‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 5 sur 42 · LES PRINCIPES · texte numérisé non relu

LES PRINCIPES

liBS quatre points essentiels qui forment la vte intérieure et qui en font le fondement et la base » sont le Recueillement , la Fidélité h la grâce » la présence de Dieu , et la Pureté d'intention: ces quatre objets vont faire la matière des quatre articles suiyans ; c'est sur ces fondemens solides qu'on doit éleyer le grand édifice de la vie intérieure.

Le Recueillement.

NoTBB fime a un penchant naturel à se ré* pandre au dehors sur les divers objets qui l'entourent; cet épanchement partage son intention et diminue ses forces; de là vient cette facilité funeste à nous laisser séduire et entraîner par l'impression des objets sensibles.

Que fait l'Esprit saint qui veut former de vrais adorateurs en esprit? Il inspire d'abord à une fime la salutaire pensée de rentrer en elle-même , de rappeler ses puissances égarées et comme vagabondes» afin qu'étant réunies et plus recueillies , elles soient en état de recevoir les impres* sions plus vives et plus intimes de la grâce.

OV COKDUITB SPIBITtBLLE. 7

L*iiDe ainsi recueillie doit avoir surtout pour objet de veiller continuellement sur son intérieur , et de prendre garde qu'aucun objet du dehors n'y porte l'agitation , qu'aucune passion ne s'y glisse , qu'aucune attache ne s'y forme , qu'aucune légèreté , aucune infidélité, en ua mot, aucun nuage ne vienne ternir la pureté du cœur et altérer la sérénité de la paix.

-Rien de si grand aux yeux de Dieu même qu'une âme ainsi recueillie ; les yeux baissés » Taîr modeste , l'esprit réfléchi , tout l'extérieur inspire pour elle je ne sais quel respect , et fait sentir qu'il y a quelque chose de grand et de divin qui l'occupe , qui la remplit , qui la pénètre , qui en fait comme le sanctuaire de Dieu ; Dieu lui* même réside dans elle , et y a établi son empire et son règne.

Il arrive quelquefois que l'attention se relâche par foiblesse , et que le recueillement s'aifoiblit; mais Dieu ne larde pas à le rappeler. On entend intérieurement la voix du pasteur qui donne le signal à ses chères brebis , pour les rassembler au bercail et les défendre des atteintes des loups ravisseurs , (c'est l'expression de sainte Thérèse,) pour marquer le soin que prend le Seigneur de rappeler les puissances de notre âme , au moment qu'elles se dissipent.

O vous qui aspirez à ce saint état de recueillement intérieur! parlez peu , priez beaucoup ; ne vous attachez à rien ; tenez-vous renfermés dans le sanctuaire de votre cœur; laissez passer

8 l'AMB IRTiBIBVRB»

ce qui passe » ne vous attachez qu'à ce qoi est éternel et durable.

G^est qu'en effet , à moins que noua n'ayooi ' fait de grands progrès dans la verto , notre cœur, par sa pente naturelle, est toujoon sujet au dérèglement , n'agit d'ordinaire que dans les vues et par les impressions de la natare • toujours opposée à l'attrait delà grâce ; il craiot en tout la contrainte et la gêne; jaloux de sa liberté , il ne cherche qu'à se répandre , il se jette au dehors par toutes les voies qu'il rencontre , et alors ce cœur demeurant ouvert aux objets étrangers , exposé aux surprises de son amour propre , troublé par la guerre intestine de ses affeclioos , se trouve livré en proie aux ennemis de son recueillement et de sa paix in*térieure.

On ne sauroit croire combien le démon prend d'empire sur un cœur ainsi abandonné ; il j étouffe les bonnes inspirations ; il y combat les attraits de la grâce ; il y seconde les répugnances naturelles ; il y fortifie les inclinations perverses ; il y réveille les idées des péchés passés , avec danger de rallumer les funestes étincelles des anciennes habitudes et des passions mal éteintes : dans cet état il n'est pas concevable combien de plaies il reçoit , presque sans s'en apercevoir , s'il n'est bientôt rappelé à lui-même et à Dieu.

De là nous pouvons juger du besoin extrême que nous avons de rentrer souvent dans notre

ou CONDUITS SPIRITUELLE. 9

intérieur » de yeiller sans cesse sur nous-mêmes, de nous tenir dans un recueillement assidu et constant : aussi tous les maîtres de la vie spirituelle ne récommandent rien tant que ce recueillement intérieur et cette garde continuelle du cœur ; plusieurs même ne donnent que ce seul précepte à ceux qui veulent s'avancer dans la voie de Dieu : Soytz recueillis , gardez votre cœur, ne perdez jamais de vue votre inté^ rieur. Si vous ne veillez sur les plus légers mou- Temens» il s'en glissera tous les jours une infinité que voys ne connoitrez pas , que vous ne penserez pas à combattre , et qui introduiront enfin avec eux dans votre âme la dissipation , les distractions , la vanité , les légèretés , les curio* sites , et mille autre défauts tous opposés aux attraits de la grâce.

