PREMIER OBSTACLE A LA VIS INTÉRIEURE
Le peu de connaissance de nous-mêmes et de
nos défauts.
Le premier pas qu'il faut faire dans la vie intérieure , c est de connoftre nos défiiuts et de les corriger. La pureté du cœur doit précéder daos nous le règne de Dieu ; mais il y a dans flous un fonds de misère , un fonds de malice
Sa L*A]iB intAbieobb,
que nous ne voyons pas , parce que nous n« Teillons pas sur notre intérieur , pour en sonder les abîmes.
Entrons une bonne fois dans nous-mêmes »
pour nous bien connoître et ouvrir les yeux sur nos défauts. Supportons ce détail , il sera peutêtre humiliant pour notre amour propre » mab il est nécessaire pour notre instruction.
Je dis donc » comment l'amour de Dieu ré* gneroit-il en nous » si nous sommes tous remplis deTamour de nous-mêmes, nous recherchant en tout, nous satisfaisant en tout, ne voulant nous faire aucune violence, ni rien prendre sur nous?
Comment la charité parfaite envers le prochain subsisteroit-elle dans nous , si nous nourrissons dans nos cœurs des envies , des jalousies , des antipathies, des aversions, et tant d'autres sentimens où cette charité est altérée , et souvent blessée ?
Comment entrerions- nous dans cette voie de recueillement intérieur , si nous nous livrons à la dissipation , aux distractions , aux curiosités , abx vanités , et à tant d'objets extérieurs qui portent leur impression et souvent leur contagion dans notre âme ?
Comment la grâce opéreroit-el|e dans nous ses effets salutaires, si loin de lui donner cette fidélité constante , cette correspondance généreuse que nous lui devons , nous la contristons , nous la rejetons , nous la combattons » nous
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eraigDons presque d*eD ressentir t'onclion intérieure qui nous -rameneroit de nos égaremens ? Comment enfin pourrions-nous être introduits dans cette vie intérieure , si ^ tandis qtie nous devrions être recueillis , mortifiés » détachés de tout, nous nous livrons à la licence de nos pensées, à la dissipation de notre esprit, à l'illusion de notre cœur, à l'immortification de nos sens ; en un mot , si , au lieu de nous disposer à cette vie intérieure et divine où nous aspirons » nous vivons d'une vie toute naturelle , toute humaine , toute opposée à l'esprit intérieur qui devcoit nous conduire et nous animer ? Voilà cependant où nous en sommes , et quel est sou* vent notre triste état.
Ne nous flattons pas , ne nous dissimulons pas nous-mêmes à nous-mêmes, voyons-nous tels que nous sommes et convenons-en devant Dieu, Nous ne nous renonçons en rien ; nous ne voulons ni être repris , ni désapprouvés , ni contristés en rien ; nous avons une vaine joie lorsqu'oa nous estime , et une indigne tristesse lorsqu'oa nous blâme ; nous voulons ce que nous voulons» et nous le voulons opiniâtrement; nous croyons toujours avoir raison , et nous donnons tout le tort aux autres ; nous voyons une paille dans rœil de nos frères , et nous ne voyons pas la pou« tre dans le nôtre.
Comment vivrons-nous de la vie intérieure, nous toujours idolâtres de nous-mêmes , nous f ue la vérité blesse ^ que la croix accable , que
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mille attaches captivent; et quand la grâce nous poursuit et nous presse, nous serions comme tentés de lui djre : retirez-vous.
Nous refuserons sans doute de nous reconnottre à ce portrait^ et le refus même que nous ferons de nous y reconnoitre » sera une nouvelle preuve qu'il nous convient , et que nous y sommes dépeints ; c'est ainsi que nous demeuron» ensevelis dans une infinité de défauts que nous nous dissimulons , et que nous ne verrons qu'à l'heure de la mort , si nous ne nous exerçons à la connoissance de nous-mêmes et de notre intérieur , où les passions , où le démon causent souvent d'étranges ravages , tandis que nous ne pensons qu'à nous dissiper , à nous occuper de mille objets inutiles et dangereux.
On passe ainsi sa vie dans ce mélange de nature et de grâce » l'esprit aussi distrait, le cœur aussi vide , l'âme aussi dissipée , que si l'on n'avoit point eu tous les secours et les grâces. Cependant , soyons-en bien assurés y tant que l'âme sera dans cet état , et languira volontairement dans ces imperfections » la porte du sanctuaire de la vie intérieure lui sera fermée.
