‹ L'âme moderneChapitre 8 sur 21 · Livre ton àme aux flots, perds-la dans les forêts · texte numérisé non relu

Livre ton àme aux flots, perds-la dans les forêts

Enivre-la sous la lumière !

Sois vivant, sois viril ! Ne songe plus aux rets

Que tend sur toi la Vie entière I

La verte profondeur des mers s"entr"ouvrira

Si tu veux y lancer ton rêve.

Et la verte épaisseur des bois te couvrira

Si tu veux rester sur la grève.

Les fleuves t'ofl'riront leurs frissonnantes eaux

Et leurs solitudes secrètes Où des cygnes neigeux nagent dans les roseaux

Dont le vent fait trembler les crêtes;

Les nuages, tendant sur toi leurs mouvants dais

Se mêleront à tes pensées Mieux qu'aux jours douloureux où tu leur demandais

Le secret de leurs Odyssées,

Et tu comprendras mieux les frissons étoiles En marchant aux bras d'une amante

Que si tu t'obstinais sur ces livres voilés Où ton front, la nuit, se tourmente !

L'ANGELUS DU CŒUR

L'ANGELUS DU CŒUR

A Jean Monrjin.

Quelle correspondance étrange existe-t-il Entre la mort du jour et Taube de mes rêves Pour que tous mes i)lus chers souvenirs de bonheur Soient mêlés à celui de ce moment charmeur Où les molles clartés se succèdent, trop brèves, Sur rOccident, tantôt puissant, tantôt subtil?

Sans doute les espoirs que mon âme recèle Comme sous un climat clément de tendres fleurs, A la fraîcheur du soir ouvrent mieux leurs pétales Quand la Vie assourdit les richesses brutales

De ses formes, de ses bruits et de ses couleurs Sous la diffusion de l'ombre universelle...

0 Crépuscule, ô rêve extérieur du ciel. Oasis embaumée où le Temps dans sa fuite Éternelle s'arrête et s'oublie un moment, 0 Rêve, ô crépuscule aussi du sentiment. Halte du cœur où le mystère nous invite, Oubli de l'action, baume du mal réel.

Salut, frères gémeaux dans l'espace et la vie ! N'étes-Yous pas l'étoile et les vents alizés Pour l'âme qui voyage aux océans du songe? Elle bénit en vous le bienfaisant mensonge Du clair-obscur, par qui vous idéalisez Un monde qui la tient de trop près asservie.

0 Crépuscule, ô rêve, adelphes qui mêlez

Dans le soir délicat vos formes enlacées,

Combien d'illusions parfaites je vous dois !

Faites pleuvoir toujours avec vos divins doigts

Une neige de fleurs pâles et de pensées

Par les firmaments clairs et sur nos cœurs troublés,

L'ANGELUS DU CŒUR 35

Pour qu'en dépit du mal, en dépit des orages, Des aveuglants soleils et des pesantes nuits. Nous retrouvions encor pour nos rêves qu'exile Trop de lumière ou trop d'obscurité, l'Asile Où ne pénètrent pas les vulgaires ennuis, L'Eden spirituel aux imprévus mirages!

Eden d'apothéose où flottent des parfums De verveine et d'iris mêlés d'héliotrope, Eden suave où les plus sceptiques esprits Rapprennent le Credo des espoirs désappris, Où les derniers songeurs de notre vieille Europe Viennent se consoler de leurs dogmes défunts :

Contre le plein soleil, contre la multitude, Salut et sois béni, miraculeux séjour Où l'Angelus du Cœur éternellement tinte, Pays de la tendresse et de la demi-teinlo. Crépuscule, tombeau de la nuit et du jour, Rêve, tombeau du doute et de la certitude!

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