Généralités. — Nous pouvons abréger considérablement
ce chapitre, ayant dt^jà appris à connaître au chapitre VIÎI les causes des maladies nerveuses et mentales qu'il s'agit de coinbatlre, au chapitre IX les bases générales de l'hygiène du système nerveux, et aux chapitres X et XI les conditions préalables du développeihent d*une santé nerveuse aussi bonne que possible. Ce que nous disions au chapitre précédent peut du reste être considéré comme règle fondamentale, aussi pour les adallcs, dans le cours du combat pour l'existence qu'ils ont à soutenir dès leur majorité.
Lorsqu'un jeune homme a terminé son développement et ses études, la vie pratique s'ouvre devant lui. Malheureusement une éducation dirigée vers la jouissance matérielle, le gainetrégoïsme, éducation en grande partie infectée d'alcool et de maladies vénériennes, prépare si bien de nos jours la jeunesse mâle à l'arrivisme et à Tengiaissemenl progressif du bourgeois content de lui, qu'elle tue dans la grande majorité des cas tout idéal sain et plus élevé de Texistence. L'éducation des jeunes filles vaut-elle mieux? A peine. Dans le bon ▼leux temps, on élevait les jeunes filles sérieuses d'une façon rolirée et isolée, j)Ouren faire de bonnes ménagères, lionnélcs et fidèles, ignorantes de la vie et de tout savoir. Nous aurions dû corriger l'injustice de nos pères envers les femmes dont
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ils laisaienL de pauvres Ceudrillons, el (lomitM- a ces dernières une éduciiliou mentale à la fois plus libre et plus approfondie, destinée à élargir le cercle de leurs idées et à développer leurs facultés naturelles. Au lieu de cekt nous leur adroinisirons d'une part une instruction de second ordre, su[)erliciell(î, sans cohésion — un peu de tout el rien de t uinplet, — tandis (pie d'autre [)arl nous les lanrons dans la l'riv.>lité du luxe, du colifichet et de la passion de la jouissance. Le but principal de Texistence d*une jeune fille moderne est de faire un mariage avantageux de fortune el de position. A cet égard, les deux sexes rivalisent de zèle, ce (jui conduit à un triste ma(|ni^-n()nna^<;. an(piel oi» saerilie trop souvent le véiitable auujui- cl le vérilable bonluîur conju^'^al. Voilà pourquoi je considère la réforme éducalrice des Landerziehungsheime, dont nous avons parlé plus haut, comme une véritable ancre de saint pour la santé nerveuse el pour le bonheur des g(''néi'al ions nouvelles qui se préparenl. Dans le prolétariat, les circonsLauces soul peul-èlre encore pires. Nous l'avons vu au chapitre précédent, en parlant de la façon dont la vie de famille et l'éducation des enfants s'y barbarisent et 's'y alcoolisent au lieu de s'y civiliser (i).
