‹ L'âme française et la guerreChapitre 40 sur 42 · UN COTE TÉNÉBHEUX DE CETTE GUERRE · texte numérisé non relu

UN COTE TÉNÉBHEUX DE CETTE GUERRE

3o DécemLre igi^.

Je crois que l'histoire enregistrera et voudra vérifier le propos tenu par un officier allemand : « Notre supériorité, deux choses

nous l'assurent : notre artillerie lourde el nos dix-huit mille espions... »

Sont-ils dix-huit mille? Je n'en sais rien, mais ils infestaient la France. Kt de même que nous aurions dû construire une artillerie lourde, dont la nécessité était proclamée, nous aurions pu les chasser, puisqu'ils étaient dénoncés.

Léon Daudet a montré un courage exemplaire, clairvoyant et persistant, quand il a mené avec les plus grands risques, sa campagne étonnante. Comment se renseignait-il? Comment ceux qui pouvaient et devaient contrôler ses affirmations retentissantes ne hougèrent-ils pas? Il a déployé le plus beau génie de perspicacité et mérité le titre de bon citoyen. J'apporte en même temps mon hommage à notre éminent collaborateur, le général Maitrol.

Oui, leur artillerie lourde et leurs espions, au début de la guerre, devaient assurer aux Allemands la supériorité, mais, après quatre mois, ces deux forces ne peuvent plus nous surprendre, ne nous dominent plus, et nous avons à cette heure des canons pour faire taire les leurs, en même temps que des cordes pour pendre leurs gens. Aujourd'hui, les avantages certains que leur a assurés leur espion-

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nage sont, pour la plus f^^rande partie, épuisés. Mais leur honneur militaire en est terni. Dans cette guerre où l'on dépense des deux parts une valeur et un esprit de sacrifice incomparables, la médaille allemande a son revers, (les gens-là sont privés de s'entiments généreux. La vilenie ne les gène jamais. (Jumelle soit colossale, ils se croient justifiés. Au reste, je n'insiste pas sur ce point de vue de la moralité qui serait gravement retourné contre nous, si l'on pouvait croire qu'ils ont trouvé des espions parmi nos compatriotes. Je veux simplement ajouter une touclie au tableau que j'essaye de tracer, au jour le jour, de cette guerre.

L'autre jour, étant à Nancy, j'ai cherché à me faire une idée des innombrables formes qu'a revêtues là-bas l'espionnage. A oulezvous feuilleter avec moi mes notes!* Elles sont incomplètes. La police municipale, la Sûreté et la gendarmerie vous en diraient plus long, surtout le service spécial de la sûreté militaire. Mais, tout de même, j apporte une jolie contribution aux dsssous de l'histoire officielle.

Autour de Nancy, l'espionnage a revêtu toutes les formes. 11 s'est étendu aux endroits les plus reculés: il employait des agents de

toutes conditions. On compte que nos villages lorrains possédaient, chacun, au moins un indicateur. L'exemple de Burghard, le faux fermier de Heillecourt, est dès aujourd'hui classicpe. Auprès de certains points, canaux, écluses et ponts, il y avait une ferme, une maison, une demeure quelconque occupée par des xA-llemands ou des gens à leur solde. Des cabanes de chasse qui semblaient abandonnées, de vieilles maisons forestières étaient utilisées irrégulièrement par des inconnus, qui furent surpris aux premiers jours de la guerre munis d'appareils ù signaux ou de téléphones cachés.

L'espionnage très actif se faisait par correspondance écrite, par rapport verbal, par signaux lumineux et par télégraphie sans fil.

La difficulté de correspondre rapidement par la poste a forcé les agents allemands à employer le billet, qui se transmet par plusieurs porteurs successifs, allant de main en main dun village à une ferme, à une usine, à un pécheur à la ligne. Voici plusieurs faits semblables, ou. peut-être plusieurs versions d'un même fait.

Un laissez-passer était exigé pour traverser le pont qui relie Varangéville à Saint-Nicolas. Or, une femme présenta à la sentinelle, au

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lieu du laissez-passer, le billet même qu'elle était chargée de faire tenir aux Allemands! Je tiens le fait d'un liabitant de Saint-^vicolas, qui me l'a raconté au lendemain de l'événement. La femme fut conduite au Conseil de guerre et exécutée.

