LA GUERRE DE SIÈGE
(Du 3o Novembre iQii an i*^'' Janvier igiS)
Aiii.s/\, jj/us (le srize roi'ps allciiKinils nnl raiiicmenl rlicrclir à ci'er"r lu /ir/iir tic di.r corps allies : (( 1x1 lai Ile de (laluis » ou « buluillc <l'\ jii'cs », Ils oui ccliouc^ et sur lu fui de uovenihi'c ils se dceouj'U(jeul. dette hutuillc des Flundres suecédaut à celle de lu Mu eue a hvisr Fojjeusire ulle//unide.
j\p7'ès lu reiruile cm les aruil coidruints lu série d"S eoudiuls <jm formeid la vietoire de lu Munie, les Allenumds viennent d'essuyer de prendre leur reeunelie, et, pur des tentutires répétées et coûteuses, ils ont tout fuit pour ronifjj'c notre front. Leur écJtee est lu ruine de tout leur jduii sur le front oeeid''utul . Ils s étuieut pro[)Osé de huttre luFrunce ru/ii<lcuienl pour se retourner contre lu Ihtssie. Il n'y f"d jjlus soiujer. Lu Frunee n'est pus huttue et lu Russie, uyunt nus (a pnfit les pjossihilités (jue lui lais-
sait h conceiUraiion allenuinih- .sur le J'ro/il français, (levîcnt mciiaçaitlc.
Pour faire face à celle siluation noure/le, r Allemagne se /'ési(f/teà se //tel Ire nelleinent du côté occidenial sur la (h'fensiee, ci la (juerre de position coninienee . La longueur du J'/'o/if qui atteint, de la mer aux T osges, eniriron neuf cents kilr>niçtres permet une ligue eoidinue et r installation d'un véritafjle siège, tandis epien Russie, retendue de la ligne, interdisant un front continu, laisse place à la guerre de mouve/nenl.
D^ autre part, après trois mois de campagne, les conditions de la guerre moderne apjparaissent clairement. La puissance des feux, temploi des mitrailleuses, H utilisation des travaux de déjense, fils de fer barbelés et tranchées, imposent au.r opérations un caraetére nouveau. Les Allemands viennent de faire eux-mème f expérience sur l'Yser des difficultés de r offensive. Ils avaient la supériorité du nomtjre, des troupes dhme qualité encore excellente, un matériel considérable ; ils attaquaient les Alliés au moment oà ceux-ci n'avaient jjas pu improviser de grands travaux défensifs; ils arrivaient en force dans IciSord, où Anglais, Belges et Finançais avaient eu à peine le tempts de se rassemijler . Malgré toutes ces circonstances, ils ont complètement échoué, en faisant de si lourdes pertes quon peut
LES SAIMS DE LA FRANCE IÔQ
sii/ipospi' à Ijoii (li-oil fju'i/s ne veconniienreraicnt ji/iis sur noli-f fi-oiil ht /cii/al/rr t/tdiitjiiéc.
Enfui, rr.rix'i-K'nrc proiirc (jiic lu (jucrrc niodi'riic ('.('((je une tiuanlilr ilc projccliies de Ions (■ii/i/i/-i's, niic lUti'K'/r d'cinfi/is, unr pvôdi— i/(i/i!i' (I onlils de /on/i's s()/'tes, une oi'ifanisn— lion Jtinlérielle qui dépassent toul es les précisions.
Dès ee wonient, le commandement français a la préoceupfdion de se mettre en état de reprendre à son heure les oj)érations dans les co/idi lions les meilleures. Tandis que la question de munition et dematériel estétudiée, le front est, sur toute son étendue, orr/anisé pour la campagne d^/iirer. En même temps, une série d^ opérations locales sont entreprises pour harceler l'ennemij, pour (jêner le transport que F Etat-Major allemand roulait exécuter pour la Bussie, pjour eonnnencer Pusui'c matérielle et morale qui réduii'ii la ( icrmanie .