11! En <lt\i;i. j «'(-rivais cv qui suit dans le iir/iircizi'ri>i<'lu'S Familienwovlienblall, sous le liU"c : Nervenlujyienc und Gliick Jlygièoe nerveuse et bonheur) :
« Trop de nerfs et trop peu de nerf », a dit von Kraffl-Ebing de notre génération moderne. »
« Quand un hoiiniie el une fciuuïe s'aiinenl, qu'ils veulent s'unir pour la vio, ils devraient no jamais oublier les immenses responsabilités (ju'ils pretinenl , suri oui- erncr- !<'s enfants (|ii'ils procrM-erc mt . Ils feraietil mieux «li- riMnuicer au niai iagc, (ui <lu moins à ties ik'-< (Mulants, *iuv (Je procréer des avortons de corps et surtout d esprit. Mailu urcuseuient nous voyons aujourd'hui des natures d'élite,. des hoinineâ bous, aux sentimenls élevés et idéaux, s'exagérer les conf^idéralions de ce genre et éviter eux-méuics U cause d'elles soil le mariage, soit la procréalion d'eiiTanls. Tout autour d'eux, par contre, les indiviiliis les plus slupides. les plus jçrossiers, les plus léi^ei s, les |)lns f.uix ou les plus uial laits de (MU'ps et d"ànH\ se iuuHi|dienl presipie cuiume det» lapins bous la protection de loia qui bout libertaires
Pour cire vraimcal heureux, il faut que rhomiue, c'esUàdire avant tout son cerveau : i^' demeure sain ; !s« subisse révolution complète de sa vie, telle qu^elle est prédéterminée par son ontogénie et sa phylogénie (voir chapitre V) ;
3* s'attache à un idéal, c'est-à-dire vise à quelque chose de plus élevé, lani pour lui <pio pour la sociélé, loiit en hannonisanl son propre l)onlieui' avec celui, plus élevé, de Thunianilé. L'hygiène du système nerveux doit exiger que, dans le but de faire progresser Tidéal du bonheur humain sur la terre, les forces de ceux qui croient à une révélation divine s'unissent à celles des agnosticiens, des monistes -et des personnes à idées religieuses libérales, pour obtenir une qualité lucilleure et par là un étal plus heureux de noire société.
Quelles sont les énergies motrices, les aspirations instinctives, capables de fournir à Tesprit humain le courage de maîtriser ses basses passions et son amour de la jouissance
mauvais endroit, él.-uil duos ;i un liumanilarismc mnl compris. Apr^'s avoir détoriorr Iciu'ft i^errues par des excès nicooliqiies et ,'iulrcs encore plus ([u'ilsne l'étaienl à l'origine parleurs mauvaises énergies héréditaires cérébrales, ces derniers individus trouvent fort commode d*abandonner leur progéniture tarée à l'État ou à la charité publique. »
«Et malgré l'aspect d'un désarroi pareiletd^ane sélection faiie aussi profondément A rebours, on ose encore s*éfonner d«' I angincMl.ilion «le- fous, des névrosés, des n<il<'s d'aliénés, d'un proh'l.niat iiiihé- ( ilc, (les vagaboruls, des crimiiirU d'iiabilude, des idiots moraux en général ! On a» « ii-e le surmenage intellectuel d'être la cause du mal, et l'on ne g'apn roii pas <iuc la majorité de ce prolétariat intellectuel et moral n'a jamais surmené son cerveau, mais que les individus qui le composent furent presque toujours d'emblée incapables et paresseux. On ne sait pas voir ce qui crève les yeux. < 'rsl que le <- nervosisîue » dont la cause est vérif abl«'uienl le surmenage intellectuel, ne c(mstilue (pi urie petite minorité, relativement peu danger'«'use, des cas, tandis que l immen^e armée des naufragés inLellecluels et moraux doit pres<(ue. toujours son naufrage à . une prédisposition héréditaire mauvaise ou maladive du cerveau, aux excès de tous genres, et tout particulièrement, dans une énorme proportion, à l'alcool. »
POREU
HYGIÈNE NERVEUSE SPÉCIALE DE L*ADULTE
pour marcher de Tavanl vers Tidéal ? C'est loul d'abord Tespoir, la foi inébranlable dans un avenir meilleur de notre race, c'est-à-dire de notre descendance, de nos enfants, de la meilleure partie de notre moi, qui continuera à vivre en eux ;