Et d'où vient » en effet , que tant de personpes , d'ailleurs pieuses et réglées , qui ont en apparence de bons désirs , qui s'occupent de bonnes œuvres , qui font , ce semble , tout ce qu'il faut faire pour devenir des saints, font néanpioins si peu de progrès , et qu'on ne voit point dans elles d'accroissement sensible et
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marqué dans le blea, demeurant à peu près toujours les mêmes , toujours tièdes » toujours languissantes , toujours sujettes aux mêmes imperfections et aux mêmes misères ? D*où vient cela , si ce n'est de leur négligence à corriger leurs défauts , à retrancher les obstacles , à veiller sur leur intérieur ? Ce qui fait qu'une infinité de fautes leur échappent , mille pensées inutiles , mille paroles inconsidérées , des saillies d'humeur , des inégalités d'âme sans nombre , des actions toutes naturelles qui combattent la grâce , qui arrêtent ses opérations , qui contristent sans cesse l'Esprit saint dant» elles.
Hélas ! une seule passion immortifiée , une mauvaise habitude qu'on aura négligé de corriger , une attache trop naturelle qu'on ne voudra pas rompre , est capable d'arrêter une âme des années entières à la porte de cet heureux état ; et comment tant d'imperfections réunies , tant de défauts accumulés ne les arrcteroientils pas ? Et que penserions-nous d'un homme qui voudroit semer du bon grain sur une terre seiche , aride , encore toute couverte de ronces et d'épines?
' O âmes qui désirez sincèrement entrer dans les voies intérieures ! aroie^ vous généreusement^ contre vous-mêmes et contre toutes vos imperfections ; appliquez le remède à vos plaies ; por* tez-y , s'il est nécessaire , le fer et le feu y per* suadées que sans cela on ne peut espérer d'entrer jamais dans ces voies sublimes de la grâce ,
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mais qu*0D doit s'attendre à languir toute sa vie dans Tesclavage des sens. Au contraire , si Tâme est une fois guérie de ses infirmités et de set langueurs» elle se prêtera aux attraits de la grâce , elle goûtera les choses divines , elle avancera à grands pas dans les voies do la sainteté » et recueillera enfin Theureux fruit de ses peines et de ses travaux.
PRATIQUBS.
].*Dèsqu*on s'aperçoit qu'on a commis une faute , qu'on est tombé dans une imperfection > il faut incontinent produire un acte de contrition et de retour à Dieu , de peur que cette &ute n'arrête les grâces suivantes.
a.* Pour se corriger eflicacement , il ne faut pas se contenter d'attaquer tous les défauts en général , mais en prendre d'abord quelqu'un en particulier , comme la vanité , la sensibilité , le respect humain, et le combattre jusqu'à ce qu'on l'ait , sinon entièrement désarmé » du moin& extrêmement afibibli.
3.^ Faire souvent des retours sur soi-même à l'égard de ce défaut , prodinre des actes de la vertu contraire , s'imposer quelque légère pénittence , ojDTrir de temps en temps quelque com* munion à cette intention.
4** Sur toutes choses, prier le Seigneur de nous aider à combattre dans nous ses ennemis et les nôtres ; avec la fidélité , la générosité , la
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constance, on viendra à boni de purifier le fond de son âme » d'arracher les ronces et les épines de cette terre , et alors on sera en état d'j jeter la bonne semence de la yie intérieure , et d'en retirer les heureux fruits de salut et de sainteté.
pnikRE.
La prière que je vous offre , ô mon Dieu I c^esl celle que vous adressoit saint Augustin, et c'est dans ces sentimens que je vous dis avec lui : Noverim me , noverlm te. Faîtes , grand Dieu , que je me connoisse , et que je vous connoisse : que je me connoisse pour déplorer mes misères et mes défauts ; que je vous connoisse pour ado* rer vos grandeurs et vos perfections. La con- Doissance de mes défauts m'inspirera l'humilité , la douleur , la défiance de moi-même ; la connoissance de vos grandeurs m'inspirera le respect , le courage et la confiance. L'un et l'autre me conduiront à vous , pour ne m'en séparer jamais, c'est l'unique bonheur que je désire désormais sur la terre.