SECOND OBSTACLE A &A VIE INTÉRIEURE
La fausse sagesse et la prudence mondaine*
Il y a uiie vraie et une fausse sagesse : la vraie sages:»e est une émanation de la sagesse de Dieu et de la souveraine raison ; c'est celle qui ne se
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conduit que par les lumières de la raison saine , éclairée par la foi , et animée par la grâce. La fausse sagesse est une sagesse toute humaine , toute profane , qui ne se conduit que par des Tues toutes naturelles , selon l'esprit et les maximes du monde ; c'est celle dont l'Esprit saint a dit : Perdamêapientiamsaptentium » etprudcfUiam prudentium reprobabo. ( i . Cor. i .) Je confondrai la sagesse des sages du monde » et je réprouverai la prudence des prudens du siècle.
Il y a trois fausses sagesses maudites et réprouvées de Dieu. L'apôtre saint Jacques les décrit ainsi :
Terrena ; la sagesse toute terrestre , quand on ne goûte que les richesses et les faux biens de ce monde.
Animalis ; la sagesse animale , quand on ne goûte que les plaisirs sensuels.
DiaboUca ; la sagesse diabolique , quand on ne goûte que sa propre excellence. Ces prétendues sagesses ne sont que de vraies folies devant Dieu.
La fausse sagesse inspire l'orgueil, la présomption, Tentêtement, tous les vices qui en sont la suite ordinaire ; la vraie sagesse , au contraire , inspire l'humilité , la modestie , la docilité » la défiance de soi-même , toutes les vertus puisées dans l'Evangile de Jésus-Christ, ou plutôt dans son cœur.
il y a une folie qui est une vraie sagesse aux yeux de Dieu ^ c'est celle qu'on appelle proprement
ou CONDUITE SPIRITUELLE. Sq
la folie de la croix : aimer la pauvreté , les mé* pris, les persécutions y les injures, c'est être fou ^on le monde; et cependant la vraie sagesse ( qui est un don du Saint-Esprit , ) n'est autre chose que cette sainte folie , qui ne goûte que ce que notre Seigneur et les saints ont goûté : Quod stultum est Dei, sapicntius e$t hominibus, ( 1. Cor. i. )
O que les idées de Dieu sont différentes de celles des hommes ! la sagesse divine est une folie au jugement des hommes ^ et la sagesse des hommes est une folie au jugement de Dieu; il nous faut prendre Tune ou l'autre pour règle de nos actions. Autant que nous prenons de goût aux honnelirs , à l'approhation, à l'estime des hommes , autant avons-nous de part à cette sagesse réprouvée de Dieu; au contraire, autantquenous avons d'amour pour les humiliations , les mépris elles croix , autant participons-nous à la véritable sagesse de Dieu. Vérités sublimes, inconnues aux superbes, aux esprits forts, aux hommes remplis d eux-mêmes , en un mot , au monde et aux mon* iains , mais manifestées aux âmes fidèles.
Quel aveuglement, en effet, de vouloir soumettre les choses de Dieu au tribunal d'une foi- Me raison, et ne les conduire que par les lumiè* tes d'une prudence purement humaine ! Yoilà cependant l'esprit par lequel on se conduit dans le monde : de là les lâches complaisances , les déférences mondaines , les motifs bas e t ram* pans p les faux jugemens et les mauvais conseils ,
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autant d'obstacles à la vie intérieure qui doll être toute suroalurelle et divine; de là des difficultés , des oppositions sans nombre » des empéchemens sans fin à tout ce que l'esprit de Dieu peut inspirer aux âmes , et aux ?ues salutaires qu'il leur présente.
Veut-on , par exemple , en rue de Dieu , former quelque projet dont le succès n'est pas assuré ? la fausse sagesse dira : c'est imprudence ; ce seroit tenter Dieu.
Pense- t-on è s'adonner à une vie plus intérieure et plus retirée ? la fausse sagesse dira : c'est singularité ; pourquoi se distinguer des autres et se donner en spectacle ?
Une jeune personne pense-t-elle à quitter le monde et à se donner à Dieu ? la fausse sagesse dira : ce n'est point encore temps , attendez , le temps viendra , vous ne pourriez soutenir ^ vous vous démentiriez , et vous feriez tort à la piété.
C'est ainsi que cette fausse sagesse , cette prudence mondaine , voulant tout assujettir à set foibles lumières , à îes idées toutes profanes , fera échouer tous les bons desseins» abandonner tous les saints projets , négliger toutes les 1>onne$ œuvres que la grâce intérieure et lea vues surnaturelles avoient présentés.
C'est ainsi que cette âme, qui se seroit élevée à une sainteté éminente oix Dieu l'appeloit, si elle n'a volt consulté que les lumières surnaturelles et divines , sous prétexte de prudence » de discrétion» de saine raison» passera toute sa
ou COliDVITB 8PIBITVELLB. 4 1
?!e f laogutra le reste de ses jours dans un état d'imperfection , et dans un grand danger même pour son salut.
