‹ L'ame humaineChapitre 1 sur 203 · QUAI UES GRANDS-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

QUAI UES GRANDS-AUGUSTIN

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AVANT-PROPOS

Le problème de lame humaine ne doit pas être appelé actuel : il faut dire qu’il est éternel, car tous les hommes, en tout temps, et par tout pays, se le posent.

A quoi répond ce substantif ame ? L’âme n’est-elle qu’une idée, un concept, ou bien, est-ce une réalité, indépendante de la pensée qui la conçoit et du mot qui la nomme? Si l’âme existe, quelle est sa nature ? Est-elle matière? Est-elle esprit ? Quel est son rôle, sa place, son

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action dans le corps?Où prend-elle naissance? Quel est son auteur ? Et quand le corps tombe et se dissout, que devient-elle? Périt-elle avec lui, comme la liqueur se répand et se perd quand le vase éclate en morceaux, comme l’harmonie s’éteint quand la lyre est brisée ? Ou bien survit-elle, pour mener une toute nouvelle existence, allégée du poids de la chair, débarrassée de ses voiles, plus 'alerte et plus ardente à la poursuite du bien, plus clairvoyante dans la contemplation du vrai? Y at-il quelque chose dans l’animal qui soit comparable à l'âme de l'homme, ou l'homme, par son âme, est-il mis tout à fait hors de pair ? — La Philosophie, depuis ses origines, tâche à répondre à tout cela ; el son histoire nous montre que, depuis le commencement, ces questions font, tout ensemble, la gloire el le tourment de

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l’esprit de l’homme. Mais, qui l’ignore? Si, à toutes lesépoques, le problème de l’âme a préoccupé les esprits, jamais il ne les a plus passionnés qu’à l’heure présente ; et c’est de nos jours surtout, que la parole d’Albert le Grand se vérifie : « Est ista quæstio una quam maxime desiderant hommes scire. »

Ce grand et éternel problème, le présent ouvrage ajustement pour but d’en résoudre les difficultés principales.

L'objet de notre .livre est donc bien loin d’ètre nouveau ; et, au lieu de lui nuire, c’est, on vient de le voir, ce qui le recommande à l’attention. Nouveaux, les principes et la méthode que nous y suivrons ne le seront guère davantage ; et, si je ne me trompe, cette étude offrira un élément particulier d’actualité et

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d’intérêt, précisément parce qu’on y verra mis en œuvre une méthode et des principes d’un autre âge.

Nul n’ignore, en effet, qu’en ces derniers temps, un grand débat s’est élevé dans le monde de la science, et divise encore les Penseurs. La méthode et les principes des Scolastiques du xmc siècle, et particulièrement de saint Thomas d’Aquin, le plus grand d’entre eux, sont-ils à rejeter et à condamner, ou doivent-ils être repris et employés comme vrais et de nature, d’une part, à éclairer la spéculation philosophique, et, d’autre part, à favoriser le développement et le progrès des sciences d’observation elles-mêmes ? Sur ce grave sujet, l’entente est encore loin d’être faite: les uns nient, les autres affirment, avec une énergie égale de part et d’autre. Dans un enseigne-

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ment de près de vingt années, j’ai acquis la conviction intime que la philosophie desgrands Docteurs du xme siècle est la vraie, et que, hors d’elle, la science ne peut que s’égarer. Ce livre fera peut-être partager la même conviction à quelques-uns. En tout cas, j’ai traité, en tous points, ce noble sujet de l’âme, d’après les principes et la méthode de l’ancienne École; et je crois avoir montré que la psycliologiescolastique, el en particulier celle de saint Thomas d’Aquin, repose sur des bases inébranlables, et s’accorde merveilleusement avec les données certaines de la science contemporaine, aussi bien qu’avec les notions les plus sûres de la métaphysique. Si je m’abusais sur le résultat où je suis arrivé, el n’avais pas réussi à faire ressortir combien lumineuse et victorieuse est la démonstration de tant d’illustres

AVANT-PROPOS

maîtres, il resterait encore à mes lecteurs un dédommagement : la satisfaction de voir exposée, d’une manière exacte et assez complète, une doctrine qui occupe certes une grande place dans l’histoire de la pensée humaine ; et l’avantage de pouvoir au moins apprécier avec connaissance de cause un système philosophique, qu’il était presque de mode, jusqu’en ces derniers temps, déjuger, et même de condamner, sans en savoir autre chose que le nom.

Comme, d’ailleurs, en toute cette étude, je m’engage à ne faire appel qu’à la raison, et que je consens d’avance à ce qu’on admette de mes théories, uniquement ce que la raison aura pu démontrer et soutenir, ceux de mes lecteurs qui ne partageraient pas mes convictions religieuses ne trouveront pas mauvais, qu’écoutant,

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tout ensemble, ma foi et mon cœur, humble enfant de l’Église, je soumette à son jugement suprême toutes les doctrines que ce livre renferme, et, vrai fils de Saint Dominique, je dépose aux pieds de Notre-Dame du Rosaire, comme un hommage de ma dévotion la plus profonde et la plus tendre, ce modeste fruit de mes recherches et de mes méditations.

Toulouse, en la fête do saint Thomas d’Aquin, 7 mars 1890.

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