‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 18 sur 45 · ARTE LOU · texte numérisé non relu

ARTE LOU

esprits, ni dans le domaine d’outre-tombe ; elle s’arrête à la matière et se trouve circonscrite par les barrières du temps.

La science humaine est incertaine dans ses conclusions. Que de fois n’a-t-elle pas dû reconnaître qu'elle s'était trompée et s’est vue, à sa confusion, obligée de retirer ou de contredire ses premières affirmations! Ne nous en étonnons pas : « Notre jugement et notre sentiment nous trompent souvent et sont de courte vue.» Imit.

Si l’on veut parler de la science humaine et naturelle des choses d'ici-bas, dit S. Alphonse, qu'est-ce que les hommes en savent, après toutes les études qu'ils ont faites ? Sommes-nous autre chose que des taupes aveugles ? Hormis les vérités que la foi nous enseigne, tout le reste ne nous est connu que par la voie des sens, par conjectures, en sorte que tout est pour nous incertain et sujet à erreur. Quel est l’écrivain qui, habile à traiter ces matières, quels que soient les applaudissements qu’il a reçus des uns, ait été exempt de critique de la part des autres ?

La science humaine est stérile dans ses résultats. Depuis six mille ans, écrivait Brunetière dans la Revue des deux mondes, tant de progrès matériels, accomplis par la science, ne nous ont pas fait avancer d’un pas dans la connaïssance de notre origine, de notre nature, de notre destinée. Aussi longtemps que la science n’aura pas de réponse à ces questions, elle ne sera, comme dit Pascal, qu’un dirertissement, c'està-dire une manière de nous empêcher de penser aux seules questions qui nous intéressent. Cette impuissance, cette stérilité séculaire de la science profane,

l'éminent académicien l’a caractérisée du terme humiliant de « banqueroute.»

Une autorité plus compétente, celle de Salomon que personne n 4 jamais égalé en science, proclame d'une manière encore plus éloquente cette désespérante stérilité. Après avoir acquis toutes les connaissances imaginables, ce grand roi déclare que tout est vanité et aflliction d'esprit ; et que, plus on entasse de science, plus on se crée de tourment. Et qui addit scientiam addit et laborem. Eccle. 1, 18.

La science humaine n’est pas seulement stérile, elle devient parfois très-nuisible ; et elle est toujours dangereuse, quand on ne veut lui donner d'autre guide qu’elle-même. La science mondaine enfle, dit S. Paul, scientia inflat. 1 Cor. vin, 1 ; elle rend l'homme superbe. Or, Dieu résiste aux superbes : Deus superbis resistit. Jac. 1V, 6. Il leur refuse son assistance. L'homme reste alors abandonné à luimême, aux faibles lumières de son esprit. Ils'y confie, ne veut recevoir conseil, direction de personne : il dédaigne même les lumières surnaturelles de la foi, n'écoute plus les représentants de l’autorité divine, ni l'Église catholique elle-même, chargée d'enseigner et de défendre la vérité sur la terre ; il n’admet plus d'autre règle de croire et de vivre que celle qu'il lui plaît de se tracer à lui-même.

C’est ainsi qu'ont pris naissance toutes les hérésies qui ont désolé l’Église ; telle fut particulièrement l’origine du modernisme, condamné si énergiquement par Pie X. N'est-ce pas en s’en rapportant uniquement à leurs propres lumières que les partisans de cette hérésie en sont venus à constituer un système

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de religion nouvelle, où la Révélation est rejeté : avec mépris, la Personne adorable de Jésus-Christ reniée ainsi que Dieu lui-même ? Ce n’est plus, d’après eux, la science qui doit obéir à la foi, mais la foi qu doit être subordonnée à la science, pour subir un progrès continu et indéfini, en rapport avec la raison humaine. Ainsi, comme dit S. Paul et comme le rappelle Pie X: « Ils se sont égarés dans leurs vains raisonnements et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres ; ils sont devenus fous en s’attribuant le nom de sages : Evanuerunt in cogitationibus suis, et obscuratum est insipiens cor eorum : dicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt. Rom. 1, 21-22. « Oh ! qu'ils sont nombreux, ceux qui ont péri par leur vaine science : et parce qu'ils ont mieux aimé s’élever que devenir humbles, ils se sont égarés dans leurs raisonnements.» Imit. L. 1,c. 8.

Voilà ce que c’est que la science humaine et profane. Tels sont les fruits qu’elle produit. Tout cela justifie parfaitement ce que nous dit l’Esprit-Saint au livre de la Sagesse : Vani sunt homines in quibus non subest scientia Dei. Sap. xt11, 1 : & Ils sont vains les hommes qui ne possèdent point la science de Dieu.» Quoi de plus vain, en effet, que de consumer sa vie à l’acquisition d’une science aussi stérile et aussi trompeuse !

Les vrais sages sont ceux que le Saint-Esprit a enrichis de la science des saints. Oh! que cette science est précieuse, qu’elle est sublime, qu’elle est sanctifiante ! Elle est élevée au-dessus de la science humaine beaucoup plus que ne l’est le ciel au-dessus de la terre.

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Et d’abord, comment s’obtient-elle ? Ce n'est pas par les douloureux efforts de l’esprit, par de longues années d'étude et de travail ; mais par l'humilité, la pureté du cœur et la prière.

«C’est moi, dit le Seigneur, qui donne la science aux hommes ct j’accorde aux petits une intelligence plus claire que celle que les hommes peuvent donner. C'est moi qui élève l’humble d’esprit, au point qu'il pénètre en un moment plus de secrets de la vie éternelle, qu'un autre n’en apprendrait dans les écoles, en dix années d'étude. J'instruis sans bruit de paroles, sans mélange d'opinions, sans faste d’honneurs et sans agitation d'arguments.» Imit. L. 3, c. 58.