Une femme traversant le pont d'Essey, aux portes de Nancy, laisse tomber de sa poche, en tirant son laissez-passer, un billet contenant cette indication ; « Hâtez— vous ; le 20^ corps arrive ce soir. » C'était, en effet, l'époque où un mouvement de troupes avait fait dire en ville que le 20'^ corps revenait.

plusieurs fois, en amont de Nancy, §vir la Meurthe et dans la direction de Frouard, les soldats ont arrêté, au moyen de filets en fil de fer, des bouteilles portant des messages destinés aux Allemands.

Les communications par téléphone avaient été rendues impossibles parla suppression de tout le service privé. On ne m'a pas dit qu'il V ait eu en ville ou à la campagne d'installations secrètes, mais la télégraphie sans fil a fonctionné magistralement. En septembre, la police rechercha et saisit toutes les installations d'amateurs. C'était nécessaire, car depuis longtemps les électriciens allemands installaient leurs appareils chez leurs agents,

partout où ils pouvaient et mcMne au petit bonheur. On connaît des personnes, au-dessus de tout soupçon, à qui un voyageur ou un électricien de la ville a proposé d'avoir à Icssai et sans frais <( un appareil de récréation pour percevoir Iheure de la tour Eitï'el ».

On a découvert des installations un peu dans tous les quartiers de la ville. Certaines étaient habilement dissimulées, les fils dans des recoins de irreniers, sous les tuiles. La police constata le mécanisme d'une tuile qui se soulevait et se replaçait aussitôt après le lancement de la fusée.

Les signaux himineux ont été nombreux, surtout dans les six premières semaines. Celaient des lumières persistantes, produites par l'exposition d'une lampe à la fenêtre, ou bien des lueurs intermittentes, carrées, rectangulaires, rondes, de couleurs variées. C'étaient aussi des faisceaux d'ampoules électriques, posées dans un jardin, dans un terrain quelconque, et reliées par un fil à une habitation inconnue. En cas d'alerte, le fil est cassé et retiré sans laisser de traces, ('es lumières, dirigées d'un côté quelconque de la ville, sont ordinairennent reproduites sur un autre point faisant face. La côte de la Cure d'air Saint-Antoine, bien exposée vers

.^oG LES SAINTS DE LA FRANCE

l'est, est couverte de nombreuses maisonnettes ou villas, dont plusieurs ont émis de ces signaux. II a été difficile de les repérer, cependant on a eflectué des visites fructueuses, à la suite desquelles les signaux se sont faits rares.

Ces sortes de signes sont vus de très loin à l'aide de jumelles. Ils ont beaucoup énervé la police locale, d'autant cjue le génie militaire en use aussi et que les derniers tramways, aux premières lieures de la nuit, produisent des lueurs au contact de la perclie et des fils aériens.

L'émotion fut surtout vive le 9 septembre, la veille du bombardement de \ancy, que personne pourtant ne prévoyait. Beaucoup de fusées s'élevèrent de toits ou de terrasses. Des cordons lumineux brûlaient le long des cornicbes. sur d'arrière-bâtiments, et, invisibles de la rue, apparaissaient à des points éloignés, d'oii ils étaient reproduits et parvenaient ainsi à l'ennemi. Ces fusées, ces lumières fixes, ces lueurs tremblantes se mêlèrent aux éclairs de l'orage, en si grand nombre que beaucoup de Nancéiens apprébendèrent quelque chose et s'abritèrent. Au soir, on vit sur des maisons habitées par de faux Alsaciens ou par des Français ayant des bonnes dites alsaciennes

des fusées de diverses couleurs s'élever en ligne droite, suivies d'autres fusées dirigées vers le nord. Toute la nuit il y eut des fenêtres ouvertes et illuminées, ou bien des signaux produits par des lampes électriques, par des jeuv de miroirs. Des habitants du quartier du Montet interpellèrent une personne de vie suspecte, qui fut ainsi avertie de cacher ses appareils avant que la police accourût.

Après le bombardement et l'éloignement des Allemands, ces feux de la nuit ont à peu près cesse. On en vit pourtant quelques-uns jusqu'à la fin de novembre.

Somme toute, à part les industriels allemands que j'ai cités et les domestiques dites alsaciennes, et certaines filles, sans doute allemandes, elles aussi, très peu de Français se vendirent. On aura traité d'espions des gens qui ne le sont pas. Toutefois, il y a lieu de se défier des commerçants qui tenaient des articles allemands. Je ne dois pas généraliser, mais les appareils électriques, les fournitures d'hôpilal, les bandages et produits pharmaceutiques de marque allemande étaient introduits avec une idée d'espionnage jointe à l'idée de bénéfice commercial. J'ai depuis des années considéré que dans nos petites villes de l'Est, ces visites de commis-voyageurs pouvaient

couvrir les allées et venues d'un service régulier de renseignements militaires.

