A GEORGES CLAIRIN
Oh ! loin du monde et loin du bruit, Sans voir le jour, sans voir la nuit, Vivre sous la lueur des lampes !
Marcher à pieds nus dans les peaux, Suspendre en guise de drapeaux Des chevelures à des hampes I
Mon palais est de marbre gris : Dans Tor ciselé des lambris Glissent des serpents d'émeraude ; Le parquet lisse est de santal ; Et vers les plafonds de cristal L'encens monte, se trouble, et rôde;..
180 LÀ VIE INTKRIËURË.
Les piliers vêtus de brocart
Se dressent, drapés avec art,
Gomme des Grecs dans leurs chlamydes ;
Des cataractes de velours
Tombent des frises en plis lourds,
Plus lourds que des toiles humides.
L'air rose, en courants attiédis/ Berce des fleurs de paradis Qui coquetteut du bout des tiges, Et charrie un flot de poison Qui fait tournoyer ma raison Au bord du gouffre des vertiges.
Je ne sais rien, je ne veux rien ;
J'ai tout perdu, Tamour du bien.
Le sens des mots, l'orgueil des phrases;
J'ignore la terre et le ciel
Et mon rêve perpétuel
Gompte ses jours par ses extases*
Moins qu'une brute et presque un dieu,
Je m'iépuise et nage au milieu
Des réconforts et des dictâmes ;
Puis, dans des bras entrecroisés,
Frôlé par un vol de baisers,
Je m'endors sur des corps de femmes !