c'est si Ton vont le rultc de nos dosrond.'jnts rcmpla(;anl celui des aïeux. (Test on second lion lajoio (juo loul honinie bien fait, (bien né dans le :?ens évoiuLil' et non dans le vieux sens aristocratique du terme !) éprouve à chaque bonne œuvre qu*il accomplit, à chaque difficulté qu'il surmonte, à chaque pro<;rès qu*il fait dans la connaissance de la nature et de ses secrots, à chaque pénétration de son moi dans les harmonies supérionics do Fart ot do ses créîdions. Tout honnne (pii apporte sa pierre plus ou moins petite ou grosse à l'édilice de notre culture, soit dans le domaine de la science, soit dans celui de Tart, soit dans celui de la morale sociale, trouvera sa récompense dans la satisfaction d'avoir aidé à Faccomplissemont do Tidéal (pi'il poursuit et auquel fous devraient viser. La grande faulr (pi'on conmietle plus souvent àcol <\oard, est do viser trop haut et de demander à la vie tout ou rien; puis la tendance à se décourager aussitôt, dès (pie lout ne marche pas à souhait et ne s'accomplit pas aussi facilement que les mirages de notre imagination nous le représentaient. Alors rhomme faible — la majorité — trouvant tout à coup, i^ràce à sa paresse ot A son n»anqno do persévérance cl d'énoi*î»-ie, que la vie loi rostre ih' vani pas la peine d'élro vr'rno. rcloniho, lentement ou rapidement selon les tenq)éramenls, dans un pessimisme lâche et sceptique, dans les excès de la jouissance égoïste, ou il se jette au contraire dans les mirages du mysticisme religieux ou spirite qui le consolent, en l'illusionnant. Je no parle ici, cela va sans dire, «pie de ceux dont le cerveau est capable de s'élever an-dossus de la banalité indinoroiito e! inconsciente ou subconscieule de la vie animale de tous les jours.
Au chapitre XI, nous avons vu que, pour développer sainement, justement et heureusement notre cerveau, il faut un
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GÉNÉRALITÉS ZOfJ
travail corporel ol inlelleclucl continu et varié dans ses objets, combiné à rapprofondissement dans une ou plusieurs spécialités. Nous y ajoutons donc encore ici un but idéal donné à la vie, but qui peut consister soit en recherches scienUflques, soit en créations artistiques, soit en tâches d'améliorations sociales et morales, soit dans une activité éilucatrice vouée à l'enfance, etc. Le travail au service de l'idéal se dislingue en principe du travail voué au gain par son caractère désintéressé. J'ai dit, ailleurs, que la science est une belle qui veut être aimée pour elle-même, et que, lorsqu'on la cultive dans un but de gain, ou simplement dans un but pratique et industriel, on la conduit à une stérilité relative qui rappelle celle de la prostitution. Or c*est là le cas do tout but originaironient idéal on lui-même de la vie, dès (|u'un arrivisme intéressé, <lont on ne s'avoue pas les motifs, vient s'y associer, ou qu'il finit même par devenir le principe directeur des actions. Donc la lutte sociale contre le capitalisme, contre le « mammonisme » en général, est une (tes conditions les plus importantes, tout indirecte qu'elle soit, de l'amélioration de rhvL^iéne de notre svstème nerveux.
Tout en choisissant un idéal sain cl vrai, et en le donnant comme but à notre vie, nous ne devons pas oublier les deux premières conditions du bonheur, qui sont notre santé et Taccomplissement de l'évolution naturelle de notlre individu. Or, l'amour sexuel et la fondation d'une famille constituent Qoe grande partie de cette dernière. Les mariages entre caractères qui ne sont pas faits l'un pour l'autre sont mauviiis. Il faudrait se connaître à fond avant de se marier, ('e <|ui entrave le plus le bonheur futiir d'un mariage, ce sont les calculs égoïstes et sournois que font préalablement les futurs époux, chacun de son côté. Deux égoîsmes tombent l'un sur l'autre, se trompent mutuellement, et la lutte est engagée, à moins que tous deux ne s'entendent, dans un égolsme à deux bien calculé, î» exploiter le reste de la société, auquel ras c'est la guerre entre eux et la société qui éclate. Lors-