On dit, sans que je sache sur quelles données s'établit cette estimation, que le paiement courant d'un « correspondant», c'est-àdire d'un de ces drôles qui s'enrôlent dans l'armée de l'espionnage, est de loo francs par mois. Si leur salaire pouvait être régulièrement complété par trois balles dans le corps, ce serait justice. Mais nos gendarmes se croieni toujours en temps de paix. Ils ont été dressés a n'avoir pas d'histoires, et ils respectent plus que de raison des êtres indignes que la rumeur publique désigne. Je me console en relisant une lettre écrite de larmée :

Il vient de m'arriver une petite histoire qui m'a valu d'être complimenté par des officiers supérieurs. Etant de sentinelle dans une large vallée, je fus intrigué par les manières d'un paysan qui taisait toutes sortes d'allées et venues autour de sacs de pommes de terre. Il en avait une trentaine. Je l'ai regardé pendant douze heures. Il les plaçait en ligne droite, puis s'en allait; une heure après, il revenait et replaçait ses sacs en tas; ensuite, toujours en regardant autour de lui. il les replaçait en Y, et ainsi de suite, toujours en changeant la forme de la ligure. Alors je me cachai soigneusement, et je m'aperçus qu'un avion allemand venait toutes les deux ou trois heures faire un virage au-dessus de ce champ. Alors, plus de doute, je m'approchai avec précaution du paysan, et, lui fichant mon revolver sous le nez, je l'invitai à. me suivre. Alors, ce

LES SAINTS DE l.A FRANCE OOQ

paie cvtriic, comme dil Sliake,s|icare, commença le triple chant funèbre de sa mori certaine. Il liabitail ce pays depuis deux ans. et vivait seul dans une maison à l'écart du village. On l'a fusillé ce matin. C'est incroyable, la nuée d'espions et despionnes cju'il y a partout.

Un officier allemand, prisonnier a Cherbourg, déclarait dernièrement (c'est le Journal de la Manc/te tjui me le dit) qu'avant la guerre il était industriel à \ancy et que là , comnie dans toute la France, l'espionnage était praticjué à ciel ouvert. C'est dans le génie allemand. Ces gens-là, en effet, n'ont pas le sens de l'honneur; ils nous méprisoiit d'être chevaleresques ; et puis, ils excellent dans les travaux patients et minutieux, dans les longues enquêtes méthodiquement poursuivies. De lorganisation plaquée sur de la muflerie, c'est leur nation, c'est le caractère de toutes leurs œuvres (vues d'un certain angle). Mais nous sommes sans excuse d'avoir détruit nos propres services de renseignements, et d'être ainsi tombés dans leurs pièges.

Les indications que je donne ici n'ont aucune valeur, parce que trop sommaires, pour renseigner sur l'immense travail des Allemands ; elles prétendent simplement noter l'émotion produite dans le public par les menées des espions, par ces lueurs qui traversent le ciel

3Go LF.S SAINTS DE I.A 1 KANCn

et par ces mots qui courent dans l'espace. En dépit de ces appareils scientifiques et de ces moyens à la mode du siècle, le fond des sentiments populaires et les scènes de la rue demeurent pareilles à ce qu'on voit dans les plus vieilles chroniques.

Au premier jour de septembre, quand un avion allemand jela une bombe sur Nancy, la foule se porta vers la maison endommagée, rue Exelmans. Deux hommes causaient à l'écart. L'un d'eux demandait avec insistance des détails. « ^ a-t-il des morts? La maison est-elle brisée à l'intérieur? » (Il n'y avait pas de morts et peu de dégâts.) A ce moment, tout le monde se montra l'avion français à la poursuite du taube. L'homme s'exclama en ricanant : « Il ne l'atteindra pas ! » L'exclamation et l'accent allemand irritèrent la foule. On mena l'homme au poste. Il fut convaincu d'espionnage. Son compagnon ne fut pas retrouvé...

Ne croirait-on pas relire quelque sombre chapitre de Walter Scott, de Manzoni, ou de Dumas père? Ainsi, le passé d'un peuple vil toujours en lui, attend de réapparaître, de remonter à la surface, est et sera toujours présent. A peine l'espion a-t-il été reconnu en un point qu'aussitôt on le voit partout.

