O^ CONDUITE 8PI&IT1TBLLB
comme résidant dans elle-même et y établissant son empire , y répandant ses grâces , y affermissant son règne » y dominant toutes les passions.
Il y a deux sortes de présence de Dieu : il y en a une comme acquise par notre applicatioa et nos soins ; lorsqu'avec le- secours de sa grâce nous nous occupons à veiller sur notre intérieur , à réprimer l'empire des sens , à retenir nos pensées , nos affections , nos puissances au dedans de nous-mêmes , alors il se forme ipsensiblement dans nous une sainte habitude de la présence de Dieu. 11 en est une autre » qui est conune infuse ; c'est un pur don de Dieu et une opération toute gratuite de TEsprit saint , qui prévient une âme en l'attirant à lui par un attrait de silence et d'union.
C'est une conduite assez ordinaire de la grâce , quand une âme s'est exercée quelque temps à la présence de Dieu , acquise par ses efforts , de la faire passer 5 l'état supérieur delà présence passive el infuse, qui est une pure grâce plutôt qu'une vertu : quand la grâce attire une âme à cet état» elle doit. s'occuper de Dieu avec simplicité et union » c'est-à-dire , sans grande multiplicité d'actes , par un simple regard , une simple adhésion : il est inutile de chercher Dieu , quand on la trouvé; les efforts ne serviroient alors qu'à faire un trouble et une confusion dans
If A ame.
Pour les âmes qui , par providence , sont at-^
^O L*A]IB INTiRTBVBBt
tachées à un état , à un emploi qui les occupe au dehors , qui les distrait, qui les tire de cette douce présence , il faut que par un acte de sou** mission et sans inquiétude elles se rappellent de temps eu temps la présence de Dieu , par des aspirations amoureuses et des éléra tiens fréquentes du cœur. Si elles sont fidèles à cette prati* que , elles éprouveront qu'en jetant souvent leurs regards vers le divin soleil de justice» elles rece?ront ses rayons hienfaisans , qui , comme autant de traits embrasés , allumeront le feu sacré dans leur cœur.
Si nous étions habituellement recueillis en nous-mêmes » et constamment fidèles à la grâce » nous n'aurions pas besoin de faire des efforts pour être dans la présence de Dieu ; elle seroit habituellement dans nous comme le recueillejnent et la fidélité : c'est la pensée des Pères spirituels.
Non , sans doute , disent-ils , il né faut point chercher Dieu loin de nous , puisqu'il est auprès de nous.
Il ne faut point le chercher avec contention ■et avec effort , puisque nous le trouvons sans effort et sans contention.
Il ne faut point chercher et désirer de le goûter , de le sentir , ni lui , ni son opération , puisque bien souvent ni lui , ni son opération ne sont point sensibles.
Dans un vrai sens » il ne faudroit pas même le chercher , mais nous persuader qu'il nous a
on GONDUITB SPIRITUELLE. tl
Irouyés , qu'il esl dans nous , avec nous , vivant . agissant avec nous : dans cette douce persua^ sioa, ne pensons qu'à nous tenir ainsi unis à lui y à nous détacher de plus en plus de toutes les choses créées; à nous dépouiller. eu tière-f ment de nous mêmes i pour nous attacher plus intimement à Dieu , résignés entre ses mains , soumis à ses ordres , conformés à sa volonté » abandonnés à sa pro.vidence , afin que par sa présence il opère en nous et avec nous ce qui est de son bon plaisir ^ et qui ne peut être que pour notre perfection et pour notre bonheur.
Dans la pratique , il y a diverses manières et différons moyens de nous conserver dans la présence de Dieu , ou de nous y rappeler quand nous nous en sommes éloignés.
1.® Prenons garde de n'être pas trop occupés volontairement , soit au dedans « soit au de* hors, à des choses qui causent trop de distraction à l'esprit et au cœur , et qui les tirent tellement hors d'eux-mêmes , qu'ils ont peine à y rentrer pour trouver Dieu et s'unir à lui.
9»* Dès que nous sentons que quelque objet étranger nous occupe trop , séparons-en notre cœur ; présentons- lui aussitôt sou véritable objet et son souverain bien • en qui seul il doit trou* ver son repos et sa paix.
3.® Quand nous éprouvons en nous quelque désir trop vif , trop empressé » trop ardent pour quelque chose que ce soit » arrêtons-nous tout court 4 ne fûtrce que pour un moment ^ et r^
primons la précipitation de nos pensées et de nos désirs qui nous éloignent de Dieu.
