‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 30 sur 77 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

a) Différents agonis irritateurs, ou phénomènes du monde

extérieur agissant sur le même sens, ne provoquent (jue des sensations de même qualité fondamentale. Ou'on irrite la rétine de l'œil par la lumière ou en la comprimant avec le doigt, ce sont toujours des couleurs qu'on perçoit. Le catarrhe de la cavité tympanique provoquera des tintements d oreille tout analogues à la vibration de vraies cloches qu'on entend sonner, etc.

6) La même irritation, agissant sur des sens ditïerénts. cause des sensations fondamentalement diflerentes; exemple; quand je comprime la rétine, je vois des couleurs ; quand j'irrite Toreille interne, j'entends des bruits ; quand je pèse sur la peau, j* obtiens une sensation tactile.

Mais lorsqu'on compare les ori^aiies des sens des animaux avec leurs sensations, autant que la l)i()l(>gie comparée permet de juger de ces dernières^ . on linit par s'assurer que l'énergie spéciale jdes sens n'est pas quelque chose de primordialement donné, mais qu'elle s*est, au contraire, développée petit à petit par adaptation de la structure des organes sensoriels <les animaux à certains agents irritateurs déterminés (lu iiiuiuie extérieur, tels TomI à la hiinièi<\ Toreille au son, l'organe olfactif aux qualités chimiques des corps dissous dans Tair, etc. Chez les am'maux les plus inférieurs, il n'existe et n'a existé qu'un sens cutané indifférencié, qui s'est petit à petit différencié par l'évolution en organes sensoriels spéciaux. L'œil des animaux inférieurs qui commencent à trahir la préx'iice de cet organe est extrènuMuent pi iniilif. On a prouvé que ces êtres sentent la lumière avec la peau (sensations photo-dermatiques). Mais, petit à petit, certaines terminaisons nerveuses localisées se spécifient et se transforment pour la réception des rayons lumineux, d'abord seulement en se recouvrant d'un peu de pigment, et ainsi de suite.

L'énergie spéciale des <iitVéretils sens diffère donc de valeur et n'est très rigourtîusement dillerenciée (jue dans les sens supérieurs. L'énergie spéciale est une qualité psycholo-^

FORBU 7

gique, une synlh6sc supc^rieure inlrospeclive des sensations. £lie n'est donc pas physiologique. La lumière, la couleur, le son, la chaleur, la douleur, sont des notions psychologiques. Un daltoniste, par exemple, ne peut se faire aucune idée quelconque de la façon dont un homme normal distingue le rouge du v?rt. Il est donc clair (pie les provinces (In <jr;unl cerveau qui reçoivent les irritations des dilTérents nerl's sensoriels, les revêtent de qualités dilTérenles selon l'énergie spéciale de chaque sens. On peut ainsi dire que l'énei^e spéciale des sens est un phénomène de Fécorce du grand cerveau.

En effet, on 1( jn ouve par des faits comme le suivant. Un aveugle qui se trouvai! sons mon Iraileuiciil cl doul les tleux yeux, et par conséquent les deux nerfs optiques, avaient Hé détruits vingt-cinq ans auparavant d'un coup de fusil, avait toujours des hallucinations de la vue et croyait voir devant lui des personnes d'apparence et de couleur bien vivantes dans un paysage de la fon^l vierge, où il se trouvait avaid son accideid. Mais cela ne prouve nulIcuKMil <{uo la cause primitive des énergies spéciales soit dans le grand cerveau. L'histoire du développement des organes des sens dans le règne animal nous montre, au contraire, que c'est la conformation de Forgane sensoriel périphérique qui détermine et développe petit h petit l'énergie spéciale dans le grand cerveau.

Cette dernière remarque est si vraie que nous pouvons conclure du fait, que chez certains animaux tel organe des sens a une structure différente de celle du nôtre, à ce que son énergie spéciale doit être, partiellement du moins, différente de ce qu'elle est chez nous. Selon sa position et la structure de se=; terminaisons nerveuses, un sens peut jmr exemple nous donner une connaissance exacte ou diffuse de l'espace ou du temps. L'homme reconnaît Fespaoe à l'aide du toucher et de l'œil, le temps à Faide de diverses sensations, mais surtout à Faide de Fouïe, etc. Je ne parle pas ici, cela va sans dire, des conclusions indirectes sur le temps et l'espace que nous tirons bien plus exactement à Faide d'appa-