LES S.VINT8 iJi: LA FllANCE 36 I

C est le vieux Prolée, « dont la fuite même n'était que présence déguisée >j. Toutes les parties do noire territoire que la Germanie a approchées, elle les a ramenées au\ heures les plus ténébreuses de l'humanité. C'est un esprit de mort quelle fait partout palpiter. Il n'en allait pas ainsi aux jour^ de la (jrande Armée en AUeiuagne.

Je laisse suljsisler ce chapitre 49 dans certaines de ses parties. Il m'avait été dicté tout entier à iSancy et par là il est un document. Ses couleurs sont de l'époque ; je les garde à ce titre, mais je supprime et désavoue des l^ruits de ville dont je m'étais tait l'écho.

D'une enquête officielle cjue Ion a bien \oulu me communiquer, il résulte c[ue les faits que j'avais enregistrés « ont bien été racontés à Nancy, mais qu'ils sont ou inexacts ou considérablement exagérés ».

Des noms ont été prononcés à tort. Ivéparons cette injustice et cette erreur en précisant ce qui seul demeure exact :

Le cas Burghard est \rui. (let individu a été condamne pour espionnage quelque tcmp'- avant la guerre jiar le Tribunal de Tout.

I-es di:u\ seuls lails d espionnage cerlauis au début de la triierre coiircrnent l'aprlier, maire de Leyr, ri unou>rIcr fies forges d(; Champigneulles, dont le nom m'échappe. Tous deux ont été condamnés à la détention ; la peine de mort n'était pas applicable, leur arrestation avant eu lieu a\anL !a iléclaration de la guerre.

De janvier à juillet njiô, trois lenunes ont été condamnées à mort dans le secteur de Nancy, une autre, à Toul, à vingt ans de détention. Ces femmes veTiaient d'Allemagne en Franco [lai' lu Suisse.

3Ga l.i:.S SAIM.S 1)1, |,A l'IÎANCK

i.\ li \TViLLi: \ l i; l'Ali l \ liKIUJS

3l Dt'cimihrc ly i 'i .

Nous lisons par cenlainés des lettres vaillantes et charmantes de soldais. Vujourd'liui. c est la lettre d'un chef que j'ai l'honneur de mettre aux mains des amis de l'Echo. Ils y trouveront une interprétatioji saisissante de la bataille et la, sincérité d une àme héroïque:

iSoIre vie, nous f^diiiiiirs; fou jours j)r<'ls, si ta France eii a hcsoni, à hi donner (oui de suile. (l'es/ ce (jui arrive ii heancoup d' aulres, à heanc(juj) Iroi) d'dulres en ce nionienl-ci . (l esl ce Cjiu esl nrriré entre nnires le..., froi.s ifiuir/s d heure nrnni ijue je sois inot-ntèine descendu, à un puucre vuillunt cupi/niiie (Purlilleric qui /narchail près de moi uoec la bulierie.

Il t'iuit radieux ; nous venions de faire de hi hoiuie besogne^ et de démolir acec ses pièces plusieurs canons ennemis en face de nous, dont les caissons amienl sauté en feu d'artifice. Sa fjaieté a été brusquement coupée par une réponse inattendue et d une pjrécision i//ipressioiuiante. l'ne sa Ire d'obus passant pa/'-dessus ma tète est

LES SAINIS \)\: \.\ IRANCi: 303

rriiiic s (tlKfIlrc jiislr <i ses i)i<'(/s . I It ri-htl imiiistriu'ux lui (I Intrcfsr hi jutilrnic jxir le rtt-ii/-. If (i fini : (c \li ! iiiitii iJifii .' >) Son (iiliiuluiil a ilil : (( Jr SUIS jniilu .' ( ii :lrs jniiiilciirs n cr/ui/i' son d//ir iliins un rnor/nr soiii>u- iirolonijr (jiii r/iii/ un i/a/'i/oui//('/iH'/i/ ilonl j m cncorr Ir hfuil dans les oiu'ilh's. Foui relu en hriiui-ouji ntoiiis il uni' srcon'/C. iliins une i-hii-lr ilr lonncffc iivcinj/iin/ .

