LES BÊTES
A MADAME M. Dl LAMER
Je voudrais être calme et doux comme les bêtes Qu'on mène par troupeaux brouter à travers champs. Tout les aime; le soir mire Tor des couchants Dans la limpidité de leurs grands yeux honnêtes.
Bï^lançant d'un air las le bloc lent de leurs têtes, Sur les pacages plats ou les ravins penchants, Dans les prés pleins de fleurs, sousles bois pleins de chants, Elles \aguent, rêvant comme font les poètes.
Quand l'herbe rousse fume au soleil de midi,
Elles vont, l'œil mi-clos et le pas alourdi,
Loin des grillons taquins qui craquent autour d'elles.
Puis graves, étalant leurs gros torses velus, EUesdormentdansl'ombreoùpassentdesbruitsd'ailes... — Je voudrais être calme et doux : je ne sais plus.
A quoi bon les baisers si l'amante charnelle Rêve de trahisons dans nos bras épuisés?
Impuissante à donner l'oubliance étemelle, Si la volupté ment et couve sous son aile Tous les dégoûts que l'âme a voulu fondre en elle, Amour, masque des sens, à quoi bon les baiserc?