‹ L'ame humaineChapitre 38 sur 203 · Sum. cont. Gant., lib. II, c · texte numérisé non relu

Sum. cont. Gant., lib. II, c

RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ

dans celte petite portion de matière organisée où la sensation se produit, je vous demande s’il est lui-mème composé de parties et multiple par nature, ou s il est simple et indivisible? Vous n’hésiterez pas un instant a répondre, si vous vous rappelez quel doit être son rôle. 11 doit faire du corps organisé 'une substance unique, un principe d’action unique; il doit, avec des millions et des mil- • liards de molécules, faire, non pas un groupe d’êtres, mais un seul être, carl’unité de la. perception sensible exige absolument l’unité dans l’être qui perçoit. Peut-il produire cette unification intime et substantielle, simplement en prenant les molécules par le dehors, soit pour leur imprimer un mouvement spécial, soit pour les disposer suivant un dessin particulier? Non, car pour être ainsi disposées ou agitées, les molécules n’en resteraient pas moins à l’état de fragments d’être, ne pouvant en aucune façon expliquer la sensation « totale et une ». Pour unifier les molécules, il faut qu’il les pénètre toutes, chacune dans son fond, se communiquant, se donnant à chacune, de telle sorte que toutes et chacune, étant pénétrées par lui, il soit simultanément en toutes et en chacune; bien plus, que toutes et chacune deviennent avec lui et par lui une seule chose, et que nous n’ayons plus en présence qu’un seul acte, une seule nature, une seule existence. Dites maintenant si un corps quelconque peut jouer un tel rôle, s’il en peut pénétrer un autre de la façon intime que nous

venons de dire, et se trouver à la fois tout entier dans ce corps et tout entier dans chacune de ses parties l.

Vous le voyez, l’uni Lé de nos sensations ou perceptions sensibles prouve invinciblement qu’il y a dans notre corps un principe immatériel, une âme indivisible et simple 2.

Je ne me dissimule point que cet argument, pour être saisi dans toute sa force, suppose un esprit exercé dans la philosophie. Aussi, pour la satisfaction de ceux qui seraient moins familiarisés avec les raisonnements métaphysiques , je veux apporter une seconde preuve de la simplicité de l’âme humaine. Elle aura sur la première l’avantage de n’être pas seulement démonstrative, mais encore facile et nouvelle; nouvelle, en ce sens, du moins, qu’elle repose sur une des

Page 1