‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 30 sur 42 · AVEC DIEU SEUL · texte numérisé non relu

AVEC DIEU SEUL

8*éIoigner de Dieu. Tempérament > je ûe dis pas seulement impossible , mais détestable , mais abominable , parce que dans une infinité d'occasions la loi de Dieu sera absolument opposée aux maximes du monde; et alors , pat une fausse condescendance , ou plutôt une criminelle Complaisance , on sera dans la nécessité indispensable , ou de violer la loi de Dieu pour sauver leâ intérêts du monde , ou de sacrifier les intérêts du monde pour respecter fa loi de Dieu. L'oraclè est porté » et l'oracle se vérifiera jusqu'à la fia des siècles ; personne ne peut et ne pounra servir deu% mattres , ni allier le service de Dieu avec celui du monde : nemo potest duobus do^ minls servire.

Il y a plus encore ; et ajoutons que , quand même on le pourroit » on ne de?roit pas le faire; le sentiment même eh seroit blessé : mettre Dieu comme en parallèle et en compromis avec le monde , quelle indignité ! la seule pensée de cette outrageante comparaison ne devroit-elle pas faire rougir et inspirer de Thorreup P Quelle ingratitude I Que devons-nous au monde ? et que ne devons-nous pas h Dieu ? Qu'est-ce que le monde a fait pour nous , et qu'est-ce que Dieu n'a pas fait ? Qu'avons-nous à attendre du monde , et que ne devonsruous pas espérer de Dieu?

Quel crime , quelle abomination ! D'une part» un Dieu infiniment saint, infiniment bon, sdmable et pai*fait ; de l'autre , un monde souvent injuste , peffide , cruet , disons mieux , un séduc-

s 88 Vahb seulb

teur • un tyran ; eC balancer entre l'un et Tautre, souvent même donner la préférence au service du monde sur celui de Dieu ; encore une ibis , quel crime , quelle excès , quelle horreur I

Non, mon Dieu , mon Souverain , mon seul Maître » mon divin Rédempteur , jamais je ne TOUS ferai l'outrage de vous mettre en parallèle avec ce monde pervers ; je vous servirai , et je ne servirai que vous. Je vous consacrerai mon culte , mes hommages , mon cœur , et jamais le inonde n'aura de part à mes senlimens ; je lui donnerai ce que la bienséance , la charité , la nécessité absolue demanderont ; mais le cœur , les affections seront à vous sans partage : je sais que vous rougirez un jour devant votre Père céleste de ceux qui auront eu l'indignité , la lâcheté , et la criminelle foiblesse de rougir de vous. Serve le monde qui veut se pervertir et se perdre : pour moi , mon Dieu , je veux me sauver , et je m'attache à vous seul , et à vous pour toujours.

•———>— I ■! Il I I *i m — ^— 1*

It* Amour et la reconnaissance envers Jésus-

Christ.

Çui mm amat Dwninwn Jetum, anathtmu sit, i . Cor. 16. Que celui qui n'aime pat le Seigûeur Jëtus , aoit aoatiième.

Le mystère d'un Dieu fait hommç est le grand objet de notre foi , le fondement de notre espérance , le grand motif de notre amour , la source

abondante

AfKC biBV âBVt. t%g

abondante dé toutes les grâces » le modèle parfait de toutes les vertus : m Dieu homme » un homme Pieu; la nature divine et la nature humaine unies sans confusion dans une même per^sonne ; les grandeurs de Dieu abaissées jusqu*aux misères deThomme , et les misères de l'homme élevées jusqu'aux grandeurs de DieUé .

Mystère incompréhensible à toute intelligence créée qui se perd dans la contemplation de ces grands objets. Mystère lumineux qui présente au monde le divin Soleil de justice , après de si longues et de si épaisses ténèbres : mystère de miséricorde et de grâces qui ouvre tous les trésors du Ciel à la terre; mystère qui réunit et surpasse tous les prodiges opérés jusqu'alors enf faveur de l'homme.

