‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 22 sur 45 · HÉROÏSME DANS L'ACTION · texte numérisé non relu

HÉROÏSME DANS L'ACTION

La sainteté ne demande pas seulement la vaillance, l’héroïcité dans le combat : elle requiert encore le courage, l’hérolcité dans l’action.

La Sainte Église supplie le Saint-Esprit de descendre dans nos cœurs et d’y allumer le feu de son amour. La charité que le Saint-Esprit répand en nous est donc semblable au feu. Or, le feu ne peut

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demeurer oisif ; il faut qu’il agisse, qu'il se communique, qu’il embrase, Ainsi en est-il de la charité, et du don de force qui en est inséparable. A quoi bon la force, sinon pour agir, pour faire des choses grandes et difficiles ? Le don de force que nous donne le Saint-Esprit est comme l’instrument de la charité, qui pousse sans cesse l’Âme à l’action: Caritas enim Christi urget nos. 2 Cor. v, 14. L'amour excite à de grandes choses, dit l’Imitation de J. C., et il enflamme du désir d’en faire toujours de plus parfaites. L.3, c.4.

Et quelles sont ces grandes choses que demande l'amour et que le don de force accomplit ?

1. Il demande à toute âme qui veut devenir sainte de déraciner ses vices et ses défauts, et d’implanter les vertus contraires : « Ego constitui te ut evellas et destruas, ut ædifices et plantes.» Jer. 1, 10. Ce travail, tout intérieur, paraît de nulle importance aux yeux des hommes ; le monde le dédaigne et s’en moque. Il n’y a pour lui de grand, d’estimable, que ce qui a de l’éclat extérieur : les hautes dignités, les talents remarquables, la brillante renommée. Bien différents sont les jugements de Dieu. Les choses auxquelles le monde attache tant de prix ne sont à ses yeux que néant ; tandis qu’il regarde avec infiniment de complaisance ce que le monde rejette et méprise. L'âme embrasée de l'amour de Dieu et soutenue par le don de force s'applique, avec une constance sublime et un courage à toute épreuve, à extirper ses vices et à implanter en elle les vertus contraires. Dans ce but, elle se livre avec ardeur aux divers exercices de la vie spirituelle : à ceux-là spécialement qui, tels que l’oraison, l’examen particulier, la confession, les retraites

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ou récollections, tendent plus directement à la réforme des mœurs. S. Vincent de Paul était né avec un tempérament bilieux et colère, une humeur sèche et rebutante. Il entreprit courageusement la réforme de son caractère, et, à force de prières, de vigilance sur lui-même et de combats, il se corrigea si bien, qu'il devint d’une douceur exemplaire. Son visage ne réflétait plus que la sérénité et le calme, son abord était toujours ouvert, ses manières obligeantes, rien, semblait-il, ne pouvait plus lui causer la moindre émotion.

2. Les grandes choses que demande l’amour, et que le don de force exécute, ce sont encore les œuvres de zèle ; c’est tout ce qui contribue à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Une âme embrasée de l’amour divin ne peut contenir en elle-même l’ardeur du feu qui la consume ; elle sent l’irrésistible besoin de la communiquer à d’autres. Elle voudrait voir tous les cœurs embrasés de la même flanime. Comme S. Paul, elle peut dire «la charité de Jésus-Christ me presse : » Caritas Christi urget nos. Poussée par cette divine charité, elle s’applique à toutes les œuvres de zèle qu’elle est capable de seconder, elle contribue, selon toute l'étendue de son pouvoir, à les rendre prospères, elle est d’un secours précieux à ceux qui sont chargés de travailler directement au salut des âmes, elle fait le bien autour d'elle et voudrait, si c'était possible, s’envoler aux extrémités du monde pour faire connaître et aimer son Dieu.

Oh ! que ne peut pas l’amour de Jésus, quand il envahit une âme et la remplit de la force du Saint- Esprit ! « L'amour, c’est un bien au-dessus de tous

les biens, dit l’auteur de l’Imitation. Seul, il rend léger ce qui est pesant, il porte son fardeau sans en sentir le poids et rend doux ce qui est amer. L'amour de Jésus est généreux : il fait entreprendre de grandes choses et il excite toujours au plus parfait. L'amour aspire à s'élever et ne se laisse arrêter par rien de terrestre. Rien n’est plus doux que l’amour, rien n'est plus fort, plus élevé, plus étendu, plus délicieux. Celui qui aime court, vole, il est dans la joie, il est libre, rien ne l’arrête. Il donne tout pour posséder tout. L'amour souvent ne connaît pas de mesure ; mais, comme l’eau qui bouillonne, il déborde de toutes parts. Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte. Il tente plus qu’il ne peut. Jamais, il ne prétexte l'impossible : parce qu’il se croit tout possible et permis. Et à cause de cela, il peut tout, et 1 accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et épuisent vainement celui qui n’aime pas. L'amour veille sans cesse; dans le sommeil, il ne dort pas. Aucune fatigue ne le lasse, aucun lien ne l’appesantit, aucune frayeur ne le trouble ; mais, tel qu’une flamme vive et pénétrante, il s’élance vers le Ciel et s’ouvre un passage à travers tous les obstacles.» Liv. 3, c. 4.