Dès cette heure, les troupes françaises ont pris l'initiative des opérations et oïd imposé à l ennemi leur ascendant. Sur un seul point, à Soissons, les Allemands vont faire un gain, d'ailleuj's négligeable. Partout ailleurs, dans le Nord, en Champagne, en Lorraine, ce sont nos troupes qui attaqueront et qui idéaliseront des iirog/'essifuis méthodi</ues jxir on se démontrera chaque jour leur supériorité tactique.
iGo
MÉNACiEoNS LE COEUIl FRANÇAIS
3o XoveniI)rc i()i'i.
Un excessif l'elard des Icllres, la perle des colis, le silence sur les blessés et sur les morls, voila ce qui pourrait démoraliser certaines vaillances ou du moins les allrisler, car les combattants et les non-combattants diraient : ce Nous avons le droit de connaître, sans nuire à rien d'essentiel, le sort de nos lils, maris et frères, ou bien de nos familles, et l'Etat, en négligeant de nous assurer celle tranquillité d'esprit, aggrave sans profil les duretés de la guerre. »
De là très vite on passerait à accuser 1 Administration de manquer de cceur. lleprochc bien ipjuste. Cliacun, dans cette immense tâche, apporte sa bonne volonté. Certains services fonctionnent ù merveille ; d'autres moins bien. C'est pour les aider, sans esprit stérile de critique, que nous leur montrons leurs lacunes. Derrière les combattants, qui ne peuvent et ne doivent agir qu'en vue de la destruction des
LES SAINTS DK LV FRANCE iGl
forces allemandes, à côio des adminislrations civiles, il est bien qu'on se préoccupe, à son rang, selon ses forces, du point de ^ue moral, et qu'on cherche ce cpii peut plaire ou déplaire au cœur. C est ma tâche quotidienne. Où étiez-vous, me dira-t-on, durant la guerre ? Je n'ai pas eu froid, je n'ai pas eu faim, je n'ni pas soullert. Et je m en excuse. J essayais pourtant de soufirir avec tous, et j allais des soldats aux familles, interprète trop insufllsanl de l'admiration el de l'amitié.
Avançons d'un pas dans la cpicstion des blessés, et touchons le point où elle se confond avec la grande question des reuseienements aux familles.
Au début d'octobre, le ministre avait décidé fpie les médecins en chef de tous les hôpitaux militaires ou civils enveriaient au dép(jt du réginjent une carte individuelle, concernant chacun des blessés et évacués sur son hôpital. La formule de cette carte est lédigée. Nous l'avons vue. EHe est parfaite : elle donne les noms et prémuns du soldat et puis une précision sur la nature de sa blessure.
Au dépôt du régiment, le commandant, sitôt cette carte reçue, devait aviser la personjie indiquée par le soldat au moment de sa mobilisation.
lG2 LES SAINTS DR LA IHANCF.
Ne trouvez-vous pas lidée simple et pratique ? La famille était, dans un court délai, tirée de son angoisse et mise à même daller voir son enfant.
Mais qu'est-il advenu i' Il me revient de divers côtés que cette mesm-e excellente n'est pas appliquée. Chaque jour, à L' Echo de Paris, nous recevons les lettres ou la visite de parents éplorés. qui nous demandent de leur venir en aide, de leur faire savoir sur quelle ville a été évacué leur enfant.
J'olfre un autre moyen. Pourquoi, dans chaque ville oi^i se trouvent des hôpitaux civils ou militaires, ne communiquerait-on pas aux journaux la liste quotidienne des blessés qui arrivent et de ceux qui s'en Aont guéris P Les journaux publieraient ces listes. Et, comme nous vivons dans une période d'entr'aide, il y aurait des personnes dévouées et des o'uvres pour avertir les familles.
.lentends le gouvernement me répondre :
— Non seulement nous ne voulons pas comnumiquer ces listes aux journaux, mais nous leur interdisons de les publier.
— Et pourquoi donc?
— Ce serait le moyen d'inquiéter l'opinion publique.
— Vous ne 1 inquiéterez jamais autant
qu'à laissej" des familles courir çà et là, agitées par une fièvre tFaiigoisse.
Et comme j'ai l'habitude d'écrire en m'appuyant sur des pièces authentiques, je prends dans mon dossier une lettre qui persuadera mes lecteurs et les dirigeants, mieux (|ue ne ferait aucune dialectique, qu il y a urgence de trouver un système pour avertir les familles et pour ménager leur tendresse.