Rien de plus certain que cette science. Elle donne une rectitude de jugement remarquable, un bon sens pratique surprenani, une élévation d'esprit et une sûreté de vue admirables. Elle fait discerner avec certitude le bien du mal, le vrai du faux, le certain de l'incertain, le solide de l'imaginaire, le réel de ce qui n’est qu’apparent. ( Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit, disait le saint curé d’Ars, ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d'ignorants qui en savent plus long que les savants. Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut pas se tromper.»

Rien de plus vaste. Elle est, dit S. Thomas, comme une participation à la science même de Dieu : Quadam participata similitudo scientiæ Dei, ! et comme telle, elle embrasse le présent, le passé et l’avenir, le ciel et la terre, le monde visible et le monce invisible,

la vie et la mort, le temps et l'éternité.

(1) 2. 2. 9. 3a. 1 ad 1.

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Rien de plus fécond. Elle produit toutes les vertus, elle apprend à l’homme à mépriser ce qui est méprisable, les faux biens de ce monde ; à aimer et à rechercher ce qui est digne de l’être, les biens solides et réels ; à amasser des richesses éternelles.

« L’Esprit-Saint, disait le saint curé d’Ars, est une lumière et une force. C’est lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal. Comme ces lunettes qui grossissent les objets, le Saint-Esprit nous fait voir le bien et le mal en grand. Avec le Saint-Esprit, on voit tout en grand : on voit la grandeur des moindres actions faites pour Dieu, et la grandeur des moindres fautes. Comme un horloger avec ses lunettes distingue les plus petits rouages d’une montre, avec les lumières du Saint-Esprit nous distinguons tous les détails de notre pauvre vie.»

Le don de science nous fait vivre dans l’éloignement du péché et dans la pratique de toutes les vertus. Quelle fécondité !

« J'apprends, dit Jésus-Christ à l’âme fidèle, à concevoir du mépris et du dégoût pour les choses terrestres et présentes, à chercher et à goûter les éternelles, à fuir les honneurs, à supporter les scandales, à mettre toute espérance en moi, à ne rien désirer en dehors de moi et à m’aimer ardemment par-dessus toutes choses.» Imit. L. 3, c. 58.

«Oh! quelle belle science, s’écrie S. Alphonse, que de savoir aimer Dieu et sauver son âme, science qui consiste à savoir prendre le cheuin du salut éternel et les moyens d’y parvenir! Bien des gens dans le monde, dit encore le même saint, savent les belleslettres, les mathématiques, les langues étrangères et

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les langues anciennes ; mais à quoi leur serviront ces connaissances, s’ils ..+ savent pas aimer Dieu ? Heureux, dit S. Augustin, celui qui connaît Dieu et qui l’aime ! Ignorât-il tout ce que savent les autres, il sera plus savant que tous les savants qui ne savent pas aimer Dieu. »

Lorsque saint Bernard quitta le monde pour aller se consacrer à Dieu, il conduisit avec lui tous ses frères, sauf le plus jeune, Nivard, qui n'était qu'un enfant. Au moment du départ, le voyant jouer sur la place avec ses petits compagnons, il l’appela pour lui faire ses adieux. Alors Gui jo, l’un des frères du Ba saint, dit à l’enfant en l’emsrassant : « Mon petit frère Nivard, vois-tu ce château et ces terres : et bien ! tout cela te reviendra à toi seul. Quoi! répondit l'enfant avec un sentiment qui n’était pas de son âge, vous prenez pour vous le ciel, et vous me laissez la terre ! Ce partage n’est pas égal.» Et il partit avec ses frères. La science humaine pourra-t-elle jamais inspirer de pareils sentiments ? O Science des Saints, que tu es désirable !

$ II Effets du don de science

Le premier effet du don de science est d'apporter un secours précieux à notre foi et à notre bonne volonté, en nous écl:'rant, d’une manière certaine, sur ce qu’il faut croire o’: ne pas croire, faire ou éviter. Par le moyen de ce don, le Saint-Esprit porte au plus profond de l’ême comme une impression très

vive de la règle de foi catholique au point qu'elle semble comme identifiée avec elle.

Si une règle quelconque avait des yeux pour voir, elle apercevrait immédiatement tout ce qui ne serait pas conforme à sa rectitude. Ainsi, l'âme ornée du don de science découvre à l'instant tout ce qui s'écarte de la foi. L'erreur lui saute aux yeux, quelles que soient les apparences de vérité sous lesquelles elle cherche à se cacher. D'un seul coup d'œil, cette âme voit la fausseté et l'inanité des objections qu'on soulève contre la Religion ; elle a le flair de la vérité, rien n’est capable de l'ébranler. En ces jours-là, dit le Seigneur, j'imprimerai ma loi dans leurs entrailles, et je l’écrirai dans leur cœur... Dabo legem meam in visceribus eorum et in corde eorum seribam eam. Jer. XXX1, 33 Et ils seront tous instruits par le Seigneur: Universos filios tuos doctos a Domino. Is. LIv, 12.

Le don de science donne en même temps comme un instinct de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il montre à l'âme les voies dangereuses où Satan voudrait la faire marcher, lorsqu'il se transforme pour mieux la perdre, en ange de lumière. Il lui fait discerner, dans la vie spirituelle, la vraie dévotion de celle qui n’en a que les apparences. Il la met en garde contre les maximes larges et les principes accommodants des âmes relâchées. Il la préserve enfin des illusions où il est si facile de tomber, quand on s’adonne à l’oraison, à la mortification et aux autres exercices de la vie intérieure. C’est ce qui a fait dire à S. Grégoire que la piété est complètement inutile si elle n’est éclairée par la science : V'alde

Moral.