Pénétrés de ces grandes vérités , et alarmés de ces tristes suites , si nous voulons en mettre notre âme à couvert , voici dans la pratique de quelle manière nous devons nous appliquer au saint recueillement durant la journée.

i.^' Faisons dès le matin un sincère propos de veiller sur notre intérieur.

8.® Prévoyons avec soin , et autant qu'il sera en nous , prévenons les occasions où nous pourrions être plus exposés à la dissipation et à la H* cence de nos pensées.

5.* Rentrons souvent en nous-mêmes , et en particulier à certains temps fixes et déterminés;

16 l'aME I^T£RIEURE,

par exemple , au son de i'horloge, au commeBcemeot et à la fin des actions , etc.

4*^ Recevons les inspirations de Dieu , et les impressions de la grâce , avec toute la fidélité et la reconnoissance dont nous sommes capables»

5.* Faisons souvent des actes de contrition sur les fautes que nous aurons commises r cette exactitude paroitra d'abord gênante ; mais nous nous y condamnerons volontiers , si nous avons à ccBur le salut de notre âme ; cette peine sera même la première punition de nos dissipations, de nos infidélités ; et nous ToiTrirons à Dieu comme le premier fruit de notre douleur sur le passé , et de notre désir d'être à l'avenir plus fidèles»

PBIÈRE*

Seigneur , mon Dieu I je comprends combien le recueillement » l'attention sur moi-même » la vigilance sur mes sentimens me sont nécessaires , si je veux marcher et me soutenir dans les voies de la vie intérieure; mais, hélas! vous voyez quelle est la légèreté naturelle de mon esprit , l'égarement extrême de mon imagination : je fais quelques efforts pour entrer en moi-même et me tenir uni à vous durant la journée , et bientôt cette dissipation m'entraîne de nouveau; je me perds de vue , et me répands sur tout ce qui se présente. Dieu de mon cœur, arrêtez la légèreté de cet esprit , ramenez celte imagina-

ou CONDUITE SPIRITUELLE. 1 1

lion de ses égaremens » fixez en vous toutes les puissances de mon âme; que puis-je trouver dans les objets extérieurs qui me dédommage de ce que je perds en vous perdant vous-même de vue ? Vous seul , ô mon Dieu I me tiendrez lieu de tout » dès que je voudrai trouver tout eii TOUS. Résidez dans mon cœur , et rien ne pourra m'éloigner de vous. C'est la grâce que je vous demande et que je ne puis espérer que de votre bonté.

La fidélité à la grâce et aux lumières de

l* Esprit saint.

La fidélité à la grâce doit être prompte , généreuse et constante : ce n'est que par là que nous pouvons correspondre aux desseins de Dieu, quand il nous accorde ses dons précieux. Notre principale attention dans la vie intérieure doit être cette fidélité , cette attention à connoitre les voies et les mouvemens de l'esprit de Dieu dans notre âme , et de nous y rendre dociles , parce que toute notre perfection en dépend : on a divers exercices de vertus , on a difFérentes pratiques de piété ; pratiques de zèle, pratiques de charité , pratiques de mortification et de pénitence ; tout cela est saint , tout cela est grand et dign.e de Dieu ; mais il y a une voie bien plus sûre et plus relevée , excellentiorem viam vôbis demonstro ; ( i Cor. 12. ) c'est de suivre les

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mouvemens de l'Esprit saint » et de sa grâce* Supposez deux personnes qui dans le même temps se donnent à Dieu ; Fune se consacre toute aux bonnes œuvres et aux pratiques extérieures ; l'autre s'applique intérieurement à suivre les vues de l'Esprit saint et les inspirations de sa grâce ; celle-ci avancera plus dans un jour par celte voie ^ que l'autre dans dés année» eotières par toutes autres pratiques.