4** Ayons soin de ne prendre pas trop de part h tout ce qui se dit et se fait dans le monde ; laissons passer les ombres qui passent : par là nous retrancherons bien des choses inutiles qui remplissent le cœur et Tcmpêchent de se tourner aisément vers Dieu.
5.* Un excellent moyen de se conserver dans la présence de Dieu et dans la solitude intérieure » est , à la fin de chaque action , de terminer là toutes les réflexions » en laissant tomber tous led retours, tantôt de joie, tantôt de tristesse , qui no sont souvent qu*un effet et un retour de IV mour propre.
G.* Dans nos occupations extérieures , soyons encore'plus occupés de Dieu que de tout le reste ; pour les bien faire , il faut les faire en sa présence et comme sous ses yeux ; à Taspect de la majesté de Dieu , notre intérieur doit se calmer et demeurer tranquille.
jj.* Sur toutes choses , il faut de temps en temps élever notre cœur à Dieu ; il le purifiera » il le dirigera , il le possédera ; c*étoit la sainte pratique du Prophète roi : J*avois toujours le Seigneur devant mes yeux , Providebam Domi' num in conspectu meo semper, ( PsaL i5. )
Au reste , il ne faut point attendre des heu^ res libres , et où Ton puisse plus tranquillement fermer la porte de son cœur aux objets créés , pour se rappeler à Dieu ; tout temps est bon
ou dONOVlTE SPISITUBÙE* sS
pour cela , et le moment qui fait regretter la présence de Dieu et le recueillement » peut le faire pratiquer.
Enfin , quand on a trouvé Dieu , il n'y a plus rien à chercher parmi les hoàimes ; il faut faire le sacrifice des liaisons , des attaches , des amis et de tout. L'ami véritable est au fond du cœur » c'est l'Epoux qui est jaloux , qui veut y régner seul et en souverain maître. Sa présence ne nous dédommage-t-elle pas de tout , et ne nous tientelle pas lieu de tout autre bien ? Ce sont Ih lés avis salutaires que donnoit un directeur éclairé aux âmes' qu'il conduisoit dans les voies intérieures. Ils nous seront salutaires , si nous sommes fidèles à les suivre et à nous y conformer* Heureuse l'âme qui a toujours Dieu présent !
elle semble participer sur la terre au bonheur des élus dans le ciel. Mais qu'elle prenne garde » par des fautes et des infidélités volontaires , de contrister l'Esprit saint, de peur d'éloigner cette divine présence , et de se priver des grâces ineC* iables dont elle est la source,
RÉFLEXIONS £T SENTIHENt.
!.• Dieu est ici présent, il me voit , il m'entend; il est plus près dé moi que moi même ; il voit toutes mes pensées , il entend toutes mes paroles , il compte toutes mes actions : quel motif pour moi de les faire d'une manière digne de lui I
S4 L*AMB INTÊKIRVIB.
2.® Dieu est ici , il me voit » îl m^entend : quel respect pour sa présence I Quelle crainte de lui déplaire et de TolTenser I Quel désir de lui plaire et de le servir ! Un sujet sous les yeux de son roi » de quels sentimens n*est-il pas animé 1
3.* Dieu me voit , il est avec moi, auprès de moi : quelle confiance en sa bonté dans toutes les peines» les tentations , les dangers » tous les événemens de la vie I Quel asile » quelle ressource dans la pensée consolante d'un Dieu présent qui nous assure de son assistance I Cum ipso sutn in tribulations. ( PsaL 90. )
La pureté d'intention.
Deux grands objets doivent uniquement nous occuper^en ce monde » la gloire de Dieu , et le salut de notre âme ; ce n*est que pour cela que nous devons vivre et respirer sur la terre ; c*e&t là que doivent tendre toutes nos vues , tous nos projets et toutes nos actions. Or • sans la pureté d'intention nos actions ne procureront jamais aucune gloire à Dieu » et elles seront iou* jours sans aucun mérite pour nous. Quelle obligation t quel intérêt n'avons-npus donc pa^ de diriger cette intention dans toutes nos œuvres , et de faire de cette intention pure et droite Tâme et la règle de toute notre conduite.