O Mystère ineflable 1 que vous me présentez de grandeurs , que vous me montrez de tendresse, que vous^ m'annoncez de faveurs ! que de merveilles j'aperçois en vous I et je ne puis en exprimer aucune , tant elles sont au-dessus de mes sentimens et de mes pensées. Vous venez dissiper nos ténèbres » adoucir nos peines , mettre fin à nos maux ; vous me montrez quelle est la bonté de l'Etre suprême envers sa créature » quelle est l'excellence et le prix de mou âme , quelle est la grandeur de la fin où je puis aspirer* Vous m'apprenez surtout à connoltre et à aimer un Dieu anéanti pour l'amour de moi , et vous me domiez en même temps le moyen de l'aimer et de l'honorer d'un3 manière digne de lui. Non»

^Qf> LAME 8EULI

je ne suis plus' en peine comment je pourrai aimer Dieu autant quHI est àimabié ; comment je -pourrai Tadorer , Phonorer autant qu'il le mérite , puisque le FHs unique de Dieu le Père , rimage de sa substance, la splendeur de sa gloire, Tient lui même exprès sur la terre pour me rapprendre , et te faire lui-môme pour moi. 11 me met w main tous ses biens et. tous ses mérites » pour les offrir en mon nom , et suppléer à mes indigence.

O Dieu homme , adorable Sauteur I -puisque, vous TOUS donnez tout à moi , et que je puis user è mon gré de tous ¥Os mérites , pour remplir tous mes devoirs et acquitter toulea mes obtigations envers votre Père céle9ta> je veuxies remplir et les acquitter pleinement par vous. Je veux employer votre amour pour l'aimer » vos adorations pour l'adorer, votre obéissance pour lui obéir, tous vos biens pour remplir tous mes engagemeas d'une manière véritablement digne de lui , et qui me rende capable d'être agréé de son eœar.

Quelle grâce , quelle gloire , quel bonheur pour moi , de pouvoir ainsi élever mes senlimens et comme diviniser toutes mes actions ! O Jésus , Dieu fait homme pour l'amour des hommes I c'est à vous que je dois tout. Puisse ma reconnoissance être éternelle , ma fidélité inviolable , Tfnon amour sans mesure et sans fin.

ÂTBG BISV SEVL*

Tout est vanité.

Fanitoi vamkOwn, et ornnia vaniia». Ecd. i.

Vanité des vanités , tout n'est que vanité dans le monde.

Qui est-ce qui le dit ? Hélas 1 souTent les mondains eux-mêmes , après en avoir fait une triste expérience. Que trouve-t-on en effet dans le monde , et dans tout ce qu'il présente ? Que trouve t-on dans les richesses ? que des soins , des sollicitudes , des craintes , et un moyen de contenter ses passions. Que trouve-t-on dans les honneurs ? que des sujets d'envie , de jalousie, de persécutions^qui exposent à mille revers. Que trouve-t-on dans les plaisirs ? que dégoûts , que satiété f souvent même que regrets et qu'amertume de cœur. Rien donc de si vrai que cet oracle du Sage : limitas vanitatum; tout n'est que vanité dans le monde.

Et c'est cependant après cette vanité que nous avons couru jusqu'à présent ; c'est pour ce fantôme de bonheur prétendu que nous avons soupiré y en lui sacrifiant notre repos , notre liberté , souvent même notre conscience et notre salut.

Il seroit donc bien temps de revenir de nos égaremens » et de nous arracher à cette vanité qui passe , qui trompe , et qui perd ; il seroit bien temps de nous rendre enfin à cette vérité

«9* l*^VB fBULJI

qoi nous rappelle sans cesse pour nous faire en-; trer dans la voie. Vérité sainte , vérité salutairel elle oous éclaireroit et dissiperoit toules nos té* nèbres ; elle nous dirigeroit et régleroit toutes nos démarches ; elle nous sanctifieroit et consacreroit tous nossentimens. Hélas I voulons-nous donc attendre è ouvrir les yeux , que la mort Tiienne les fermer pour toujours » et les ouvrir peut-être à d'éternelles ténèbres ?