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(pruii hoiniin^ cl uiio lomiiie à peu [)! «'•< iioi-niaux se mariciil, j ils devraient se pénétrer des principes suivants. Je veux , parler de gens qui ne sont pas rendus incapables de mener une vie utile par un caractère héréditaire irritable, capricieux, intrigant, paresseux, avare ou prodigue, ou encore par Talcoolisme ou par la passion de la jouissance. '
Lo mariage <'\ii>T un lra\ail itMlonhlé ; niais il nous on donne aussi la rorcc. Toul individu <jui se marie doit le l'aire avec les principes suivants : donner et ne pas jnendre. loul supporter dans Tintérôt du bonheur conjugal, ne jamais exploiter son conjoint, mais au contraire s'habituer à voir en lui un trésor pour lequel on sacrifie et Ton fait beaucoup, qu'on soiij^nr! et cnllive par pnr amour, conime une bellf^ plante à l épanouisseinenl de latpndle on s'est allaelié. OAii ne peut se laire «pie i)ar un amour et un dévouement réciproques de tous les jours. Lorsque les deux époux sont loyaux Tun envers l'autre et fidèles tous deux à ce principe, ils ne sont jamais longtemps fâchés Tun envers Tautre, mais se pardonneront promptement leurs fautes. Le bonheur conjugal s alîonnira chez eux, ol ils trouveront sur la lei re le paradis qu'ils avaient rêvé. On se plaint aujourd Inii beaucoup du mariage, parce qu'on le voit si souvent j)rostiLué et parce que tant de natures égoïstes ou pathologiques de diverses sortes le transforment si souvent en un enfer. 11 n*est cependant pas si difficile aux deux époux de se colorer réciproquement de nuances idéales, lorsque la bonne volonté existe des deux parts et lorsque chacun poss«'de un bon i fonds, (juid qu'il soit. Ce que nous demandons n'exfdnt nullement l'éducatioli mutuelle dans le mariage ; au contraire. L'amour réciproque durable, celui qui élève vraiment rhommc j et la femme, ne dégénère pas en faiblesse ni en mensonge, ce qui serait indigne d'eux. La bonne éducation des enfants, | dictée par un véritable amour, ne consiste pas non plus en i faiblesses et <i:;Ueries. et nous avons vu à proj>os des Landerzicliungslieiiue qu elle aussi doit être réciproque. Pour aug-
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menter toujours le bonheur conjugal et le rendre plus pur, il faut s*exciler par une l'inulalion mutuelle au travail et aux
artirms sociales et moiîilcs, fain' (Mn-cmblc ^oii (Mliicalion alliuisle, au lieu de se couliuer clans un aniuur éiroit et exclusif. Dès qu*un couple se sent devenir de plus en plus une paire de travailleurs sociaux, la mort de Tun des époux cesse d'annihiler la joie au travail de Tautre. Le soin donné aux enfants contribue donc à cpurer cl à élever de plus cil [)lus l<' luuihcur ••onjuLral. Mais jn»ur «M-ia il faul (juc lenfanl soit élevé à devenir un nicuii^rc ulilc et actif de la socicl('' iuiinaine. Lorsque des défauts profonds de caractère ou des divergences irréductibles régnent dans le mariage, le divorce seul peut mettre un terme à l'enfer qui en résulte, et pour cela il faut le facililer. Pour certaines nalurcs, dont l iiuiv'jHMulauce est iulrailalile. (jui lu» siijijtoi lrril j»as le mariage, et qui pourtant nt' peuvent renoncer aux rapports sexuels, le concubinal combiné à des lois qui assurent les droits de toute femme et surtout de toute mère, vaut en tout, cas mieux (jue la prostitution, excroissance abominable d'une corruption sociale basée sur le régne de rnrf>fenl. 11 faut avani lout (jue les luis ru(iiie> \ieiiiieul >u [iprinier riuégalilé qui existe a< l iiell.'iiieul culi.' l'enlaut iilégituiie el rcnfaut légitime, entre lu iille-mère et la femme mariée. Celte inégalité constitue une injustice criante et contre nature, due à de vieux préjugés barbares qui se sont développés eux-mêmes sous l'intluence d'une domi-civilisalion, née de la raison du plus i'orl. .le reiiNoie ici, pour plus de délails sur ces sujets, à mon livre sur la Qucslion sexuelle (Paris, 2*^ édition, Li. SLeinheil, 1906).