!•* Selon saint Augustin , il faut considérer
deux
OV CONDUITE SPIRITUBLLB. tS
ieux choses dans chaque action , U corps et l'âme. Le corps qui est comme le fonds de Tac* tion y et l'âme qui en est le motif; s'il n'y a que le corps » il n'y a rien pour Dieu : c'est l'inten-! tion et le motif qui seuls peuvent procurer sa gloire ; sans l'intention » l'action n'est qu'une écorce » un fantôme , un corps sans âme et sans ▼ie; Dieu ne peut l'agréer , et sa gloire n'y est pour rien.
Point d'action » quelque légère qu'elle soit » qui , relevée par la droiture de l'intention et la pareté du motif» ne soit grande et précieuse devant Dieu : au contraire , point d'action , quelque grande , quelque relevée qu'elle paroisse en elle-même , qui , destituée du motif pur et de l'intention droite » ne soit vile et mé^ prisable à ses yeux.
Or» quel malheur ne seroit-cepas pour nous, A n'étant créés que pour rendre gloire à Dieu , et pouvant procurer cette gloire par toutes nos actions, nous étions assez infidèles» assez inr ^ts pour lui refuser cette gloire, faute de diriger toutes nos -vues et toutes nos intentions ?erscet unique objet digne d'attirer nos regards et nos sentimens I
La gloire de Dieu est l'unique fin qu'il s'est proposée dans tous ses ouvrages » soit dans Tordre de la nature , soit dans celui de la grâce ; il ne peut se proposer d'autre motif dans toutes ses œuvres ; de sorte que quand » par la pureté de aoa actions , nous les dirigeons comme lui à
t6 L*AVB fNTiltlETIBB.
sa gloire » nous nous rendons du moins en t point , en quelque manière » semblables à loi nous nous unissons è lui , et notre intention k I sienne ; noas pouvons même dire que rien n BOUS approche plus près de Dieu , ne noua ren ai semblables à lui que cette intentioa pure i sincère de procurer sa gloire dana tout ce qo nous faisons, disons, ou pensons. Et d'ailkors à qui consacrerions-nous nos vues, nos infen tiens , nos motifs? Le monde , le» hommes» le créatures méritent-elles quenons abaissions jai qu'à elles nos regards et nos sentimens , quant nous pouvons les élever jusqu'à la gloire et l'honneur de l'Ëtre-Supréme ?•
d."" Mais il y a plus encore, et si notre pro pre iolérèt nous est cher «t nous touche , l'unf que moyen d'y travailler efficacement , c'esi i bien purifier, de bien diriger noire intention sans la pureté de cette intention , toutes nos a tiens ne sont et ne seront jamais d'aucun vo rite pour nous et pour notre salut.
Car il est évident que si nous ne relevons actions par le motif supérieur et les vues sur turelles, ces actions resteront toujours c Tordre purement naturel et humain , et n ront rien de celte vie surnaturelle qui les an qui les vivifie , qui les divinise en quelque nière : or , toute action qui reste dans la sesse de l'ordre purement naturel , ne peu tendre à être jamais comptée pour quelque dans l'ordre supérieur de la grâce , ni pa
ou COHDVITB 8PIRITVELLBW t^
•éqaent avoir jamais entrée à titire de cour^iinè et de récompense dans l'ordre suréminent de la gloire.
De là y comprenons encore qaelle est nonseulement notre erreur et notre aveuglement»
mais encore notre crime et notre malheur , dfi perdre ainsi le mérite de toutes nos actions » fiiute de les diriger par la pureté et la sainteté de l'intention , à la fin sublime à laquelle elles pouvoient et dévoient même être dirigées. Par nos actions ainsi purifiées , ainsi élevées , nous pouvions si abondamment mériter pour le ciel, acquérir des biens si précieux, nous former pour l'éternité des couronnes si éclatantes ; et faute de ces saintes dispositions , nous avons tout xiégligé , tout dissipé , tout perdu. Hélas I dit Baint Augustin, pourquoi dans le peu de temps que vous avez à vivre , pourquoi perdez- vous des biens si grands ? Pourquoi vous privez-vous de gains si considérables? Vt t/uidatnittis tanta ' tempera , tanta lucraF Vous aviez en main ces trésors, il dépendoit de vous de vous enrichir: on vous présentoit une moisson abondante , vous pouviez la recueillir; vous avez beaucoup souf^ feft, beaucoup travaillé , et après bien des travaux, des soins et des peines , vous serez semblable à ces hommes^ infortunés qui ayant pu amasser , durant leur vie , des trésors immenses, iront parollre devant Dieu les mains vides» et n'ayant rien à lui présenter que des fruits gâtés, de stériles regrets , et des remords inutiles :
tS L*A]IB INT£rIBVBB»
Fifi dhitiarutn nihil invenerunt in manîbus suis. ( Psat. 76. )
Venons donc à la pratique d'un point si inté-^ ressant tout à la fois , et pour la gloire du Dieu que nous servons , et pour le grand ouvrage dci •alut que nous désirons.