Jr nif SUIS rclournr . fir/sniu/r ijue r'éluicn/ nos p/'op/'fs ol/iis (jiii rvniiirnl il l'eUdef iluiis li's jiirrcs. Lis In us hoiinnrs l'Iiiu'nl iiln/ni's cille il ri /II', 1rs mm lis su/' 1rs lutnrhrs. roiniiir à lu piiruilr, //nus ils rliiir/il rlr/nlus loul ilii lo/iij sui- Ir ilos ri iirrr. su/- 1rs risiKjrs ilonl 1rs yru.r Iti'illiiir/il r/iro/w, un ui/- il<' ruli/ir ri ilr i-rpos ijur jr /-rrr/'/uii loujnn/'s. 1) nul /-es sr/-— ru/ils, iippuyrs ro/ili'r les roues ou lo//ilirs su/- 1rs ijr/iou.r, sr Imiiirnl 1rs drux //uii/is p/'rssrrs sa/- les pliiijurs poui-p/'es ipii uruir/d rir, I i/islaiil d iirii/d, Iru/'s Jiipi/-rs. /-rlrnn/d //ml ilrs iw:, des ycu.f, des de/ds el des liu/piels d al/'oces soujj'vcuices ,

Ces lahleaux soid rpoura/daUcs el i/ra/i^ dioses eni/u/ie Inus 1rs liolocaasles Hlji-et/ienl eonsenlls à l'idée dr lu p/al/'/'e, (/ai ne prend v/siljle//ienl sa J'o/-//ir <jii à ers inslunis de l/-aijiipir lirualr.

36/i LES .SAl.MS DK 1,A FRA>CI':

l*(iur ma ixirl , jr ndiuiis pus iiiir rt/i-afi— (jinti-e. Mon lour ne (Icniil rcnn- (jit un peu jiliis l(ird. Les j)rr//ii<'/-s Uddi/lons de nm haliei-ie dépassafeni la Ixillerie déinoitlér, cl se laïuutienl à hi ehart/e sous une eéi'ihihle voùle d ohus cl de Jnaendies (jue eouslrnisuient [tour eux, de face et de flâne, /es hattet'ies ennemies. Je n'uruis pas le lemphs de méditer sur le petit érénement qid renaît d'atli'/sler ee eoin du eh.amp de liataille et de m afracher denx lanmes des yeux. If me fallait /ne rendi-c à non poste dr com— mandetnent . (tu milieu des soldats dont tes lit/ nés avan<;aient .

Ce ne fut qu un assez Itjinj temps après ipie je m'aperrus ipie je mare/tais avec mon képi à la main. (]lit)se tii:tirr(\ tout en accomplissant ntachinttlement le rtte île //toit co//una/ide//ie/tt att co/ntjttt , reiltaitt st//- Ir //tt/i/itie/i di/ dispositif d'itltaijue , ronf'o/'//ié//te/it <) //tu Jonction, c ('•tait stt/-totil le co/-ps du jHiur/-e capitaine II... et de ses adjoints rjt/e je coyais, et c'était cela (p/e, i/'/-ésislUjlei/te/it , je saluais en me déeottr/-ant . Cette espèce 'le hantise fanto//tatiqae a pe/-sisté plusieurs i/ditates^ peui-èlre dix, peui-êlre plus. Puis elle a été emportée par les explosions d'obus qui se succédaient plus rapides et précipitées, faisant dduf/-es hécatombes, Inrtssa/tt d (tut tvs liitiletiu.r dr /ito/'t et de ticatité , //te

l.KS S\l\rs l>i; I \ FHANCK 305

rdineiKinl hi-iihileinent (iii.r rruhlrs irn?/t'''(Jiates. (Inr / fi/n/K'didl à la halaillc, r est ce qui arrive, ce n est déjà plus ce <pu ric/i/ (f arriver. . .

Mais aujourcf/iui encore, un grand mois éconlr. cIkkjU!' trait du t<dilean de la batterie II... à la seconde du foudroienienl . se replace /idèle/ite/il il sa place sons natn reipird (pu évofjne : pen/ends encore une roi.r cétnil l<i /nienne : (( hJ/i liien ! capitaine ? » .J'ohservais il la lorgne/te an point que je venais de lai indnpie/- à cano/aier. et nictonininl de n'avoir fjas encore enlendn parle?- ses canons derrière moi, j'en faisais, sans me retoariier et sans cesser de re(pirder. l'observation . Et une autre voix (c était la sienne;, quelques secondes après : (( \/i ! mon hieii .'« ïl n'était déjà plus... Entre les deu.r interjections, la mort avait passé, foudrctyante et bienlienr<aise , puisqu il ne Pavait pas sentie. Mu/s si proinjiteriient que I ('une lui eut été arrachée, le (jrand cri suprême jmussé par le pauvre capitaine foudroyé montre qu'il eut encore le temps de la rendre au maître de toutes choses.

