvoir d'une façon très complexe ei avoir des enchaînements d'idées relativement bien coordonnés. Néanmoins, nous désignons nous^ mêmes tous nos actes et nos pensées somnambuliques du terme d inconscients, parce qu'au réveil nous n'en savons plus rien. L'hypnotisme, dont nous ne pouvons parler ici, nous prouve à chaque pas que les mêmes activités psychiques ou états d'ftme peuvent avoir lieu d'une façon consciente ou apparemment inconsciente. Plus même : j'ai réussi par une expérience à influencer les centres de perception de personnes hvpnolisées do telle façon, (|uc certains enchaînements d'irritations, de bruits, de piqûres, ne furent pas perçus au moment OÙ ils agirent sur les sens de l'hypnotisé (l'hypnotisé n'entendait et ne sentait donc rien). Ët néanmoins les impressions en question furent parfaitement enregistrées comme engrammes dans son cerveau, car je réussis après coup, en
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hypnotisant de nouveau le sujet, et à l'aide d'une suggestion appropriée qui ne contenait rien sur le détail ni sur la qualité des irritations sensorielles provoqiiées la pre^ miëre fois, à faire apparaître les dits phénomènes, avec toutes lenrs qualités respectives, dans le champ de la conscience, de sorte que la personne en question put en donner tous les détails, c'est-à-dire se rappeler de choses dont elle navait jamais eu conscience jusque-là. Ëlie devenait donc subitement consciente d'un passé qui avait toujours été inconscient. Je lui avais par exemple suggéré avec succès pendant F hypnose une surdité ou une anesthésie totale de la peau. Puis j'avais produit une série de bruits caractéristiques et l'avais piquée un nombre fixe de fois sur ditTérentes parlies du corps ; elle assurait, pendant l'hypnose, n^avoir rien entendu ni senti. Après Tavoir réveillée, elle ne se souvenait absolument de rien. Hypnotisée une seconde fois, Je lui suggérai de se rappeler tout ce que j'avais fait pendant la première hypnose, et c'est ainsi que je réussis à faire entrer, après coup, tout le détail qualitatif des impressions acoustiques et tactiles de la première hypnose dans son souvenir conscient, de sorte qu'elle se rappelait les irritations qu'elle n*avait jamais perçues et qui avaient pourtant eu une base réelle. Oscar Vogt a confirmé ces expériences, ({ui ont toutes été faites sur des sujets absolument dignes de foi, toujours avec le même résultat.
Tous les faits que nous venons d'énumérer prouvent clairement que ce qu'on appelle « perceptions inconscientes », «actions inconscientes», « oublis et toute une série de phénomènes apparentés, doit être désigné en réalité du terme i\e dissociation psychif/ue. Il ne s agit en elTet lA nullement d'une véritable inconscience, mais de solutions de continuité entre les états de conscience de Tàme, solutions qui limitent considérablement le champ de chaque enchaînement conscient momentané. Lors même que nous sommes capables, à l'état ordinaire, de rappeler à notre conscience, à l'aide des
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phénomènes d'ecphorie des engrammes associés, une partie assez considérable des contenus conscients mentaux de notre passé, avouons franchement <in(\ même à fétat de veille, où
les idées sont le mieux associées, celte faculté est fortement limitée.
De ces réflexions et observations résulte le fait extrêmement important, que nous désignons à lort du terme d' « inconscientes » une quantité très considérable d*activités psychiques qui ont été une fois conscientes ou qui peuvent même Têlre dans quelque poinl ('carlé d(* noire vie cérébrale, nu moment où nous pensons à autre chose, c'est-à-dire tandis que notre attention est concentrée ailleurs, sur d'autres objets. V amnésie fonctionnelle^ c'est-à-dire Toubli, repose donc d^ordinaire simplement sur des phénomènes de dissociation et nous donne rillusiun d'une inconscience qui n'existe pas en réalité. L'incohérence des idées n'est pas la même chose que leur inconscience. Un enfant qui apprend à lire est « conscient » de la forme de chaque plein et de chaque délié des lettres qu'il lit, tandis que nous, adultes, nous ne croyons plus même l'être des mots entiers sur lesquels nous volons en lisant. D un autre côté, nous admettons qu'un poisson qui fuit à notre approche est conscient de la présence d un ennemi. Et pourtant le cerveau d'un poisson est plus rudimentairement organisé que nos centres nerveux cérébro-spinaux les plus inférieurs (moelle épinière, cervelet* etc.), de l'activité desquels nous n'avotis jamais « conscience ». Comment expliquer toutes ces conlradiclions apparentes?
