‹ L'âme pénitente ou Le nouveau pensez-y-bien [microforme]Chapitre 15 sur 30 · LES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

LES SOUFFRANCES

TAÎTRE, souffrir et mourir, Voilà l’histoire de tout hom-

me venant au monde, Qu'est-ce, hélas! que notre ‘vie sur Ja terre, qu’une souffrance continuelle ? Vous souffrez, ame affligée ; depuis longtemps vous gémissez. sous le poids de vos souffrances; les chagrins naissent sous vos pas, Vous marchez par un chemin parsemé de croix ; VOu8 ne vous nourissez que.

de pain détrempé dans vos larmes ; vous ne COMpPLEZ VOS jours Que par vos malheurs : vos parens vous abandonnent, vos amis vous trahissent, vos projets échouent, vos jours se passent dans la tristesse et le deuil ; chaque moment voit croître le torrent d’amertume qui vous inonde ; à vous semblez n'être au monde que pour souffrir, vous souffrez, j'entends la voix de vos plaintes et de

e” vous ce; rien

108 Les Souffrances.

vos soupirs, j’entre en part de vos peines, je suis touché de votre dou.

leur, je vous plains, non point pré.

cisément parce que vous souffre, mais parce que vos souffrances, me rappellent les grands motifs de consolation-que votre Religion et votre raison vous présentent. Pensez-y:

vous pleurez sur vos afflictions, hélas! avez-vous pleuré sur vos péchés ?

Vous souffrez, et vous vous plaignez ; considérez ce qu'un Dieu a souffert pour vous; et à la vue de sa croix, de son sang et de ses dou leurs, voyez si vous avez sujet de vous plaindre,

Vous avez péché, et par vos péchés vous avez mérité l'enfer : s1 Dieu vous avait enlevé de ce monde dans un certain tems, vous seriez plongé dans des feux éternels ;: et vous vous

f* plaignez de quelques afflictions pas-

sagères. | 3 .… Vous souffrez, et les Saints, que n'ont-ils pas souffert? vos peines

de vos re dou.

int pré.

jouffrez, ces, me de conet votre nsez-y:

ictions, ur Vos

us plai.

Dieu a vue de es douujet de

péchés s1 Dieu de dans plongé us vous ns pas-

ts, que peines

sont-elles comparables à leurs sacrifices ? commeeux vous désirez d’être saint, et vous ne voulez rien souffrir avec eux pour le devenir.

Vous souffrez ; par vos souffrances, Vous pouvez expier vos péchés, attirer les miséricordes de Dieu, mériter le ciel : dès lors vos souffrances, dans la vue de Dieu, ne sont-elles pas des graces, et des graces bien précieuses ? y a-t-il un autre chemin pour aller au ciel, que celui des croix.

Vous souffrez ; et vous vous inquiétez, vous vous plaignez, vous

Les Souffrances.

| êtes tenté de murmurer:

Mais par vos inquiétudes, adoucissez-vous vos souffrances ? ne voyez vous pas que vous ne faites que les aigtir, en perdre devant Dieu le mérite, vous: rendre indigne. de ses grâces et de son secours, peut-être | même vous attirer de nouvelles dis- # graces et de nouveaux malheurs ? 1

Enfin vous souffrez ; mais vou-

110 Les Souffrances.

driez-vous n'avoir rien à mettre au pied de la croix de votre Sauveur à . Vous y trouverez son sang ; est-ce trop d’y meler vos larmes !

Hommes pécheurs et coupables !

remontons à la source du’ mal, rentrons en nous mêmes, et voyons ce' que nous méritons devant Dieu : reconnaissons que si nous souffrons, ce sont nos péchés qui ont attiré nos souffrances ; et Join d’éclater en plaintes, loin d’accuser le ciel de rigueur, les créatures d'injustices, la fortune d'aveuglement, ne nous en prenons qu’à nous mêmes et à nos péchés. C’est là le funeste flambeau qui a allumé la colère de Dieu et le feu de ses vengeantes, C'est-là le poison mortel qui se répendant sur la terre, à produit l’affliction- dans les ames, l'amertume dans les cœurs, Ja désolation dans les familles, la ruine dans les provinces, la décadence dans les empires. . Dieu se dresse un tribunal de vengeance sur la terre, d’où il exerce ses jugemens redou-

ettre au uveur à ; est-ce

pables !