reds convenUonnels tels que les horloges, le mètre, le lélcscope, etc. L'odoral au contraire, grflce à sa position cachée an fond des fosses nasales et à l immobilité de celles-ci ne peut nous donner presque aucune connaissance de l espace Mais jat prouvé :que l'oi^ne olfactif, situé à l exlrémilé danl«nne8 très mobiles, chez certains inso< tes, donne , « es derniers une connaissance fort ..xacle do l ospace. Uni au contact „n,. laihie dislance, cl j'ai appelé ce sens odor<il topoch,miquc et odorat au eontacL Or il nous est impossible de nous représenter un pareil odorat topochimiqne nous donnant une carte géographique odorante des ol, j,.|. ,,„i entourent sans modification do l én..rgios,„.,.,ale.c esl-à-di«, de là qualité subjective, svulh. lique, de noire odoralhumain bi ia vu.- uons donne une connaissance extrêmement exacl« -les espaces éloig,.és du monde extérieur, cest parce que image des objete qui le remplissent se rapetisse o( se photographie sur I. rétine de I œil en conservaul exaelenienl ses formes, et parce ,,ue, grâce aux mouveuieuts des deux veux ootre rétine tnte pour ainsi dire perpétuellement les image^ lumineuses colorées du monde extérieur. Si le toucher nous donne une connaissance exacte de l'espace le plus rappro. hé cest parce que notre peau peut tâter d'une façon lr,'s exacte 1« différentes portions des objets ,ui uo,.s euLure^t

h phy ,0 log.e des organes des sens. J'esquisseroi s;„lemenî -l e de 1 homme, donl les sens se retrouvent du reste " partie c^^ez la plupart des animaux. Beaucoup de c^s C ,' dé possèdent cependant pasd'oule, plusieurs n'ont pas d™:;

Ws probablement suivant les variaUon.s .lésa struJÎ,™ "1 «t pas prouv.-, qu'un sens surnumé«J„., différent des nôtres et rigoureusement différencié, existe chez un animal «uT conque, mai. ce .est pas Impossible. Toutes les ^^Zt *ngéesdan. ce sens ont eu des résultats négalif ^'^i «cherchaient un .sens spécial de U d^Sn

n'esl pas impossible que cerlaiiiH poissons (torpille, g^ymnote), qui donnent des décharges électriques à Taide d'un organe centrifuge spécial, ne possèdent, en rapport avec lui, quelque sensation spéciale.

Vue. — Le nerf optique se trouve à la base du cerveau, où ses fibres se croisent en partie sur la ligne mé<liane chez rhomnie, en se bifurquant (iig. 7). Il vient s'étaler au fond de rœil en formant la membrane dite rétine. Dans la rétine se trouvent les cellules ganglionnaires de ses neurones. Limage du monde extérieur, recueillie par le cristallin et le corps vitr«* de l œil (|ui réfractent et concentrent les rayons lumineux, vient se pr()jt'l»-r sur la rétine, dont les neurones la transmettent à un centre cérébral subordonné, le corps genouilié externe, par Tintermédiaire des cylindres-axes du nerfopUque.Ârendroitoù les deux nerfs optiques se croisent, une partie de leurs fibres se bifurquent, Tune des branches se rendant à l'hémisphère cérébral du môme côté et l'autre à l'autre, pour aller se raiiiiliei- h la surface des cellules du corps genouilié externe. Ces dernièn^s Iransme tient de nouveau rimage visuelle, probablement plus ou moins modifiée par elles, à récorce cérébrale du côté interne du lobe occipital (vue, fig. 10), à Taide du faisceau nerveux de leurs fibres. La région bleue (vue, fi^. 10) de récorce constitue donc la localisation de la vue mentale (engrammes visuels,. Mais à l'aide d'appareils réllexes situés dans les tubercules quadrijumeaux, les neurones de la réline se trouvent aussi en rapport avec les muscles qui mettent en mouvement Tœil et la pupille.