A mon avis, une simple hypotlièse, que nous avons le droit d'admettre comme juste tant qu'on lie prouvera pas qu'elle est fausse (i), résout toutes les difficultés et contradictions.
Admettons que toutes nos activités nerveuses, c'est-à-dire
(i) En science, nous avons le droit de le faire. (Voir à la Préface : tbéoi^e de Copernic et de Ptolémée en astronomie.)
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tout neurocymc, posp^flent un côto introspectif, si minime ou élémentaire qu il soit. En elle-nH"^me, celte introspection n'est rien du tout. Elle n'est que lerefletdeia vague nerveuse moléculaire Mle-même. Ce reflet ou conscience (disons si l'on veut atome de conscience correspondant à Tatome nerveux dont il reflète raclivité) ohé'û aux lois de la psychologie os(|uissées au chapitre I. Puis désignoii'^ du terme de super' conscience ou conscience supérieure les reflets synthétiques les plus importants des phénomènes nerveux complexes dont nous avons « conscience » k notre état de veille, c*estft-'dire de ceux qui sont accompagnés de la concentration de l'allenlion, et dont nous nous souvenons. Le contenu do celle >iij)(M'conscicnce constiUu^ le principal de notre moi, do notre vie intérieure, en un mot de notre psychologie. Or nous avons vu la tendance du côté psychique de notre travail cérébral à unifier déplus en plus )fMir synthèse les agrégats compliqués. Désignons maintenant du terme de subcoMcienee tous les phénomènes psychiques oubliés, qui nous furent une fois conscients, si faiblement que ce soit, et dont la connexion avec les phénomènes de superconscience ne fut que plus ou moins imparfaite ou fut immédiatement interrompue. Étendons enfin ce dernier terme aux compléments supposés de phénomènes analogues dans notre activité cérébrale, phénomènes dont nous croyons n'avoir jamais été onnscionis et dont nous le sommes pourtant, comme nous venons de le prouver plus haut par une expérience. Comme type d*une subconscience à contenu dissocié, nous pouvons désigner la subconscience des rdves ordinaires ou celle des rêves déjà mieux associés d'un somnambule. Si notre supposition est juste, nous sommes nl)ligés d'admetlre ([u'il existe encore cT aulnes formes de subconscience qui ne s'associent jamais directement par introspection à notre superconscience de façon à pouvoir être rappelées à ses souvenirs. Nous sommes pleinement en droit d'attribuer des subconsciences de ce dernier genre à l'aclivité des centres nerveux subor-
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donnés, des ganglions, etc. // va sans dire que nous ne pouvons absolument rien savoir d'exact sur in qualité suftjective de ces dc/ nières, aussi peu que sur celle des (inimau.r. surloui des animaux inférieurs. Ce nest néanmoins pas là une raison pour nier leur existence. Le bon sens indique que si nous avons déjà tant de peine à nous souvenir des activités sub* conscientes de notre grand cerveau, celles des centres inférieurs qui sont st'parres de lui no peuvent venir s'associer directe me ni à nos souvenirs. Je veux tâciier d'expliquer la chose par une comparaison.
Représentons-nous une machine extrêmement compliquée. Imaginons ensuite que toute énergie cosmique (donc tout mouvement, et par conséquent aussi celui de la machine en question) ait la faculté de se sentir elle-mOme par retlel introspeclif.