Pnfans des hommes , jusques à quand aimeraz-^vous le prestige de la vanité ? jusques à quand vous verra- t-on courir après l'illusion du mensonge ? Filii h4mUnum » ut quid diltgitis va* nitotem et qtiœrUU mendaoium ? ( PsaL 4- )

Le monde lui-même ne nous avertit-il pas de sa vanité et de son néant? 11 peu t faire des grands, des riches , des puissans du siècle ; mais a-t-il jamais fait, fera-t-il jamais des heureux ? Nous flattops-nous de le devenir , en nous aveuglant? Xa vérité nous présente encore son céleste flambeau ; suivons-le » devenons enfiins de lumière, et laissons les ténèbres à qui veut s'égarer.

C'^st vous seul , ô mon Dieu , qui êtes cette Térit9hle lumière qui nous éclaire ; partout ail* leurç nous ne trouvons que les ténèbres qui nous aveuglent » les illusions qui nous trompent , les fausses lueurs qui nous égarent et nous condiiir sent aux précipices. O Dieu Sauveur I voua êtes par excellence la voie , la vérité et la vie. Puis^ que vous êtes la voie , conduisez-nous ; puisque TP.U9 êtes la vérité , éclairez-nous; pujsque vous

JlYÈC DfBt '<^tt. 29S

-êtes la vie , animez-nous. La vanité ne nous a que trop long-temps séduits et pervertis ; soyez la vérité qui nous sanctifié èl nous sauve.

Pratique des bonnes œuvreê.

Dum tenvput htAtemut, operemUr éohum. Gai. 64 Faisons le bien , tandis que nou9 aVons le tezAps.

Jusqu'à présent nous avons fait peu de bien ^ et il nous reste peut-être bien peu de temps pour en pratiquer : comment donc pourrons-^ nous aller nous présenter un jour devant Dieu » et qu'auroûs-nous à lui offrir? Hélas I faudra- t-il aller paroltre devant lui , non-seulement les niains vides » mais Fâme chargée de péchés , et couverte de plaies ? Quand nous pensons à tout ce qu*ont fait la plupart des Saints pour leur salut y que voyons- nous » qu'admtrons^nous ? De grandes aumônes , des jeûnes rigoureux »

des prières fréquentes et ferventes ; les uns ensevelis dans le sein des déserts pour pleurer leurs péchés , et méditer les vérités éternelles ; les autres , dans le fond des cachots , chargés de fers , et plus encore de mérites ; un grand nombre sur les échafauds et dans les brasiers ardens , rendant un témoignage sanglant h leur foi.

Et nous » qu'avons-nous fait » qu'avons-nou»

souffert p et à quel titre irons-nous à Dieu de-

Sg4 X*A1IE SBtJLE

mander part à ses récompenses» n'ayant à lui présenter que la stérilité de nos œuvres et Tamertume de nos regrets? O mon Dieu 1 à quoi avons-nous pensé , et de quoi nous sommesnous occupés durant notre vie ?

Dans ce triste état , bien déplorable en effet» il nous reste cependant encore deux ressources solides » si nous savons sagement en profiter devant Dieu. La première » c'est , dès cet instant» de promeltre bien sincèrement de pratiquer tout le bien qui pourra dépendre de nous , selon notre état. La seconde , c'est que si nous sommes dans cette résolution sincère de faire le bien tout le tçmps qui nous reste à vivre : dès ce moment même , nous avons devant Dieu le mérite de plusieurs années » parce que Dieu ne regarde que la sincérité de la volonté et de l'iateQtion. Nous pouvons encore goûter une troisième consolation bien so lide , c'est que nous pouvons nous revêtir , nous enrichir des mérites de Jésus- Christ même; il nous les a confiés et a permis de nous les appliquer et de nous les rendre propres » en faisant cependant de notre partie peu qui dépend de nous : qudile grâce, quel fonds pour suppléer à notre indigence I Mais il ne faut pas différer; le temps presse, et il nous reste à faire beaucoup d'ouvrage : commençons donc sans délai , et ne perdons pas un instant ; pratiquons tout le bien qu il nous sera possible de pratiquer, n'en laissons échapper aucune occasion ; Particula boni doni non tû

AYJBG BIBV SBVt. SgS

ptœteteaU ( EccL 1 1 . ) Encore » malgré toute notre application , noire vigilaace et nos soins , auronfr-nous amassé bien peu de trésors pour le ciel ; bien moins encore aurons-nous réparé tout le temps que nous avons malheureusement perdu ; Dixi » nunc eœpL ( Psal, 76. ) Je commence donc » 6 mon Dieu ! à pratiquer le bien ; faites que je ne cesse de le pratiquer , qu en cessant de ?i?re.