Peu de personnes parviennent à l'entier accomplissement des desseins de Dieu sur elles » parce que peu ont assez de fidélité et de générosité à correspondre à la voix de sa grâce. L'Esprit saint attend quelque temps qu'elles se rendent dociles à cette voix ; il les invite , il les sol-licite, il les presse; mais si elles abusent du temps et de la faveur qu'il leur offre » il se retire et les laisse dans cette obscurité et cette iffio^ rance de leur intérieur qu'elles ont affectée , el dans laquelle elles vivent désormais avec de grands dangers pour leur perfection et pour leur salut

Telle est cependant bien souvent notre coi»duite et notre malheur ; nous passons les années entières , et souvent toute la vie à disputer notre cœur à la grâce , et à balancer si nous nous donnerons tout à Dieu ; nous ne pouvons nous résoudre à faire le sacrifice entier ; nous nous réser* vons toujours bien des affections, des vues, des desseins , des désirs , des espérances , dont nous ne voulons pas nous dépouiller, pour nous mettre

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dans la parfaite dépendance de la grâce et de l'esprit de Dieu ; ce sont autant de liens , par lesquels Tennemi nous tient attachés et nous empêche d'avancer dans les voies de la perfection. Que nous serions heureux , que nous serions saints » si par une fidélité prompte et généreuse nous renoncions une bonne fois pour toutes à tous ces inutiles aioausemens , à toutes ces vaines satisfactions , pour nous livrer sans réserve à Tempire de la grâce qui nous invite , et à l'esprit de Dieu qui nous presse.

Qu'il est étonnant , qu'il est triste de voir quelquefois des âmes que Dieu appelle à une vie intérieure, où dans le recueillement, dans l'oraison , dans les exerctfces de piété , elles pourroient acquérir d'immenses trésors pour le ciel , goûter des douceurs ineffables , boire à la source des eaux pures de la grâce ; de voir ces âmes 9 à qui Dieu présente les délices du ciel , s'amuser, s'arrêter à des objets indignes et méprisables, chercher leur satisfaction en des attaches naturelles, en des -occupations frivoles, en de vains entretiens qui les empêchent de co»noltre et de posséder les vrais biens que la grâce a préparés à ceux qui par une généreuse abnégation quittent tout pour se donner tout à Dieu » et correspondre aux desseins de sa providence sur eux.

Et faut-il s'étonner si , malgré toutes les grâces qu'ils reçoivent, ils mènent une vie encore comme toute naturelle ; s'ils sont flattés quand

l4 L^ÂMB INT^BIBUBE ,

on les loue , s'ils sont sensibles quand on les blâme , s'ils ont des ressentîmens , des vivacités » des humeurs; s'ils aiment à rechercher leurs commodités et leurs aises ? C'est que leurs infidélités réfléchies à la grâce , leurs résistances continuelles à sa voix , en empêchent les divins effets , et souvent en étouffent les impressions salutaires.

Cet état comme habituel d'opposition et de résistance , devroit les faire trembler , et leur faire craindre que cette grâce négligée , rejetée , combattue, comme méprisée durant si longtemps , ne se retire enfin et ne les abandonne à leur infidélité et à leur résistance. Quel malheur pour ces âmes si Di^u les punissoit d'une -manière si terrible , et vengeoit ainsi sa grâce outragée.

Il y a cependant une voie de retour assurée et consolante pour elles. Quand on a vécu loogtemps dans cet état de tiédeur et de langueur , le moyen d'en sortir , c'est de s'étudier à la pureté de coeur , d'éviter toute faute volontaire , de se rendre docile à l'inspiration de l'Esprit saint , de prendre une nouvelle et constante ré* solution d'être plus fidèle.

Appliquons-nous désormais sans relâche à ce saint exercice , avec une volonté bien déterminée de ne rien refuser à Dieu ; par ce moyen nous serons bientôt affranchis des liens qui nous captivoient ; la grâce reviendra à nous , quand nous reviendrons à elle ; l'Esprit saint nous par-

ov comvm sheitcblle. i5

lera de nouTeaa aa cœur , et ikhis boos Terrons encore comblés de ses dons prédenx dès ^«e nous serons sîncèremeot résolus à leur dooâer une entière corre^oodance.

Nous deronsreceToir chaque inspiradoo oooi* me une parole dirine qui nous vient do ciel ; que dis- je ? comme une goutte du sang de Jésus- Christ répandu sur nous.

Nous deyons regarder comme un grand malheur une infidélité volontaire à la grâce ; une telle infidélité est capable d'arrêter long-temps dans les voies de Dieu.

Nous devons surtout demander à Dieu de nous faire expier en ce monde nos infidélités à sa grâce , afin que nous n*en portions pas le remords et le poids dans l'autre*

Âh ! prenez garde, dit saint Paul, de jamais recevoir en vain la grâce de Dieu : pour cela faites attention à ces trois vérités bien solides et et bien salutaires.

1 .* Point de grâce qui ne nous soit méritée par refiusion du Sang adorable de Jésus-Christ.

s.*" Point de grâce qui , bien secondée , ne puisse devenir pour nous le principe d'une vie immortelle.