Cette lettre est datée du 1 1 novembre dernier; je respecte ses particularités, et supprime seulement le lieu d'origine :
iVloXSIKUR,
Dcjmis \o. :!0 .seploniljre mon lits a éli': hlcssé et a rentre à 1 lio|)ital \I Verdun. Il ma éciil le u3 seplemjjre : il v avait trois jours ([u'il était à l'iiopital cl il
nie dit dans sa lettre qu'il élail ])lessé et il me lit
nne leltre t)ien rassnranle et d me dit qu'il écrirait tous les jours, et il a eeril eneore le :>,'|. 12."). :>(], :i'j, toujours des lettres bien delailli-es et d avait du couraj^e, et depuis le ■i'j nous n'avons pins eut de ses lettres. Alors nous avons écrit à M. le Directeur et vui télégramme. Et un télégramme à mon tils. El nous ne recevons rien. Nous voudrions all(>r a Verdun, et l'on nous dit que nous ne pourrions pas rentrer. Alors nous avons demandé a liordeaux au ministère et Ils nous ont dit ; « Aucune nouvelle fâcheuse pour le soldat (i... D... au 179'-' régiment de ligne. i3* compagnie au collège Duvignier Hôpital XI à Verdun ». Mais nous sommes étonnés de recevoir aucune lettre de notre Ids et aucune l'eponse du Directeur.
li')\ LES SAINTS DE LA ] UANCE
^lonsieiir. je iiio recommande à voire bonté, pour (liK' \ons me donniez des nouvelles de mon fds. Je ne doute pas de votre zelc que vous jue donnerez des nouvelles au plustot, par teletrrame si ces possible. Moi et mon mari, nous vous remercions et vous prie de vous excusez de pendre la ])ermission de vous écrire.
Nous vous rcud)ourseront vo> Irais par mandats postes.
Père et mère de (i... ]>...
Je m alîsticns do tout commentaire. Cette lettre n'est que trop émouvante. Et vous 3l\gz déjà deviné la situation. Leur fd> était mort.
A quelle date ?
Je connais l'acte de décès dressé à la mairie de Aerdun. Le soldat G... I)... est entré le 91 septembre à l'hôpital XL il est mort le '>a) du même mois. C est le 1 1 novembre que ses parents écrivent cette plainte que vous venez dentendre. C'est le 27 novembre qu ils furent enfin renseignés par celui vers qui ils Aonaienl de se tourner.
En cinquante jours, ni ladministration civile, ni l'administration militaire n'ont su informer ces malheureux parents qui multipliaient lettres et télégrammes.
Si le brave soldat était mort sur le champ de bataille, passe encore ! mais dans un hôpital de deux cents lits et dans une ville où
Li:S SAINTS DL LA. FRANCE I G5
IVtnclionneiit léfiulicremcnt Ions les secours ! (ic n'est pas iicccptal^le. Ln soldat, pour le chef, c'est an inslruinent tic saint national; le chef dispose de lui ; mais le fonctioiuiaire doit traiter le soldat blessé, sacrifié, et sa famille avec le respect le plus attentif, (l'est une nécessité de notre caractère français en
L'insensibilité est une force à la guerre. Si nous étions un peuple insensifile, nous serions débarrassés de tout le problème des blessés. Je n'en disconviens pas. Mais la France est une mère qui s'émeut devant ses fds qui tombent. Elle voudrait qu'ils n'emportent avec eux aucune tristesse. Elle voudrait leur entendre dire (ju ils s'abiment satisfaits, ou du moins apaisés dans la mort, et qu'ils nous pardonnent de les laisser glisser dans les froides ténèbres. La France a du ccL'ur, En eùl-elle à 1 excès, il faut en tenu* compte.
Nos cliers et vaillants alliés, les Ans^lais, veulent des bains, du thé, du repos, tout un confort qui parfois pourrait être encombrant. Nous, Français, nous avons besoin, dùt-il en résulter de gênes, c|ue notre sensibilité soit ménagée et satisfaite.