Il est clair que la sensation que la machine aura d'ellemême rendra à peu près la complication des énergies dont elle se compose, et que par conséquent la sensation de la
complexité de la machine sera beaucoup pins compliquée que celle d'un seul atome de substance se mouvant en ligne droite. Imaginons ensuite que chacune des ondes mécaniques (électricité, son, chaleur) actives dans la machine forme des synthèses au point de vue de ses sensations subjectives, selon sa vitesse ou sa lenteur, sa brièveté ou sa longueur, etc. Imaginons, en d'autres termes, que là où un rythme Merminé d'ondes (disons un rythme court et rapide) existe pour une complexité d'énergies, il se produise une seule sent^atioD, et qu*en vertu de la synthèse ou unification dont nous parlions, cette sensation possède une autre «pi alité subjective (pic celle de la synthèse d'une autre complexion dont le rythme soit plus long et plus lent. 11 résullera de ces diverses combinaisons, et de bien d'autres, diverses qualités de sensations subjectives que l'atome unique se mouvant dans Tespace ne peut posséder. Ce fait donnera-t-il à la machine, qui ne ressent plus guère que des qualités synthétiques subjectives
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diverses, qualités dues à sa complexité, le droit de déclarer
que l'humble atome n'a pas de sensations? Elle en aura sans doute aussi peu le droit que celui de refuser au dit atome les particularités élémentaires de son énergie et de son mou^ vement, sous le prétexte qu'elles sont plus simples et qu'ellemême n'a plus conscience de l'énergie de chacun de ses propres atomes.
C'est à peu près de cette façon que je me représente la dilTérence qui existe entre la conscience d'un neurone, d'une cellule ou d'un atome d'une part, et celle de notre grand cerveau (de notre superconscience) d*autre part. Grdce à cette hypothèse, que ne contredit aucun fait, j*échappe aux griffes pernicieuses d'un dualisme mystique entre le « corps » et r<<âme)>. Los contradictions apparentes dos phônoniônos de notre conscience s'expliquent sans difficulté. Ën ellet, les synthèses des sensations de la machine pour chaque complexion ainsi subjectivement unifiée de ses énergies, lui font perdre la connexion subjective directe avec les sensations du mouvemonl de chacune de ses molécules. Voilà pourquoi ces dernières semblent inconscientes à la conscience des synthèses supérieures, lors même qu'elles sont en réalité conscientes pour leur compte, c'est^À-dire subconscientes.
La notion purement et directement subjective de conscience ou d*introspection est donc en elle-même (en tant que notion) indépendante de celle de la complication, de l'intensité, de la plasticité ou de l'automatisme d'une activité nerveuse. Par contre, toutes cesdernièresactivités se réfléchissent, cela va sans dire, dans notre introspection humaine et influencent ses qualités, inconsciemment (subconsciemment) pour nous lorsqu'elles sont simples ou faibles, et consciemment (superconsciemmont) lorscju'elles sont complexes et intenses (renforcées par Tattcntion).
Dans le champ de la conscience, c'est-à-dire dans le subjectivisme, les mouvements se reflètent (s'introspectent) donc en somme comme ils sont, c'est^-dire simplement s*ils sont
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simples et d'une façon compliquée 8*ils sont compliqués, lors même que la synthèse des reflets conscients leur donne une iïppan'iH'c unifiée c{ par là siinpiiliéc sous Inriuo de qualilcs diverses. Les qualités subjectives, quirésuHeid <les synthèses dont nous parlons, constituent une particularité inexpliquée, mais indubitable du côté subjectif de Ténergie. Ccst ainsi que certaines ondes lumineuses courtes nous paraissent violettes, des ondes plus loiifrues rou^'"cs, etc. Notre supposition est elle une simple spéculation, un simple jeu sur les mots ? Ou avons-nous, au contraire, une raison sérieuse pour attribuer une introspection, si Ton veut une psychologie ato* maire, à toute activité nerveuse ? C'est ce que nous allons voir.
Au chapiire 1 (lo^iipie et loi de causalité), nous avons parlé de la loi de la conservation de 1 cuerj^ic. On sait que cette loi constitue le fondement des sciences physiques et naturelles et des sciences en général.