Le soin de notre intérieur^

Begnwn Dei inlra vos est. Luc. 7*

Le règne de Dieu est dans votre intérieur.

Si nous voulons véritablement être à Dieu , et aspirer à une vertu solide , c'est au soin de neutre intérieur et à la vigilance sur nous-mêmes que nous devons donner tous nos soins ; c'est là que Dieu se piatt , et qu'il veut établir son règne : faute de bien concevoir que toute notre perfection consiste dans notre intérieur « nous passons notre vie dans de grandes imperfections» sans jamais nous élever à la sainteté oh Diea nous appelle* C'est de l'intérieur que procèdent les véritables vertus, l'bumilité, le détachement , la pureté d'intention , la fidélité à la grâce , le pur amour , l'union avec Dieu , tous les biens , en un moi , qui font la richesse , l'ornement et le mérite de l'âme* C'est là c^<^\!CiS^-

S96 L*AMB SEVLB

prit saint fait entendre sa voix » qu'il commanique ses vives lumières , qu'il inspire ces grands senlimens qui élèvent à Dieu et îniroduiseot l'âme dans le divin sanctuaire.

Quelques grandes occupations qu'aient eues les Saints , de quelques importantes affaires dont ' ils aient été chargés , non-seulement jamais ils n'ont négligé la vue de leur intérieur , mais ils oui loujours eu soin de rentrer dans eux-mêmes, et de voir ce qui se passoit dans leur âme , pour en régler tous les mouvemens , pour en bannir tout ce qui auroit pu y troubler, y altérer , y aiToiblir le règne de Dieu.

Il faut donc que tout le fondement de notre sainteté soit établi dans cet intérieur, sans quoi il ne pourroit subsister. De là vient que bien peu d'âmes parviennent à la perfection , parce que toutes livrées, toutes dissipées, toutes répandues au dehors , elles négligent cet intérieur qui doit donner l'âme et la vie à tout. Soyons assurés qu'il y aura dans le ciel bien des âmes qui étant sur la terre , n'auront pas paru aux yeux des hommes faire de grandes choses , pratiquer de grandes vertus , et qui cependant seront élevées aux premiers rangs dans la gloire, comme tant de saints solitaires , tant de personnes sans talens , tant de saints inconnus au monde ; pourquoi ? parce que sans être revêtues de cet éclat extérieur des vertus , elles auront consacré tous leurs soins à cultiver leur intérieur , et à faire valoir en secret et dans le i^ilence le

AV£G DIBU SBVL. 297

talent précieux de la grâce qai leur avoit été confié.

Veillons donc constamment sur notre intérieur , rentrons souvent en nous-mêmes ; donnons tous nos soins » toute notre attention à la garde de notre cœur ; prêtons-nous aux choses extérieures , et ne nous y livrons pas ; en se partageant , l'âme s'afibiblit ; en s'ingérant dans trop d'affaires qui ne la regardent pas , et où la grâce ne l'appelle pas , ei|e s'agite , elle se trouble » elle perd la vue de Dieu , elle agit par des motifs tout naturels , tout humains : dans cet état » si Dieu examinoit toutes nos actions au poids du Sanctuaire , il ne s'en trouveroit peut-être pas une exempte de défaut»» et qui fût véritablement digne de lui plaire et d'être agréée.

O que la véritable vertn est rare ! que la négligence de l'intérieur est funeste ! et par conséquent que le règne de Dien est peu solidemrent établi dans bien des âmes ! Ouvrons la notre à l'Esprit saint , et donnons une correspondance solide à Topération intérieure de sa grâce, pour y établir son règne » et dans lui notre solide bonheur. Voilà les vérrtés qui se présentent à notre esprit ; c'est à notre cœur 5 y correspondre par les sentimens : mais c'est à votre grâce» ô mon Dieu I à produire ces sentimens dans nos* / cœurs.-

SgS L*ÂME SEULE

Les Fins dernières.