Voilà comment le Saint-Esprit conduit sûremcut les âmes dans la voie du salut et de la sainteté, voie qui est parsemée de tant d’écueils et bordée de tant de précipices. « Justum deduxit Dominus per vias rectas, et dedit illi scientiam sanctorum. Sap. X, 10.

Le deuxième effet du don de science est un grand délachement des créatures, et, par suite, une grande

pureté de cœur.

À la lumière de ce don béni, nous voyons ce que les créatures sont en elles-mêmes, nous en découvrons le vide et le néant, nous reconnaissons l'impuissance où elles sont de nous rendre heureux, la folie et le danger qu'il y a à s’y attacher.

Ce qui fait le malheur de tant d'hommes qui se damnent, c'est que, dépourvus de ce don lumineux, ils estiment comme véritables les faux biens de la terre ; ils se passionnent du désir de les posséder et consument leur vie à les poursuivre. Dès lors, ils perdent de vue les biens éternels : ils ne pensent ni à Dieu, ni à leur âme, ni à la mort, ni à l'éternité. Hélas ! quelle amère déception ils se préparent ! Oh! dit S. Alphonse, à la lueur du cierge qu’on allumera au moment de la mort, comme on reconnaîtra bien la vanité de tous les biens de ce monde: ! Jn illa die peribunt omnes cogitationes eorum. Ps. cxLv, 4: « En ce jour-là, elles s’évanouiront toutes les illusions qu'on s'était faites sur les richesses, les grandeurs et

les plaisirs.»

Le pape Léon XI disait, à sa mort : Il vaudrait mieux pour moi d’avoir été portier dans un monastère que souverain pontife. Philippe II, roi d’Es-

inutilis est pietas si scientiæ discretione caret. In 1

pagne, étant près de mourir, fit venir son fils ; puis, ouvrant son manteau royal, il lui montra sa poitrine rongée de vers et lui dit : « Prince, vois comment on meurt et où aboutissent les grandeurs du monde, Ensuite, il s’écria : Oh ! que n’ai-je été simple frère lai dans quelque ordre religieux, plutôt que monarque.)

Hélas ! les pauvres pécheurs, aveuglés par leurs passions, ne veulent pas comprendre la parole de Jésus-Christ : Que sert-il à l’homme de gagner l’univer”, s’il vient à perdre son âme ! Ils la comprendront et ils la rediront quand il sera trop tard. Alors, touchés de regret et jetant des soupirs dans l’angoisse de leur cœur, ils s’écrieront : « Nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité, la lumière de la justice n’a point lui pour nous, et le soleil de l’intelligence ne s’est point levé sur nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l’iniquité et de la perdition, nous avons marché dans des chemins âpres et nous avons ignoré la voie du Seigneur. De quoi nous a servi notre orgueil ? Qu’avons-nous retiré de la vaine ostentation de nos richesses ? Toutes ces choses sont passées comme l’ombre, et comme un courrier qui court, ou comme un vaisseau qui fend les flots agités, dont on ne trouve point de trace après qu'il est passé, et qui n’imprime sur les flots nulle marque de sa route ; ou comme un oiseau qui vole au travers de l’air, sans qu’on puisse remarquer par où il passe ; on n’entend que le bruit de ses ailes qui frappent l'air, et qui le divisent avec effort, et après qu’en les remuant il a achevé son vol, on ne trouve plus aucune trace de son passage ; ou comme la flèche qui est lancée vers son but, l’air qu’elle divise se rejoint

aussitôt sans qu’on reconnaisse par où elle est passée. Ainsi, nous ne sommes pas plutôt nés que nous avons cessé d’être. Voilà ce que les pécheurs diront dans l'enfer, parce que l’espérance des méchants est com.ne ces petites pailles que le vent emporte ; ou comine l’écume légère qui est dispersée par la tempête ; ou comme la fumée que le vent dissipe ; ou comme le souvenir d'un hôte qui passe, et qui n’est qu’un jour en un même lieu.» Sap. v, 3-15.

Les âmes éclairées par le don de science n’auront pas de ces regrets. Comprenant le néant et la fausseté des biens que le monde recherche, sachant qu’elles devront quitter nécessairement tous ces biens à la mort, elies les méprisent et elles les quittent généreusement pendant la vie, en en détachant leur cœur, ou bien en y renonçant pour l’amour de Jésus-Christ. Elles dirigent tous leurs désirs vers les biens éternels et s'efforcent de s’en enrichir, suivant fidèlement le conseil de Notre-Seigneur : « Amassezvous dans le ciel des trésors que le rouille et les vers ne peuvent ronger.» Thesaurizate vobis thesauros in cœlo ubineque ærugo neque tinea demolitur. Matt.vi,20.

