II. Dahcv
.le leniercie la C.otnpajjnir des h^nrijes de Chùfillon-Commentry et \ cuves- Maisons, et M. H. Darc^ , président de son Conseil d'administration, de leur générositf' el de 1 "honneur qu'ils me font en me prenant pour intermédiaire, .le crois me conformer aux intentions que celte lettre m'exprime en versant deux mille cinq cents francs à Tœuvre de l'Echo de Paris, le « Tricot du comijattanl )), et deux mille cinq cents francs à la Société d'assistance des ré/uffiés et évacués de Meurthe-et-Moselle . que préside M. Maurice de Wendel.
.>72 LES SAINTS DK l.\ IKANCr,
1 f) I A L'ANNÉE DE LVMITIK
j*""' Janvier 191 5.
On classe une montagne d'après son plus haut sommet. A partir d'août, cette année 191-i, irisle et querelleuse, toute basse et pleine de coupe-gorge s'est élevée, nous a portés, tous, dans les régions de l'amitié. Elle mérite d'en porter le nom. C'est l'année de l'amitié préparant 1915. l'année delà victoire.
Depuis quatre mois, nous avons constitué entre nous une sorte de mutualité, afin de ne pas mourir. Il fallait que l'union se créât dans le monde des esprits avant de devenir l'cntr'aide fraternelle des champs de bataille. Comment se fit-elle, cette union? Nul n'en pourrait rendre compte. Nous y sommes arrivés par la route la plus obscure et la plus rapide. Rappelez- vous, le tocsin sonnait à travers les campagnes et, soudain, toutes les âmes se trouvèrent haussées sur un plan où nulle barrière ne les séparait plus.
T. ES SAINTS 1)1, l,\ FHXNOr. .)-,)
Des j^eiis qui n avaient jamais conçu combien ]a France serait majestueuse et productrice, si elle poursuivait avec vénération la mise en valeur de son patrimoine matériel et mornl. eurent la révélation que nous avons une terre et une ame à défendre, pour les transmettie aussi belles que nous les avons héritées. Le plus pacifiste trouva son chemin de Damas.
On vil le sentiment nous mettre d'un seul bond au point où la raison parfaite nous conduit et que la raison quotidienne, ergoteuse et claudicante, ne parvient pas toujours à atteindre. Quelle leçon pour ceux qui méprisaient (( les vieux pi'éjugés » et qui, incapables de bien se renseigner et de bien prévoir, avaient bridé les mouvements naturels de leur ame française ! L'émotion et l'enthousiasme les libérèrent de leurs bandelettes, les restituèrent à leur vraie nature. L union nationale s'est faite dans le même moment sur tous les points du territoire, dans chacun de nos innombrables vi]ln2:es, de la mémo manière qu'à la Chambre. La fierté guerrière nous souleva tous. Elle ol)lint d'emblée que nous déposions nos rancunes, nos méfiances, nos justes griefs, nos justes intérêts. . . (l'était bien le moins quand les meilleurs allaient consentir avec allé-
S"]^ Li:s SAiN'i's ni: i \ ihanci:
gresse de perdre l'cHre pour sauver la pairie.
Sans calcul, chacun de nous a suivi le mouvement de toute la nation. Nous avons pris le rythme de la France. Mais ce bel édifice d'amitié, surgi dans un jour de miracle, il faut le maintenir par notre volonté : il fani continuellement le construire et le perfectionner, l'achever avec notre propre raison.
Laissons nos vieilles demeures aveuiiles. Le temps n'est plus de nous endormir dans nos partis pris et dans l'inconscience d'un mol qui faillit emporter la France. Travaillons tous à satisfaire les réclamations du sentiment unitaire qui nous anime.
Ouelques-uns regrettent que tous les mérites ne soient pas employés au (iouvernement. (( Dans 1 armée, disent-ils. depuis le début de la guerre, les chefs des plus grands emplois ont été renouvelés et choisis en toute indépendance. \ous avons la plus admirable cohorte de commandants d'armée, d'une valeur unanimement reconnue. Mais au Gouvernement civil, si rien n'est complètement mauvais, si la bonne volonté est certaine, si plusieurs éléments sont excellents, on reconnaît toujours la coterie. Trop de prudence, quelque chose de froid, d'embarrassé, d'habile et de faible... »
LES SAINTS m I,\ fra.nci: ^"O
Il y a du vrai dans ces réflexions. Mais aussi bien on manque d'hommes. Et quand on vous dit, Ministres, dappeler dans vos Conseils élargis toutes les valeurs du pays, pour qu'elles vous apportent la Hamme el que A'ous dominiez les circonstances, je vois bien que ces porte-feu, vous ne les trouverez pas dans vos antichambres. Attendons la fin de la guerre. De véritables hommes, des esprits ardents et clairs, sortiront des tranchées. Il y a là beaucoup de Français en train d'apprendre le secret de leur destinée, leur missi<)n, et qui reviendront avec le besoin de rapprocher le réel de l'idéal qu'ils portent dans l'âme.