Si tels sont les effets du don de force, dans les simples fidèles : que ne produit-il pas en ceux qui ont reçu pour mission, de travailler au salut du prochain !

3. Au prêtre comme aux apôtres, il a été dit: « Je vous ai choisis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit: Ego elegi vos ut eatis et fructum cfferatis. Joa. xv, 16. A l’exemple des apôtres, le prêtre, souter‘: par le don de force, s’adonne tout entier à sa

sublime mission. I! met en activité tous les moyens qu'il a de faire le bien. Confiant dans le Seigneur plus que dans ses propres forces, il entreprend courageusement lies diverses œuvres dont ie besoin se fait sentir. Il ne dit pas : « Il n’y a rien à faire. On ne gagnera rien. On n’en deviendra pas meilleur.» Il sait ce que valent ces paroles et quels sont ceux qui les profèrent. Il sait encore ce qui arrive quand on ne fait rien, et qu’on se contente du strict devoir : comment alors les abus s’introduisent, la jeunesse se pervertit, le mal s'aggrave et devient incurable. Le prêtre animé de l'Esprit de Dieu se met donc à l'œuvre, comptant sur les moyens divins plus que sur les humains. I] ne s'étonne pas, il ne se décourage pas devant les difficultés, les contradictions. Ne sontelles pas le cachet des œuvres de Dieu ? N’en a-t-il rien coûté à Jésus-Christ pour sauver le monde, aux apôtres pour le convertir ? Malgré tous les obstacles que lui suscite l’enfer, malgré les oppositions que lui crée la malice du monde, malgré les dégoûts et les ennuis qui l’accablent, malgré le peu de succès apparent de ses efforts, il poursuit son œuvre avec une fermeté, une constance qui déconcertent tous ses ennemis; ses travaux et ses peines deviennent comme une semence de vie qui ne tarde pas à produire les plus heureux fruits.

« Quand le divin Maître envoya ses apôtres prêcher l'Évangile pour convertir le monde, s'ils avaient dit : « A quoi bon? Il n’y a rien à faire. Nous ne réussirons pas.» Que serions-nous devenus, à l'heure actuelle ? Le monde serait encore plongé dans la

barbarie.» Loin de parler ainsi, ils se sont élancés à la conquite de l'univers, pleins de confiance, non en eux-mêmes, mais dans la Toute Puissance de Celui qui les envoyait. Ah ! c'est que le don de force leur avait été donné. Avant qu'ils ne l’eussent reçu, ils étaient lâches et timides. Pierre tremblait à la voix d’une servante, tous les autres apôtres abandonnèrent Jésus à la vue des chatnes dont on le chargeait. Mais dès que la force du Saint-Esprit est en eux, il: sont tout transformés. Intrépides comme des lions, ils ne craignent ni la persécution, ni la prison, ni le glaive. Ils prêchent le nom de Jésus aux rois, aux empereurs, aux magistrats, comme au simple peuple ; et cette divine semence de la parole évangélique, ils l’arrosent de leur sang, et bientôt la terre, jusque là idolâtre, se couvre d’une splendide efflorescence de chrétiens.

Prions pour que Dieu envoie constamment à l'Église de dignes successeurs des apôtres : des pontifes, des prêtres, des missionnaires revêtus de l’armure divine du don de force.

Saint Alphonse, se sentant appelé de Dieu à fonder une congrégation de missionnaires, met les mains à l'œuvre. Tout à coup, l'enfer suscite contre lui une épouvantable tempête : ses premiers compagnons l'abandonnent, ses parents, ses connaissances et amis lui livrent un assaut formidable pour lui faire laisser son projet ; il ne rencontre partout que la contradiction, la raillerie et le mépris ; on va jusqu’à le citer en chaire, comme un triste exemple d’opiniâtreté et d’orgueil. Pour comble d’épreuve, l’âme

(1) Mgr. Gibier. Confér. aux hom.

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