CRÉPUSCULES PSYCHOLOGIQUES
A Gabriel Sarrazin.
Sur le fond rose et vert des couchants Vénus brille.
Au flanc des bois muets éclate un hallali.
Le parfum des rosiers emplit le ciel pâli.
Je songe devant un portrait de jeune fille.
Le soir descend en moi comme un fleuve d'oubli.
Vénus reluit au fond du couchant vert et rose. Je sentais autrefois se tarir mes douleurs
Devant cette harmonie aux exquises pâleurs : Or j'en souffre aujourd'hui, car je la décompose Et mon cerveau n'est plus la dupe des couleurs.
Le cor résonne au flanc de la forêt brunie... Enfant, quand j'écoutais la fanfare des cors. L'extase traversait d'un frisson tout mon corps : Désormais je sais trop comment naît l'harmonie Et mon cerveau n'est plus la dupe des accords.
L'odeur des blancs rosiers meurt au ciel qu'elle embaume, Je pressentais jadis dans les parfums rôdeurs Un Eden idéal aux riches profondeurs :
Depuis lors j'ai trouvé le secret de l'arôme Et mon cerveau n'est plus la dupe des odeurs.
Je songe devant un portrait déjeune femme... 0 printemps disparus où j'entendais un chœur De vierges appeler l'Adolescent vainqueur ! Hélas ! des fausses fleurs j'ai découvert la trame Et mon cerveau n'est plus la dupe de mon cœur.
CKEPUSCULES PSY CHOLUGiyUES
J'ai voulu tout sonder dune main Irop hâtive... Les livres sur lesquels mon fronl lourd a pâli Ont dans mon cœur usé pour longtemps aboli Les bonheurs spontanés et leur fraîcheur native... 0 Soir, descends en moi comme un fleuve d'oubli 1
CRÉPUSCULES PSYCIIOLOGIOUES
A Louis Le C ar donne l.
Je rêve une colline étroite au jour baissant... Des vapeurs s'en iraient par Fazur albescent Qu'une diffusion impalpable de rose
Nuancerait,
Et ce serait
Notre secret D'errer sous les bouleaux dont le tronc blanc se rose Par un suave après-midi de fin d'hiver, Songeurs d'amour parmi le rare gazon vert.
Et je rêve, au delà de Fétroite colline,
Des lointains bleu-foncé qu'une brume opaline
Velouterait d'un voile aux violets replis.
Moins loin, des plaines
S'étendraient, pleines
D'albes haleines Qui monteraient en clairs réseaux un peu bleuis D'un vieux toit pastoral ou des feux de fougères Qu'allument en chantant les légères bergères.
Et les frêles bouleaux mettraient sur le ciel blanc Les dessins imprévus de leur treillis tremblant... Le vent frissonnerait dans leurs hns ramuscules.
Et ce charmant
Frissonnement
Dirait comment On doit s'aimer dans la douceur des crépuscules. Et nos songes auraient ce frisson du bouleau Si doux qu'on ne sait pas si c'est le vent ou l'eau.
CKEPUSCULES PSYCHOLOGIQUES
Est-ce le vent ou reau qui glisse par vos hranchcs Et se joue au travers de vos écorces blanches? Dites-le-moi, bouleaux rêveurs, tendres bouleaux.
Point de réponse :
L'ombre s'annonce
Et puis se fonce.
Le sombre soir se meurt sur de secrets sanglots : Seul, un sanglant sillon de rouge-de-Saturne Trouble encore au couchant la grisaille nocturne.
Puis, comme un souvenir en un cœur lourd d'ennui, Ce rouge sombrerait lui-même dans la nuit. Un magistral silence assombrirait la Terre
Et les aspects
Des fonds épais
Prendraient la paix Des soirs poignants où l'on pressent le grand mystère Hélas ! d'où nous viendrait le mot essentiel ? Obscurité du cœur sous la noirceur du ciel '.
Le Mot essentiel, porte d'or des Sésames, S'ouvrira-t-il jamais pour éblouir les âmes !
Obscurité du ciel sur la noirceur du cœur !
Tout n'est que rêve
Et clarté brève
Qui brille et crève..
Le Temps dissout l'Amour et le Temps est vainqueur. Nuus sommes de la même étoffe que nos songes : Qu'on nous rende la foi des sincères mensonges !
Soir pâle, bouleaux blancs, fin coteau gazonné,
0 tendre et délicat décor imaginé.
Ne viens plus attendrir ma vision ravie,
Puisque jamais
Les prochains mais
Que tu promets Ne rouvriront un cœur endurci par la Vie. Le Temps dissout le Temps et le Temps est vainqueur, Et le ciel est obscur encor moins que le cœur 1