De la Vie et de l’Infellif/rnce , 2e édit., p
« C’est que, tandis que, d’un coté, du côté externe, l’os acquérait les couches nouvelles qui ont recouvert l’anneau, il perdait de l’autre côté, du côté interne, ses couches anciennes qui étaient résorbées.
« En un mot, tout ce qui était os, tout ce que recouvrait l’anneau quand j’ai placé l’anneau, aété résorbé; et tout ce qui est actuellement os, tout ce qui recouvre actuellement l’anneau, s’est formé depuis; toute la matière de l’os a donc changé pendant mon expérience h »
Ces expériences, M. Flourens les a répétées, en les variant, un grand nombre de fois, et toujours avec le même résultat évident.
« J’ai placé une petite lame de platine sous le périoste d’un os long.
« Peu à peu cette lame de platine a été recouverte de couches osseuses, comme l’avait été l’anneau.
«Elle était d’abord à l’extérieur de l'os; elle s’est trouvée ensuite au milieu; elle s’est trouvée, à la fin, dans l’intérieur de l’os, dans le canal médullaire .
« Le prodige de l’anneau, d’abord extérieur et puis intérieur , s’est renouvelé.
« L’os, qui, primitivement, était sous la lame, est maintenant sur la lame ; ou plus exactement, plus nettement, tout un os ancien a disparu, et il
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
s’est formé tout un os nouveau. L'osqui existe aujourd’hui n’estpas celui qui existait quand ona mis la lame, il s’est formé depuis; et l’os qui existait alors n’est plus, il a été résorbé.
« Tout l’os, toute la matière de l’os change donc pendant qu’il s’accroît : il y a, dans tout os qui se se développe, deux faces à phénomènes inverses et opposés, et, si je puis le dire, un endroit et un envers : un endroit par lequel il reçoit sans cesse des molécules nouvelles, et un envers par lequel il perd sans cesse les molécules anciennes ; ou plutôt, et à plus rigoureusement parler , un os qui se développe n’est pas un seul os, c’est une suite d'os qui se remplacent et se succèdent. »
Et, après ces explicationsremarquables, M. Flourens conclut par ces graves paroles : « Toute la matière, tout l’organe matériel, tout l’être paraît et disparaît, se fait et se défait, et une seule chose reste, c’est-à-dire celle qui fait et défait, celle qui produit et détruit, c’est-à-dire la force qui vit au milieu de la matière et qui la gouverne 1 . »
« Tout V organe matériel, tout l'être parait et disparaît . »
On le croit sans peine, après qu’il vient d’ètre si bien démontré que, dans le corps de l’animal, les parties les plus solides et les plus résistantes se décomposent, et sont emportées comme les autres par le Ilot de la vie.
Vous pensez bien que ce que M. Flourens vient do nous dire de cette muance perpétuelle du corps de l’animal, lui et les autres savants l’affirment et le démontrent du corps de l’homme. « Un animal, un homme, dit Draper *, est une réalité, une forme, à travers laquelle un courant de matière passe incessamment, li reçoit son nécessaire et rejette son superflu. En cela, il ressemble à une rivière, une cataracte, une flamme. Les particules qui le composaient, il y a un moment, sont déjà dispersées. 11 ne peut durer qu’à la condition d’en recevoir de nouvelles. »
Moleschott affirme la même chose, et il ajoute:
« Cet échange de matières, qui est le mystère de la vie animale, s’opère avec une rapidité remarquable... La concordance des résultats qu’on a obtenus à la suite de diverses expériences estime garantie positive de U hypothèse d’après laquelle il faut trente jours pour donner au corps entier une composition nouvelle. Les sept ans, que la croyance du peuple fixait pour la durée de ce laps de temps, sont donc une exagération colossale 1 2. »
Quoi qu’il en soit du temps nécessaire pour Je renouvellement du corps, il est certain qu’il se renouvelle intégralement dans une période relativement fort courte.
Yoilà donc qui est certain et scientifiquement
1. Les Conflils de la science et de la religion , p. 91. — Claude Bernard, la Science expérimentale, 2e édit., p. 18iet suiv.