‹ L'ame humaineChapitre 16 sur 203 · Système de la nature, édit, de Londres, 1774, I, p · texte numérisé non relu

Système de la nature, édit, de Londres, 1774, I, p

L’A MK HUMAINE

rialisme depuis une trentaine d’années, et la tournure brillante que ses affaires semblentavoir prise, avec le progrès des sciences d’observation. J'ai parlé du matérialisme avant la Science , parlons du matérialisme depuis la Science.

Un homme et un livre ont fait la fortune du matérialisme, dans ces derniers temps. L’homme, c’est l'Allemand Jacques Moleschott, le célèbre professeur de l’Université de Turin; le livre, c’est l'ouvrage auquel ii a donné pour titre : La Circulation de la vie, Kreislauf des Lcbens.

Depuis longtemps déjà l’hégélianisme avait découragé les esprits en Allemagne, et les avait dégoûtés de la spéculaiion.

Décidément, disait-on de toutes parts, l’iiégélianisme ne tiendra point ses promesses, et n'apprendra rien de la réalité: ce n’était qu’un système aventureux, sans consistance, tout entier bâti sur nuages. Comme l’on ne savait où trouver mieux, eu fait de philosophie, la philosophie fut laissée de côté; on se jeta dans la science.

Hégel lui-même y poussait directement sanss’en douter, avec son Panlogisme. N’avait-il pas établi que Dieu, dont il avait fait une vaine notion logique, n’avait d autre réalité que celle de la nature, tout comme l’âme humaine ? Voilà donc tout ramené à la matière. A quoi bon dès lors courir et se fatiguer à la poursuite d'idées transcendantales, vides et vagues? Pourquoi ne pas aller tout droit

LES PREUVES DU MATERIALISME

à la matière, et ne pas aborder tout de suite l’étude de la nature1 ?

Jusqu’alors les Allemands étaient peut-être restés un peu en arrière des Français et des Anglais, sur ce terrain; mais bientôt, grâce à la patience et à l’acharnement dans l'étude qui les caractérisent, ils eurent rejoint leurs voisins et ne se laissèrent plus devancer.

Ils s’appliquèrent, avec passion, à la chimie organique, à la physiologie, àlanalomie comparée.

Peu à peu, les résultats s’accumulèrent, le nombre des faits et des lois constatées s’accrut, les rapports entre les divers départements de la nature furent de mieux en mieux précisés, et, en 1852, Molescbolt, réunissant toutes les données scientifiques, crutavoir compris l’énigme du monde, et pouvoir expliquer le secret de l'activité universelle.

La nature est une, dit-il, car elle n’est faite que d’une même matière : son activité est une, car elle procède des seules énergies de la matière.

11 ne faut point fractionner la nature, classerles phénomènes dans des ordres différents, comme s’ils étaient indépendants les uns des autres. Les phénomènes dépendent tous les uns des autres; les phénomènes supérieurs ont leur cause et leur garantie dans les phénomènes inférieurs : la pensée a pour antécédent nécessaire des conditions et

1. Dr Albert Slockl, Geschichte der neueren philosophie, t. II, p. 437.

mi milieu physiques. En emprisonnant dans des compartiments séparés les phénomènes de la nature, l’homme a faitune œuvre artificielle, utile, sans doute, pour l’étude, mais qui fausse, si on n’y prend garde, l’idée de la nature. Ecoutez-en la démonstration.

J’ai dit que la nature est une quant à J’ètre, et que les plus hautes réalités sont de même matière que les plus humbles 1.

De quoi, en effet, la plante construit-elle son propre corps? d’ammoniaque, d’acide carbonique, d’eau et de quelques sels, n’est-il pas vrai? Mais dans la plante, se .forment peu à peu l’albumine, le sucre et la graisse; c’est-à-dire précisément les matériaux organiques qui servent à construire l’animal. L’animal, dans le fond, 11e diffère donc pas de la plante, qui ne diffère pas elle-même do la matière inorganique. La matière organique ne se distingue que par une composition beaucoup plus complexe 2.

Unebonne preuve qu’il enestainsi, c’est, comme dit Moleschott, que tout se dissout en ammoniaque, acide carbonique, eau etsels.Et il poursuit. « Une bouteille contenant du carbonate d’ammoniaque, du chlorure de potassium, du phosphate de soude, de la chaux, de la magnésie, du fer, de l’acide sulfurique et delasilice, est, d’une manière idéale,

Page 1