La vue nous fait connaître les couleurs, les formes et les mouvements des objets. En outre, la vue binoculaire (avec les

deux y<'ux à la foisi nous {'ait distiiiguei- les dislances, c*est-ftdire la troisième dinjension, ou j)rolondeur, grAce à la superposition sléréoscopi({ue des images. Chez aucun autre organe • des sens on ne peut donner une aussi belle preuve (voir chap. I; que les sensations ont besoin d*6tre préalablement exercées et travaillées par le grand cervei^u, avant de pouvoir devenir des

SENS lOl

perceptions d^objeU. Nulle part on ne peut aussi nettement prouver que nos images psychologiques des irritations sensorielles ne sont plus du tout ce que le nerf nous a transmis pri-

raordialement, mais l)ien le produit, peu à peu élaboré, d'un travail cérébral combiné, considérable el fréquemment répété. L'aveugle-né, auquel on rend subitement la vue par l'opération de la cataracte, ne voit d'abord qu'un kaléidoscope de couleurs et ne se rend aucun compte de leurs rapports avec les objets qu'il connaît par le toucher. 11 lui faut un long exercice pour apprendre n voir les objets.

L oiù'e de l'Iiomme a son siège dans ce (piOn appelle le limai- on de l'oreille interne. C'est là que s épanouit le nerf auditif. Les ondes sonores sont communiquées au limaçon par les ébranlements de la membrane du tympan et d'une chaîne de petits osselets tendue dans la cavité dite du tympan, de cette membrane à la fVnélre du limatjon. Le nerf auditif se rend du limaçon à la moelle allongée, où il forme d'abord UD ganglion plein de cellules nerveuses <lont les fibres centripètes se mettent en rapport avec le lobe temporal du grand cerveau, probablement au moyen des neurones du corps genonillé interne. Il a aussi des connexions avec le tubercule acoustique de la moelle allongée. A l'aide d'une extirpation bien réussie cbez le lapin, j'ai démontré les vrais noyaux du nerf acoustique en i885. Ses connexions sont extrêmement complexes et encore en partie obscures (fig. 7 et 9).

Sens de Véquiiibre. — Le nerf dit du vestibule est collé au nerf auditif et se termine dans les canaux semi-circulaires du vestibule de roreille interne. Mach a prouvé d'une façon assez certaine que ce nerf serf à la sensation subconscienle de l'équilibre du corps, ainsi que de raccciéralion et du ralentissement de ses mouvement et de son pivotement sur luimême. Il se rend directement vers la base du cervelet, line partie du moins de ses fibres proviennent du cylindreaxe de cellules ganglionnaires situées dans la région dorsale du 4^ ventricule, sous le uoyau denté du cervelet.

tandis qu'une autre partie de ses neurones forment un ganglion dans Tos du rocher, où est Toreille interne (labyrinthe).

Vodorai est plact^ tout en haut, caclié au fond de la cavité nasale, sur sa muqueuse, et forl rapproché des bulbes olfactifs du grand cerveau, dont les ueurones se relient à la muqueuse olfactive à l'aide de fibres nerveuses très courtes qui traversent un os fort mince. Le bulbe olfactif (fig. 7) est relié de son côté par un faisceau de fibres (tract, olfactif, fig. 7) ù la pointe extrême du lobe temporal du ^rand cerveau, où il se met en rapport avec une portion transformée et fort spéciale de l'écorce cérébrale, appelée corne d'Ammon, et qui représente le centre olfactif cortical (Gg. 7 et 10 Od). Les particules chimiques des corps odorants contenus dans l'air irritent les terminaisons du nerf olfactif de cent façons différentes, procurant chacune une qualité psychologiq\ie propre.

Le nerf olfactif est le seul qui soit en rapport direct avec le grand cerveau. Ceci s'explique du fait que, chez les vertébrés les plus inférieurs, ce dernier organe, encore à peine développé, est d*abord sorti du nerf olfactif sous forme d*expansion, pour en arriver finalement, chez les vertébrés plus élevés, à devenir le centre principal du système nerveux. A son origine, ie grand cerveaufutle cerveau oli a cl if, comme le cerveau moyen (tubercules quadrijumeaux)futle cerveau optique.

Le sens du goût^ dont les terminaisons se trouvent dans le palais et à la base de la langue, nous fait connaître quelques qualités chimiques ( le sucré, l'acide, le salé, l'amer et le métallique de certaines substances (jui se dissolvent dans la salive. Tout le reste de ce que nous appelons par erreur goût dans les aliments, n'est que leur odeur qui monte au nez par la cavité postérieure de cet organe^ derrière le voile du palais. Le nerf gustatif ressemble aux nerfs du toucher et a le même parcours (ju'eux. Il possède un i,'^atijy;lion spinal et se termine dans la partie de la moelle allongée qui continue le.s cornes postérieures de la moelle épinière. Son centre cortical est encore mal connu.