dette toute petite scène, vécue sur un point minuscule de l'iminense champ de Ijalaille eut ta durée d une l'uhfuration . que d autres instantanés semblables avaient précédée , ipie d'autres allaient suivre. Ima(pne:—la. répétée à des ceii—

36f) T.Es SAiMs ni: r. \ FUANcr:

laiiirs fT ('.remploi res, sans trop fjrandes variantes, sur toute retendue de la zone où les deux armées s'étreignent, et i:ous aurez une vision approchée du /a/Jean de ipjerre Ijrossé jkw le eomhat moderne.

Wd lez pas vous figurer que l'œil y découvre des masses hiqarrces de soldais ipif s avancent en l/'oupes serrées les unes contre les autres jusffu à ce que tes tiaïonneltes soient croisées, suivant le cliché traditionnel .. . pour les civils! Votre l'cprésentation serait complètement erronée. Il faut un iril l/-ès e.rei-cé pour apercevoir des hommes pendant le condiut. (Juand. enfin, on a ru qiiehpn's-uns sutiilenient dressés comme (hatdes jaillissant de la lioile ii sil/'p/'ises, ce Il est jamais (jiie j)(>ur qiiet/jin-s secoudcs et lu vision rentre dans la terre aussi lirusquement quelle en a Jailli : mais si, à ce moment , au lieu de laisser le /'égard fi.ré sur le point oi) elle vient de s'évanouir, attendant (jU elle revienne, vous le déplacez vers la droite ou vers la gauche, vous voyez la même appaintion se produire dans les mêmes conditions d'instantanéité. On croirait que le terrain a été i'i Vavance semé d'apjiareils à écHi)ses représentant une file de silhouettes ii intervalles et qui auraient la faculté d'avancer lentement, soit pendant qu'elles sont visiJjfes, soit pendant

i.Ks SMNTS ni: i,.\ iHwci: M>~

(pj elles ne le sonljXlS.Allhoutdini lonff liiOliiein de celle ohservation fl quand noire (vil . s'ékinl accoulumé, commence à percevoir des détails, iJ remai^que de-ri de-Ui, un peuparloul des petits las clairs ou sombres, mais tranchant snr le vert de la prairie ou le jaune des champs. (]ea.r-là restent ton jours risUdes et, de plus, i/nmohiles dans la même position. (]e sont les silhouettes cassées, ce sont les morts. . . (l'est tout.

Par e.i-emph' , ce n'exl pas pour l'audition comme pour la rision. et les oreilles n'ont pas lif'snin (Vètre e.rercées pour entendre un tinta— nuirre itinholicpu' composé d'une tpnadité ininterrompue de cluqueinenls secs comme ceu.r que ftrodui/'aieni une nndtilude de fouets ciolem— ment secoués, (le sont les coups de fusil , ponctués () (harpu- seconde par les crplosions stridentes ou (/r-ares itcs ol)US et marmites. <tont le lirnil est infiniment moins monotone et aipu-unt que celui des nuirai lieuses et des fusils.

J\ii souvent pensé que la représr-nlution In plus approchée qu'un non-comliuttanl pourruil s <)[frir d'un chnnp de carnurp' — locution usuelle — pcndani l'action, consisterait pour lui à se phfcer tout contre un hon piano dont le clavier serait tenu par un virtuose jouant prestissimo //// grand air (pmrrier, et à reqarder pur lu tdlilctte soulevée monte/- cl descendre à

368 l.F.S SAINTS DK T.A Kli\>Cl';

l'intt'rieiiv de la caisse les petits niaiieaax de hois et tir en if frajj/jant les cordes sonores. (Cependant que les autrrs arlistes de forcliestre, armés de grosses caisses et de castagnettes, agiteraient frénétiquement celles-là ou taperaieid comme des sourds su/- cell"s—ci.