Mitunorarê novUsinM Uta» Ecclet. 7.

O bomme ! pense à tes fins dermèret •

Dieu a créé rbomme à sa ressemblance , pour retracer dans lui Timage de ses perfections. Dieu a racheté l'homme au prix de son sang, pour le l'étirer de l'abîme de malheurs oii il s'étoit pion* gé. Dieu a destiné l'homme à la possession de sa gloire , pour le rendre heureux de son propre bonheur.

Voilà ce que nous sommes » ou du moins ce que nous pouvons être dans vos desseins , ô mon Dieu ! si nous vous sommes fidèles : est-il rien de si grand , de si heureux , de si désirable que cette fin ? Mais voici ce que nous devons craindre de devenir par notre faute , et pour notre malheur , si nous nous écartons des vues dé votre sagesse et des desseins^ de votre miséricorde sur nous»

Tandis que la grâce de Dieu subsistera avec notre âme , et que notre âme conservera son union avec la grâce , nous serons dans la voie >du bonheur ; mais si par notre faute , cette union vifint à être altérée et rompue» les vues de Dieu sont interrompues elles-mêmes , et notre félicité disparolt. Le corps peut être séparé de l'âme , sans intéresser cette félicité ; mais si

AVEC DIEV SEXTL. 999

Tâme est séparée de la grâce , et surprise en cet état par la mort , tout est perdu pour nous sans ressource. L'âme séparé^ de la grâce , voilà le péché ; Pâme séparée du corps , voilà la mort ; l'âme séparée de la grâce et du corps, voilà l'enfer qui commence. En sorteque cet homme destiné de Dieu à un bonheur suprême , immuable , immortel , ob il devoit entrer et jouir de tous les biens réunis , se précipite par sa faute dans un abîme de malheurs » où il n'aura plus pour partage que des larmes stériles ,■ des regrets amers , et un éternel désespoir.

O homme ! considère d'une part la grandeur des vues de Dieu sur ta destinée , et n'oublie jamais la noblesse de la fin pour laquelle il t'a créé ; mais en même temps redoute souverainement de t'écarter de cette fin bienheureuse.

Placé comme à l'entrée de deux chemins différens , choisis celui que tu veux suivre } mais pense toujours au terme auquel ils doivent te conduire. Ou une éternité de bonheur pour ré* compense de ta fidélité , ou une éternité de tourmens en punition de tes crimes ; grande pensée qui mérite de t'occuper tout te temps de ta vie ; l'usage que tu en feras décidera de Ion sort pour l'éternité.

Arrêtez- vous ici un mroment» et donnez un fibre cours à vos sentin^ns devant Dieor

300 L*Alf« SEULE

La gloire et le bonheur des Saints^

Ciorim hœe est oma%iim$ Saneti* ejus. Plsal. 149. Telle est U gloire (}ue Dieu, a préparée à ses Saints.

Nous sotipiroRs sans cesse après le bonheur dont jouissent les Saints dans le ciel ; nous en-^ viens leur sort , nous portons tous nos to&ux vers cette région des vivans qu'ils habitent ; rien de si sage et de si juste que ces désirs; parce que nous comprenons qu'après tout» il n'y a que cela de solide ; que nous ne sommes en ce moa-* de que pour un temps , qu'après ce court espace de t^mps » il faudra se rendre dans to sein de l'éternité , et que dès lors l'unique désir que l'on doit former , c'est d'avoir part à cette éternité bienheureuse dont les Sainls sont en possession; JStemâ faç cum Sanctis tuis in gloriâ ntimerari^

Mais en désirant te bonheur des Saints , peiv< sons- nous à les iiniter? En aspirant à l'heureui terme où ils sont èi^rrivés^, pensons-nous à vivre comiue ib ont vécu, et à prendre le chemin qu'ils ont pris ? Je i^e dis pas , que pour imiter les Saints , il nous faille , comme un grand nombre d'eulr'eux » nous retirer dans le. fond des dér i»erts , ou vivre tous les jburs sous la cendre et le ciliée , ou même aller aux e«:trémités de la terre porter l'évangile aux nations : mais les

AVBC DIEV SBVL. Sot

imitons-nous dans notre étal / et aspirons-nous à la sainteté que notre état exige et demande de nous ? Sans quoi , en vain formcrions-nous des Tœux pour être un jour avec eux. L'unique'*^^ moyen d'ayoir part à leur gloire , c'est de prati'-' quer leurs vertus , c'est de maVclier sur leurs traces.

