LE CHANT DU DÉPART
(Chantez, chantez la patrie i
Chantez. — Un corbeau vole autour de son blason: Oh! les fils derniers-nés de la race appauvrie, Dépravés de vertus, de vice et de raison !
C'est rheure de pleurer sur la gloire latine. Aux Barbares! La mort nous veut, la mort s'obstine J'entends le bruit des pas qui tremble à Thorizon...
Chantez, chantez la patrie !
Chantez. — Voici venir l'ère des longs repos, Temples, palais, les murs ont croulé; le vent crie Dans la forêt qui houle où claquaient vos drapeaux. •• Carthage, ô Sion ! Ninive et Babylone I Du sable I Le chacal hurle dans le cyclone.
Et le pâtre tremblant éloigne ses troupeaux...
Chantez, chantez la patrie!
Chantez. — L'Océan blême a bondi sur les monts : L'Atlantide surgit de la mer qui charrie Des archipels de glace et des flux de limons I La barque et le requin glissent sur les collines, Et nos dieux sont couchés dans les mousses salines Où le corail fleurit entre les goémons...
Chantez, chantez la patrie I
Chantez. — La Terre est morte : il fait froid, il fait nuit ;
Les volcans sont éteints et la mer est tarie ;
Plus d'air, plus de couleur, rien ne bouge, nul bruit,
Et le ciel uniforme a des teintes de cendre.
C'est la fin : le Soleil nous regarde descendre,
Et la Terre descend, et le Soleil languit...
Chantez, chantez la patrie!