‹ L'âme nueChapitre 85 sur 104 · A STANISLAS CE GUAITA · texte numérisé non relu

A STANISLAS CE GUAITA

Je cherche l'introuvable et la suprême Amie, Chants et cœur de Sirène, âme et chants de Lamie, La chère, la très chère hypocrite aux yeux doux : Elle aime les fleurs d'or, l'éclat des faux bijoux, Et les fards qui la font plus blanche que l'albâtre ; Elle aime l'artifice imagé du théâtre.

Et préfère au soleil la clarté des flambeaux ; Le miracle l'attire, elle a peur des tombeaux ; Triste parfois, lascive et chaste tout ensemble, Elle m'endort : l'odeur de son baiser ressemble

Au poison des lotus que la lune fleurit;

* Uunique perfidie habite son esprit :

Son geste est une embûche et sa caresse un piège ;

Son rire est feint, sa voix parjure et sacrilège;

Chacun de ses regards est une trahison.

Mais c'est elle qui doit consoler ma raison,

Car ma foi se réserve à l'Amie éternelle

Qui mentira si bien qu'on pourra croire en elle.

En rêïfi, dans un rêve étrange, au temps des rêves. J'ai vogué sur les flots d'un océan sans grèves.

Les venta étaient sans haine et l'hiver sans frimas : J'ai rencontré, vers l'aube, un grand vaisseau sans mâts.

P^norme et bas, fleuri de fleurs d'or et de palmes, Il croisait lentement au milieu des mers calmes.

Sous l'ennui bleu du ciel, au hasard des destins, Il cinglait vers des buts lointains, jamais atteints.

Filant, puis revenant sur son propre sillage, 11 refaisait sans fin son tranquille voyage.

Le grand vaisseau sans mâts n'allait vers aucuïi port,

Et nul être vivant ne chantait à son bord.

11 avait oublié les labeurs, les orgies,

L'espoir, la guerre, et la douleur des nostalgies.

Pilote, passagers, mousses et matelots.

Tous dormaient, confiants dans la douceur des flots.

Et la mer les berçait, berçait sur sa clémence. J'ai souhaité dormir dans cette paix immense.

Et j'ai voulu monter sur le vaisseau perdu ; Et j'ai crié vers lui, mais rien n'a répondu.

J'ai vu six lettres d'or sur sa plaque d'ivoire,

Puis il s'en est allé... « Croire! » Il s'appelait Croire.

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