Les Saints , animés^ par la foi , ont triomphé des attaques et de Tempire du monde : Sancti per fidem vtcerunt régna. ( Hebr. 1 1 . ) Us ont observé tous les points de la loi ; ils ont mortifié leurs sens , crucifié leur chair , dominé leurs passions; en un mot, ils ont accompli toute justice : Opérait sunt justitiam. C'est par là » et uniquement par là qu'ils ont obtenu la récompense et reçu la couronne : AdepU sunt repromissiones. Or , en quoi leur ressemblons* nous , et à quel titre demanderons-nous part h leur gloire? Qu'avons-nous fait et souffert jus-^ qu'à présent pour la mériter ?

Aspirons donc au bonheur du ciel , nous I»

devons ; nous sommes destinés au bonheur des Saints ; de toute éternité notre place nous y est préparée ; mais à condition que nous la mériterons , et que nous nous en rendrons dignes. Il faut combattre pour vaincre , il faut souffrir pouD jouir , il faut mourir à nous-mêmes pour vivr<^ de Dieu: vi&saijite, vie glorieuse, vie immortelle , vie divine , aurons-nous le bonheur d'y entrer un jour ? Notre sort est entre nos mains ; le ciel nous est ouvert » la foi nous y appelle , U

3oa L*AVB FEUTll»

grâce nous y conduit , les Saints nous y invitenl et nous tendent les muins , empressés de iiou»y< recevoir. Ne nous manquons pas à nous-mêmes , prions , souffrons » agissons ; et par quelques jours de combats , méritons une éternité de repos.

L'abandon total entre les mains de Dieu.

In maniinu tuU sortes msm. Psal. 3o* Mon sort est entre vos mains*

DiED tout-puissant» Créateur du ciel et deËi terre » souverain Maître de cet univers , c'est dans Thumilité la plus proronde que je oie prosterne en votre présence. Et qui suts-je , ver de terre , pour me présenter devant votre trône , et oser même porter mes regards jusqu'à vous?

Me confiant cependant en votre miséricorde , qui est aussi infinie que votre grandeur , et dans les mérites de Jésus- Christ votre divin Fils , tout pécheur que )e sui*; , ^e viens vous offrir ThonH mageque toute créature doit à son Créateur.

Oui , je proteste solennellement aujourd'hui, (k mon souverain Maître I que je veux m'abao* donner entièrement ^ vous , et que vous serez à jamais le Dieu de mon cœur. Daignez, Sei^ gneur , écouter ma protestation , et l'écrire dans le livre de vie. C'est dès ce moment que je veur m'alMadonner entre vos maîos sans aucune rér

kYÉ<: DiEir SEVL. 3o3

jerve, sans aucun retour. Tout ce qui constitue mon être , toutes les puissances de mon âme , tous les mouvemens de mon cœur; tous les instans de ma vie , tout ce que j'ai , tout ce que je suis , mes biens , ma liberté , ma santé , ma vie même, je vous ToiTre dans toute Télendue de mes sentimens. C'est dans votre crainte et vo^ tre obéissance que je veux vivre ; c'est dans vo* ire grâce et votre amour que je veux mourir* Soit que mon séjour en ce monde soit encore long » soit qu'il doive bientôt être terminé , it sera entièrement consacré à votre gloire et à votre volonté. Heureux . si dans le peu de joursK que je passerai encore sur la terre , je puis réparer mes infidélités , et expier les péchés de mes années précédentes !