S.* Point de grâce dont nous ne devions rendre un jour un compte rigoureux devant Dieu.

Ces trois vérités bien méditées , nous inspireront une estime infinie de la grâce , un respect profond pour la grâce , une fidélité inviolable k la grâce ; et par la fidélité à la grâce , ejiles pour*

l6 L*AtfB IlfTiRIBimi^

Font nous procurer enfin la possession de la gloire, heureux ternie de tous nos désirs*

PRATIQUES

Ne craignons pas que jamais la grâce nou« manque, mais craignons souYcrainement de manquer h la grâce.

Soyons fidèles aux grâces que nous avons » et Dieu nous en accordera de plus abondantes*

Déplorons l'abus que nous avons fait des grâces par le passé, et tâchons de le réparer parle saint usage que nous en ferons dans la suite*

Au reste , comme les âmes justes et timorées pourroient être troublées en craignant à tout moment de manquer h la grâce dans les dilTé* rentes vues qui se présentent à elles en mille occasions , elles feront sagement de consulter ceux qui leur tiennent la place de Dieu , et de ne rien faire d'extraordinaire sans ce sage conseil. Voyez ce que nous dirons sur ce point dans l'article des inspirations*

La présence de Dieu.

C'est snrtout dans le soin et l'attention qi nous aurons à nous tenir dans la présence < Dieu, que consiste, non-seulement lo fond ment, mais encore la perfeclion de la vie in rieure ; c'e^t l'Esprit saint même qui iwui

OV CONDUITS 8PIBITVKLLE. I7

dit , dmbula eoram me , et estop6rfectu$. ( Gen. 17.) Marchez en ma présence et vous serez parfait. Un Dieu toujours présent à nos esprits» ^ue n'opérera t-il pas dans nos cœurs ?

Il y a en ce point quatre degrés différens par où une âme peut s'élever è la perfection de ce saiut exercice : 1.* la pensée de Dieu; a.* la présence de Dieu; 3.® l'union avec Dieu; 4»^ la perle en Dieu.

1 .*" La pensée de Dieu est bonne » sainte » salutaire. On pense volontiers ^ ce qu'on aime ; mais cette pensée est plutôt un souvenir , qu'une présence de Dieu , comme on se souvient d'un ami absent» dont on appelle avec consolation la pensée.

s.o La présence de Dieu dit plus que la pensée; on n'a pas besoin de rappeler le souvenir de Dieu, on est toujours avec lui comme deux amis qui sont toujours présens l'un à l'autre t c'est une affection intime du cœur vers Dieu , qui ne s'en détourne point volontairement , parce que son amour devient habituel , et que sa vo* lonté ne se sépare point de celle de son bienaimé.

3/ L'union avec Dieu dit encore plus que la présence de Dieu.

L'union signifie encore deux personnes dans 1 unité ; il semble n'y en avoir plus qu'une seule : Tâme est tellement unie à Dieu , il y a un tel accord , une telle conformité de vues » de «entimens, de désirs» qu'il semble qu'il n'y a ptuê

iS l'amB IlfTÉBIKlIBS,

qu'un même principe et une même personne , ce n'est plus qu'un cœur et une âme.

4** Enfin , perte en Dieu, C'est ici le com- Lle de la perfection et du bonheur d'une âme ; danscetétatrâmes'esttellementdépouilléed'elle^ même en vue de Dieu , et Dieu a pris une telle possession de cette âme , qu'elle semble n'être plus un objet d'instinct ; mais comme perdue , absorbée en Dieu, et avoir entièrement passé en Dieu. C'est l'état exprimé par l'oracle de saint Paul. M&rtui estiê, et vita vestra abseondita est eum Chrtsto in Deo. ( CoL 3. ) Vous êtes morts , et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. Cet état consommeroit la perfection d'une âme devant Dieu , et la conduiroit à une espèce d'unité , autant que cela est possible en ce monde.

Mais comme cet état est infiniment rare et connu de très*peu de personnes, revenons à la présence de Dieu plus commune et plus ordinaire.

Une âme intérieure a toujours Dieu présent, et toujours elle-même est présente à Dieu ; elle le porte partout , elle le voit , elle le trouve dans tout , tout le lui rappelle ; tantôt elle le considère comme remplissant ce vaste univers de l'immensité de son être, éi elle adore son ineffable grandeur. Tantôt elle le voit comme élevé sur le trône éclatant de sa gloire , et pénétrée de respect, elle se tient anéantie devant lui. Tantôt el plus souvent encore , elle se le représente

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