\ ous roye: comme c'est snnjile <■! peu nu' tudieux. L'iiar/nonie du condxit et sa grande poésie ne sont qjas dans sa imisiqae, non plus que dans le spectacle fort peu animé somme toute qu'il ojfre aux reg<ir<ls. Ell's sont tout entières à un degré extrêmement élevé dans la notion du sacjuficc total et permanent que consent volontairement chacun des comhattaids et qu'il conseid avec une allégress!- soutenue.

Préférer quelque chose à sa projice vie cl donner celle-ci p)Our que ce quelque chose, c'està-dire Fexiste/ice île la patrie, soit prolongée, voilà bien la caid<ite la jdus magnitique qu'un musicien qénial (pu serait aussi un poète inspiré puisse composer pour fenchantenient des hommes. Eh bien ! ce grand, poète et musicien, c^est chaque soldat pendant le combat : et f assemblage de toutes ces Iv/'cs, dont c/iacune donne son plus beau chant, sa note la jdus suave quand elle se brise, c'est cela l'orchestre formidable, Vorchestre élyséen de hi bataille qui rugit et que les dieux écoutent empoignés.. .

I,K8 SAINTS Dl- J.\ FHANCi: ,S()9

.l'ai transcMil celte page avec un grand respect. C'est la plus belle que j'ai lue depuis le commencement de la guerre. Ln œil et un esprit véritablement intelligents se fixent sur une bataille pour y recueillir les observations que ces grandes catastrophes fournissent. Cet homme ose dire : a Le ronflement famiher des obus et les mille petits ou grands bruits du front, on s y attache si vite et si passionnément que lorsqu ils viennent à nuuKjuer, l'existence paraît insipide comme une marchandise qui a perdu son prix courant... ^> l ne telle liberté, (|ue seul un grand poète sera tenté de réclamei'. peul-('lre n'est elle pei'mise (pi'au brave (|ui a \ersc. à plusieurs reprises, son sang sui' le cliamp de bataille. Pour penser ainsi et pour le dire, il faut être deux lois un héros. Il y a des sentiments qu'il ne sullil ])as d'avoir imaginés et qu'il faut avoir é[)rouvés pour être admis à les ex|)rimer, car ils appartiennent aux régions du divin : ils sont sacrés et. ii les loucher sans \ cire désigné, on pourrait paraître aisénienl dune insensibilité sacrilcce.

Celte page va aussi loin (|ue 1 espiit humain peut aller. Elle nous mène jusqu'aux bords du chaos prmiitif. V travers l'ouragan, dans la («infusion de la bataille et des senti-

'S~0 T.FS SVÎNTS Dr: LA FUANCI-

menls intérieurs qu'elle déchaîne, cet ulVicier a su voir le vieil et éternel génie qui anime et construit les sociétés humaines. C'est la page dun voyant.

Et ce soldat-philosophe, si ardent el si impétueux dans Je don de son âme à l'Esprit mystérieux qui plane sur les carnages, il confie le résultat de son expérience à des phrases légères, d'honnête homme. Il a projeté de la lumière dans les parties les plus inintelligibles de l'être, et sur le plus effroyable mystère de la vie des sociétés ; et de quel ton très simple il se met en communication avec nous! Avec quelle lucidité, avec quelle liberté qui apaise et même réjouit le cœur, il consigne ses observations, au sortir de cette journée dont il a fait un laboratoire d'héroïsme! C est bien beau. C'est la délicatesse du goût jointe à la puissance de l'esprit et de la volonté. Nous avons des officiers héritiers, mieux qu'aucun d'entre nous, de toutes les grandeurs françaises.

P. -S. — .lai reçu la lettre suivante :

22 Décembre.

Monsieur,

La Compagnie des Forges de Chàlillon-Commenliy et Neuves-Maisons, dont j'ai l'honneur d'être président, met à voire dispo.siiion une somme de .').ooo fr.

Li;S SAIM s DE l.A I HANCi: 3~ I

en laveur des œuvres que vous patronnez et dirigez avec tant de dévouement et defïicacité.

Nous sommes un peu lorrains par notre usine de Neuves-Maisons, aux portes de Nancv, par une partie de nos actionnaires et de nos administrateurs. Moimême, je fus préfet des Vosges il v a quelque quarante ans. et mon père fut préfet de Metz !... Il nous plaît tout spécialement. Monsieur, de vous remettre notre obole, et de donner par vos soins une marque de s>mpatliie et de reconnaissance aux soldats qui défendent notre frontière, cl aux infortunées victimes de notre généreuse province.

Veuillez agréer, monsieur, i'iissurance de ma liaulr considérai ion.

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