Dans cette vue , ô mpn Dieu I je Iremets entre vos mains , et je soumets aux disposition» a<!orables de votre providence tous mes inté* rets, mes peines , mes consolations , mes craintes , mes espérances , tout ce qui me regarde^ afin que vous en disposiez selon votre bon plat* sir. Conservez- moi , ou ôtez-moi ce que vous m'avez donné; accordez-moi, eu refusez-moi vos consolations. Je me soumets pleinement à tout. O Dieu saint I je n'ose pas assurer que je ne m'en affligerai jamais; mais je tâcherai tou«» jours , non-seulement de respecter vos ordres ^ Biais encore de les agréer et de vous en bénir , yous considérant comme l'Etre suprême qui der

3o4 L*AMB S£VLE

Tez gouverner par yotre sagesse cet univers que vous avez créé par votre puissance.

Disposez donc de moi durant toute ma vie , selon qu'il sera plus convenable à votre gloire et à mon salut; mais surtout, quand ma dernière heure viendra , et que je serai sur le bord de Téternité , daignez me rappeler l'engagement que je contracte à présent avec vous , et que je désire renouveler dans mon dernier soupir. Suppléez alors à mon défaut , et agréez dès à pré* sent mes sentimens , si je n'étois pas en état de TOUS les offrir dans ces derniers momens. Remplissez alors de confiance et de force mon âme prêle à paroitre devant vous ; recevez-la enfin dans le .sein de votre miséricorde, pour vous j adorer , vous y louer et vous y bénir à jamais»

Ainsi soit-il.

Le sacré Cœur de Jésus^

Carmeumiéieune^iê diehus, a. Parai. 7.

Tous les jours mon cœur sera avec tous.

^ C'bst une faveur bien grande et bien précieuse que celle que Jésus-Christ a accordée dans ces derniers temps aux fidèles , en leur donnant son Cœur d'une manière pfus spéciale , plus solenneRe et plus étendue.

Nous désirons tous entrer dans ce sacré Cœur,, et y avoir une place ; il nous l'accordera , sinous*

AVEC DIEV SEUL. 3o5

entrons dans la dévotion particulière qu'il a éta* blie en son honneur ; toutes sortes de moti& ne nous engagent-ils pas à entrer à l'enyi dans cette dévotion sainte? eonsidérons^en les sacrés caractères; ils portent tous les traits de la Divinité.

Dévotion solide dans son objet ; c'est le Cœur de Jésus- Christ même qu'elle honore , et qu'elle présente à l'adoration des fidèles. Dévotion sublime dans sa fin; elle se propose de reconnoltre l'amour immense que Jésus-Christ a eu pour les hommes, et de réparer l'ingratitude et les outrages qu'il essuie de la part des hommes.

Dévotion réglée dans ses pratiques. Tous les exercices qu'elle prescrit sont marqués au sceau de la piété 9 et peuvent conduire à la sainteté la plus éminente.

Dévotion salutaire dans ses effets. Les prodiges de grâce qu'elle opère, les faveurs spéciales qu'elle attire , l'onction divine qu'elle fait goûter : tels sont les fruits de bénédiction qu'elle produit dans les âmes.

Entrons dans ces heureux sentimens , prenons part à ces dons célestes , secondons les divins empressemens du Cœur adorable de Jésus- Christ ; quels avantages personnels n'y trouverons-nous pas ?

Quand nos cœurs seront tièdes et languissans, nous viendrons les ranimer dans le divin incendie de ce Cœur sacré ; quand ils seront foibles et chancelans , nous viendrons les y for^ . tifier ; quand ils seront trhtes e\ ^ffî\^^<& , 'ù»^^

8o6 L*AMB 8BVLE

Tiendrons les y consoler; quand ils seront com* battus et tentés , nous Tiendrons les animer an combat » et les préparer è la victoire. Dans toutes les occasions , toutes les circonstances , tons les événemens de la vie , nous viendrons y puiser tous les secours et toutes les grâces ; à la mort , surtout , nous aurons la consolation de rendre le dernier soupir dans l'unioD de nos sentimens avec ceux de ce Cœur adorable.