SF.NS

io3

Les sens de la peau ont été confondus autrefois entre eux, parce qu'ils sont dispersés sur toute la surface du corps. C'est surtout von Frey qui a réussi dans ces derniers temps à prouver clairement que les localités cutanées qui reçoivent les impressions de chaleur, de froid, de douleur et de pression se trouvent dans des portions différentes, quoique très voisines, de la peau. Il faut donc dislin^^uer le sens du loucher du sens de la chaleur, de celui du froid et de celui de la douleur. Il existe même certaines portions de la peau chez lesquelles Tun ou l'autre de ces sens fait défaut. Ainsi la cornée de Tœil ne ressent que la douleur. Les terminaisons nerveuses de la peau sont de diverse' nature. On distingue les corpuscules dePacini ou de Vater, ceux de Meissner (ii^. 61, les massues de Krause et certaines terminaisons libres cotre les cellules de la peau. Ces dernières servent évidemment au sens de la douleur, les corpuscules de Meissner au toucher^ et les massues de Krause, d'après Frey, au sens de la chaleur et du froid. Mais tout cela n'est pas encore fort certain. Les centres corticaux du grand cerveau pour les sensations cutanées sont presque les mêmes que ceux de la motilité (fig.9,J^,B*,V*). Eafio des recherches récentes ont prouvé que les voies qui conduisent les sensations de douleur et de froid dans la moelle épinière sont autres que celles de la sensibilité tactile.

Sens mal ou non différenciés. — Nous avons vu (}ue nos sens se sont évidemment ditlérenciés peu à peu d'un sens général obscur des animaux inférieurs. Or, nous possédons nousmômes encore toute' une série de sensations obscures, indéfinies et mal localisées, que nous avons désignées au chapitre I du terme de sensations viscérales. Nous disions même qu'elles forment la transition du domaine de la connaissance à celui du seutiment. Ces sensations nous sont certainement transmises par des terminaisons nerveuses intérieures, dont l'irritation provoqué dans le champ de notre conscience des qualités sensorielles plus ou moins distinctes ou indistinctes, qu'il est impossible de différencier nettement les unes des

autres comme sons. Sifjnnlons les sensations dr faim, Hc soif, <l'ani*-oi<s(\ de vnlnph'* sexuelle, du l»esoiinriirin(M' ou d aller à la selle, de démaugeaUon, de chalouiliement, de fourmillement, de réplétion, etc.

Sens musculaire, — On s*est beaucoup disputé sur la question du sens musculaire ou de la sensation des mouvements. On a aussi désigné ce sens du terme de sens de l'espace. Il est certain <jue nous sériions nos niouvenienls, et (jue nous les localisons dans la partie du corps où ils ont lieu. Nous sentons le mouvement actif et passif des muscles, la position du membre mû, le degré de l'effort musculaire, la fatigue qui s'ensuit, le poids et la résistance des objets, etc. Ces sensations nous sont-elles transmises par des terminaisons nerveuses spéciales du muselé? Terlaifies expériences senihleiil le montrer. Ou s agit-il simplement d une forme d irritaliou spéciale des nerfs tactiles ordinaires ?

Nous voyons donc que depuis .longtemps on ne peut plus se contenter des cinq sens classiques. La chose est plus comi)li([uée. Nous ne revenons pas sur la façon dont les impressions sensorielles sont travaillées par le grand cerveau.

Los quelques indiealions qui précèdent suffisent j)our nous montrer que la physiologie des cenln^s nerveux cérébro-spinaux (cerveau et moelle épiniére) est un véritable monde, dont la connaissance laisse encore énormément à désirer. Ce monde commence seulement à s'ouvrir à nous. Disons encoie qu'il existe dans le corps beaucoup de neurones disséminés «{ui mènent une vie assez indépendante et analogue à celle des organismes animaux inférieurs, lis président à de petites fonctions locales et automatiques, dilatent ou contractent certains petits vaisseaux ou certaines glandes dont ils provoquent la sécrétion, etc. Parmi les plus importants, citons les neurones du muscle du cœur, qui président à ses contractions régulières et automatiques. Le grand cerveau ne peut pas s'ingérer partout avec la même sûreté et avec la même force dans Taclivité de ces neurones

Page 1