S. François de Borgia vivait à la cour d’Espagne, au sein des richesses et des grandeurs. L’impératrice Isabelle étant venue à mourir, il fut chargé d’accompagner à Grenade sa dépouille mortelle. Là, on ouvrit le cercueil pour reconnaître officiellement l'identité du corps ; mais l’horrible état de ce cadavre et la puanteur qui s’en exhalait mirent tout le monde en fuite. François, guidé par la lumière du don de science, s'arrêta à contempler dans ces misérables restes la vanité de tous les biens d’ici-bas. Vivement touché par la grâce, il s'écria : Est-ce bien vous que

je vois, Ô mon Impératrice ! Vous qui faisiez par votre beauté l’admiration de tous ! Vous devant qui venaient se prosterner tant de princes célèbres ! O illustre Isabelle ! où s’en est allée votre majesté ? Qu'est devenue voire beauté ! Puisque c’est là, conclut-il, qu’aboutissent les grandeurs et les couronnes de la terre, je veux servir un maître qui ne puisse plus m'être enlevé par la mort. Dès ce moment, il se consacra tout entier à Jésus-Christ, quitta le monde, entra dans la Compagnie de Jésus où il devint un très gr.nd saint.

Le troisième effet du don de science est un recueillement habituel, ur doux et continuel commerce avec Dieu.

Si les créatures considérées en elles-mêmes ne sont que vanité et néant, considérées par rapport à Dieu, elles sont des moyens précieux et comme autant d’échclons pour nous élever jusqu’à lui. Omnis creatura scala ad Deum. « Si votre cœur était pur et droit, dit l’auteur de l’Imitation, toute créature vous serait un miroir de vie, et la création tout entière un livre plein de saints enseignements!» S. Bernard ne disait-il pas qu’il avait plus appris parmi les hêtres des forêts que dans tous les livres ? {Il n’est pas de créature si petite, si chétive soit-elle, qui ne présente une image de la bonté de Dieu. Toutes, ayant été faites par lui, portent, dit S. Augustin, le vestige embaumé de ses pas, les rayons réfléchis de sa face. Toutes redisent les échos de sa parole. Elles sont, dit S. Thomas, comme autant de copies et de reproductions des perfections divines. « Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité sont devenues visibles, depuis la création du

monde, par la connaissance que les créatures nous en donnent » : Invisibilia enim ipsius a creatura mundi per ea quæ facta sunt intellecta conspiciuntur, sempiterna quoque ejus virtus et divinitas. Rom. 1, 20.

Mais pour découvrir ainsi les traces de Dieu dans les créatures, il faut avoir l’Esprit de Dieu et le cœur éclairé du don de science. Le ciel et la terre, disait S. Augustin, tout me crie, à mon Dieu, que je dois vous aimer. Quand il regardait le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les fleuves, il lui semblait que toutes ces créatures lui disaient : Augustin, aime ton Dieu. Il nous a créées pour toi, pour lui gagner ton amour. Ste Thérèse se figurait que ‘es créatures lui reprochaient son ingratitude envers Dieu. Lorsque Ste Marie Madeleine de Pazzi tenait en main une belle fleur ou quelque fruit, elle se sentait le cœur percé d’un trait d'amour pour Dieu à cette réflexion : Mon Dieu a donc pensé dès l'éternité à créer cette fleur, ce fruit pour se faire aimer de moi ! S. Philippe de Néri passait quelquefois des heures à contempler dans un ciel parsemé d'étoiles la beauté, la puissance, la sagesse de Dieu.

(Toutes les créatures étaient pour les saints comme autant d’échelons par lesquels ils s’élevaient vers Dieu ; comme autant de miroirs, où se réflétaient aux regards de leur foi les perfections divines; comme autant de foyers d’amour où leur cœur s’embrasait pour Dieu de flammes toujours nouvelles. Sans jamais s'arrêter dans ces choses créées, ils passaient d’elles à Dieu, comme au premier principe et à la fin essentielle de tout ce qui existe, et par là, ils s’élevaient tous les jours de vertu en vertu. En voyant le ciel,

ils s’écriaient : Loué soit le Seigneur, dont l’éternelle miséricorde a fait pour nous toutes ces merveilles, En voyant la terre, ses moissons, ses prairies, ses fruits et ses fleurs, ils redisaient le même cri d’amour: Loué soit le Dieu d’amour, dont la bonté a fait pour moi toutes ces choses. Témoins de tous les événements du monde, ils s’élevaient à l’amour de la Providence qui dirige tout dans des vues pleines de sagesse et de bienveillance pour les élus. A la vue même des péchés de la terre, ils s’élevaient à l’amour de la patience divine qui supporte en silence tant d’outrages.» !

Voilà comment, aux yeux de l’âme ornée du don de science, tout s’illumine d’une clarté divine. Elle voit ce que les autres ne voient point : des reflets de la beauté, de la sagesse, de la puissance et de la bonté de Dieu. Elle entend ce que les autres n’entendent point : le concert harmonieux des êtres chantant, chacun à sa manière, les louanges du Maître et Seigneur de l’univers. Et alors, comme David, elle mêle sa voix à leur voix et se fait leur interprète auprès de leur Auteur.

Les créatures sont pour notre âme comme les cordes d’une harpe. Si vous n’imprimez à ces cordes aucun mouvemen* elles se taisent. Si vous les touchez sans art, elles rendent des sons discordants. Si, au contraire, vous les touchez d’une main exercée, elles laissent entendre de douces et suaves harmonies. De même, si vous ne prêtez aucune attention aux créatures, ou si vous ne les regardez qu’avec indifférence, elles demeurent muettes pour votre âme. Si vous les

(1) Hamon : Méditations.

DON

DE SCIENCE 141 considérez en dehors de la lumière divine, c’est-à-dire tout naturellement, elles jettent votre âme dans le trouble et le péché, et remplissent votre conscience des cris aigus du remords. Mais si vous les regardez à la lumière du don de science, elles font entendre à votre cœur une ravissante harmonie. Dieu, dit le P. Surin, allume dans les âmes le feu de son amour par la vue des créatures qui, leur prêchant les perfections divines, sont comme autant de charbons ardents ajoutés au brasier qu’elles portent au dedans d’ellesmêmes. Il leur fait voir dans une fleur, un insecte, les trésors de sa sagesse et de sa bonté : il n’en faut pas davantage pour causer dans ces âmes un nouvel incendie.