Les soucis de Texistence de tous les jours, l'accomplissement des nombreux devoirs que le mariage el tout ce qui
s'y rapporte imposent à l'Iiuinuu', enfin Taspiraliou à un itléal (le la vie le! <|ue nous av<)u> lAelié (l<^ le faire eouiprendre (uous entendons ici le travail pratique à l'avèueiuent. de ce qui constitue notre idéal social, et non pas les rêves
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creux dldéal qui sont si fréquents), sont autant de choses qui douent la vie cérébrale d*un homme d*un contenu utile et qui peuvent, dans des circonstances normales, lui fournir le bonheur auquel il aspire dans son existence. 11 peut alors mourir Irnnqnille el satisfait.
Reste la santé nerveuse proprement dite. En réalisant les deux conditions dont nous venons de parler, nous faisons ce qu'il y a de mieux pour préparer un terrain propice au développement sain de notre activité nerveuse, mais c'est là malheureusement ce que la plupart des hommes ne peuvent pas arriver à comprendre. Nous accordons, il va sans dire, (pie iiicnic en évitant tout excès et toute intoxication, en s'elïorçant de vivre d'après les règles d'une saine hygiène cérébrale, on ne pourra éviter tous les conflits, toutes les plaies du sentiment, tous les découragements, tous les malheurs, ni toutes les tentations si diverses que Thomme rencontre dans sa vie, et cpii viennent si souvent entraver un heureux dévclopj)enient de son cerveau et de son activité nerveuse. Nous devons donc ajouter ici quelques règles spéciales de rhygiène nerveuse aux règles générales que nous avons données.
Il faut, dans la vie, se forcer pour ainsi dire par l'habitude à devenir optimiste. Nous n'entendons pas par là cet optimisme aveii«j;le el stupidc ipii passe à colé de lonl ce qui est faux et mauvais sans le voir, et qui, faute de capacité de jugement, fait perpétuellement des calculs erronés sur l'avenir. Nous voulons parler d'un optimisme sain et joyeux de vivre, tel qu'il est esquissé dans les mots suivants d'une opérette-bouffe bien connue de Strauss, la Chauve-Souris : « Heureux est celui qui oublie ce à quoi Ton ne peut plus rien changer. » |)assé esl un cii>laldoid nous ne pouvons plus moditier un atome, t. avenir seul est plastique et peut être plus ou moins calculé et préparé. Le passé ne doit sans doute pas être oublié de telle façon que nous n'en tirions aucun enseignement. Au contraire. Il doit être Tins-
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tracteur de l'avenir. Mais malheur aux hommes qui perdent leur temps à se huncnter el à se «lésespéicr sur leurs fautes et leurs malheurs passés, en s'y appesantissant et en supputant tout ce qu'ils auraient pu ou dù faire pour ne pas gflclier leur existence. Il faut passer une large éponge sur cette « vie stérile pour ce qui est mort », sur ce deuil et cette amertume senq)iternels, à propos de ce qui est passé cl ue peut plus éln^ cliangc.
