‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 21 sur 45 · HÉROÏSME DANS LE COMBAT · texte numérisé non relu

HÉROÏSME DANS LE COMBAT

Le saint homme Job l'avait déjà constaté : La vie de l’homme, sur la terre, est un combat continuel: Militia est vita hominis super terram. Job VII, 1.

Les ennemis contre lesquels nous avons à combattre sont « légion ». Ils sont en nous et en dehors de nous. En nous, ce sont les Passions : l’orgueil, la haine, la colère, la volupté, la cupidité ; ennemis redoutables, qui se soutiennent mutuellement et qui n'ont qu’un but : la ruine du bien et le triomphe du aal ; ennemis d’autant plus à craindre, qu'ils sont au centre même de notre cœur, et qu'ils font gronder l’émeute au plus intime de notre être. Et ces ennemis Su ne sont jamais désarmés, ils nous livrent une guerre ÈS qui ne finira qu’avec la vie !

En dehors de nous : c’est le démon qui en veut surtout aux âmes résolues de se sanctifier, à cause de l’envie qu’il leur porte, et de la haine qu'il a pour Dieu à qui ces âmes rendent une très grande gloire. Sa rage redouble contre ceux qui, par leurs prières, leurs travaux, leurs mortifications, lui arrachent ses victimes et peuplent le ciel d'élus. Que n’ont pas eu à souffrir, de la part du démon, un saint Antoine et un saint Paul, ermites, une sainte Catherine de

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Sienne, un saint curé d’Ars, un saint Gérard Majella, qui ont été les instruments de tant de conversions !

En dehors de nous : c’est encore le monde: le monde libertin et corrupteur, qui tend sans cesse des pièges à la vertu, et tâche de l’ébranler par ses maximes et ses exemples ; le monde incrédule ou impie, qui poursuit le juste de ses moqueries, de ses sarcasmes, de ses vexations et qui ne craint pas, quand il le faut, de recourir aux supplices, aux menaces de mort, et à la mort même pour le forcer à sacrifier sa conscience, à renoncer à sa foi et pour le perdre éternellement. Voilà les ennemis que nous avons à combattre. Et que sommes-nous, pour leur résister et pour les vaincre ? De nous-mêmes, nous ne sommes rien et nous ne pouvons rien. Nous ne sommes que de faibles roseaux, un peu de cendre que le moindre souffle du vent peut emporter. Quoi de plus chétif! Mais écoutez ce que dit le saint homme Job : « Placez-moi près de vous, Seigneur, et alors, vienne m’attaquer qui voudra :» Et pone me juxta te el cujusvis manus pugnet contra me. Job xvur, 3. Or, le don de force ne nous place pas seulement près de Dieu, pour être protégés par son bras tout puissant; il place encore Dieu en nous, il nous revêt en quelque sorte de sa puissance infinie, comme d’une armure divine. Dès lors, qu’avons-nous à craindre ? Ne pouvons-nous pas, comme S. Paul, défier toutes les puissances du ciel, de la terre et des enfers de nous séparer de la charité de Jésus-Christ ? Quis ergo nos separabit a caritate Christi? Rom. vx, 35. Le grand Apôtre, qui tenait ce langage, connaissait pourtant sa faiblesse ; le sentiment de ses misères lui arrachait

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même cette plainte déchirante: « Malheureux homme que je suis, qui donc me délivrera de ce corps de mort ! » Au lieu de se décourager, il s’appuie sur la Toute-Puissance de Dieu, et pousse ce cri vainqueur: «Quand je me sens faible, c’est alors que je suis fort :» Cum infirmor, tunc potens sum. 2 Cor. xII, 10.

L'Esprit-Saint fait sentir à l'âme, qu’il veut sanctifier, l’onction divine de son don de force, et elle devient inébranlable. « J'ai trouvé David, mon serviteur, et je l’ai oint de mon huile sainte ; ma main l’assistera et mon bras le fortifiera. L’ennemi ne gagnera rien à l’attaquer et le méchant ne pourra pas lui nuire:» Inveni David servum meum; oleo sanclo meo unzi eum. Manus enim mea auxiliabitur a; el brachium meum confortabit eum. Nihil proficiet inimicus in eo, et filius iniquitatis non apponet nocere ei. Ps. LXXX VIN, 21-23.

Remplis du don de force, les apôtres ressentaient une joie extrême lorsqu'ils se voyaient en butte aux persécutions des hommes. Ils sortaient des tribunaux et des prétoires, où on les avait maltraités et battus de verges, louant et bénissant le Seigneur, d’avoir été trouvés dignes de souffrir pour le nom de Jésus.

Lorsque S. Ignace, patriarche d’Antioche, entendit le juge païen prononcer la sentence qui le condamnait à être enchaîné et conduit à Rome pour y être dévoré par les bêtes, il s’écria : « Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous daignez n’honorer au point d’être chargé de chaînes, comme l’a été votre apôtre Paul.» Et comme les chrétiens voulaient faire des démarches pour obtenir sa délivrance, il se mit à les conjurer de n’en rien faire : « Oh ! laissez-moi, leur

dit-il, laissez-moi devenir la pâture des bêtes. Je suis le froment de Dieu, il faut donc que je sois moulu par les dents des lions, afin de devenir un pain sans tache en Jésus-Christ. Priez pour moi, pour que j'achève mon sacrifice. Oh ! que je soupire après les bêtes qui doivent me dévorer ! Je souhaite de les trouver promptes, je les caresserai pour qu’elles me dévorent sans délai ; si elles ne le veulent pas, je les forcerai. Laissez-moi donc aller. C’est maintenant, que je commence à être un vrai disciple de Jésus- Christ : je ne crains rien. Qu'on me tourmente autant qu’on voudra : que ce soit par le feu, la croix, les bêtes, la dislocation des os, la séparation des membres ; enfin, par tout ce que l’enfer pourra inventer, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ. Mourir pour Dieu me vaut mieux que de régner jusqu'aux extrémités de la terre.»

Que d’exemples semblables ne pourrait-on pas citer, pour montrer, de la manière la plus frappante, la puissance admirable du don de force dans de faibles créatures, et les glorieuses victoires qu'il leur a fait remporter !

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