BRUNE
Ton corps nu, plus doré qu'un blond matin d'avril, Dormait dans les parfums lascifs que tu distilles : Battant l'aile et vibrant, tout mon désir viril Frôlait, comme un essaim tournoyant de mirtiles. Ton corps nu, plus doré qu'un blond matin d'avril.
Et tes pores brûlaient, vivantes cassolettes, L'encens vénérien qui fleurit sur ta chair :
Dans l'air tiède, imprégné d'ambre et de violettes. Je. humais le vertige énervant qui m'est cher. Et tes pores brûlaient, vivantes cassolettes.
Brune, sur la blancheur provocante des draps, Parmi lès serpents lourds de ta crinière noire, Tu dormais. Et Textase avait ouvert tes bras. Comme un vieux christ en croix ciselé dans Tivoire : Brune, sur la blancheur provocante des draps.
Tes seins fiers, dressant haut leur couronne cuivrée. Se soulevaient au rythme égal de ton sommeil ; Une ondulation, calme et lourde marée.
Descendait lentement vers ton ventre vermeil, Des seins fiers, dressant haut leur couronne cuivrée.
Et ta tête roulait des coussins écraséâ ;
Tes cils mal clos luisaient des larmes d'Aphrodite ;
Ta lèvre souriante et lasse de baisers.
Sur l'émail de tes dents, saignait, rouge et maudite,
Et ta tête roulait des coussins écrasés.
198 LA VIE INTÉRIBURE.
Oh I depuis ce soir-là la vision me hante, De ton corps nu, plus pur qu'un rêve de Paros: Et quand Tobsession d*être un dieu me tourmente, Quand tu crispes ma chair, Eros, Hymen Eros, Oh! depuis ce soir-là la vision me hante...