‹ L'âme moderneChapitre 3 sur 21 · ET DE LA VIE · texte numérisé non relu

ET DE LA VIE

A Eugène Hollande.

Je me suis accoudé ce soir au Pont-au-Change. Le Palais de Justice aux antiques aspects Prolonge sur le bleu sa dentelure étrange. La Seine se déroule entre les parapets Et ses anneaux moirés que nul vent ne dérange Vont s'effacer vers les lointains baignés de paix.

Transfiguré dans la vapeur crépusculaire,

A droite, au long des quais, le vieux Louvre s'étend.

Un réseau de lumière adorable et flottant

Fait sourire ses murs noircis et les éclaire

D'un rose violet qui nous voile un instant

L'austérité de leur fronton quadrangulaire.

Le soleil est tombé derrière l'Institut Mais son cuivre éclatant tout de suite s'est tu. Point de rouge palette ou de riche fanfare Comme celles dont un beau soir d'été se pare. Pour prodiguer la pourpre et l'or, l'hiver avare N'aura jamais assez de sang ni de vertu.

Large, tendre et lustré comme un rideau de soie L'Occident est bleu clair, bordé de blancs ourlets ; L'Est au contraire est fait de velours violets Où la ville s'enfonce et lentement se noie. Assez clairs cependant encor pour qu'on y voie Flotter sur des vitraux épars quelques reflets.

Le couchant sur le front de la Cité se pose, Et s'incline comme un gigantesque éventail.

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