ce Depuis trois mois, m'écrit un ami, nous vivons dans des tranchées creusées le long de l'Yser parmi les prairies inondées. Des cadavres de tous les régiments français ou allemands qui se sont battus là infectent lair. A certains endroits, les hommes dorment littéralement dessus, et les parapets sont formés de corps entassés ». Eh bien! dans ces charniers, à l'insu même des vaillants qui les garnissent de leurs fusils et qui, certes, ont assez à faire de vivre au jour le jour, une France nouvelle se forme. Ceux qui reviendront de là connaîtront les exigences d'une vraie vie nationale. Ils prendront pour tou-
'\~i') I.i:s SAINIS 1)1- T.A FHANCl':
jours un point de vue plus élevé que le point de vue partisan. Groupés derrière leurs chefs glorieux, liés par une telle fraternité, ils ne pourront plus s'entre-décliirer. Ils ne pourront plus méconnaître les lois de la vie, les besoins du salut public. Et quelle autorité, pour chacun d'eux ! Un sergent, du fond de sa tranchée boueuse, gagne des titres pour se faire écouter, dans son village, jusqu'à sa mort, mieux que le plus éloquent de nos maîtres actuels.
Un personnel nouveau se forme et va se substituer, dans tous les ordres, à tous nos dirigeants. La Uépidilique était aux mains dune petite Société, d'une sorte d'association fondée sur l'idée pacifiste, (le groupement a ses titres que l'on peut apprécier dans le Livre Jaune. Demain, la République appartiendra à l'immense fédération de ceux qui. les armes à la main, réparant l'erreur pacifiste, sont en train de sauver la Patrie. Ils inscrivent leurs titres dans les ordres du jour de l'armée^ sur les tombes de nos champs de l^ataille, sur nos provinces ra\ âgées par l'onvahisseur, mais ({u'ils déblayent.
If)!-") annonce une ère nouvelle. Si l'âme des Français a cliangé au cours de la guerre, nécessairement, après la guerre, changeront nos idées, nos institutions, toutes nos œuvres.
i.vs SAINTS i)i: i.A iua.ncl; ',\~-
Et cela sans heurt, d'un accord paisible, par un etlel de celle amitié ([ui déjà nous relie et que viendra sceller la victoire complète. \ oilti mes pressentiments. Quant à nos vœux et souhaits, c'est encore aux condiatlanls que nous les adressons. Nous sahions les soldais de la l'^rance. si braves dans leur? misères. Que ce papier leur apporte à tous l'expression de notre reconnaissance et l'annonce que dans la Patrie qu'ils auront snuvée. ils tiendront, de ra\cu de tous, le premier rani;.
L amitié qui s^est formée, pour les escorter dans les gares, au premier jour de la mobilisation, ils la retrouveront unanime pour acclamer leur clorieux retour el honorer leurs inoidiliables services.
P. -S. — (Juelqu un m écrit de l'armée : On vient de m'apporler le casque d'un patrouilleur allemand mis par terre durant la nuit. Ce n'est plus le casque en cuir bouilli, sans valeur de protection contre le projectile, tel que l'avaient leurs troupes d'activé au début de la guerre. Il a exactement la même forme, la même couleur, le même aspecl. mais il est en tôle d'acier. C'est devenu une arme défensive, très ciricace contre les shrapnels ou même contre le ricochet de la balle
(rinranleric. Ainsi, en cours de lulle, nos voisins se perfectionnent tant qu'ils peuvent. A nous d'en faire autant... »
Et nous n'y manquons pas. A preuve les beaux renseignements que nous donnent les communiqués sur les effets supérieurs de notre artillerie lourde. Mais, tout de même, si l'on pouvait protéger la lête de nos braves soldats (').
(i) Cette note évoilla i'allention ries l)ureaux de la Guerre. f|ui me demanrlèrent un supplément d'explications. Aujourd'hui, avril 1915. on commence à distribuer à nos fantassins le casque protecteur.
^oir aussi noire article du 10 décembre I9l'|.