À PR l'en:

yons ce

eu : reuffrons, tiré nos ter en tel de ices, Ja ous en à nos ambeau u et le st-là le ant sur n- dans Cœur, [a ruine cadence esse un à terre, redou-

Les Souffrances. 111

tables sur les hommes pécheurs, soit pour punir les désordres, soit pour arrêter les scandales, soit pour ramener les prévaricateurs à l’observation de la loi.

OQuvrons donc les yeux sur nos malheurs ; et loin de les imputer en païens, comme nous faisons souvent, au hasard aveugle, à la malice de nos ennemis, à notre mauvais sort, à je ne sais quelle fatalité, que nous

‘appelons notre mauvaise étoile, re-

montons plus haut, allons au principe du mal, voyons le bras de Dieu

justement armé contre nous; nous

avons péché, et il nous a afiligés ; nous avons abandonné sa loi et il nous à abandonnés à nos calamités ; nous avons méprisé ses miséricordes, etil nous a livrés aux rigueurs de sa justice. Nos misètes augmentent, parce que nos iniquités se multiplient ; nons devenons tous les jours plus malheureux, parce que nous devenons tous les jours plus cou-

112 Les Souffrances.

pables. Les fléaux de Dieu ne sont . point arrêtés, ni ses trésors de colère épuisés ; sa main est encore levée contre nous sed adhuc manus eus extenta (1). Voulons-nous donc faire cesser nos misères ? renonçons à nos crimes, déplorons nos iniqui.

tés 3; humilions-nous sous la main de Dieu, et baisons la main qui nous frappe : alors le Ciel irrité s’appaisera, le Dieu vengeur calmera #a colère, et les nuages sombres qui annon- - aient les foudres et les éclairs pour nous perdre, se résoudront en une douce rosée pour nous sanctifier, Ce qu’il y a de plus consolant pour nous, c’est que, comme nos péchés ont attiré nos souffrances, nos souffrances serviront à expier nos péchés, contribueront à notre salut, er nous attireront un jour les récompenses promises aux ames souffrantes. Beati qui lugent.

. Voici donc les sentimens dans lesquelles nous devons recevoir nos

(1)-Isaie. 5.

ne sont e colère e levée us ejus ; donc Jonçons iniqui.

a main ui nous paisera, colère,

annon-

fs pour en une nctifier, it pour péchés s soufpéchés, et nous npenses s. Bea-

8 dans joir no0$

souffrances, si nous sommes chrétiens. Sentiment depatience: nous sommes pécheurs ; heureux d’avoir un moyen d'expier nos péchés en ce monde, plutôt que d’en réserver la peine éternelle dans l’autre.

Sentimens de patience, Dieu le veut : ce mot nous dit tout. Dieu le veut ou le permet: en vain nous plaindrions nous, . murmurerions nous, pourrons-nous jamais nous

Les Svuffrances.

Bsoustraire à la main toute-puissante

d’un Dieu vengeur.

Sentiment de confiance. Dieu nous afflige pour notre bien: il nous soutiendra, il nous consolera, il nous sanctifiera dans nos souffrances et par nos souffrances. Un Dieu a souffert avec joie pour nos péchés, souffrons avec juie pour son amour :

semons à présent dans les larmes, nous moissonnerons un jour dans Ja joie ; et une éternité de, bonbeur et de gloire sera la récompense de

quelques années - d'épreuves et de

combats,

114 Les Souffrances.

Pensons-y et consolons-nous dans toutes nos peines; nos péchés mé.

ritent encore plus que nous ne souffrons.

HISTOIRE

On assure que Saint Pierre sor.

tant de Rome dans le tems,de la persécution, rencontra Jésus-Christ chargé du pesant fardeau de la croix, et que lui ayant demandé où il allait dans ce triste état, je vais à Rome, répondit le' Sauveur, pour y être crucifié de nouveau pour vous, puis que vous refusez de souffrir pour moi: alors St. Pierre confus de sa faiblesse, et touché de son repentir, retourna à Rome, où il eut le bon:

‘heur de souffrir le martyre pour le nom et la gloire de son divin maître,

Nous avons imité Sc, Pierre dans sa faiblesse, quand est-ce que nou J'imiterons dans sa générosité? Hé:

Jas! combien de’ fois Jésus-Christ aurait-il pu nous dire à nous-mêmes:

je vais de nouveau m‘offrir à la mort

rre sor.