Sans ce don béni, les créatures, au lieu d’être des échelons pour nous élever à Dieu, deviennent comme des crochets qui nous entraînent loin de lui, des instruments de péché qui absorbent presque toutes nos pensées, attachent et corrompent notre cœur. Creaturæ Dei in odium factæ sunt, et in tentationem animabus hominum, et in muscipulam pedibus insipienhum. Sap. x1v, 11. Si elles parlent, ce n’est qu'aux sens et aux passions : elles font impression sur le cœur, le captivent par des charmes trompeurs, l’embrasent d’un feu pestilentiel qui dévore tout et ne laisse que des ruines. Malheur à l’âme qui ne voit les choses que des yeux de la nature: elle n’échappera pas aux pièges que l'enfer lui tend par le moyen des créatures ; non seulement elle se perdra, mais elle en entraînera d’autres avec elle au fond de l’abtme.

Le quatrième effet du don de science, c’est de faire eslimer et rechercher ce que le monde méprise et ce

qu’il fuit avec horreur, à savoir : la pauvreté, l’humiliation, le mépris, la souffrance, les persécutions, en un mot toutes les croix de lu vie.

« Je n’ai pas estimé savoir quelque chose parmi vous, disait S. Paul, si ce n’est Jésus et Jésus crucifié:» Non enim judicavi scire aliquid inter vos nisi Jesum et hunc crucifitum. 1 Cor. 11, 2. « Si vous voulez savoir et apprendre utilement quelque chose, dit l’Imitation, apprenez à être oublié et compté pour rien ; car telle est la plus profonde et la plus utile des connaissances : se connaître et se mépriser soimême. Appliquez-vous à la mortification de vos passions, cela vous sera plus avantageux que la connaissance d’un grand nombre de questions difficiles.»

A la lumière du don de science l'âme découvre, dans ces vertus crucifiantes pour la nature, une beauté qui la transporte ; dans les épreuves de la vie, des trésors supérieurs à tous les biens de la terre, des gages précieux de l’amuour de son Dieu, de puissants moyens de sanctification. Si scires mysterium crucis: «Si tu connaissais le mystère de la croix,» disait S. André au tyran qui allait le faire mourir ; si tu savais tout ce que ce mystère renferme de richesse et de douceur! L'âme comprend alors ces paroles du Sauveur : « Bienheureux sont les pauvres. Bienheureux ceux qui pleurent. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, » et ces autres de S. Pierre : € Participant aux souffrances de Jésus-Christ, réjouissez-vous, afin que vous vous réjouissiez encore, tressaillant de joie, dans la révélation de sa gloire. Si vous êtes outragés pour le nom de Jésus-Christ, vous serez bienheureux : parce que l’honneur, la gloire et

la vertu de Dieu reposent sur vous » : Communicantes Christi passionibus gaudete, ut in revelatione gloriæ ejus gaudeatis exultantes. Si exprobramini in nomine Christi bcati eritis, quoniam quod est honoris, gloriæ et virtutis Dei, et qui est ejus Spiritus super vos requiescet. 1 Petr. 1V, 13-14. De là, ces élans généreux vers la croix et les mépris que nous admirons chez les saints, cette soif de souffrances qui leur faisait considérer comme perdus les jours où ils n’avaient rien eu à souffrir. Je ne donnerais pas mes croix pour tout l’or du monde, disait Ste Thérèse. Ainsi, les apôtres se retiraient des prétoires et des prisons glorifiant et bénissant le Seigneur, s’estimant heureux d’avoir eu quelque chose à souffrir pour le nom de Jésus.

Le cinquième effet du don de science, c’est d'établir l'ême dans 12 douceur, une tranquillité si grandes, qu'elle se trouve à l’abri de toute irrilation ou colère.

7" Rien, dit S. Antonin, n’est plus opposé au don de science que la colère. En effet, la colère aveugle, elle couvre l'esprit de ténèbres, l'empêche de discerner la vérité et de porter un jugement droit sur les choses, Il y a deux sortes de colères, à savoir : une colère sainte, conforme au don de science et qui n’est autre que la science elle-même, armée pour défendre la vérité ; telle fut la colère de Jésus, chassant les vendeurs du temple, ou s’indignant contre les Pharisiens, qu'il traita de sépulcres blanchis ; telle est encore la colère du prédicateur tonnant contre le vice. Il y a ensuite une colère coupable : c'est, dit Mgr Gaume, l'ignorance armée pour la défense d’un bien qui n’est qu'apparent, ou la répulsion d’un mal plutôt imaginaire que réel. Cette colère s’exhale en paroles

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blessantes, elle excède dans ses mouvements, aveugle l'esprit, aigrit le cœur, rend impossible tout commerce avec Dieu.

Tout le mal provient de la fausse idée qu’on se fait des biens et des maux de cette vie. Le don de science nous les fait apprécier à leur juste valeur. Il nous montre clairement que ces biens et ces maux ne sont tels qu’en apparence ; que la pauvreté, l'humiliation, la souffrance sont souvent d’inestimables faveurs ; que la richesse, la gloire, le plaisir sont au contraire, pour la plupart, des maux déplorables, et pour tous, de terribles dangers. L'âme qui est bien pénétrée de ces vérités par le don de science, et qui tient sa volonté à l’unisson de ces connaissances, devient, en quelque sorte, indifférente aux biens et aux maux de ce monde : elle n’a, dès lors, plus aucune raison de s'irritei au contraire, considérant les tristes effets qui résulisnt de la colère, elle est attentive à ne lui donner jamais entrée dans son cœur.