Quon observe plus attentivement, cLTon trouvera bientôt que si Ton fait abstraction des dispositions pathologiques qui sont la cause si fréquente de pareils états, le deuil et le désespoir inactifs, relatifs à un bonheur perdu, prennent
leurs racines daus rélroilesse et dans Péi^oisuie exelusil" do notre amour, concentré si souvent sur cci laius objets spécialement choisis. Si par exemple la vie, le bonheur, le cerveau d*une mère, ou d'une épouse, se consument à la perte d'un fils ou d'un époux chéri, c'est parce que l'amour exclusif de cette mèie, pour son fils, de celte épouse pour son mnri, n'avait plus laissé dans son cerveau la niuindi-e pince pour une autre all'ection ou pour un autre idéal huniaiu de la vie. Chez une seconde personne, l'objet aimé est un sac d'écus ; chez une troisième encore, l'éclat d'une position extérieure plus ou moins brillante, et ainsi de suite! Que la boussole continue de l'optimisme inébranlable de notre vie soit donc : «< Marchons toujour> en uNanl, vers un idéal liuinain élevé, grand et large ; ne regardons jamais en arrièr«'.») 11 ne faut pas non plus s'amouracher du travail passé qu'on a accompli soi-même. Ce travail ne doit nous servir que de bibliothèque pour celui que nous avons à accomplir dans l'avenir. Je ne puis pas appuyer asse/. sur Finiporlanccî de cette règle, qui est à la fois une règle d'hygiène et de morale, et contre laquelle notre société moderne de jouisseurs pèche perpétuellement et en masse. Lorsqu'on a commis une faute ou une sottise, on doit se hâter de la corriger, de réparer tout ce «pii peut l'être, de prendre des mesures préventives
IlYCilt.NE NEHVEUSE SPÉCIALE DE l'aDULTE
pour éviter sa répétition dans Ta venir, et puis de mettre le tout « au panier ». Nous devrions faire de même en ce qui
concerne les failles des antres. Sans tloule, la ehose n'est pas facile pour celles (jiii son! si inlinienient asst)ci( es an earaclère de rhomiiie qu'il ne peut arriver à s'en débarrasser. Ici il faut un travail constant ; il faut parfois môme élever une véritable digue pour se proléger soi-même et ses semblables contre des récidives perpétuelles. On voit donc que Toptimisme recommandé par nous est un optimisme par entraînement graduel, nn <)])tiinisine ealenlé. On peid même diri' <|ne, souvent, c'est par un pessinusnie initial, dû aux expériences de la vie et des hommes, qu'on en arrive petit à petit à l'optimisme le plus sain et le plus inébranlable.
Un point important à observer dans Thygiène cérébrale est de faire aussi peu attention que possible aux troubles nerveux fonctionnels de quelque nature qu'ils soient, afin de ne pas les '•'rossir par riiabilude. ce (pii en revient à les exercer. (Quiconque a une malheureuse disposition à vouer conslaniment une attention anxieuse à sa santé et à toute sensation pénible ou désagréable, à se sentir toujours malade, à se tftter le pouls et à se droguer de cent façons, est un hypocoudre, et Thypocondrie est une boule de neige qui croit en roulant sur la neige. Lorsque rhypocondrie est une alTeclion profondément héréditaire, elle est incurable, et le malade devient pieds et poings liés la proie de l'exploitation de tous les charlatans. Des bonnnes oisifs et vivant dans l'aisance se rendent souvent artificiellement hypocondres par des précautions exagérées, des cures de bains inutiles, répétées et finalement nuisibles, la terreur des microbes, etc., alors (ju'une vie saine et active, selon les principes des Landerziehungsheime, Uts en eût préscrvt's. Nous avons vu que nu^me les intirmités douloureuses organiques peuvent être fortement atténuées lorsqu'on en détourne son attention par le travail, si bien qu'on peut parfois même arriver à n*en plus souffrir du tout. Il faut donc s^elTorcer d'ignorer les . maux
G KNKH ALITÉS
nerveux fonclionnels, afin de faire rentrer Taclivité neurocy-
mi»|ue autant que possildc »l;ui.s ses voies iionualcs.