Si nous étudions dans le système nerveux central les actions et réactions du neurocyme, nous ne découvrons pas autre chose <ju"un cnchaiiuMnent de dynauusmesou activités (jui obéissent absolument à la loi de la conservation de l'énergie. Si, par contre, nous observons nos états d'âme pour leur compte seul, par introspection, ils nous paraissent ne pas obéir à la loi de Ténergie. Dans notre âme, de puissants mouveiiK'uts semblent naître de rien et disparaître dans le néant. 11 nous est du moins impossible de rattacher tous nos états de conscience les uns aux autres par la loi de cause à effet, d'action à réaction. C*est précisément en se basant sur de pareilles observations de pure psychologie subje(!tive qu'on avait conclu autrefois à Texistence d'une âme indépendante de la matière vivante du corps, c'est-à-<lire des lois naturelles. Toute l éuigme et toutes les coniradiclious de cette ancienne supposition dualiste s'expliquent au contraire d'une façon absolument satisfaisante, si l'on admet ce que les phénomènes dont nous parlions nous montrent de
RAPPORTS DE LAME AVEC LE CERVEAU
plus eii plus être vrai, c'est-à-dire que les causes de la vie
superconsciente de notre cerveau ide la vie de notre Ame) se carhont en majeure partie dans des activités sid)e()nscientes des centres uerveux, activités qui lurent ou sont actuellement encore dissociées, et si nous admettons en outre que toute rintrospection, c*est-à-dire toute notre conscience de nousméme et du monde, n'a pas d'existence réelle j)ropre, mais no représente que le miroiLement ou reflet interne des neurocymes de notre cerveau.
Déjà d'anciens philosophes, comme Spinoza, et plus tard Fechner et Auguste Comte, ont émis des opinions analogues, . sans connattre le cerveau comme on le connaît aujourd'hui. On peut désigner du terme d'hypothèse ou de loi âeVidentité, ou encore de monisme scientijiqiic ^ la supposition fpie nous venons d'émettre. Elle dit simplement ({ue ce sont les mêmes réahtés qui nous apparaissent, psychologiquement comme âme, et physiologiquement comme neurocymes. Fechner s'est exprimé à cet égard comme suit: « La physiologie du système nerveux (la science du neurocymc) el la psychologie Irailenl la môme matière vue de doux côtés ditVérents. Elles sont aussi incapables d'entrer en conflit que celui qui regarde le côté convexe d'un arc de cercle et celui qui regarde son côté concave. Tout phénomène de conscience nous oblige à une double étude. Tantôt c'est son côté psychique, tantôt son côté physiologicpie (pii esl \{\ phis facile h observer, mais ce dernier fait n'ébranle nullement le rapport fondamental entre les deux côtés de la réalité. »
Ce que nous appelons « objectif », c'est-à-dire observé du dehors, n'est en réalité, disions-nous, qu'indirectement subjectif. Il s'agit simplement de raisonnements induclifs que nous faisons en comparant les données subjectives «le nos divers sens les unes avec les autres el en les contrôlant les unes par les autres, à l'aide de nos observations et de nos expériences. Or, nous avons vu que ce genre de raisonnement peut nous amener à une approximation très voisine de la cer-
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titude. Un simple exemple nous fera comprendre la chose i Faide d*un peu dé réflexion :
Si je fais vibrer devant raoi un diapason en le frappant contre une table, je vois et j'entends ses vibrations ; je puis môme les sentir si je viens à le toucher. Je ne nie trompe pas en déclarant que ce diapason se trouve en réalité devant moi et qu*il vibre, car j*ai vu d'innombrables objets analogues en métal dans ma vie, j'ai senti leur résistance, j'ai reconnu leur son ol leurs vibrations, et, pfrAee h ces comparaisons sensorielles, je me suis assuré qu il existe dans le monde extérieur des objets dont les particularités (symboliques) que je puis reconnaître sont celles que je désigne du terme de métal.