Et qu'il serait maigre d'intelligence, celui qui oserait élever un reproche contre cette
l66 LES SAINTS DE LA FRANCE
puissance de sympathie (|u il y a dans ie cœur français. Gloire à ce cœur (jiii nous a tous réunis et qui précipite à travers Je pays un sang brûlant et l'enthousiasme sauveur. Nous n'avions pas les préparations malériolles. C'est de notre cœur que nous vint noire volonté de vaincre, (piand même ! Motie cœuir n eût pas sulli, mais il supplée les manques.
Tel est le génie do la France. Très lannlial. liant de très près les parents aux enlanls, cl tout ce monde au fover. Nous produisons une littérature insensée, un théâtre de folles, applaudi par des l'ous. Mais vous savez bien qu ils furent toujours nombreux au niiJieu île nous, les fanfarons du vice et que ce monde-là garde en secret des vertus bourgeoises, une chaleur domestique, croissant k mesure que l'on pénètre dans la masse de la nation. J ai cru voir dans les tranchées que les soldats éprouvent une vraie tristesse déprimante s'ils ne reçoivent pas des nouvelles de chez eux. Je sais (jue les familles ne s affolent qu'autant quelles ne peuvent pas envoyer aux soldats des amitiés et des lainages, et bien savoir oii ils sont. On veut des égards près d'un mort.
Celui qui passe froid devant ces émotions s'élimine de lui-même de Tordre français. Il ne nous comprend pas, ne peut pas nous ser-
LES SAINTS DE LA FRANCK l {ij
vir. La source des grandes clioscs Irançaises, à la l; Lierre comme dajis la paix, est dans ce cœm' très humain. 11 faut le respecter cl le satisfaire comme un créateur, comme le moteur de toute la nalion.
LES VALlvYRIES ET NOS JEINES IlÉllOS
J'ai sous les yeux le Mémorandum officiel des atrocités commises en Serbie par les troupes aiislro-hongroises. .Monotone cnumé— ration dliorreurs. Des lénioignaues certains établissent que les ofiiciers et soldats austrohongrois ont tué des prisonniers, aclicvé des blessés, massacré des paysans inoffensifs, des vieillards et des enfants, violé des femmes. Dans l'es plaines de la Matchva, ils ont volé, pillé, détruit les récoltes, incendié les villes et les villages, en saccageant tout ce qui ne pouvait pas être emporté.
(Test exactement le travail hideux des Allemands en Belgique et dans certaines régions de la France.
De ces crimes, je ne tracerai pas le tableau.
l68 LES SAINTS DE LA FRANCE
Le gouvcniemenl (jui a procédé aux cnqurles nécessaires semble désireux, pour le momenl, d'éviter 1 émoi que produiraient ces divulgations. A-t-il raison? Je ne le crois pas. Je suis d'accord avec la paysanne d'Ilérimenil, ma A aillante c<»mpatri(»lo. rpii écrit à son mari soldat : « Ils ont tué nos enfants. Dis-le à tes camarades pour qu ils nous vengent. » Toutefois, je m incline et j'accepte cette métliode d attente. Je ne ferai pas sortir de ces faits tout ce qu ils contiennent de fureiu", et qui multiplierait, selon moi, notre force guerrière. Je me borne à clierclicr de quel principe ils découlent.
On a dit plusieurs fois (jue l'état-major allemand voulait systématiquement la guerre horrible, et que les crimes de Serbie, de Belgique et de France étaient les applications d'une haute doctrine d"art militaire. A l'appui de cette opinion, on citait telles leçons magistrales des généraux-professeurs les plus réputés en Allemagne. Mais beaucoup de personnes inclineraient plutôt à voir dans ces abominalions si dégradantes et. ce nous semble, si infécondes, des crimes d'ivrognes. Nousmêmes, plusieurs fois, dans les ruines de Raon-l'Etape, par exemple, et en écoutant le récit des orgies de ces brutes, tuant et brûlant
LIS SUNTS DE LA FUA.NCE iCq
;iu l)ruit des boites à musique, gramoplioiies el phonographes, nous iVimes tentés par cette livpotiièse (l une ignoble soûlerie.
Le gouvernement serl)e e^t en mesure d'étalilir que toutes les atrocités qu'il dénonce, identiijues à celles de Belgique et de France ont été comnnses, non seulement au vu et au su des autorités militaires austro-hongroises, mais même par leur ordre. 11 cite les Directions pour Ualtitude à oljserver à l'égard de la population serhe, qui. sous forme de brochures, ont été distriJjLiées aux troupes par le commandant du if corps darmée, le général d infanterie Hortstein.