* La source de la colère se trouve donc tarie, dès qu’on

ne désire plus d’autre bien que la volonté de Dieu, et qu’on ne craint plus d'autre mal que le péché. Mais de même que lorsque le soleil quitte l’horizon, la nuit se fait aussitôt, de même, dès qu’une âme cesse d’être illuminée par le don de science, l'esprit de colère s'empare d’elle, la trouble et l’agite. Se faisant alors une fausse idée des choses, elle désire, elle recherche avidement ce qu’elle croit être un bien pour elle, comme elle craint horriblement, elle fuit avec horreur ce qu’elle croit être un mal ; et quand, dans cette recherche ou dans cette fuite, elle rencontre un obstacle, elle veut le renverser à tout prix,

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elle se heurte violemment, se déchaîne, se brise contre lui : de là, l’irritation, .a colère, et parfois la fureur.

On a donc bien raison d’appeler la colère : La fille de l'ignorance.

$ III Moyens à employer pour acquérir le don de science

1° L'humilité. Cette vertu est nécessaire, particulièrement à ceux qui s'adonnent à la culture des sciences divines ou humaines. Plus que les autres, ils sont exposés à se complaire en eux-mêmes, à tomber dans la vanité et l’orgueil. «Les savants, dit l’Imitation de Jésus-Christ, sont bien aises de paraître tels et de passer pour sages. Sachez pourtant que s'il vous semble que vous connaissez beaucoup de choses, il en est beaucoup plus que vous ne connaissez pas. Ne vous élevez donc pas en vous-même; mais avouez plutôt votre ignorance. Quel sujet avezvous de vous estimer plus qu’un autre, puisqu'il y en a tant qui en savent plus que vous ?... Ne l’oubliez pas, plus vous êtes instruit, plus vous serez jugé rigoureusement ; ne vous glorifiez donc pas de vos petites connaissances ; mais plutôt, craignez de ne pas bien user de la science qui vous est donnée, Liv. 1, C.2. Viendra un temps où Jésus-Chris\, le Maître des maîtres, le Seigneur des anges, paraîtra pour entendre les leçons de tous, c’est-à-dire, pour examiner toutes les consciences ; alors, la lampe à la main, il visitera les recoins de Jérusalem : ce qui était caché dans les ténèbres sera mis au grand jour. Et certes, en ce

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jour du jugement, il ne nous sera point demandé ce que nous aurons lu, mais ce que nous aurons fait ; avec quelle éloquence nous aurons parlé, mais avec quelle sainteté nous aurons vécu. Que servent done ces recherches raffinées sur des choses cachées et obscures, puisque nous ne serons point repris, au jour du jugement, de les avoir ignorées ? Que vous sert-il de parler savamment de la Trinité si, manquant d’humilité, vous déplaisez à la Trinité ? Quand vous sauriez par cœur toute la Bible et les sentences de tous les philosophes, que vous servirait tout cela sans l'amour de Dieu et sans sa grâce ? Un pauvre paysan qui sert bien Dieu vaut beaucoup mieux qu'un philosophe superbe qui, négligeant les affaires de son salut, observe le cours des astres. Quand je saurais toutes les choses qui sont dans le monde, si je ne suis pas dans la charité, que me servira ma science devant Dieu, qui doit me juger sur mes œuvres ?» L.1,c. 1et 2.

€ L'’humble connaissance «. soi-même est une voie bien plus sûre et plus ceur:: pour aller à Dieu que la recherche d’une science » fonde. Oh ! si l’on faisait autant d’efforts pour avancer dans l'humilité que dans les sciences, que de nouvelles lumières brilleraient dans la sainte Église ! Jamais on ne verrait entre les différentes écoles de ces disputes, de ces contestations qui blessent la charité, sans aucun profit pour la vérité.» Ibid. Jamais, on n'aurait à contempler le triste spectacle de têtes altières, remplies beaucoup plus d’orgueil que de science, se permettant de tout critiquer, de tout raisonner, de révoquer en doute ce qui avait été cru jusque là ; rêvant

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des systèmes nouveaux, formulant des théories nouvelles, rejetant comme des fables les anciennes traditions, comme si rien de bon n'avait été fait avant eux, et qu'eux seuls eussent reçu en partage tout l'esprit et toute la sagesse du monde.

De même qu’il n’est pas de vertu solide sans humilité, il ne peut non plus y avoir de vraie science sans elle.

2° La simplicité du cœur. Par le don de science, nous cherchons Dieu, en remontant à lui par le moyen des créatures. Or, l'Esprit-Saint lui-même nous apprend de quelle manière nous devons faire cette recherche de Dieu: 1n simplicilate cordis quærite illum. Sap. 1, 1: « Cherchez Dieu dans la simplicité de votre cœur.» La simplicité du cœur est essentiellement vérité et droiture, elle va droit au but ; et ce but est Dieu, à qui seul elle veut plaire. La simplicité est ennemie de la multiplicité, elle ramène tout à l’unité : dans l'intelligence, c'est l'unité du regard, car la simplicité ne voit que Dieu ; dans la volonté, c'est l'unité d'affection, et Dieu seul en est l'objet. Cette vertu nous rend semblables au petit enfant. Comme l'enfant n'a qu’une pensée et un amour : la pensée et l’amour de sa mère, l’âme simple n'a qu'une pensée qui est Dieu et sa gloire ; un seul amour, sa volonté et son bon plaisir en tout.