Je puis, il est vrai, hallucinerun diapason et ses vibrations. Mais en pareil cas les autres hommes me corrip^ent, si bien ({ue le phénomène de rtiallueinalion, précisément du fait qu'il repose sur une illusion subjective due à la vibration autochtone de mes engrammes cérébraux, constitue la plus belle démonstration indirecte et inductive de Texistence réelle du monde extérieur. Donc, le diapason existe, quand même je ne connais de ses réalités (pie les vibrations neurocymiques de toucher, de vue et d'ouïe qu'il projette dans mon cerveau oCi j'en ai conscience, c'est-à-dire où je les introspecte sous forme de perceptions. Ma connaissance du diapason réel est donc purement symbolique et relative à mes sensations coordonnées, mais cela suffit. Tous les moyens d'investigation de la science, tels que les poids, les mesures, les nombres, ne sont que des abstractions conventionnelles que l'homme a construites de la même façon, en comparant ce qu'il reconnaît à Taide des sens des choses réelles du monde.
Or, je ne puis jamais transformer une perception visuelle en une perception acoustique ou tactile. Comme telles, ces perceptions sont donc «lualisles ou mulliples, puisque je ne puis faire passer subjectivement aucune (jualité sensorielle à une autre. Malgré cela, j'ai le droit d'attribuer certaines combinaisons de perceptions à un objet réel du monde
RAPi^ORTS DE L*AME AVEC LE CERVEAU
extérieur, ainsi au diapason dont nous parlions. La vibration vue, ouïe et touchée du dit diapason est une seule et
même réalité. Mon expérience, basée sur d'innombrables raisonnements indiiclifs, me le prouve. Si je pose une ponmie à côté du diapason, j'ai devant moi deux objets. Si je mange la pomme, elle passera, décomposée en morceaux, dans mon estomac et je ne la verrai plus devant moi, mais seulement le diapason. Il m*est, par contre, impossible de manger i*image visuelle de la pomme et de laisser sa sensation tactile devant moi. Ce sont des faits indiscutiibles (jui démontrent l'existence des choses extérieures. Ëtvoiià pourquoi je déclare la pomme vue et la pomme sentie comme une seule et même chose, et non comme deux choses parallèles. Je fais de même pour la vibration vue, ouïe et sentie du diapason.
Il en est de même du cerveau et de Tâme. Il est aussi impossible de présenter où et à qui que ce soit un cerveau vivant sans âme qu'une âme sans cerveau vivant. Ce qui détruit le cerveau détruit Tâme, et ce qui trouble l'activité cérébrale trouble l'activité psychique d'une façon correspondante. L*ftme et le neurocyme sont aussi inséparables l'un de Fautre que la vibration vue du diapason est inséparable de sa vibration entendue. Il s'agit donc d'une seule et même réalité. Et voilà pourquoi nous parlons d'identité et non de parallélisme comm« le font la plupart des psychologistes modernes. Une seule et même chose ne peut pas être parallèle avec ellemême. Uengramme visuel et Tengramme auditif du diapason dont nous parlions ne peuvent pas même être représentés figurémonl comme parallèles, pas j)lus qu'une roprés(^nlation inlrospcctive ne peut être regardée comme parallèle à la compiexion neurocymique (physiologique) correspondante du grand cerveau.
Dans ces questions, on dispute sur les mots, parce quW confond les abstractions théoriques avec les choses réelles.
Nous voyons donc clairement de quelle façon nous devons
RAPPORTS DE l'aME AVEC LE CERVEAU
comprendre les rapports du cerveau avec l'âme. Ën réalité, tous deux ne sont qu'un. Mais, comme Ta si bien exprimé Fechner, nous possédons deux moyens d'examiner ce cerveau-
àiiu'. la psychologie ou l'expérience iiilenie direcle, el la physiologie du l'obserNalion du C(»rveau éluilié du dehora à l'aide de nos sens et d'expériences appropriées. Nous ne devons négliger aucune de ces méthodes. On entend par physiologie psychologique Tétude des rapports entre les phénomènes internes ou psychologiques et les phénomènes externes ou physiologiques du < cr\t'au-Ame. Les invesligalions de plus en plus approfondies des dernières décades confirment pas à pas l'hypothèse de Tidentité ou hypothèse moniste, en nous montrant toujours plus clairement que tout phénomène psychique n'est que le côté introspectif de telle ou telle activité cérébrale. Elles nous permettent en même tem])s de pénétrer toujours plus les lois de la psychologie humaine.