18,de la us-Christ la croix, \ilallai a Rome r y être us, puit rir pour us de sa repentir, , le bon:

pour le n maître, erre dans jue nous é? Hé 38- Christ -mêmes:

À la mort

porter ma croix ? Nous ne voulons ien souffrir ; la moindre peine, nous nous plaignons, nous murmurons ; le seul-nom, la seule pensée des souffrances, nous fait trembler ; est-celà être chrétien et disciple d'un Dieu mourant sur la croix ?

Dieu Souffrant, apprenez-nous à souffrir, aidez-nous à souffrir, sanctifiez-nous par nos souffrances unies aux votres et sanctifiées par les vôtres,

Pensons-y donc : et au lieu de nous plaindre de nos souffrances, rendons graces à Dieu, qui nous donne un moyen d’expier nos péchés,

Les Souffrances.

L'ame qui ne sait pas souffrir, ne fait pas aimer ;.le vrai amour ne se fait connaître que dans les souffrances, Jésus-Christ a planté la croix pour marquer le chemin du ciel : il l’a pré-.

sente aux ames pour les y conduire.

116 Les Souffrances, |

Grand nombre de Saints seraien dans l’enfer sans les souffrances ; « par les souffrances, bien des damné seraient devenus de grands Saint, Il vaut mieux pleurer que de pécher:

pleurez à présent avec les pénitens, L ur vous réjouir un jour avec le

| seraien

ances : «LE PARDON DES ENNEMIS damné ÉT LA

8 SainuS CHARITE' CHRETIENNE.

> pécher:

A méditation des fins dernières doit conduire à la pratique des puvres saintes : une des plus essenielles, c’est la charité et le pardon des ennemis, |

C'est Jésus-Christ même qui, reétu de tout le poids de son autorité, ous ordonne expressément de pardonner à nos ennemis, et même de les aimer en chrétiens: £go autem dico vobis, diéigite inimicos vestros, 1), nous dit-il a tous, bien des voix trangères se feront entendre pour ous séduire, Le monde toujours pervers, vous dira :, vengez-vous ; la passsion aigrissant Ve cœur, vous dira: vengez-vous; lacoutume tachant de prescrire coritre la loi, vous dira:

vengez-vous ; et moi votre Dieu,

(1) Lue €.

pénitens, avec le

118 Le Pardon

votre Roi, votre Maître, je vous di en Souverain, et sous peine de tou mes anathêmes : pardonnez; ne vou en tenez pas même là, aimez vos enne.

mis, diligite. Faites du bien à ceur qui vous haïssent et qui vous persé cutent, benefacite iis qui oderunt vor Imitez votre Père céleste, qui fai lever son soleil, et qui répand une pluie salutaire, non seulement sur la justes qui l’aiment, mais encore sur les méchans qui l'offensent ; sojen suum oriri facite super bonos & malu (1). Voilà l’oracle, voila le pré cepte, C'est un Dieu qui nous l'in:

time sous peine d’une damnation éternelle. Écoutez-le, et pensez-y bien.

Dans la pratique, voici l’obliga:

tion indispensable qui est imposée à tout chrétien.

Obligation de se réconcilier ave son ennemi, et de se réconcilit sincèrement et de cœur. |

‘Obligation de paraître réconcilié

(1) Matth. 6.

‘vous di e de tou : ne vou vos enne.

en à ceux vus persé:

erunt vos

qui fai pand un nt sur le ncore sut ts solen )s & malo

Je pré nous l'in jamnation pensez-y»

i l’obliga imposée à

ilier avec ‘éconcilier

éconcilié

d'en donner des marques : et si l'inimitié a été publique, que la réconciliation devienne publique elle-même,

Obligation d’aimer ses ennemis, leur vouloir du bien, de leur en souhaiter, de leur en faire même, si

des ennemis.

fon le peut, s’ils ‘le demandent au

nom de J, C: &e. ME Obligation de prier pour eux, de s'intéresser pour eux devant Dieu:

ce point est essentiel, etexpresséiment .

marqué dans la loi ; orate pro persequentibus & calomniantibus vos.