On y lit, entre autres beautés, les passages suivants :
Envois une lelle popuiation. il n"v a place pour aucun sentiinoat d'humanité ni de générosité.
Je ne perniels pas que l'on fasse prisonniers les Iiahitants qui seraient trouvés sans uniformes et en armes. Ils doivent être fusillés sans exception.
En entrant dans les endroits habités, il faut de suite se procurer des otages, prêtres, maîtres d'école, notables. Ces otages doivent ètie fusillés, si un seulcoupde fusil est tiré sur nos troupes et toutes les maisons doivent être incendiées.
Il ne faut voir dans tout habitant qui est trouvé hors des vdles qu'un membre de bande qui a caché ses armes. Comme le temps manque pour faire de plus amples recherches, il faut fusiller les habitants ainsi trouvés, s'ils paraissent le moins du monde suspects.
lyO LES SAINTS DIO lA FRANCK
Avec de tels ordres, (jii II ne s'agit plus (jiie dinlci'préter, toutes les alrcjcités ont leur eveusc prête. Jl est clair que l'Allemagne entcjid s'emparer de tous les moyens de destruction qu il y a dans l'univers et les employer à courber lliumanilé sous sa rêverie inviable. C'est un esprit dcslrucleur qui marche à la rencontre de son rival et qui a jure de mettre à mort le porte-flambeau du Monde.
Les ténèbres s avancent vers le clair pays où l'alouette joyeuse salue lesoleil. Les valLyries <jui voltigent au-dessus des hordes germaniques, avec la mission de désigner ceux qui doivent mourir, cherchent à nous appauvrir de nos jeunes génies. Elles voudraient, dans le même lenq:)S (juelles nous inq^oseronl les nuées doutre-lUiin, détruire notre llanmie.
Je voyais, ce matin, leur dessein, leur demiréussite, et mieux encore leur échec, ('/était dans la modeste chapelle des Dames Bénédictines de la rue Monsieur, à une messe célélirée pour le lieutenant Ernest Psichari, petit-iils de Renan, mort au champ d'honneur, mort pour la défense des portes de la France, mort d'une mort qu'il eût choisie et souhaitée, fidèle à lui-même et fidèle à sa race. Et dans le recueillement de celte toute petite assemblée d'amis, je me rappelais le premier mot
LES SAINTS DE LA FRANCE lyl
(|iril m'écrivit il y a f|iielqucs années, depuis la Maurilanie : « (lliarles Péguy m'apprend que vous ave/ prononcé mon nom dans un article sur (luy de Cassagnac. » Péguy. Gassagnac, Psichari, tous les liois sont tombés en faisant de leurs poitrines un mur à la ruée iillciiiande. Avec eux, une jeunesse innombrable. Mais les filles sanglantes qui v<»ltigcnt au-dessus des bataillons envahisseurs en mon- Irant du doigt les victimes (»nt man(]ué leur but. ^(»tre force est décimée ; plus vraiment, elle est multipliée, ^otre génie est appauvri; plus sûrement, il est enrichi. Les jeunes héros, en tombant pour la France, nous r('conciliejit. Ils refont l;i patrie. Autour de leurs paies visages, ce matin, nous tous, si divisés de philosophie, nous avions retrouvé le Ci^edo de notre race. Get oftice de commémoration pour un jeune mort et pour toutes les destinées interronqiues par la guerre courbait nos fronts sous les paroles sacrées, et nous écoutions avec émotion ce vieux langage latin où repose l héritage des antiques ci> ilisations. Per Doinlnum Jesum Clirisliun. Berjuiescat in pace. <Ju il repose en paix ! Qu'il repose au sein do la chrétienté! Qu'il repose protégé par tout ce qu'il a défendu! Les traductions llollaient accordées avec les esprits divers qui
composaient celte lirave assistance, tant divisée, plus unie encore. Nous nous sentions associés par les liens les ])ltis nobles pour protéger ce qui estéterjiel cl (jiio veut délruirc la Barbarie.
PUÉl^ETS ET COMMISSAIRES.