II faut consulter la raison et la prudence , il est vrai ; mais les lueurs de la foible raison doi- ?ent être subordonnées aux lumières surnaturelles de la foi et aux vues supérieures de la grâce : surtout quand cette grâce se fait sentir d'une manière plus vive dans une âme et paroit marquer des desseins de miséricorde plus spéciale sur elle , il faut s'y rendre » et quel que puisse être l'événement , s'abandonner à sa con< duite sans aucune réserve ; autrement , si on forme quelque dessein , quelque entreprise , et qu'on n*y réussisse pas » on s'en inquiète , on l'en afflige , marque qu'on s'appuyoit sur soimême et qu'on cherchoit autre chose que Dieu ; si au contraire on y réussit , on s'en réjouit » on en nourrit son amour propre ; au lieu d'en ren* dre gloire à Dieu , on en rend une espèce d'hommage à sa propre sagesse » et on s'applaudit de ce que Dietf' déteste.
Voilà où conduisent d'ordinaire , et ce qu'opèpèrent enfin cette fausse sagesse et cette prudence mondaine toujours opposée à l'esprit de Dieu , toujours ennemie de sa gloire , et dès lors toujours obstacle invincible à la vie intérieure , tant qu'il subsistera dans une âme présomptueuse remplie d elle-même et de l'idée de sa propre excellence. Aussi Jésus-Christ , la vraie sagesse ^ la sagesse éternelle » rendoit-il grâcesà son Père de ce qu'il
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avoit caché et voilé ces yérités aux sagesel in prudens du siècle , qui s'évanouisaeotdanaleon pensées ; et de ce qu'il avoit daigné les révéler aux peliis , aux humbles et aux âmes simples qui se reudent dociles à sa voix. Canfiuor iibi» Paier , quàd abscondisU hœe à 9apieniibu$ al prudentibas , et revelasti ta parvulk.
( Lue. 10.)
Sommes-nous éclairés et conduits par les lumières de cette Véritable sagesse , considérons ce que nous estimons , ce que nous aimons , ce que nous recherchons. Estimons- nous les humiliations» respectons- nous les croix 9 supporionsnous les mépris , c'est la sagesse surnaturelle qui nous éclaire et qui nous dirige ; au contraire » cherchons-nous les honneurs , désirons-nous 4^ plaire an monde , courons-nous après l'approbation et la vaine estime des hommes , c'est la fausse prudence qui aous séduit et qui nous égare.
O fausse sagesse I combien de bons desseins n*a8-tu pas étouffés , combien de lumièfês divi* nés n'as-tu pas éteintes, combien de salutaires projets n'as- tu pas fait échouer , combien d'émes p'as-tii pas éloignées des sentiers de la justice et de la sainteté » où l'esprit de Dieu les appeloit et où l'attrait de ses grâces les auroit conduites I Fermez , dit l'Esprit saint , fermes les yeux aux lumières trompeuses qui ne peuvent que vous égarer ; et si la grâce intérieure vous Ait entendre sa voix , n'endurcisses pas vos
ou C019BUITB SPIRITUfiLLB* tfi
çc&urs en laissant éblouir et aveugler vos esprits par des maximes perverses. Les desseins de Dieii ne se conduisent pas par des considérations bu« maines. Autant que le Ciel est élevé au- dessus de la terre » ditx le Seigneur , autant mes vue» sont-elles élevées au-dessus des vôtres ; Thopime cfiarnel ne connott rien dans les choses de Dietl*
Si les saints s'étoient comportés comme noua nous comportons^ ils auroient toujours été ce que nous sommes , et jamais nous ne serons ce qu'ils sont , si nous suivons uq autre chemin que celui qui les a conduits.
Sagesse incréée , éclairez moi de vos divines lamières ; sainte folie de la croix» faites-moi goûter vos salutaires maximes ; Dieu de bonté , ne permettez pas que là fausse prudence me reluise et m'aveugle*
PBATIQUBS.
!•* Dans toutes nos enti^prises conduisonsvous par les vues de la foi » bien supérieures à celles de la raison.
s.* Mettons-nous en garde contre les maximes du n)onde , toujours opposées à celles de Dieu*
5.* Quelque éclairés que nous soyons, défions- Bous de nos propres lumières , si sujettes à noua tromper.
4«* Souvenons-nous que » comme la religion ne s'est point établie dans le monde par le secours de la sagesse mondaine » aussi ne se con-
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servera-t-elle dans nos cœurs que par les mêmes moyens qui Pont établie.. Non in persuasibili* bus humanœ sapientiiB verbls. ( i Car, s. ) 5,* Surtout, prions souvent le Seigneur de laous accorder ce don de sagesse qui éclaire tous nos pas , et dirige toutes nos démarches. Da mihi sedlfim tuarum asststricefn sapUntiatn, ijuœ meetim ait et mecum laboret omnibus diù^ bus viue meof. ( Sap, 9. )
TBOISIJ^HB OBSTACLE ▲ LA VIB INTÂRIEVRE.
Les attaches et les liaisons du cœur*
Les attaches du cœur sont souTent inutiles»
quelquefois dangereuses ; elles pourroient être salutaires , si le seul esprit de Dieu les formoit et en étoit le lien.