D'après ce que nous avons dit, la métaphysique spirituaUste peut du reste tout aussi bien déclarer que toutes les activités cérébrales ne sont que le côté extérieur 4cs états d'flme. Cela revient absolument au même au point de vue métaphysique que le « matérialisme ». On met un mol au lieu de Tautre, voilà tout.
L'hypothèse de Tidentité ou le monisme scientifique nous conduit facilement à une philosophie moniste d'après laquelle « Dieu » et l'énergie cosmique sont considérés comme une
seule et même toute-puissance inconnue. I']n effet, l'idée d'un Dieu personnel el celle de riionnue fait à Tiniage du dit Dieu supposent une â me ou personnalité indépendante des lois naturelles, c'est-à-dire le dualisme. Nous n'avons pas à nous occuper ici de métaphysique, ni de religion, et nous faisons remarquer d'emblée que toutes ces questions se basent sur des spéculati((ns li ansccndanles, situées absolument en dehors de la i'acullé humaine de connaissance. Co sont des ail'aires de croyance plus ou moins probable. Àu point de vue de
RAPPORTS DE L*AME AVBG LE CERVEAU
réluilt? scii'iiLiliqiK' do r;\me, c esl à-dire de la jisycliuloj^^ie, nous devons par contre déclarer que le dualisme, qui admet une ftme réelle indépendante du corps et pouvant être séparée de lui, nous conduit nécessairement à des contradictions insolubles, pour les raisons suivantes :
Une âme considérée comme indépendante du corp.^ ne peut (Mre comprise que dépendante ou indépendante de la loi de l'énergie. Le dualisme qui la considère comme dépendant de la loi de Téncrgie ne fait que jouer sur les mots, car une ftme qui obéit à la loi de l'énergie et qui est cependant « indépendante du corps », ne peut être qu'une partie de Tactivité cérébrale arrachée arbitrairement à sa connexilé avec le reste, et à laquelle on attribue une « essence animiste » pour l'en dépouiller de nouveau aussitôt après. L'énergie ne peut être transformée qu'en qualité, jamais en quantité. Pour obéir à la loi de la conservation de l'énergie, une flme indépendante devrait donc pouvoir être transformée en une autre forme d'énergie. Mais, en cas pareil, le dualisme disparaîtrait, car l'âme (activité superconsciente) ne différerait plus qu'en qualité dos autres énergies cérébrales chez lesquelles, comme nous l'avons vu, nous devons admettre l'introspection comme particularité immanente.
Si, par contre, nous considérons Fftme comme privée d'énergie et indépendante de ses lois, nous en arrivons immédiatement à la croyance aux miracles, qui suppriment et troublent h volonté les lois naturelles. Alors de pareilles interventions animistes de miracles, d'esprits frappeurs, d'esprits matérialisés, etc., viendraient à tout moment faire éclore Ténergie de rien du tout et la faire disparaître de nouveau * dans le néant, car personne ne peut raisonnablement nier « r influence du corps sur Pâme et de Vâme sur le corps ». Nous verrions donc apparaître des falsifical ions perpétuelles de la loi de la conservation de l'énergie, qui cesserait ainsi complètement d'être exacte. Or, Texpérience nous apprend que la loi de la conservation de l'énergie se confirme partout,
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dans notre activité cérébrale comme ailleurs» et que les phénomènes dits mystiques ou spirites qu'on vient à chaque instant lui op[)oser ne résistent pas à une étude exacte et se
dissipent chaque fois comme le brouillard cl le mirage devant la science, eo tant qu'ils ue reposeDl pas sur une banale escroquerie.
H va sans dire, on Ta compris, que pour nous ce n*est pas Fftme qui agît sur le corps, mais l'activité du grand cerveau qui agit sur d'autres centres ou appareils nerveux subordonnés ou sur d'aulres parties du corps 1