‹ L'âme moderneChapitre 12 sur 21 · LA VIERGE AI PIANO · texte numérisé non relu

LA VIERGE AI PIANO

La double lampe jaune et rose a nuancé De reflets orangés le salon or et rouge. Quelques amis sont là groupés. Plus un ne bouge, Un court silence, et la musique a commencé.

Tu es au piano sous l'éclat des bougies, Beethoven te remplit de peur et de douceur: Toute pâle aux puissants appels du précurseur, Tu palpites, beau cygne aux ailes élargies.

Puis, rassurée enfin, tu pars d'un noble élan

Sur le fleuve harmonique où, dans l'oubli de l'heure,

Le violon s'exalte, le piano pleure

Et le violoncelle exhale un regret lent.

Sur ton front la candeur, dans tes yeux l'allégresse Et le rose de la pudeur l'illuminant, De tes savantes mains tu nous fais maintenant Un rare et cher tissu d'invisible tendresse.

Parce qu'elle y révèle un charme essentiel, La musique ennoblit encore ton visage Comme le soir idéalise un paysage Parce qu'il y répand le souvenir du ciel.

Je sais bien que demain tu ne seras plus telle : Le sublime est plus bref qu'un éclair sur la mer, Et tu me fais goûter ce soir le charme amer De la beauté qu'on sait n'être pas immortelle.

Qu'importe? le plus pur de toi me fut livré : Tu ne te connais pas, seul j'ai saisi ton âme, Et celui qui t'aura pour fiancée ou femme Comprendra moins que moi quel fut ton être vrai.

LA VIEllCIE AU PIANO

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La Musique, par qui j'ai pu mieux te connaître, Immortalisera du moins ton souvenir :

Je l'ai mise en mes vers, et tu n'y peux périr, Puisqu'ils ont pour frisson l'essence de ton être !

CRÉPUSCULE D'UN SOIR MODERNE

CRÉPUSCULE D'UN SOIR MODERNE

A Alfred Stevens.

L'Ârc-de-Triomphe, en des blancheurs presque rosées, S'impose dans un ciel violet qui recule, Tandis que magnifique et doux le Crépuscule Roule son fleuve d'or par les Champs-Elysées.

Un piétinement sourd sur la chaussée en l»ois... Yitres, moyeux, harnais, partout des ('clairs d'or. Ah! comme il est étrange et comme il vous endort, Ce roulement des équipages vers le Bois !

Simple comme la vie et complexe comme elle, Il obsède notre âme autant que la chaussée, Si bien qu'à la rumeur dont l'oreille est bercée Un besoin grandissant de comprendre se mêle..

Le besoin de savoir où vont tous ces chevaux, Et pour quelle parade au vaste enchantement Ces coupés couronnés courent efTrénément, De luxe et de vitesse éblouissants rivaux!

Vaines rivalités des grandeurs misérables ! L'horizon du Plaisir devant FOr qui galope Se dérobe, et voici la nuit qui l'enveloppe Dans le linceul de ses cendres inexorables.

Vous pouvez au galop de vos meilleurs chevaux Poursuivre dans le Soir un espoir qui vous fuit, Vous trouverez au bout le Silence et la Nuit, Cœurs irrassasiés de vœux toujours nouveaux!

CREPUSCULE D'UN SOIR MODERNE

Les marronniers houleux aux écumes fleuries Cesseront de frémir aux fraîcheurs di^ hi lirise, Et le ciel se sera fermé d'ouate grise Avant que vos désirs aient trouvé leurs patries!

Mais voici que tu viens, loi, que Stovens rêva, Chère élégante aux traits afiinés par la vie, Front haut, regards lointains, pensée inasservie, Ame mystérieuse à qui mon âme va!

Tu regardes s'ouvrir devant toi l'avenue Si large vers le soir quand les hôtels royaux Semblent dans leur décor être de grands joyaux Posés sur un écrin de verdure et de nue.

Le bleu sombre des bois sur le rose horizon S'étend, doux reposoir à tes yeux et Ion àaïc Il évoque de chers souvenirs en ton âme Le bleu sombre des bois sur le rose horizon !

Retours inattendus des amours en allées, Grappes de souvenirs parfumés et tremblants Que la suave odeur des acacias blancs Ravive dans ton cœur au tournant des allées.

Le vent du soir les fait frémir multipliés, Et comme des oiseaux rares sous les feuillées, Les plus lointains en toi chantent, voix oubliées... Le vent du soir fait frissonner les peupliers...

Les lacs, vaporisés dans un air pâle et rose. Commencent à bleuir sous l'odorant rideau D'arbres, dont le frisson se mêle au fin bruit d'eau Que la cascade égrène au gazon qu'elle arrose.

Les sauvages sapins dans le solennel soir

Font autour de ces eaux un rempart de mystère.

Et c'est là le divin refuge solitaire

Où pour le rêve et pour l'oubli tu viens l'asseoir...

CREPUSCULE D'UN SOIR MODERNE 69

L'oubli des liens qui L'ont tout le jour asservie, L'oubli de tous les faux plaisirs auxquels tu sers, Et l'oubli des douleurs aux intimes cancers, L'oubli, bienfait du rêve et pardon de la vie!

Le rêve des pays bleuis d'éternels mais Où la fleur est plus large, où le cœur est plus tendre, Où l'homme sait sentir et la femme comprendre. Le rêve des pays où tu n'iras jamais!

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