Trois sortes de personnes doivent surtout craindre ces liaisons : 1.* celles qui ont le cœur tendre et sensible, s.* Celles que Dieu porte à un grand détachement de tout. 3.* Celles qui essuient de grands remords lorsqu'elles s'y exposent. Elles doivent instamment prier le Seigneur qu'il fixe leur cœur en lui seul par ses amabilités infinies, et qu'il les déprenne de toute autre attache qui pourroit leur être nuisible.
Toute amitié , toute liaison n'est pus condam* nable ; il y on a de légitimes ; il y en a même-
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de saintes et de salutaires. Noire-Seigneur «voit une affection spéciale pour saint Jean ; saint Basile-le- Grand éloit attaché à saint Grégoire s saint Augustin , à son cher Alipius , et tant d'aur très. D'une part Dieu ne peut souffrir que notre cœur se partage à son préjudice ; d'un autre côté y il connoit notre ibiblesse , notre misère , et il ne nous défend pas d'avoir un conseil , une ressource dans le besoin ; mais ces attaches peuvent aller trop loin ; il faut arrêter la pente du cœur dans les commencemens , dès qu'on voit qu'il s'engage.
Il peut y avoir bien des inconvéniens dans ces liaisons : le partage du c(£ur , la perte du temps , la mauvaise édification pour les autres, surtout bien des écueils pour la charité.
Il y a des attaches fortes» vives; celles-là, on s'en aperçoit aisément , et on les condamne; mais il y a des attaches subtiles, délicates, cachées dans le fond du cœur; pour celles-là ,Ja lumière seule de Dieu les montre et les fait concoure au3^ âmes fidèles qui veulent sincèrement être tont à lui. Lorsque Dieu les découvre , et que la grâce les reproche , elles sont un charbon de feu qu'il faut secouer dans le moment , de peur qu'après avoir couvé quelque temps sous la cendre , il ne cause quelque incendie.
Le diviâ époux est jaloux ; il parle sans cesse pour être obéi , son langage est intime et secret ; mais lorsqu'on n'est pas fidèle , il s'éloigne , il »p tait , et son silence est la plus forte preuve
l'âme intAbibubv, do son indigna lion, et la plus terrible ponitioR qu'il exerce dans sa colère. Obéissez promple- RioD( et dans toute l'étendue de ce que Dieu demande ; il ne veut détacher votre cœur de tout, que pour le remplir de lui-même. Cette vérité est essentielle pour vous , et peut-être est-elle le fondement des desseins de la miséricorde diviue sur vous.
Il arrive quelquefois que ces amitiés , ces liai» sons viennent à se rompre , on ne sait presque pourquoi ni comment ; c'est souvent une bonté ineflable de Dieu ; il rompt lui-même les liens que vous formiez , il fait par lui-même ce que vous n'auriez pas eu le courage de faire ; ces sortes de coups sont rudes , mais ils sont nécessaires ; ce sont des coups de grâce » le cœur souffre f la nature crie et se plaint; mais la grfice fait son ouvrage et dégage le cœur ; plus Dieu aime une âme , plus il lui arrache tout ce qui pourroit la détourner ou l'arrêter dans la voie.
Après tout, si vous mettiez dans une balance toutes les peines , les chagrins, les inquiétudes, peut-^tre les remords que cette liaison vous a causés , et dans l'autre toutes les douceurs qu6 vous y avez trouvées , souvent la peine surpasseroit de beaucoup le plaisir , et plus encore le profit.
D'ailleurs , il faudra bien enfin se séparer , se quitter un jour ; et alors quelle douleur , quel tourment I Les attaches spirituelles sont les plus
ou CONDUITE SPIBITVELLE. 4?
difficiles à rompre : on se flatte , on s'aveifgle aisément en ce point; le commerce trop intime avec des personnes même de piété dégénère souvent en goût naturel et humain : et quoique ce goftt ne blesse point l'essentiel de la piété , il altère cependant la pureté de Tamoûr divin , et blesse sa délicatesse et sa jalousie.
Ame fidèle, retranchez généreusement les liaisons de la nature , qui finiront avec le temps ; formez des liaisons de grâce qui durent dans l'éternité. Quel malheur seroit-ce de s'aimer dans cette vie et de se haïr éternellement! Brisons tous ces liens trop humains. Pourquoi nous aimons-lious les uns les autres ? est-ce par sympathie, par conformité d'humeur, par amusement? tout cela autant de pièges dont les âmes fidèles doivent se défendre comme d'un poison , quand la grâce intérieure réclame contre elles* Dès le moment que nous nous attachons h quelque objet hors de Dieu , nous donnons prise au démon, qui, par cette attache, ne manquera pas , ou de nous ôter la liberté d'esprit , oa de troubler la paix de notre cœur , et par là même de mettre un obstacle à notre perfection. Que feut-il donc pour que les amitiés soient permises , pour que les liaisons soient légitimes , oa du moins pour qu'elles soient à couvert de péchés et d'infidélité à la grâce ? Il faut absokiment :
1.* Qu'elles n'occupent pas trop le cœur, en danger de le partager.
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«.* Qu'elles ne détournent jamais du devoir et des obligations de Tétat.