LA PATRIE INCONNUE
A Edmond Haraucowt .
Les oiseaux, dégoûtés de la terre et des nues, Et las de tournoyer dans un même horizon, Doivent rêver parfois d'étoiles inconnues Où les cieux n'auraient pas l'aspect d'une prison.
Les artistes, lassés de la vie et des rêves, Sont aussi par moments en proie au désir fou De parvenir plus loin que les suprêmes grèves Et de pousser leur vol hors du ciel, n'importe où.
Hors du ciel, hors de la terre, vers le miracle! Vers des pays qui soient absolument nouveaux ! Les vierges voluptés d'un ignoré spectacle Pourront seules tromper l'ennui de leurs cerveaux.
Bien qu'elle ait ses forêts, ses grands monts et ses fleuves, La terre est ronde : on la traverse en quelques mois. Il s'est bientôt terni, l'aspect des beautés neuves Qui nous donnaient jadis de si vastes émois!
Bien qu'elle ait ses amours, ses douleurs et ses joies, La vie est brève et plate : on la sait à trente ans : Et dès lors, il nous faut nous traîner sur les voies Où s'étaient élancés tous nos espoirs chantants.
Tu me diras qu'un monde illimité se dresse Au-dessus de la vie et du sol pour ceux-là Qu'un rêve emporte vers la nue enchanteresse Ou que l'âpre aiguillon du réel harcela.
Mais ce monde est borné lui-même! Le nuage IS'est-il pas composé des mêmes éléments