L'âme enrichie de cette bienheureuse simplicité voit partout, sans peine et sans effort, des traces, des vestiges, des images de son Dieu. Tout lui rappelle Celui qu’elle aime et qu'elle cherche, tout l’excite à l'aimer davantage et à le servir plus parfaitement. (Si vous aviez le cœur droit, dit l’Imitation, toutes .

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s créatures vous serviraient de miroir pour régler vatre vie, et de livre pour y puiser une saine doctrine Lime « deux ailes pour s'élever au-dessus des choses “+ la terre, la simplicité et la pureté. »

Non seulement, par cette vertu, l'âme monte vers

u, mais elle fait encore descendre Dieu en elle:

pl. jus sermocinatio ejus. Prov. 111, 32: (Dieu

:. à converser avec les âmes simples. » Il leur

;er > familhièrement et leur communique ses secrets:

«le vous bénis, mon Père, s’écria un jour Notre-Sei-

gneur dans un divin transport, de ce que vous avez

caché ces choses aux sages et aux prudents du siècle

tandis que vous les avez révélées aux petits. Oui,

mon Père, soyez-en béni à jamais, car il vous a été

agréable d'en agir ainsi:» Confiteor tibi, Pater, Domine

cœli et terræ, quia abscondisti hœc a sapientibus et

prudentibus et revelasti sa parvulis, ita Pater quoniam sic fuit placitum ante te. Matth. x1, 25-26.

Quels sont ces sages et ces prudents auxquels Dieu cache ses mystères, sinon tous ces prétendus savants anciens et modernes qui, victimes de leur orgueil et de leurs passions, sont incapables, dit $ Paul, de comprendre les choses de Dieu et se trouvent livrés à leur sens réprouvé ? Quels sont ces petits si privilégiés, sinon ces âmes simples comme des enfants, qui acceptent sans résistance le joug si noble et si suave de la foi et des commandements divins ? Oui, voilà les petits dont parle le divin Maître ; et c'est à eux qu’appartient, comme de droit, par le d :t même de son Père, la lumière et la science du salut. Les philosophes et les savants du siècle, aveuglés par leur orgueil et leur corruption, se perdent pour

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DE SCIENCE 149 l'éternité, dit S. Augustin ; et les ignorants, éclairés par la lumière divine, se lèvent et emportent le ciel : Surgunt indocti et rapiunt cœlum. Conf. 1, 8, c. s.

3° La lecture de l'Ecriture Sainte et des livres de piété. S. Paul recommande vivement ce moyen à son disciple, Timothée : Attende leetioni. 1 Tim. IV, 13. Il le savait pourtant très occupé : malgré cela, il ne laisse pas de lui recommander les saintes !ectures.

Parlant de nos Saints Livres, S. J.-Chrysostôme disait : € N’allez pas chercher ailleurs vos maîtres et vos écoles, vous avez l2 parole de Dieu. Pas une autre ne vous apprendra, comme elle, ce que vous devez connaître ; c'est un devoir pour tout chrétien de :re assidûment nos Saintes Écritures. Cette lecture calme nos passions, déracine nos vices, nous éloigne du mal, nous fortifie dans le bien, prépare le cœur aux salutaires impressions. Le livre des divines Écritures, simple et sublime tout à la fois, d’une clarté et d'une profondeur également admirables, renferme des mystères infiniment supérieurs aux efforts des plus grands génies, et, en même temt…, des vérités qui sont à la portée de tou: le monde »

(Quelle honte pour nous, s'écrie-t-il, quelle ho:te pour des chrétiens d’être si peu versés dns la connaissance des Saintes Écriture: ! Qu: - en est bien pénétré s’est enrichi du plus précieux trésor ; il lui suffit d'ouvrir la bouche pour répand: autour de lui les parfums qui s’en exhalent. Q::'il soit assailli par les adversités, il les supporte avec caime, parce qu’il à puisé les principes d'une duc :rine qui le rend supérieur à tous les événements Tei que i homme assis Sur un rocher élevé brave les flots qui mugissent à

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ses pieds, ainsi voit-il les vicissitudes humaines s’agiter autour de lui, sans pouvoir l’atteindre. »

« L'Écriture Sainte est un trésor qui s’offre et se donne à tous ; comme la lumière, il se partage sans s’épuiser. Tout y est écrit : ad nostram instructionem, pour notre instruction. Pourquoi l’Esprit-Saint aurait-il donc emprunté, pour les écrire, la plume des publicains, des pêcheurs, de simples artisans, d’hommes sans doctrine et sans lettres, si ce n’était pour les mettre à la portée des lecteurs les moins instruits ? Ce qu’il importait à tous de savoir, ils l’ont exposé clairement, de la manière la plus intelligible pour tous, comme étant les communs docteurs de l’univers.» Homel. passim.

S. Alphonse conseille beaucoup la lecture des livres de piété, de ceux où l’âme trouve plus de dévotion et qui la portent davantage à s’unir à Dieu; il recommande tout spécialement les vies de saints. C’est dans ces vies qu’on voit le saint Évangile mis en pratique ; de tant d’exemples admirables de vertu qui y sont relatés, se dégage une vive lumière qui éclaire mieux que toutes les paroles, qui porte l'âme à s’humilier à la vue du peu qu’elle fait pour Dieu, et l’excite à une plus grande ferveur.