Le temps libre dont (lisjK).se tout liuinnie, iiièmetrès occupé dans sa branche, doit être employé à ('-({uilihror sa nuMilalilé d'une facjon harmonique, en la faisant travailler autant que possible dans d'autres domaines. Beaucoup de gens nous . ' objectent sans doute ici que la chose leur est impossible, faute de temps. Cela vient fort souvent de ce qu'ils veulent à toute force devenir rapidement l'iches et de ce (pi'ils pr(''fèr<'nt la fièvre du jjfain à leur viai hoiilienr et à leur santé nerveuse. Quel prolil ont ils donc à mourir riches, après avoir élevé leurs enfants à devenir d'inutiles gommeux, qui, méprisant le travail dans Tattente d'un gros héritage, se surferont eux-mêmes et se croiront supérieurs à leurs semblables, tandis qu'ils ne seront en réalité que des parasites nuisibles de la société ? (Vest là une banalité (jue je viens d'exprimer ; t<»ut le monde a la bouclie [>leine de plaintes à cet é^ard, ce qui n'empêche qu'on fait perpétuellement le contraire de ce qu'on prêche. On devrait donc s'appliquer constamment à réserver ses soirées, ses dimanches et ses vacances non pas à la flânerie, au Jeu ou à la boisson, mais au développement dans d'autres domaines, à voya<^er, à pédaler, à faire des courses (!<' montaj^iie, etc. L ne l'orle cours<' dans la([neiie on observe la nature, un voyage d éLudc accompagné de l)onnes fatigues corporelles, un grand voyage à bicyclette, à travers divers pays, constituent pour le cerveau et le système nerveux de meilleures cures que les séjours dans les villes d'eaux • .et dans les sanatoriums, dans lesquels on mène une vie oisive de salon, de ^^odailb? ou de llirl.
Je ne veux pas répéter ici ce (pie j'ai dit an clKi|)itre IX sur le sommeil, sur la somme de repos normal nécessaire au système nerveux, ni sur l'harmonie et le choix dans l'activité de ce dernier. Je le rappelle seulement et j'insiste sur le fait que le sommeil, pendant lequel le cerveau se refait, est indisponsabîc :; !a sanîé nerveuse.
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3l4 HYGIÈNE NEiiVEUSË SPÉCIALE DE l'aUULTE
2. Hygiène nerveuse de la femme. — Ici, nous ajouterons cncoro plus .s[)('('i:iIcinont (fu'cn vorlii de la pré(lis])osili(>n aux maux nerveux due aux menstrues, à la grossesse, aux couches et à la ménopause, ces époques de lexistence féminine exigent souvent certaines précautions. Néanmoins* lorsque la femme se soumet comme Thomme à une saine hygiène nerveuse du travail, ces périodes de sa vie se passent en général sans encombre, avec peu ou pas de douleurs, et elle les supporte gaillardement. Seules les psychopathes, ou les femmes atteintes de certaines inGrmités, auront des précautions spéciales à prendre. Je renvoie ici à ce que j'ai dit au chapitre X sur la procréation des enfants. Il faut ici le temps nécessaire de repos entre chaque grossesse, si l'on veut tenir compte d'une saine hygiène de la femme. L'éducation bien laite et rationnelle des enfants (chapitre XI) sera d'un gra secours à leur mère pour sa propre hygiène nerveuse. 11 est très important d'habituer déjà les tout petits enfants, avec énergie et persévérance, au sommeil la nuit, la propreté, etc., et de ne pas les gâter. On évite ainsi, tant an cerveau de la mère (ju'à celui de Fenfant, des excitations malsaines et contraires àriiygiène de tous deux. 11 est important ici d insister sur ce que certains travaux manuels féminins, qui tendent fortement l'attention, ont- de fatigant et d'énervant pour le cerveau. Je cite la couture, la broderie et beaucoup d'autres travaux (}ui se font assis et ([ui sont à la fois minutieux et fatigants pour les yeux. L'occupation exclusive avec de pareils travaux rend beaucoup de femmes nerveuses et psychopathes, ou empire leurs dispositions pathologiques à cet égard. D'une façon générale, la vie mentale de beaucoup de femmes s'atrophie dans l'esclavage de petits travaux domestiques, esclavage associé à des soucis et à des ennuis de toute espèce, au tapage des enfants, etc. Userait donc extrémcmenl nécessaire d'élargir l'horizon de la femme, de lui donner une éducation plus élevée, et de la libérer de Thabitude déplorable qui consiste à attacher une valeur énorme à toute soiie de