Quels doivent être les caractères de notre intention, pour qu'elle relève, quelle sanctifie toutes nos actiotis ? les voici :
¥.* 11 faut que notre intention soit surnaturelle , c'est-à-dire , que nous fassions nos actions dans la vue de Dieu , dans l'intention de lui plaire , dans le seul motif de les lui rendre agréables ; en un mot , qu'elles aient |a grâce pour principe et Dieu même pour fin,
2.*^ 11 faut que la pureté de l'intention soit uni* yerselle , en sorte qu'elle s'étende , non-seule*' ment à toute la conduite de notre vie en géné^ rai , mais encore à chaque action en particulier, puisque chaque action doit être sanctifiée, et ne peut l'être que par l'intention et la grâce*
5.f II faut que la pureté de notre intention soit constante , en sorte que ce çoit pour Dieu que nous commencions , que nous unissions nos actions; veillons sur nous-mêmes , de peur qu« nous n'altérions dans la suite ce que nous avons d'abord bien commencé; ne nous détournons pas volontairement du motif que nous avons ei^ et du grand objet que nous nous gommes prc^ posé.
Selon ces principes , faîtes attention aux avis
ou COIIDUITB SPIBITVBLLB. S)
Salutaires que l'Esprit saint vous donne , et que la grâce vous présente.
D*abord prenez garde de fiiire tos actions sans motif, comme par usage « par coutume , par habitude; toute action faite sans motif, est un corps sans âme , une ombre sans réalité.
Prenez garde de faire vos actions par vanité ou par orgueil ; c^est ce vice qui a précipité les anges du Ciel dans le fond des enfers.
Prenez garde de faire vos actions par respect humain et par complaisance mondaine ; c'est un poison qui infecte tout de son funeste venin.
Prenez garde de faire vos actions par amour propre et par complaisance ; c'est un ver ron« geur qui dévore , qui consume tout ce à quoi il s'attache.
Prenez garde encore de faire vos actions par an vil intérêt » par une politique honteuse ; c'est un bas sentiment qui déshonore , qui dégrade votre âme.
Prenez garde surtout de faire vos actions par hypocrisie , par dissimulation ; c'est un voile infâme qui ne couvre que des horreurs.
Créé à l'image de Dieu , rendez-vous semblable à lui , et n'ayez en vue que sa gloire.
Formé à l'école de Jésus-Christ , prenez ses sentimens , et ne travaillez qu'à procurer la gloire de son Père céleste.
Destiné pour le Ciel , portez-y vos vues , votre cœur , tous vos sentimens : la récompense y estçréparée à la sainteté de vos actions , et la
io i'ave hvtêbisubb »
couronne de gloire à la pureté de tos intentions.
PRATIQVB.
1.* Dès le matin » ayons soin d'offrir h Diea toutes les actions de la journée , et soyons dans la résolution de né les faire que dans la rue de lui plaire.
s.* Dans le cours de la journée ^ renouvelons 4e temps en temps cette intention , surtout au commencement des actions principales et les plus importantes ; il n'est pas nécessaire d'avoir toujours l'intention actuelle , il suffit qu'elle n'ait pas été rétractée , elle persévère moralement*
3«* Quand nous apercevons qu'il se glisse dans nos actions quelque vue trop humaine et défectueuse p prenons aussitôt un sentiment tout contraire , élevqns-nous à Dieu , et offrons-lui un nouvel hommage de nos actions et de notre cœur.
4.® Dans nos intentions ayons surtout celle d'unir toutes nos actions^à celle de Jésus-Christ ; cette vue nous engagera à les faire plus sainteipent» et les rendra par là même plus méritoires.
Enfin» pensons souvent à l'illusion et à l'aveuglement qu'il y auroit à faire nos actions pour tout autre que pour Dieu : les créatures ne méritent ni le plus léger de nos sentimens , ni le moindre de nos regards ; Dieu nous suffit-» tout le reste n'est que vanité et que néant.
OV CORIVVITB ft»IBlTVELLB. 3l