4° L'étude du crucifixz. Pour acquérir la science mondaine, les hommes recourent aux livres écrits par les savants les plus renommés. Ils les étudient, les approfondissent et y trouvent la lumière qu'ils cherchent. Pour nous enseigner la science des saints, Dieu nous a donné un livre qui l’emporte sur tous les autres, livre incomparable écrit en caractères sanglants par Celui en qui, dit S. Paul, sont cachés les

DON DE SCIENCE 151 trésors de la sagesse et de la science de Dieu. Ce livre n’est autre que Jésus crucifié. Quel spectacle que celui d’un Dieu revêtu d’un corps comme le nôtre, attaché à un infâme gibet par trois clous qui transpercent ses mains et ses pieds, répandant son sang par tous ses membres et agonisant dans les plus cruelles douleurs ! Comment, à cette vue, ne pas se sentir touché et embrasé d'amour !

(Toute ma science et tout ce que je prétends vous enseigner, disait S. Paul, c’est Jésus et Jésus crucifié »: Non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hunc crucifirum. 1 Cor. n1, 2.

Jésus crucifié, voilà donc le livre divin où se puise la science qui fait les saints. Un grand serviteur de Dieu, le frère Bernard de Corlione, capucin, était d'une complète ignorance. Ses confrères, voulant lui apprendre au moins à lire, l’humble religieux, avant d'accepter leur proposition, alla consulter Jésus en croix, et il entendit très distinctement cette réponse : Quoi ! des livres, de la science ! C’est moi qui suis ton livre ; tu dois toujours y lire l’amour que j'ai eu pour toi. Dans une conversation intime, S. Thomas demanda à S. Bonaventure quel livre il avait le plus consulté pour remplir ses ouvrages de si beaux enseignements. $. Bonaventure lui montra son crucifix qu’il avait terni à force d'y coller ses lèvres : « Voilà, dit-il, le livre où je puise tout ce que j'écris.» De fait, c'est en étudiant le crucifix que tous les saints sont devenus habiles dans l’art d'aimer Dieu. À cette douce école, S. François d'Assise Jevint un sérapnin sur terre. Ses larmes coulaient rien qu’au souvenir des souffrances de Jésus, il en avait presque perdu

la vue. C’est là que S. Alphonse a puisé le zèle dévorant qui a consumé son âme. Il a voulu que ses enfants vinssent à la même école, apprendre la science d’aimer Dieu et les âmes. Il leur a prescrit de méditer tous les soirs une demi-heure sur les souffrances et la mort de l’'Hommie-Dieu.

5° Entendre avec foi la parole de Dieu. De même que Notre-Seigneur se cache sous le voile de l’Eucharistie pour nourrir les âmes, ainsi il se cache sous le voile de l2 divine parole, pour se communiquer à nous et répandre dans nos âmes les rayons de sa lumière. Mais pour être éclairé de cette lumière, il faut la foi et l’humilité. Sans ces dispositions, on écoute la parole divine comme une parole simplement humaine, et elle ne produit que des effets humains. C’est ainsi que les Pharisiens écoutaient Notre-Seigneur ; ils ne voyaient pas Dieu en lui. N'est-ce pas là, disaient-ils, le fils du charpentier Joseph ? Aussi, au lieu de se convertir à la parole du Maître, ils endurcissaient leur cœur, tandis que de pauvres pécheurs pleuraient amèrement leurs fautes, et prenaient de grandes et sublimes résolutions. La Vierge Marie recueillait très religieusement les paroles de son divin Fils, et les méditait dans son cœur. Toutes les âmes q'.i veulent faire des progrès dans la science des saints agissent de même. Dans cette science, comme dans les autres, il faut des maîtres ; et ici, les maîtres qu’on doit écouter, ce sont les prédicateurs auxquels Jésus-Christ a dit : Euntes docele omnes gentes. Matth. xxVIII, 19. Qui vos audit me audit. Luc. x, 16: « Allez, enseignez toutes les nations ; qui vous écoute, m’écoute.» On peut dire de

chacun d’eux ce que le prophète Zacharie disait de S. Jean-Baptiste, qu'ils sont envoyés par Dieu : Ad dandam scientiam salutis Plebi ejus: « pour porter aux peuples la science du salut.» Luc I, 77.

6° Le moyen des moyens d’obtenir le don de science, comme tous les autres secours dont nous avons besoin, c’est la prière.

Dieu est appelé dans nos Saints Livres : le Dieu des sciences: Deus scientiarum Dominus est. 1 Reg. 11, 3. C’est lui qui a donné à nos premiers parents, après les avoir créés, cette science merveilleuse qu’ils possédaient dans l’état d’innocence : Creavit illis scientiam spiritu. Eccli. XVI, 6. C’est lui encore qui se plaît à donner aux âmes fidèles la science qui fait les saints: Dedit illi scientiam sanctorum. Sap. X, 10.

«En Jésus-Christ, dit S. Paul, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science:» In quo sunt omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi. Col. U, 3. Par conséquent, si nous avons soif de la science des saints, c'est à cette source du Cœur de Dieu qu'il faut aller la puiser. Recourons donc à la prière, si nous voulons l’obtenir. Demandons-la instamment et continuellement à Dieu, répétant avec David : Bonitatem et disciplinam et scientiam doce me: (Ensei- 8nez-moi, Seigneur, la bonté, la régularité et la science.» Ps. cxvint, 66. Demandons-la surtout au Saint- Esprit. Jésus n’a-t-il pas dit à ses disciples: «L'Esprit de vérité, que je vous enverrai, vous enseignera toute chose:» Spiritus veritatis docebit vos omnem veritatem? Joa. x vi, 13.

0 Esprit de lumière et d'amour, qui avez instruit

les apôtres et rempli une foule d’âmes humbles et

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