Telle est l'obligation, la nécessité, .

l'étendue, la sainteté, la perfection de la loi, Précepte si grand, que Dieu la porté dans les terines les yjlus énergiques : Ego autem dico vobis : précepte si pressant, que Dieu ne veut pas que le soleil se couche sur votre .

colère ; sol non uccidat super iracundiam vestram (1) : précepte si sacré, que quand même vous seriez au

(1) Ephes 4,

120 Le Purdon

pied de l'autel, pour offrir votre sacrifice, Dieu veut que vous laissiez le sacrifice et l'autel, pour aller vous réconcilier avec votre frère : vude priùès reconciliari fratri tuo : pré:

cepte si essentiel, que sans son ac.

conplissement, on ne peut avoir part aux Sacremens de l'Eglise, et que si l’on en approche dans cet état, a réception du Sacrement devient sa.

crilège. Enfin, précepte si indispen.

sable, que si on ne le remplit, on ne peut pas même faire la prière de chaque jour, sans se condamner soi.

même, sans prononcer dés anathèmes et des malédictions contre soi. Que dites vous dans votre prière de chaque jour? Dimitte nobis debita nostra, sicut & nos dimittimus (1) pardonnez.

nous comme nous pardonnons ; si donc vous ne pardonnez à vos ennemis, vous demandez que Dieu ne vous pardonne pis à vous même; c'est comme si vous lui disiez. Seigneur, frappez-moi ; vengez-vou

(1) Matth. 6.

ir votre 3 laissiez ler vous e . vude o : pré son ac:

voir part » €t que état, la vient sa indispen.

it, On ne prière de ner soi.

nathèmes où. Que le chaque a. nostra, rdonnez:

nons ; &i os ente- Dieu ne

même ; ez. Seigez-Voui

de moi ; faites éclater sur moi votre colère, lancez sur moi vos malédictions, armez-vous de votre foudre pour m'écraser. Et quand est-ce qu’on fait à Dieu cette horrible prière ?

l'outes les fois que l'on prie ayant Ja haine, la vengeance, l’animosité dans le cœur. Vous demandez que les fléaux que vous voudriez voir fondre sur votre ennemi, viennent fondre sur vous ; pensez-y et tremblez. | O enfant du Père céleste, pardonnez donc à vos ennemis; c'est votre Dieu même qui vous l’ordonne.

Mais pardonnez sincèrement et ne sardez dans le cœur ni ressentiment ni rancune. | Mais pardonnez universellement, et n’exceptez personne, parcé que la loi renferme tout le monde. Ç Mais pardonnez promptement. Ne différez pas un iûstunt, de peur que l'instant suivant la mort ne vous surprenne. :

des ennemis.

| 122 Le Pardon

Mais pardonnez constamment; « le sacrifice une fois fait à Dieu, qu'il soit fait pour toujours.

En un mot, pitmne comme voui voulez que Dieu vous pardonne:

ainsi accomplirez-vous la loi, ain attirerez-vous les graces de Dieu:

ainsi imiterez vous votre Sauveur; ainsi mériterez-vous la couronne & la récompense. Si vous y pense, pourrez-vous ne pas pardonner?

Pensez-y-bien.

Si vous refusez de pardonner i votre frère, jamais Dieu ne vou accordera le pardon.

| HISTOIRE

Le frère de saint Jean Gualbat fut assassiné par un de ses ennemis Cet homme sanguinaire s'étant én:

‘ suite rencontré avec Jean Gualbat

bien armé, dans un endroit où ni l’un -ni l’autre ne pouvaient s'éviter, ce meurtrier se voyant perdu, 8e pro terna les bras en croix et conjur son ennemi, au nom de Jésus-Chril montant sur la croix, de lui sauve

la vie. Guaïbert touché du spectacle, lui pardonne, l’embrasse, et vas faire sa prière devant.un crucifix dans une Eglise voisine : dès ce moment il quitte ses habits militaires, il renonce au monde, et se fait Religieux ; c’est lui qui devint ensuite le fondateu de l’Ordre de Volombreuse. |

Quel exemple et quels séntimens :

Pensez-y, et voyez si les votres sont aussi chrétiens.

Pardonnez-vous sincèrement et de cœur à vos ennemis ?

Aimez-vous votre prochain comme vous-même ? et considérez-vous dans lui la personne de Jésus-Christ même?

Pensez-y et jugez-vous devant Dieu.

des ennemis.

ment: el leu, qu'il

mme vou; ardonne:

loi, ainsi e Dieu:

Sauveur:

uronne el

y pense, ner ?

rdonner i ne voui

Gualbart s ennemis, étant én: ) Gualbeit t où ni l’un éviter, Ce 1, 8e pro et conjur ésus-Chrit Jui sauve

aimons-nou8 les uns les autres ; aimons-nous en Dieu et pour Dieu ; aimons-nous sincèrement, eflicacement, constamment ; aimons-nOus en ce monde, pour nous réunir à jamais dans l’autre,

Fr 2

Chrétiens, enfans d’un même Père, . |

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