Cœur adorable de mon divin Rédempleurv J0 me consacre dès ce moment à tous sans réser- Te : mon esprit, mon cœur , mes actions , ma liberté , ma vie même , tout vous sera dévoué; et j'espère aussi de trouver tout dans vous. Vous serez ma lumière dans mes doutes » ma force dans mes combats , ma consolation dans mes peines, mon asile dans tous mes dangers. Je TOUS conjure , mon doux Sauveur , de me rece- Toir dans ce Cœur adorable , espérant fermement que si vous m'avez donné une place dans Totre Cœur , un jour vous m'en accorderez une dans yolre gloire.

Le saint Cœur de Marie.

Conservaitat omnia veréa hae in corde iuo. Luc a. Jlarie retenoit toutes ces paroles dans son cœur.

De tous les cœurs qui sont jamais sortis des

^roains du Très -Haut, après celui de Jésus-

Cbrist , le cœur de Marie est celui qui a été

▲TEC DIBV SKtJL. S07

tout à la fois » et le plus zélé pour la gloire de Dieu , et le plus empressé pour le salut des hommes; è ces deux litres » il est digne de tous nos hommages.

Dans le cœur de Marie tout porte un caractère de grandeur envers Dieu. Jugeons-en par les grands sentimens qu'elle a conçus pour Dieu » par les grands sacrifices qu'elle a offerts à Dieu , par les grandes vertus qu'elle a pratiquées en Tue de Dibu. Et que peut -on concevoir de plus élevé que ces sentimens » de plus héroïque que ' ces sacrifices , de plus parfait que toutes ces vertus? Tous les Saints en ont pratiqué durant leur vie : ils ont aimé Dieu , ils ont souffert pour Pieu , ils ont agi en vue de Dieu ; mais dans tqut ce qu'Us ont fart et souffert , qu'y a-t-il jamais eu , je ne dis pas qui fût aussi parfait, mais qui approchât même de la perfection de voire saint Cœur , ô Marie I Zèle vif, amour ardent , dévouement entier j intentions pures , motifs dér sintéressés , tout étoit grand en vous , parce que votre cœur aimoit Dieu , soupiroit pour Dieu , ne vouloit vivre et respirer que pour Dieu. O Cœur embrasé I que nous sommes éloignés de ces sentimens I animez-nous , enflammeznous de vos célestes ardeurs.

Nous sommes sensibles à nos intérêts propres. Apprenons donc encore , que non-seulement Ip cœur dé Marie a été le plus zélé pour la gloire de Dieu , mais qu'il a été en même temps le plqs empressé pour le salut des hoiuuie%. Ovx\ «X\&\^iSi^

So8 i'aMB SBtLB ATIsG DlÉÙ 8Btrt«

sainte » votre cœur s'intéresse sincèrement à ioxïÉi il prie ardemment pour tous , il obtient généra* lement des grâces à tous ; aux pécheurs , de^ grâces pour opérer leur conversion ; aux tièdes » des grâces pour ranimer leur ferveur; aux justes » des grâces pour les conduire à la persévé* rance ; aux foibles , pour les fortifier ; aux aiOSigés , pour les consoler ; à tous , pour les sauver et les sanctifier. O Cœur de Marie , cœur sen^ sible, cœur compatissant ! nous ne serons dond pas exclus de vos sentimens, et nous pourrons espérer d'avoir part à votre protection.

Pour la mériter , ô Yierge sainte ! je rendrai à votre cœur le culte et les hommages qui lui sont si légitîînement dûs ; hommage de vénération pour les perfections qu'il renferme; hommage de reconnoissance pour les faveurs qu'il nous accorde et qu'il nous obtient; hommage de conGance pour la bonté et la tendresse qu'il a pour nous ; hommage d'ardeur et de zèle pour les intérêts de sa gloire, pour le faire connoître » pour le faire aimer , pour lui procurer des serviteurs fidèles. Que ne puis-je embraser tous les cœurs du feu de l'amour dont je désire être consumé moi-même envers vous ! Dans ces senlimens I ô Cœur si digne de Dieu ! j'espère conserver en vous une place durant ma vie, obtenir votre puissante protection à la mort, et dans l'éternité célébrer à jamais vos louanges.

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PRATIQUE

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